Skip to main content
Internet Archive's 25th Anniversary Logo

Full text of "Saint Bernard et le Chateau de Fontaines-Les-Dijon, Etude historique et archeologique"

See other formats










.--*. . i- 



r'*„'--îi,,*<:<i 






.-3 ( 



^,^ ^ 



\ 



S 



BRIŒHAM YO'::,G UNWERSlTlj 
I PRUVO, UTAM ^ 



^•'1 



r 



\ 



\ 



j. 

•n 




ï!^*^/ 







Digitized by the Internet Archive 
in 2012 with funding from 
Brigiiam Young University 



http://archive.org/details/saintbernardetle12chom 



SAINT BERNARD 



ET LE 



CHATEAU DE FONTAINES-LES-DIJON 



i 




SAINT BERNARD 



ET l.K 



CHATEAU DE FONTAINES-LES -DIJON 



ÉTUDE HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 



L'Abbé CHOMTON 

Chanoine lionoraire de Diion 

AUMOMKR DE l'kOSI'ICE SAINTE-ANNE 



OUVRAGE ORNK DE NOMDREUSFS PLANCHES ET FIGVRES 



TOME PREMIER 




DIJON 

UNION TYPOGRAPHIQUE^ IMPRIMERIE DE L'ÉVÊCHÉ 
40, rue Saint-Philibert, 40. 



1891 



THE LIBRARY 

BRIGHAM YOUNG UNIVERSm 

PROVO. UTAH 



Dijon, le 10 mai i Sqi. 



Cher Monsieur le Chanoine, 



Vous vous proposez de faire paraître très pro- 
chainement une étude intitulée : Saint Bernard et 
la Château de Fontaines-lès-Dijon. 

Avant delà livrer tout entière à la publicité, vous 
avez voulu nous faire bénéficier sans retard de la 
première partie, traitant du lieu de naissance, de la 
Chambre natale, de Tenfance et de la jeunesse de 
saint Bernard. 

J'approuve d'autant plus volontiers votre idée 
que je la crois tout à fait opportune. A Theure, en 
effet, où la Bourgogne se dispose à célébrer le 
huitième centenaire de la Naissance de celui qui 
constitue Tune de ses plus pures gloires, n'est-il pas 



■ — VI — 

à propos de faire connaître le lieu précis où la 
B. Aleth mit au monde son illustre fils ? 

Après la lecture de votre beau travail, l'emplace- 
ment du Cellier où notre saint Docteur vit le 
jour ne saurait plus être contesté. 

Avec ce soin minutieux et cette méthode que 
vous savez apporter en ces genres de travaux, vous 
avez groupé tous les documents de nature à corro- 
borer votre thèse. Souvenirs du passé, manuscrits 
oubliés, vieilles dates et inscriptions, anciens des- 
sins, tout est mis à sa place, étudié et discuté avec 
une telle perspicacité, que vos lecteurs sont forcés de 
s'écrier avec vous : « Pour nous la pleine lumière 
s'est faite ; nous avons maintenant la certitude que 
la Chambre natale est la chapelle de Louis XIII, 
la coupole aux colonnes en marbre noir. » 

Votre travail, Monsieur le Chanoine, par son 
double caractère d'érudition et de haute et fine cri- 
. tique, s'adresse de préférence aux savants. Nous 
n'hésitons pas cependant à le recommander à tous 
les dévots de saint Bernard, persuadé que tous 
glaneront, au cours de cette étude, quelc[ues épis de 
nature à enrichir leur esprit et à réjouir leur cœur. 

Nous souhaitons donc ardemment que votre 
ouvrage se propage rapidement et dans une large 
mesure, afin qu'au très prochain Centenaire., il 
amène, pieusement recueillies, des foules de fidèles 
à la Chambre natale de saint Bernard. 

A ce vœu, je joins celui de voir achever sans trop 
de retard l'étude si intéressante que vous avez entre- 



— VII 

prise, et vous priant dïigréer de ce double souhait 
l'expression bien sincère, je vous renouvelle, cher 
Monsieur le Chanoine, l'assurance de mes plus 
dévoués sentiments. 

I F. HENRI, éP. de Dijon. 



rf^mmmmmm^^mmm^^mf^mm^mi^mmm'^^ 



TABLE DES MATIÈRES 



Pajjcs 

Préface i 

I 

Le lieu de naissance de saint Bernard 3 

g i". — Témoignage des premiers biographes 4 

g 2. — Monuments de la Tradition iq 

Note sur l'église de Fontaines-lcs-Dijon et sur son ancien titu- 
laire 2g 

II 

La Chamure natale de saint Bernard 33 

g I". — Histoire sommaire de la chapelle dite Chambre natale 

de saint Bernard, depuis son e'rection jusqu'en 1793 ... 34 

g 2. — Authenticité et emplacement de la Chambre natale de 

saint Bernard 44 

Première question : Valeur de la tradition qui marque l'endroit 

précis où naquit saint Bernard 44 

Deuxième question : Emplacement de la Chambre natale de 

saint Bernard 48 

Troisième question : L'oratoire primitif, devenu la coupole de 

Louis XllI, a été établi dans le « cellier natal » 93 

g 3. — Description de la Chambre natale 104 

Appendice : Essai de restitution du château de Fontaines au 

xv' siècle !23 

Dernière note sur la Chambre natale 129 

III 

L'enfance et la jeunesse de saint Bernard i33 

Tableau synoptique : Les enfants de Tescelin et d'Aleth. . 190 

Titres de sainteté de Tescelin, d'Aleth et de leurs enfants . . 193 



^I^ 



**■»! rtvi cijJL (T>A <iM. <T>X 4i>JL cT-* i (T-* i <t>jl fr»jl Ct>jl tV'i, T>i <T>A <T» t ' ^"^ * tf^ti*-^' i^^ A. ft>X 



TABLE DES PLANCHES 



PI. 


1. 


PI. 


2. 


PI. 


3. 


PI. 


4- 


PI. 


5. 


PI. 


6. 


PI. 


7- 


PI. 


8. 


PI. 


<)• 



Pages 

Portrait de saint Bernard i 

Vue de Fontaincs-lès-Dijon en 1891 32 

Plan de 1 église des Feuillants à l'époque de la Révolution 58 
Vue générale de Fontaines-lès-Dijonen iIhi, d'après un 

dessin d'Etienne Martellange 92 

Vue du château de Fontaincs-lès-Dijon en 161 1, d'après 

un dessin d'Etienne Martellange cj6 

Plan de l'église des l'cuillants, indiquant l'époque des 

des diverses constructions . . 102 

Coupe transversale de la chapelle Saint-Bernard 108 

Clef de voûte de la chapelle Saint-Bernard iio 

Etat du château de Fontaines et lieux adjacents vers 

i85o 124 

PI. 10. — Essai de restitution du château de l'ontaines au 

XV" siècle 128 

La Planche i est une héliogravure de Dujardin. Le type reproduit 
est l'ancienne gravure qui orne l'ouvrage de J. Meglinger, intitulé : 
Nova mellijlui ccclcsice doctoris S. Patris Bernardi effigies, ex epitome 
vitœ ac selectis epistolis concinnala. — Dadœ Helvetionim, MDCLXX. 

Les autres planches ont cti exécutées par L. Chapuis et imprimées 
par la maison Jobard. 



®^Mîi5^ 



TABLE DES FIGURES 



Pages 

Fig. I. — Vue des restes du couvent des Feuillantsde 1821 à 1881 . 

Aspect du Levant , (îi 

Fig. 2. — Vue des restes de l'église des Feuillants de 1821 à 1870. 

Aspect du Nord 66 

Fig. 3. — Pierre avec inscription, n° i 69 

Fig. 4. — Id. n° 2 69 

Fig, 5. — Pierre sculptée avec inscription, n' 3 70 

Fig. G. — Id. n" 4 71 

Fig. 7. - Id. n° 5 74 

Fig. 8. — Id. n" 6 -b 

Fig. 9. ■- Plaquette de plomb avec inscription (Face) .... 77 

Fig. 10.— Id. (Revers). ... 77 

Fig. II.— Plan des restes du château de Fontaines en 1881 . 99 
Fig. 12 — Ecusson provenant de la salle située au - dessus des 

coupoles 119 



? 5^'» S 



^<îl»H<!i5x<|i;>x<;i5x<[;!&*«ISH<;:!>H<|iSx<;!&.<2'&> 



ADDENDA ET CORRIGENDA 



Page 3. — I.c ilociciir Georges HiUTer, privatdoceut à l'Académie 
royale de Munster î» l'cpoquc où parut son Etude sur les sources de 
l'histoire de saint Bernard (1886), est devenu depuis professeur à l'Uni- 
versité de Breslau. 

Page 5, ligne 18. — La date do ii5i donnée pour la mort do Guillau- 
me de Saint-Thicrri est une date approximative : la date rixe reste en- 
core incertaine. Toutefois le Livre 1 de la Viia /■> fut certainement écrit 
tout entier du vivant de saint Bernard. 

Page 3i, ligne 34: martyr, Wscz martyre. 

Page 36, ligne 7 : On n'a pas d'autres données, etc. Il faut corriger 
cette phrase inexacte et ajouter un dernier document parvenu à notre 
connaissance après l'impression d'une partie de notre travail. Ce docu- 
ment rigure plus loin p. 104 et 129. 11 établit d'une façon certaine que 
la chapelle Saint-Bernard fut érigée à la fin du xv" siècle. 

Pages 140-141. — La seconde femme de Guillaume II de Champlitte 
fut Catherine de Saulon f.Vrchiv. de la Côte-d'Or. Fonds du prieuré de 
Pontailler, H, 32, Liasse 739). Cette note complémentaire est due à 
l'obligoance de M. Gabriel Dumay. 

Pages 142-143. — Parmi les filles de Renier de Marac : Aclais, lisez : 
Aalais. 

Pages 190-191, troisième colonne, ligne 2.i : A'Acquitainc, lisez: 
AWquitaine . 




SAINT BERNARD 



ET 



LE CHATEAU de FONTAINES-LES-DIJON 



NOTES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES 



LES fêtes du huitième centenaire de la naissance de saint 
Bernard attirent l'attention sur Fontaines-lès-DiJon et 
.sur son antique castel. N'est-ce point l'occasion tout à fait 
opportune de céder à un vœu maintes fois exprimé, et de pu- 
blier les notes que nous possédons sur le château où naquit 
le plus grand des moines d'Occident? Le désir de contri- 
buer pour une part, si faible soit-elle, à de solennelles 
manifestations de foi et de patriotisme, nous décide à entre- 
prendre cette publication. Notre tâche, d'ailleurs, est facilitée 
par le dévoué concours que veulent bien nous prêter MM. 
les directeurs du Bulletin d'Histoire et d'Archéologie reli- 
gieuses du diocèse de Dijon, et M . Pierre Degré, l'un de nos 
meilleurs architectes. Qu'ils nous permettent de leur offrir 
ici le témoignage de notre vive gratitude. 

Le modeste travail qui parait aujourd'hui se compose 
d'une série d'articles dont voici le plan général ; Nous avons 
voulu réunir en un seul faisceau les preuves de la nais- 
sance de saint Bernard à Fontaines, déterminer l'emplace- 

10 



2 NOTES HISTORIQUES ET ARCHEOLOGIQUES 

ment de la chapelle qui passe pour avoir été formée de sa 
« chambre natale «, restituer des édifices précieux à peu près 
entièrement détruits. Nous avons ajouté les tableaux généa- 
logiques de la ligne paternelle de saint Bernard, certains dé- 
tails historiques sur les seigneurs de Fontaines et sur les 
Feuillants qui, en 1614, se constituèrent les gardiens du 
berceau de leur saint patriarche. Enfin nous rappelons les 
ravages exercés par la Révolution dans ce lieu vénéré, puis 
les efforts tentés à notre époque pour restaurer le sanctuaire 
natal de saint Bernard et v ramener les pèlerins. 

Ces Notes historiques et archéologiques ne sont pas uni- 
quement le fruit de notre labeur personnel; elles sont aussi 
le résultat des recherches de M. Tabbé Merle, décédé curé 
de Fontaines, en 187g, après vingt-cinq ans de ministère dans 
cette paroisse. Cet investigateur patient, très estimé de notre 
savant archiviste, M. Joseph Garnier, a laissé sur saint 
Bernard et sa famille, sur Fontaines, etc., une collection con- 
sidérable de documents, dont nous avons extrait ce qui se 
rapportait à notre sujet. Guidé par ses indications, nous 
avons visité à notre tour le terrain qu'il avait exploré ; nous 
avons vérifié toutes ses découvertes, redressé plusieurs inexac- 
titudes et glané encore çà et là quelques épis échappés à l'in- 
fatigable moissonneur. 

Nous n'ignorons pas les exigences de la critique moderne. 
Aussi avons-nous pris à tâche de remonter aux sources, de ne 
rien affirmer que sur des documents valables, de ne forcer 
aucune conclusion. Pour éclaircir les points obscurs et déli- 
cats, nous avons eu recours à d'autres lumières que les nôtres, 
et c'est un devoir pour nous de rendre hommage au bien- 
veillant accueil, à l'aide efficace, que nous avons rencontrés 
spécialement près de M. Guignard, conservateur de la Biblio- 
thèque de Dijon, et de M. l'abbé Jobin, auteur de plusieurs 
ouvrages sur la famille de saint Bernard. 



W-^^ 



I. 



l.E LIEU DE NAISSANCE DE SAINT BERNARD 




'est au château de Fontaines-lès-Dijon qu'est né 
saint Bernard, abbé de Clairvaux. Les critiques 
des deux derniers siècles n'ont élevé aucun doute 
à ce sujet ; ceux de nos jours n'hésitent pas à maintenir 
cette assertion. Le Docteur Georges Hùffer ^ pripatdoceiit 
à l'Académie royale de Munster, l'abbc \"acandard, aumô- 
nier du lycée de Rouen, révisent actuellement toute l'his- 
toire de saint Bernard. Au cours de leurs recherches s'est 
présentée la question du lieu natal (i). Or, sur ce point, 
tous deux sont d'accord avec Mabillon et les BoUan- 
distes (2). La science ne conteste donc pas à Fontaines 
son titre de Berceau de saint Bernard. Mais, afin que cha- 
cun puisse proclamer, en connaissance de cause, la légi- 
timité de ce titre, la première de ces iVo^t^.s sera consacrée 
à l'exposé des preuves qui en sont la justification. Elle 
résumera les plus récentes études qui ont paru sur la 
question, et les complétera par quelques nouveaux 
détails. 

Les deux arguments décisifs — les seuls que nous 
nous proposions de faire valoir — se tirent: 1" du 

1. Der heili^e Bernard von Clairvaux, Munster, iS8(3, p. r38 et suiv. 
— Revue des Questions historiques, i*^' avril 1888, p. 3ôo. 

2. Mabillon, Sancti Bernardi opéra, édit. iôôt, T. 1, p. i. — Acta SS 
20 aug. Migne, P. L. T. CLXX.XV, col. Ô44. 



LE LIEU DE NAISSANCE 



témoignage des premiers biographes de saint Bernard, 
qui furent ses contemporains ; 2" des monuments de la 
tradition locale. 



§ I^^ — Témoignage des premiers biographes 

Aujourd'hui que l'on a sérieusement examiné tous les 
textes manuscrits ou imprimés des anciennes vies de 
l'abbé de Clairvaux, il est facile de bien dégager le 
témoignage de ses premiers biographes relativement au 
lieu de sa naissance. Mais, comme ce témoignage n'est 
pas uniforme, et que nous avons à discerner la vérité de 
l'erreur en confrontant des textes de valeur inégale, le 
lecteur a besoin d'être fixé sur l'autorité respective des 
sources où nous allons puiser. A cette fin, devions-nous 
le renvoyer au savant travail du Docteur HtitTer, ou bien 
à l'intéressante analyse qu'en adonnée l'abbé Vacandard 
dans la Revue des Questions historiques} Nous avons pré- 
féré rappeler nous-même l'origine et la nature des bio- 
graphies primitives, et dire un mot, soit des manuscrits 
parvenus jusqu'à nous, soit des principales éditions 
imprimées. Le présent paragraphe comprendra donc un 
rapide examen des sources, puis la confrontation des 
textes. 

1" Examen des sources. 

Les quatre vies de saint Bernard dues à ses contem- 
porains sont généralement désignées par les numéros 
d'ordre qu'elles tiennent des éditeurs: Vita /", Vita 2% 
etc. Toutefois, le classement adopté n'est point chrono- 
logique: la première écrite est la Vita 3'. 

Cette l'ita J', appelée aussi Vita brerior^ n'est, à vrai 
dire, qu'un recueil de documents, et mérite mieux un 
autre nom qu'on lui donne encore, Fragmenta, soit, en 
bon français. Notes ou Mémoires. Ce recueil s'arrête à 
Tannée 1145. Il est anonyme, mais tous les critiques 



DF. SAINT r.ERXARD 



lui assignent pour auteur Gcoffroi d'Auxerre, qui, après 
avoir suivi les leçons d'Abélard, se fit disciple de saint 
Bernard, vers 1 140, et fut l'un de ses secrétaires. Geof- 
froi semble avoir rédigé ses Mémoires pour Guillaume, 
abbé de Saint-Thierri, retiré à Signy chez les Cister- 
ciens, lequel, sur les instances des moines de Clairvaux, 
accepta d'écrire l'histoire de leur vénéré maître, son 
ami. En tout cas, il faut certainement voir dans les 
Fragmeiila un premier jet, un amas de matériaux, une 
mine exploitée pour la composition des biographies 
proprement dites. 

La plus importante de ces vraies biographies est la 
Vita /•'. Elle ne comprenait, à l'origine, que cinq livres: 
les livres sixième et septième sont des additions posté- 
rieures dont nous n'avons point à nous occuper. C'est à 
Guillaume de Saint-Thierri qu'appartient l'honneur 
d'avoir commencé à l'écrire. Il se mit à l'œuvre en 
1145; mais, dès ii5i, la mort l'arrêtait, et les pages 
qu'il a laissées ont formé seulement le Livre L Deux 
ans après mourait saint Bernard. La continuation du 
travail de Guillaume s'imposait. On déféra cette tâche à 
un autre ami de l'illustre défunt, Arnaud, abbé de Bon- 
neval, qui donna le Livre IL L'année ii56, dernière 
dat<' connue du gouvernement d'Arnaud à Bonncval, 
marque approximativement la fin de sa collaboration à 
l'histoire de saint Bernard. Alors, Geoffroi reprit ses 
Mémoires (17/^ j*-*), dont s'étaient servis Guillaume et 
Arnaud, et presque aussitôt, en 11 56 ou 1157, sur la 
motion et avec le concours d'une assemblée d'évêques 
et d'abbés, tenue vraisemblablement à Clairvaux, il 
acheva lui-même la biographie deux fois interrompue (i). 

I. La tenue de cette assemblée est attestée par un prologue dont nous 
parlons plus loin, et que Waitz a publié, en 1882, dans le Motiumenta 
Germanuv historica scriptoruin JT . XXVf, p. log^. En voici le début : 
Incipit prologus episcoponim et abhatuni multorum in ultimos très libellas 
de vita venerabilis Bcmardi abbatis Clarcvallensis. — Post B. P. nostri 
Beriiardi Clarevallcnsis abbatis exccssum. ad ipsius memoriam Jîliali 
dcvotione convenimiis nos episcopi et abbates, qui, in Itoram usque novis- 
simant. indigni licet, sacris ejtis vestigiis adhérentes, juod de iÙo homine 



LE LIEU DE NAISSANCE 



Aux deux premiers livres il ajouta le Tertium opiis com- 
prenant les Livres III, W et V, Toutefois le travail 
accompli dans cette circonstance fut moins la rédaction 
des livres ajoutés que leur adoption officielle, après exa- 
men préalable. En effet, le Livre V n'est qu'une édition 
nouvelle d'une relation des derniers jours de saint Ber- 
nard, adressée, peu après sa mort, par Geoflroi à Eskil, 
archevêque de Lund. Le Livre IV a été formé de la par- 
tie des Mémoires qui restait à mettre en œuvre, et de 
quelques autres documents recueillis encore par Geoffroi. 
Enfin le portrait de saint Bernard qui remplit le Livre III, 
avait dû être tracé de bonne heure par le pieux secré- 
taire, afin de se consoler de la perte prématurée de son 
maître. 

La compétence de l'assemblée qui présida à l'achève- 
ment de la biographie, fut notifiée dans un prologue 
mis en tête du Tertium opus. Cette préface, rédigée au 
nom de tous les évêques et abbés présents, est de la 



Dci liominibus lunotcsccrc fotiiit picniiis et ycr/cctius, tain nostra ip^o- 
niin cxperientia diuturna quam illiiis crga nos speciali dignatione, 
cognoviiniis. Unde ctiain risiiin est nobis oporlerc ex hiis aliqua posteris 
servanda litteris commcndari. . . 1/aiinceoù se reunirent les évéques et 
les abbci — ii5()ou iinj — est déterminée par certain passage du 
Livre IV de la Vita et de VExordium mai^num (Ntigne, Patr. lat. 
T. CLXXXV, col. 3j5 et 1087). Devaient faire partie de l'assemblée 
Godcfroi de la Roche, évèque de l.angres, Alain, évêque d'Auxerre, et 
surtout Geoffroi lui-même, alors abbà d'igny. Le D' Hùffer et l'abbé 
Vacandard ont, par erreur, omis de remarquer que Geoffroi avait déjà 
la dignité abbatiale, et siégeait par conséquent parmi les autres membres. 
Le ùallia christiana. dans la nomenclature des abbJs d'igny, lui consacre 
ces deux lignes : Gaufridus I sedehat anno i li^q rexitque sex circiter 
annis, factus anno 1162 abbaa ClarcevaUis [Gall. clir. ijDi, T. IX, 
col. 3oi). La date de iifi2, qui est exacte, marque la fin de ce gouver- 
nement, mais, puisqu'il dure environ six ans, 1 1 ba n'en est point la date 
initiale, il faut remonter jusqu'à ii5b. En effet, le cartulaire digny 
porte le nom de Geoffroi comme abbé du lieu pendant les années 11 57. 
ii58, iiSg (Renseignement dû à l'obligeance de Dom Piolin, Lettre du 
16 mai i8go). La date de la mort du prédécesseur immédiat, Guerric l, 
n'est pas certaine. Le Gallia christiana insinue ii55 ou 1 1 5G (I. c). 
Fabricius donne iifi.^ (Mignc, P. L. T. CLXXXVIII, col. o83j; Manrique 
et Le Nain, ii57(Migne, P. L. T. CLXXXV, col. 10. —'Essai de l'iiist. 
de l'Ordre de Citcaiix, T. 1, prem. table chron. ; T. V, p. 129; T. VII, 
p. 121). On peut prendre 1 1 56 (Lettre de D. Piolin). .Ainsi Geoffroi était 
abbé d'igny en 1 1 56 ou 1157; il était membre qualifié de l'assemblée de 
Clairvaux, et ce fut sur la motion et a\ec le concours de ses collègues 
qu'il acheva la Vita. en ajoutant ses propres écrits aux deux livres de 
Guillaume et d'Arnaud. Ces deux livres furent en même temps soigneu- 
sement examinés. 



I)i: SAINT UERNARD 



main de Geoftroi, compris parmi ces derniers, comme 
abbé d'Igny (i). 

Ainsi vit le jour la première histoire de saint Bernard, 
vraiment digne de ce nom. C'était l'œuvre de l'amitié et 
de la reconnaissance filiale, l'hommage d'une ardente 
admiration, mais en même temps un récit consciencieux, 
dont la sincérité était garantie et par le caractère des au- 
teurs, et par l'examen d'un groupe d'évêqucs et d'abbés 
cisterciens, avant vécu en constantes relations avec le 
saint. 

Evidemment, la part prépondérante dans la rédaction 
de cette histoire revenait à GeoftVoi, Ses droits d'auteur 
sur ce travail étaient incontestables. Il en usa donc, et 
fit une seconde édition de tout l'ouvrage, qu'il termina 
vers 1 162- 1 1()5, lorsqu'il était abbé de Clairvaux (2). De 
là — chose très importante à noter pour la critique — 
deux 7'ecensions de la Vita /■' : la receiision A, forme plus 
ancienne, mais qui attendait les retouches du correcteur; 
la recension B, texte expurgé et définitif. — Dans celle-ci, 
le prologue du Tertiinn (}piis présente des changements 
notables. Tout ce qui se rapportait à l'assemblée de 
Clairvaux en a été supprimé, (^e n'est plus la préface 
collective des évoques et des abbés ; c'est celle de Geof- 
froi seulement, qui accuse alors sa personnalité d'auteur, 
et révèle les motifs qu'il a eus de joindre ses propres 
livres à ceux de Guillaume et d'Arnaud. De plus, les 
modifications du texte primitif ne portent pas unique- 
ment sur le Tertiitm opiis, mais elles s'étendent aux 
Livres I et II, qui ont subi de légères retouches dans 
l'intérêt de la vérité, de la précision et du style. 

1. Nous attribuons à Geoftroi la rédaction du prologue des éviiques et 
des abbés. Le rôle qu'il eut dans l'assemblée ne permet guère un autre " 
sentiment. D'ailleurs il s'appropria ce prologue, et le transforma d'une 
manière complète, dans une seconde édition de la Vita, dont nous allons 
parler. Entîn on conçoit que. par déférence pour des collègues quelque 
peu ses collaborateurs, il ait eft'acé sa personnalité et fait hommage à 
toute l'assemblée du m.érite de l'achèvement de la Vita. Mais uri tel 
procédé serait-il le fait d'un membre de la réunion diftérent de l'auteur 
des trois derniers livres ? 

2. Der lieilige Bernard von Clairvaux, p. 140-142. 



I.E LIEU DE NAISSANCE 



Malgré les amendements de l'édition corrigée, la 
Viia i^ n'avait cependant pas conquis tous les suffrages. 
Plusieurs réclamaient un récit mieux condensé, d'une 
exactitude plus rigoureuse encore, présentant les faits 
dans leur ordre chronologique, et non, comme précé- 
demment, parfois intervertis en vue d'un effet à pro- 
duire. Tel était spécialement le désir de Godefroi de la 
Roche, l'un des proches parents de saint Bernard et son 
ami d'enfance (i). Il avait renoncé au siège épiscopal de 
Langres pour revenir à sa solitude de Clairvaux, à l'épo- 
que à peu près où l'administration de cette abbaye pas- 
sait dans les mains de Geoffroi. Peut-être ne fut-il pas 
étranger à la sérieuse révision exécutée par celui-ci. 
Quoiqu'il en soit, il préparait lui-même un autre travail 
lorsque sa mort, arrivée sur la fin de 1 166, l'empêcha 
de l'accomplir. Le projet toutefois ne fut pas abandonné. 
Il fut repris par Alain, qui, successivement moine à 
Clairvaux, abbé de Larivour et évêque d'Auxerre, dé- 
missionna pour se retirer à Larivour, en i i()7. Alain 
composa donc la \'ita 2'. Ce fut dans l'intervalle de 1 1G7 
à 1 170, puisqu'il écrivait après la mort de Godefroi de la 
Roche, et qu'il dédia la nouvelle biographie à Ponce, 
abbé de Clairvaux, dont le gouvernement finit en 1 170. 
— Résumé de la précédente, la Vita 2' n'est pas l'œuvre 
d'un abréviateur servile et vulgaire. Alain garde, il est 
vrai, tant qu'il peut, les expressions du récit qu'il con- 
dense, mais l'art et le bon goût relèvent son travail. On 
ne lui reproche qu'une tendance au panégyrique. 

La Vita 4', petit opuscule divisé en deux livres, n'est 
pas une biographie, mais l'assemblage de quelques ré- 
cits, mélangés de réflexions, sur saint Bernard et sa 
famille. L'auteur, Jean l'Ermite, qui parait avoir écrit 
vers 1 180-1 igo, est un personnage assez problématique. 
Il donne en plein dans le panégyrique, et confond par- 
fois la légende avec l'histoire. Son principal mérite est 



I. Migne, P. L. T. CLXXXV, coi. 469. 



DE SAINT lîERNARn 



de nous avoir transmis des particularités qu'il tenait du 
moine Robert, dit le neveu de saint Bernard. 

Ce simple aperçu de l'origine et de la nature des Vita' 
montre où l'on trouvera, sur et décisif, le témoignage 
des premiers biographes de saint Bernard relativement 
au lieu de sa naissance. Sans nul doute, les sources vé- 
ridiques sont la Vita /•' recension B et la Vita 2\ Si 
l'on remarque dans les autres un témoignage contradic- 
toire, il doit être écarté; un témoignage conforme et 
plus détaillé, il apportera une confirmation et des éclair- 
cissements. — Mais, avant d'appliquer ce principe, il faut 
dire quelque chose des textes manuscrits ou imprimés. 

Les manuscrits de la Vita / ' sont les plus curieux à 
étudier, à raison de leur nombre, de leur origine et de 
la variété des leçons. Le Docteur HuHer en a dressé la 
liste [i). Il en compte 102, disséminés dans diverses 
bibliothèques, en France, en Allemagne, en Italie, etc. 
Une vingtaine sont du xn*^ siècle, une trentaine du xiu'', 
et le reste appartient aux deux siècles suivants. 

Les deux premiers de la liste, conservés l'un à Paris (2), 
l'autre à Dusseldorf, ne contiennent, parmi d'autres 
écrits de différente provenance, que le Livre V dans la 
forme où il fut envoyé à Eskil de Lund, mais déjà 
quelque peu modifiée. L'épître dédicatoire adressée à cet 
archevêque se trouve transcrite en tète du livre (3). Le 
manuscrit de Paris est l'autographe même de GeoiVroi. 
Les pages en sont surchargées de corrections nombreu- 
ses, ajoutées par l'auteur. On voit de ce chef, ainsi '.lue 
par les variantes de l'apographe de Dusseldorf, comment 
Geoffroi avait coutume d'amender, à maintes reprises, 
son premier jet (4). 



1. Der heilige Bernard von Clairvaux, p. 108 et suiv. 

2. Bibl. nat. lat., n'jSôi, p. 63-87. 

3. La lettre de Geoffroi à Eskil de Lund a été imprimée dans Baluze, 
Miscellanea, éd. Mansi, T. II, p. 235. — Mabillon, Opéra Rem., éd. 
1719, T. II, p. ii3o. —Mon. SS., T. .KXVI, p. 117. 

4. Monumenta scriptorum, T. X.WI, p. 93. — Der lieilif;e B., p. 117 
et suiv. 



lO I.K I.IKU DE NAISSANCK 

Les loo autres manuscrits renferment la Vila y", 
quelques-uns, incomplète; la plupart, avec ses cinq 
livres. Ils se partagent par moitié entre les deux recen- 
sions A et B. Presque tous ceux de la série A viennent, 
originairement, des bords du Rhin, de la Belgique ou de 
rAllemagnc. C'est donc dans cette région que la pre- 
mière forme ou rcccnsion s'est propagée et maintenue 
avec un succès persistant. La seconde, loin d'y avoir pré- 
valu, n'a produit qu'une légère modification de son aînée, 
dans des copies d'une époque déjà tardive. Quant aux ma- 
nuscrits de la série B, ils proviennent surtout de Clair- 
vaux, Cîteaux, Pontigny, et en général d'abbayes fran- 
çaises ou italiennes. Ainsi, la seconde édition de la 
\'ila j" prédomina dans ces monastères à l'exclusion de 
la première, qui finit par disparaître à peu près totale- 
ment de nos contrées et du Midi. 

On aimerait à trouver réunis, mais distincts, dans 
quelque bonne édition imprimée, les deux textes de cette 
importante biographie. Ce vœu reste encore à satisfaire. 
Avant le xvii" siècle, on publia plusieurs fois le texte du 
type B, avec les œuvres de saint Bernard. Horstius et 
Mabillon ramendcrent tour à tour. Mais en même temps 
ils le surchargèrent d'emprunts faits aux codiccs campcu- 
sis et corbeiensis, qui appartenaient l'un et l'autre au 
type plus ancien. De la sorte ils ont, à leur insu, réin- 
troduit dans l'édition expurgée par Geoffroi maints 
passages que celui ci avait éliminés. C'est cette forme 
hybride que Migne et les autres éditeurs de notre époque 
ont reproduite. Heureusement, du moins, des crochets 
marquent les passages réintégrés par erreur; le lecteur 
peut les supprimer et ainsi restituer à peu près la recen- 
sion B. — Pour la recension A, on se fait une idée de 
son ensemble en lisant la vie de saint Bernard dans 
Surius : idée trop peu exacte, pourtant, car le texte 
donné par cet auteur a été tiré d'un manuscrit mixte. 
Waitz a fait paraître des extraits sincères de la même 
recension, dans la grande collection du Mouumeuta Ger- 



I)K SAINT HEUNAKH 1 1 



maniœ historica scriploriim (i). Mais le savant paléo- 
graphe s'est attire un reproche mérite. Du moment qu'il 
choisissait entre les deux textes, le second, plus exact, 
avait droit à ses préférences, et devait trouver place dans 
le corps de l'ouvrage, tandis que les variantes du pre- 
mier auraient passé dans les notes: en un mot, il fallait 
suivre une voie inverse de celle qu'il a prise. A part cette 
restriction, on saura gré à ^^''aitz d'avoir commencé à 
démêler les deux recensions l'une de l'autre. 

Le Docteur HutTer signale lo manuscrits de la V'ita 2\ 
tous français d'origine et actuellement conservés dans les 
bibliothèques publiques de Troyes, Paris, Evreux, Va- 
lenciennes, Arras. Ils datent des xn" et xm*" siècles, 
excepté deux qui sont du xv^'. A ces dix exemplaires il 
faut ajouter celui que possède maintenant la Maison de 
Saint-Bernard, à Fontaines- lès-Dijon. Ce manuscrit, qui 
paraît appartenir au xni'^ siècle, a été trouvé, vers iSho, 
à Châtillon-sur-Seine, dans un amas de livres provenant 
des anciens monastères de la ville ou du voisinage et 
vendus pendant la Révolution. Il contient un commen- 
taire de la Règle de saint Augustin avec la Vie de saint 
Bernard (2). — -Depuis Mabillon, toutes les éditions im- 
primées de l'abrégé d'Alain sont correctes. 

L'abbaye d'Orval possédait encore au xvu"^ siècle un 
manuscrit de la ]"ita .'l\ qui s'est perdu depuis. Il en 
existe heureusement deux transcriptions complètes, 
l'une à Bruxelles, chez les Bollandistes, l'autre à Paris, 
à la Bibliothèque nationale (3'. Cette seconde copie est de 
la main de Jean Bouhier, conseiller au Parlement de 
Bourgogne et aïeul du célèbre président du même nom. 

1. T. XX\[, p. Q5-I20. 

2. Ce manuscrit a c'tc gracieusement offert à la Maison de Saint- 
Bernard par M. l'abbé .Maubert, curé-doven de Montbard. 11 l'avait 
découvert lui-même, à l'époque de son vicariat à Chàtillon, chez 
M. Jully, ntfj^ociant de cette ville. Le volume, en parchemin, est vie la 
grandeur du format in- 12. Il manque un ou deux feuillets au commen- 
cement du commentaire de la Règle de saint Augustin; quelques-uns 
de ceux de la \'ie de saint Bernard sont lacérés. 

■■!. Bibl. nat. cod. lat,, petit in folio, 17639 (Bouhier, 69 bis). 



12 LE I.IEU DE NAISSANCE 

Avant de parvenir à Bouhier, le codex aurecevallensis 
avait passé sous les yeux de Vignier et de Chiftîet. Tous 
deux y puisèrent des extraits que le premier a laissés 
dans ses mélanges inédits (i), mais que le second a fait 
imprimer en 1679 dans son volume intitulé ; Opusciila 
quatuor (2). Le nombre de ces extraits imprimés s'est 
successivement accru par les soins de Mabillon , du 
P. Pien, bollandiste (3), et du D'' Huiîer. Néanmoins, 
pour connaître intégralement la f7/a .'r\ il faut recourir 
aux copies de Paris ou de Bruxelles. 

Le seul exemplaire manuscrit de la Vita 4" que l'on 
connaisse, se trouve à la Bibliothèque Laurentienne de 
Floren:e (4). Chifflet en a publié le texte exact dans le 
Sancti Bernardi genus illustre assert iiin, paru en 1660, 
et ce texte a été fidèlement reproduit par Mabillon et les 
autres éditeurs. 

2° Confrontation des textes. 

Après les explications précédentes, il reste peu à faire 
pour répondre à cette question : Quel est, sur le lieu de 
naissance de saint Bernard, le témoignage authentique 
et rece\ablc de ses premiers biographes ? 

Voici les textes des Viicv qui expliquent où est né 
saint Bernard : 

\'iTA i", RECEXsioN A : Beruardus Gastellione Bur- 
gundix oppido oriundus fuit (5). 

^^TA 1", RECEXsiON B : Beruardus Burgundiœ parti- 
bus Fontanis oppido patris siii oriuudus fuit (6). 

1. Bibl. nat., Décade liist. T. II (n° 5<:)94) p. i3i et sui\'. 

2. Bibl. de la M. de S. B. à Fontaines-lès-Dijon : Cliifjletii Opiisciilj 
quatuor, Parisiis, 1679, P* '6'3-224. 

3. Act. SS. 20 aug. — Migne, P. L., T. CLXXXV, col. 633 -(,58 et 
968-970. 

4. Revue des Q. H., i" avril 1888, p. 379. 
b. Mon. SS., T. XXVI, p. 96. 

6. Ibid. — Migne, P. L., T. CLXXXV, col. 227. 



DE SAINT BERNARD 1 3 



ViiA 1", MIXTE : Beriia)\ius ergo Burgundiae op- 
pido oriundiisfiiil (i). ' 

Vn A 2" : Bernardus Burg-inidLv pavtibus Fontanis 
oppido patvis sui oviundusfuil (2). 

"\'iTA 3^ : L'auteur n'aborde pas la question. Il com- 
mence par vanter la célébrité du castrinn châtillonnais 
et par louer ses proceres, entre lesquels se distinguait 
Tescelin le Saure, miles for tissimus... indigena Castel- 
liouis, sed dominus minoris castri, ciii Fontanae nomen 
est, qiiod famosissimo illi Castro Divionis supere- 
minet, iii excelsa rupe locatiim (3). Après avoir fait 
réloge du preux chevalier, il parle de son épouse, Heli- 
sabeth (sic), Bernardi de Montebarro Jilia ; puis il arrive 
à leurs enfants : Peperil ergo Helisabeth vira siio non 
dissimilem tantis parentibiis soboleni, Guidonem et Girar- 
dum. Dchinc concepit et tertium tertid conceptions feli- 
cioi\ dumque nobili pondère staret oniista... (Récit du 
songe d'Aleth). Ciim natiis esset, mater eiim accipiens et 
clevans in cœliim qiiam altiits potitit, obtiilit Deofriictitm 
iiteri sui. Qiiod sane et de cxteris... faccre consuevit... 
Verumtamen Jilium hune, divino edocta oraculo, tenerius 
omnibus dilexit ; unde et patris sui ei nomen imposuit^ 
Bernardum eum vocans (4). Et il ne dit rien de plus, tou- 
chant l'origine et la naissance de saint Bernard. 

A'iTA 4" : Beatissinius igitur Bernardus^ in pago Lin- 
gonensi, Fontanis, oppido patris sui,digna propagine 
oriundus fuit... Genitor ejus Tescelinns nomine, genitrix 
rero Aalays... Fuit in partibus Burgundiae, ut supra 
texuimus, vir vitœ laudabilis Tescelinus nomine et uxor 
ejus Aalays (b). 

On le voit tout de suite, malgré le texte favorable à 



1 . Surius, De probatis SS. vitis, éd. 3" , Coloniœ 1618, T. W, p. 19-- 
243. 

2. Migne, 1. c, col. 470. 

'}. Op. quatuor, p. 169-170. — Migne, 1. c.,col. 524. 

4. Bibl. nat. \'ignier, 1. c. ; et cod. lat. 17639, fol. 2. 

5. Migne, 1. c, col. 533-537. 



14 \.E LIEU DE NAISSANCE 

Chàtillon, le doute n'est pas possible, c'est à Fontaines 
qu'on doit placer la naissance de saint Bernaid, d'après 
ses premiers biographes. En effet, suivant le principe 
énoncé plus haut, les témoignages qui font loi sont ceux 
de la Vita /•' recension B et de la Vita 2". Or ils sont 
en faveur de Fontaines. 

finirons d'ailleurs dans quelques détails. 

Des trois variantes de la Vita i", la première est la 
rédaction de Guillaume de Saint-Thierri, — la deuxième, 
la correction des continuateurs, — la troisième, une 
leçon imaginée par des transcripteurs qu'embarrassait 
la contradiction des deux textes A et B. Tout cela est 
fort bien établi par la collation des divers manuscrits. 

En conséquence, c'est à Chàtillon que Guillaume fait 
naître saint Bernard. Mais son témoignage est bientôt 
récusé : la seconde édition de la Vita /', ne le reproduit 
point. Geoffroi, auteur des remaniements, substitue 
Fontaines à Chàtillon, et, quels que soient les motifs 
qui lui aient fait omettre la mention du lieu natal dans 
ses Mémoires [Vita S-'), la recension B nous apporte là- 
dessus nettement sa pensée. Alain, qui veut être plus 
exact que ses devanciers, s'accorde avec Geoffroi. Jean 
l'Ermite les suit fidèlement. Il n'y a donc de contradic- 
tion pour Fontaines que de la part de Guillaume. Mais 
celui-ci n'eut pas le temps de mettre la dernière main à 
son travail, il ne put même le pousser loin, et, quand on 
nous présente son livre sous une forme définitive, c'est 
avec la leçon : Beniardiis Burgundiœ pariibiis Fonta- 
nis^ etc. La rectification est faite d'une manière absolue, 
donnée sous le nom de Guillaume, en sorte qu'on serait 
tenté de croire qu'elle est de lui. En bonne critique, il 
faut admettre que l'abbé de Saint-Thierri s'est trompé. 

Quelles causes l'ont induit en erreur? Saint Bernard 
se rattache, par ses origines paternelles, autant à Chà- 
tillon qu'à Fontaines (f). Chàtillon paraît avoir été l'une 

I. Hist. de s. Bernard, par l'abbé G. Chevallier, T. I, p. 3 et i3. 



DE SAIN 1' HF.RNARD 1 



des principales résidences de sa noble famille. C'est là 
qu'il fit ses études, sous la direction des chanoines de 
Saint-\'orles, là qu'il s'éprouva avec ses fervents com- 
pagnons, avant de quitter le siècle. D'autre part, quand 
Guillaume commença d'écrire, ne manquait-il pas, 
comme il arrive d'ordinaire, d'éclaircissements complets 
sur quelques détails de son sujet, et en particulier sur le 
vrai lieu natal du saint? Cet ensemble de circonstances 
suffit à expliquer la possibilité d'une méprise dans un 
travail inachevé (i). Mais, n'importe, ce qui est plus in- 
téressant à relever, c'est la date exacte de la correction. 
Or cette correction était certainement accomplie en 
1 167-1170, lorsqu'elle passait dans la compilation 
d'Alain; elle l'était en 1162-1 165, car la mention de 
Fontaines comme lieu natal de saint Bernard est une 
des leçons caractéristiques de la recension B (2). Ne fut- 
elle pas une conséquence de l'examen des diverses parties 
de la Vita par les évèques et les abbés réunis à Clairvaux 
en 1 1 56 ou 11 ^7 ? Rien n'empêche de le croire (3). 



1. Le D' Hùffer(l. c, p. 139-140) explique ainsi cette erreur. Que 
le château de Fontaines, dit-il, fût possédé par la famille de saint Ber- 
nard, Guillaume ne l'ignorait pas, puisqu'il commence le récit du départ 
du saint et de ses trente compagnons pour Citeaux en ces termes : 
Cwnque exirent de mansione Guidonis primogeniti quœ B'ontanœ diceba- 
ttir (Surius, 1. c, p. 201). Il lisait d'ailleurs, au sujet de Tescelin, dans 
les Fragmenta Gaufridi [Vita S'^) qui lui servaient de documents : Erat 
quidem indigena Castellionis sed dominus minoris castri cui Fontanœ 
nomen est. Mais ces Mémoires de Geotfroi, qui n'indiquent expressé- 
ment le lieu natal d'aucun des rils de Tescelin, appuient tellement sur 
Châtillon comme lieu d'origine et d'habitation du noble seigneur, que 
Guillaume aura pu être trompé par là. Heureusement, ajoute le D' Hûf- 
fer, GeoftVoi lui-même était destiné à réparer l'erreur que sa plume 
avait occasionnée. 

2. Der lil. B., p. i38 et suiv. 

3. L'assemblée comprenait les plus intimes connaissances de saint 
Bernard : Godefroi de la Roche, Geoft'roi, etc. Le livre de Guillaume v 
lut examiné diligenter. Aura-t-on maintenu le passage fautif, surtout si 
la conjecture du D' Hûrtér, rappelée dans la note précédente, a quelque 
fondement.'' C'était pour GeolVroi l'occasion naturelle de redresser 
l'erreur qu'il avait involontairement causée. En vain opposerait-on ces 
lignes du prologue des évèques et des abbés : Verumptamen quœ de 
eodem Pâtre nostro a R. abbatibus Willehiw sancti Theodorici et 
Ernaldo Bonevallis fidclUer scripta rcppcrimus, diligenter quidem 
examinata, sieut erant recipere quam rescribere et approbare 
maluimus quam mutare. Lihoitcr eiiini parcimiis jtilo, iibi testimonio 
licet esse contentas. [Mon. SS., T. XX\'I, p. 109). Car cette observation 
est répétée, sous une autre forme, dans le prologue de Geoftroi : Inde 



l6 I-E I.TEU HE NAISSANCE 



Cependant les plus anciennes copies du Livre I conte- 
naient la leçon fautive, et elles engendrèrent au loin un 
grand nombre d'apographes exactement similaires. Vai- 
nement l'édition corrigée opposa-t-elle ensuite sa va- 
riante, dans les pays éloignés de Clairvaux et de la 
Bourgogne. Là, on ne pouvait faire appel aux souvenirs 
locaux, qui aident à préciser un détail historique. Le 
texte primitif fut donc le plus souvent gardé. Des trans- 
cripteurs embarrassés supprimèrent le nom de Voppidiim 
natal (i). Quelques-uns, mais fort rares, reçurent avec 

est quod, intactis eorum libris qui de cjusdem beatissimi Patris >iostri 
initiis, seii ctiam mediis, co)iscripseru>it. ne tanquam super alienum œdi- 
Jicasse videar fundamentum, circa ea potissimiim nostcr sermo versatur 
quitus pêne omnibus prœscns adfui. interdum ctiam, licet pauca, interse- 
rens quœ fidelissima fratvum qui aderant relatione cognovi (Migne, I. c, 
col. 3o2i. Et pourtant les deux premiers livres, dans la recension B, ont 
subi des retouches certaines, celle notamment qui rétablit le véritable 
lieu natal de saint Bernard. En sorte que les remaniements considé- 
rables sont seuls exclus par ces mots : intactis eorum libris. Or le pas- 
sage précité du premier prologue doit s'mterpréter de même. — Un tait 
assez curieux d'ailleurs c'est que l'unique manuscrit qui contienne le 
prologue des évèques et des abbés porte la leçon rectifiée C'est le 
codex duacensis (Bibl. de Douai, n° 372) qui provient de l'abbaye d'An- 
chin, et date de la tin du xii'" siècle (D' Hûffer, 1. c, p. io5, 108, 126, 
i3o). Ledit prologue s'y trouve, à sa place, en tète du Tertium opus, et 
dans la Vita u recension A. Siger, auteur du manuscrit, eut les deux 
textes A et B sous les yeux. Cependant c'est le premier qu'il donne; et, 
du second, il a seulement transcrit, après la vie de saint Bernard, le 
prologue de Geoft'roi : Clarissimi Patris... (Migne, 1. c, col. 3oi), avec 
un passage du cinquième livre : Frater Guillcbnus de Monte-Pessulano... 
(Ibid., col. 3t)3). Sans doute, il a pu faire passer de B dans A la leçon 
de Fontaines au lieu de Cliàtillon. Mais il n'a pas moins pu trouver dans 
son lexte \, sous la garantie de l'approbation des évèques et des abbés, 
la leçon exacte. Il faut bien remarquer, en effet, que, si l'on détermine 
aisément la date à laquelle s'achevèrent les corrections caraciéristiques 
de la recension B, il n'en est pas de même de la date où elles furent 
commencées. Geofi'roi, seul ou avec d'autres, dut de bonne heure revoir 
la Vita. Ses habitudes littéraires, qui étaient de polir et d'amender 
sans cesse ses écrits, permettent de le penser. En conséquence, ce ne 
serait point chose surprenante qu'il eût soumis à l'examen de ses col- 
lègues de l'assemblée un texte de Guillaume dans la forme même où 
rà donné Siger. Mais, alors, si les évèques et les abbés réunis à Clair- 
vaux en ii5b ou 11.S7 ont approuvé le Liber I avec la leçon de Fon- 
taines, comment se fait-il que presque tous les exemplaires de la recen- 
sion A contiennent celle de Châtillon? Observons que ce qui constitue 
la recension A c'est le texte tout-à-fait primordial, et par conséquent, 
pour le Liber 1, celui que Guillaume laissa en mourant, l'année ii5i. 
Or, de iiDi à ii36 ou ii57, ce livre tut vraisemblablement copié plu- 
sieurs fois, et ces premières transcriptions auront propagé la leçon 
inexacte. 

I. Le D'' Hûffer, 1. c , p. 128, indique six manuscrits d'origine rhé- 
nane et classés dans la recension A, où l'on trouve la leçon indétermi- 
née reproduite par Surius : Bernardus ergo Burgundiœ oppido oriundus 
fuit. 



DE SAINT BERNARD I7 



confiance la leçon rectifiée, et l'insérèrent même dans la 
recension A ( i) . Les choses se passèrent à l'inverse dans 
le pays de saint Bernard, où la leçon véridique était fa- 
cile à discerner. Le texte nouveau, avec toute la recen- 
sion B d'ailleurs, fut admis sans obstacle, et finit par 
être seul conservé. 

Après cela, rien d'étonnant que certains chroniqueurs 
ou historiens aient placé la naissance de saint Bernard 
à Châtillon. Un des continuateurs de la Chronique de 
Sigebert, le moine d'Ourscamps, qui fit son travail 
entre ii55 et 1200, suivit la leçon ancienne (2). De 
V Auctarium iirsicampinum, la même leçon passa dans le 
Spéculum historiale de Vincent de Beauvais (3). On la 
trouve encore, au xv^ siècle, dans Platina, Hartman 
Schedel, Foresti, et, au commencement du xvi% dans 
Emili Paolo (4). Gutolfe, religieux du monastère cister- 
cien de Sainte-Croix, en Autriche, composa, en vers, au 
XIII® siècle, une vie de saint Bernard ; il salue aussi Châ- 
tillon comme la patrie du grand abbé (5). Mais ces échos 
répercutés de l'erreur primitive sont trop évidemment 
des témoignages sans valeur. 

Est-il possible de se méprendre sur le castel bourgui- 
gnon du nom de Fontaines où naquit saint Bernard, et 
comment voir autre chose qu'une facétie dans les soi- 
disant revendications de Fontaines-en-Duesmois? Cette 
légende, née d'hier, agrémente le Voyage d'un touriste 
dans r arrondissement de Châtillon -sur- Seine , par 



1. Deux manuscrits mixtes (ibid., p. 126) dont le texte A forme le 
fond, présentent la leçon du véritable lieu natal de saint Bernard. 

2. Mon. SS., T. VI, p. 471 : Bernardus, juvenis egregius, scientia, 
moribus et génère clariis, vir postmoditm magnce virtiitis exemplar futu- 
rus, Castellione Castro Burgundix oriundus, ciim germanis fratribus et 
aliis comîtibiis muUis Cistercii Itabitu religionis induitur, et miro rcli- 
giositatis fcrvore conversatur . 

3. Spec. Iiist., lib. XXVI, cap. 22. 

4. Migne, 1. c, col. iSgi, 

5. Bernardus Gittolfi monachi, Nuremberg, 1743, T. 1, p. i5. — Le 
D'Hûft'er, 1. c, p. i3i, signale, à Vienne (Autriche), un manuscrit de 
1254, contenant cette \'ie de saint Bernard écrite en vers. Il soupçonne 
que c'est l'autographe de Gutolfe. 



l8 T.E T.FETI DE NAISSANCE 

E. Nesle(i). L'auteur était un peintre de talent; mais 
sa science archéologique n'égalait point l'habileté de 
son pinceau. Abusé par son attachement pour Châtillon. 
qu'il habita longtemps, il eut voulu, avec quelques 
autres amateurs d'antiquités, rattacher la naissance de 
saint Bernard, sinon à cette ville, du moins à l'arron- 
dissement dont elle est le chef-lieu. Qu'on relise les 
textes cités plus haut. Les deux premières Vitœ déter- 
minent seulement le castel de Fontaines où saint 
Bernard est né, en l'appelant Voppidiim patris sui. Mais 
d'une part, les Notes ou Mémoires de Geoffroi (Vita 3''), 
qui ont servi de base à ces deux biographies et dont la 
rédaction était plus prolixe, nomment littéralement 
« Fontaines-lès-Dijon » le castriun dont Tescelin était 
seigneur. La concision du texte des Vitœ i" et 2' n'é- 
quivaut pas à une contradiction : c'est, à n'en pas douter, 
le même castel qui s'y trouve désigné. D'autre part — 
ceci sera développé tout à l'heure — la tradition bour- 
guignonne a toujours vu à Fontaines-lès-Dijon le do- 
maine seigneurial de Tescelin. Même remarque à faire 
pour la tradition de l'ordre cistercien. Enfin. Jean 
l'Ermite, qui place Fontaines in pcigo Lingonensi, exclut 
Fontaines-en-Duesmois, situé, comme le castriim Tiiil- 
liitm deGaudri, /;/ ierritorio ALducnsi {-i). Mieux encore, 
le récit qu'il tenait de l'abbé Robert sur la mort de la 
B, Aleth, contient une de ces circonstances topiques où 
Fontaines-lès-Dijon est désigné de la fiiçon la plus cer- 
laine. La pieuse châtelaine célébrait chaque année avec 

1. Voyage d'un touriste, etc., 1860, p. aSj. On avait déjà essayé, il y 
a deux siècles, de substituer à Fontaines-lès-Dijon, comme lieu natal 
de saint Bernard, Fontaines, près de Bar-sur-Aube. Cette tentative est 
rappelée par La Martinière, Figaniol de la Force, De Mangin : « Quelques 
écrivains ont fait des efforts inutiles pour prouver que' ce n'est pas à 
Fontaines-les-Dijon que saint Bernard est né, mais dans un autre village 
du même nom, qui est en Champagne, sur la rivière d'Aube, au-dessus 
de la ville de Bar-sur-Aube. » — Le grand Dict. géogr., Iiist. et crit., 
par La Martinière, La Haye, 1726, T. \\\, an. Fontaines. — Descript. 
''ist. et geogr. de la France, par Piganiol de la Force, i'jb3, T. IV, p. 3o. 

- Hist. eccl. et civ. du dioc. de Langres, par de Mangin, 1765, T. II, 
p. iS. 

2. Mii'ne, 1 . c, col . 232. 



h 



DE SAINT BERNARD ly 



grande dévotion et munificence la fête de saint Ambro- 
sius, et ce fut dans l'occurrence de cette solennité qu'elle 
rendit son ànie à Dieu (i). 11 s'agit évidemment d'un 
saint qui était en particulière vénération dans le bourg 
de Tescelin. Or, quel est ce saint? en quel village de 
Fontaines était-il honoré? Il ne saurait être ici question 
de saint Ambroise de Milan, qui ne paraît pas avoir 
jamais été l'objet d'un culte spécial ni à Fontaines-lès- 
Dijon, ni à Fontainesen-Duesmois. Mais, à Fontaines- 
lès-Dijon, le i*-'"" septembre, on célébra, jusqu'à la veille 
de la Révolution, la fête de saint Ambrosinien, ancien 
titulaire de l'église du lieu, et ce culte remonte au 
xn^ siècle (2). Aussi bien les nécrologes de l'abbaye de 
Saint- Bénigne, où fut inhumée la B. Alcth, portent son 
nom à la date du i*^' septembre (3). 

Concluons : le témoignage authentique et recevable 
des premiers biographes de saint Bernard sur le lieu de 
sa naissance doit se formuler ainsi : Saint Bkrnard est 

NÉ A FoNTAlNES-LES-DlJO\. 



% 1. — Monuments de la Tradition. 

La tradition locale, interrogée, répond comme les 
premiers biographes. Nous allons dérouler sous les 
yeux du lecteur la chaîne ininterrompue des témoi- 
gnages par lesquels elle s'affirme de siècle en siècle. 

Entre l'époque présente et le xvn® siècle, au commen- 
cement duquel les FeuîUants fondèrent un prieure à 
Fontaines pour garderie berceau de saint Bernard, il 
serait superflu de fournir les preuves d'une tradition 
alors par trop notoire et unanime. Il suffira de constater 
l'état des croyances populaires au moment de la fonda- 

1. Migne, I. c, col. 538. 

2. Mignc, 1. c, col. iSqS-iSq? et 1418. 

3. Mis^nc, 1. c, col. liiyj-i'.nj.S et 14.11. 



20 l.H I.IEW DF, NAISSANCE 

tion du prieuré, puis de remonter le cours des siècles 
précédents. 

Le contrat d'acquisition du château de Fontaines par 
les Feuillants, en date du 24 septembre i6i3, expose 
que ces religieux, « ayant dès longtemps désiré d'édiffier 
une église et monastère au lieu de Fontaines -les-Dijo7i, 
qui est le lieu de la naissance de sainct Bernard... ont sup- 
plié et fait supplier Messire Joachim Damas^ chevalier, 
seigneur du Rousset... et dudict Fontaines, les vouloir 
acommoder de ladicte terre et seigneurie, ou du moins 
de la place, chastel et pourpris avec les dépendances du- 
dict pourpris, oii est la très sainte et très recommandable 
chapelle en laquelle est né sainct Bernard (1) ». 

Les Lettres Patentes octroyées par Louis XIII aux 
acquéreurs, en février 1614 et juillet 1618, reviennent 
sur ces détails, et attestent, après information, « qu'a« 
dit lieu de Fontaines Vendroit oîi nasquit saint Bernard, 
a esté depuis dédié et appliqué à lusage d'une chapelle 
qui a esté et est encor vénérée et fréquentée par grand 
concours de peuple, et qu'en icelle plusieurs obtiennent 
des grâces et faveurs d'en haut, très singulières et 
extraordinaires, par les intercessions de ce glorieux 
saint (2) ». 

Malabaila, feuillant italien, auteur d'une vie de saint 
Bernard, visitait à Fontaines-lès-Dijon, en 1622, le mo- 
nastère établi dans le château paternel de l'illustre abbé 
et surtout la caméra ove gia nacque^ convertita in un'' ora- 
torio. Il rapporte comment ce pieux sanctuaire attirait 
de nombreux pèlerins, parmi lesquels les Chartreux 
mêmes de Dijon, qui s'y rendaient en procession chaque, 
année (3). 

Telles étaient donc les croyances populaires en Bour- 
gogne, au commencement du xvu'-' siècle :' c'était une 

1. Archiv. de la Côte-d'Or, H, 996, layette F, n° 2. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, H, 996, layette B, n" 2 et 5. — Migne, 1. 
c, col. 1643. 

3 . Vita del divoto et melUfluo dottorc santo Beniardo, co>n;:vsta dal 
Don Filippo Malabaila, Naples, ifi34, p. 2tJ5, 408 et 45. 



DE SAINT BERNARD 2 I 



conviction générale que saint Bernard était né à Fon- 
taines-lès-Dijon, et que l'oratoire du château avait été 
formé de sa « chambre natale «. Interrogeons les siècles 
antérieurs. 

xvi'' SIÈCLE. — Les processions et pèlerinages rappelés 
dans les documents qui précèdent, étaient fréquents 
dès le xvi'' siècle, h Le i'''' mai iSqô, lit-on dans le Livre 
de souvenance du chanoine Pépin, on a accompli le vœu 
et faict la belle procession générale à Fontaines, rendant 
grâces à Dieu et à Monsieur sainct Ber.iard de la belle 
apparence des fruits et vins qui sont sur la terre (i). — Le 
18 aoust 1693, note à son tour en son journal le conseil- 
ler Breunot, infini peuple va en dévotion à Fontaines à 
saint Bernard pour rendre grâces à Dieu (2) » . — Par acte 
notarié du 19 janvier 1644 (n. st. i545), Pierre Chau- 
chier « prêtre natif de Fontaines-lez-Dijon et demeurant 
audict lieu » fonda la lêtc de saint Joseph dans l'église 
paroissiale. Une des clauses de cette fondation est ainsi 
conçue : « Avant la messe solempnelle sera faictc la pro- 
cession en la chappclle Monsieur sainct Bernard dudict 
Fonteines. n Par cette prescription, Pierre Chauchier se 
conformait aux usages établis, car il mentionne plus loin 
« la procession que l'on a accost mué faire en la chappclle 
dudict saint Bernard, avant la grand messe, tous les 
dimanches et festes solempnelles (3) ». 

A quoi tenait l'attrait dès lors exercé par la petite 
salle du château qu'on avait convertie en oratoire? Sans 
aucun doute, au précieux souvenir qu'elle rappelait, et 
dont le contrat du 24 septembre 161 3 contient la men- 



1. Analecta divionensia, T. I, p. i5i. — L'institution de la procession 
du r''mai, à Dijon, remonte à Michel Boudei, évoque de Langres 
(i5i2-i529). Histoire de la Confrairic de N.-D. de Bon-Espoir, Dijon, 
1733, p. i5. 

2. Anal, divion., T. I, p. 3')ij. Le i8 août \5()3 était le lendemain de 
la publication de la trêve qui suspendait les hostilités entre les roya- 
listes et les ligueurs. 

3. Archiv.de la Côte-d'Or. G, 6o3, Cures du département, Fontaincs- 
Ics-Dijon, 1j) ettc A. fondations, n"' 6 et G tiis. 



I.E I.IEU DE- NAISSANCeI 



A'oici d'ailleurs un témoignage de 
l'époque où la tradition est clairement formulée. Guil- 
laume Paradin, né à Cuiseaux, dans la Bresse chalon- 
naise, raconte, en ses Annales de Bourgongne, éditées 
Tan i5()6, comment vînt à Gîteaux « saint Bernard 
natif d'un château près de Dijon nommé Fonteincs (i). » 
Dans son livre De antiquo statu Burgundiœ, paru beau- 
coup plus tôt, en t54'2, il cite aux alentours de Dijon 
castellum cui a fontibus nomen, quod Beriiardns abhas 
sanctissimus suis clarissimis illustravit crepnndiis : olim 
Castellionensium equitum dominis (domus), hodie Christo 
œdes sacra (2). 

Alors florissait à Fontaines une confrérie de Saint- 
Bernard, d'institution déjà ancienne, et qui comptait 
des membres dans beaucoup de localités. Gette pieuse 
association solennisait sa fête particulière le dimanche 
après la Saint-Bernard. Elle avait ses « procureurs et 
gouverneurs ». Elle possédait des rentes constituées, 
des vignes, un « treuil » ou pressoir, et une maison spa- 
cieuse, vulgairement appelée « la Gonfrérie », dont dé- 
pendait une chapelle attenante, du vocable de Saint- 
Denis (3). 

xv^ SIÈCLE. — La tradition dont nous recherchons les 
vestiges, se révèle, très vivace, dans plusieurs chartes 
intéressantes du xv*" siècle. 

Le 18 novembre 1490, Laurent Blanchard, conseiller 
à la Ghambre des Gomptes de Dijon et seigneur de Fon- 
taines pour un quart, donna son dénombrement. Il y est 
fait mention de la grosse tour oii fut né Monsieur saint 

1. Annales de Bourgongne, liv. II, p. i6q. 

2. De antiquo statu Burgundiœ, p. 140 (Bibl. de Dijon). — Migne, I. 
c, col. 644. 

3. Archiv. de la Côte-d'Or, Comptes de la Fabrique de Fontaines, G, 
fond 40, Cures et Fabriques, Fontaines-les-Dijon. — La chapelle Saint- 
Denis, abandonnée depuis la Révolution, a fini par disparaître entière- 
ment. La maison de la Confrérie subsiste et vient d'être restaurée et 
embellie par son propriétaire actuel, M. Henri Gérard, secrétaire du 
Comité de l'Œuvre de saint Bernard. 



DE SAINT lîEUNARI) 23 



Bcrnai-d, voisine de la port di castel inventoriée (i). 
— « L'an de l'Incarnation de Nostre Seigneur i4()2 (n. 
st. 14G3), le XX iour de Febvrier » Messire Bernard de 
Marey légua à l'abbaye de Gîteaux ce qui lui apparte- 
nait dans la forteresse et au tinage de Fontaines. Une des 
charges imposées aux moines légataires fut l'érection 
d'une chapelle en l'honneur de Dieu et de saint Bernard, 
dans l'enceinte du vieux château féodal. Le testateur 
expose ainsi ses motifs : « Comme de très long temps 
i'ai eu et encore ay de présent grande dévotion à Dieu 
mon Créateur, à la Vierge Marie sa mère, et aussi à 
Monseigneur sainct Bernard, pour ce qu'il iui natif au 
chastel dudit Fontaine et partit de la seigneurie dudit 
lieu; et que d'icelle seigneurie et ligne je suis issu et 
descendu, etc. (2) » — Alexandre et Perrenote de Marey, 
frère et sœur de Bernard, avaient vendu, dès 1435, cha- 
cun leur part du même château à l'évêque de Chalon, 
Jean Rolin. La prise de possession officielle de la partie 
cédée par Perrenote s'accomplit « le mercredi 16^ jour 
de mars, Tan 1434 {n. st. 1435) », Odot le Bediet de 
Dijon agissant en qualité de procureur de l'évêque. « Et 
en signe de ladite posession print Girard Bolon, maire 
commun audit Fontaines et gouverneur de la justice 
pour les seigneurs, le verroul de la porte basse d'une 
grosse tour quarrée cstans dedans ledit chastel de Fon- 
taines, en laquelle tour, connue Von dit, fut ne^ saint 
Bernart, laquelle tour est arrivée par partaige à ladite 
damoiselle ; prenant lequel verroul il bailla audit Odot 
le Bediet (3) » — Le partage rappelé datait de février 
1429 (n. st. 1430). La charte qui l'attestait, aujourd'hui 
disparue, a été analysée par Chiftlet. Il y était fait men- 
tion — évidemment dans la désignation du lot de 
Perrenote — de la grosse tour de Fontaines vulgaire- 

1. Archiv. de la Côte-d'Or, B, 10587, cote 'Si. 

2. Migne, 1. c. , col. 1454. 

3. Misne, 1. c, col. 1A95-1406. — Archiv. de la Côte-d'Or, E, 304, 
Titres de lu seigneurie cib Fontaines, 2* fascicule. 



24 II'" I lElJ r>r^ NAISSAN'CIi 

ment dicte la Tour Monsieur saint Bernard et du cellier 
ou chambre de la mesme tour dans laquelle fut né mau- 
dit sieur saint Bernard {v). 

En 1410, à la requête des membres de la confrérie de 
Saint-Bernard, Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, 
amortit 5o livres de rente, montant de la fondation de 
deux messes. On lit dans la charte d'amortissement : 
« Jehan duc de Bourgoingne... comme donques nos 
amez les confrères de la confrarie instituée au lieu de 
Fontaines les notre bonne ville de Dijon, en lonneur de 
Dieu, de sa benoite mère et du glorieux confesseur 
Monseigneur saint Bernard espécial chappellain d'i- 
celle... nous aient très humblement suplié que ladite 
rente nous pleust adniortir... nous, eue considéracion a 
ce que dit est a lonneur et révérence de Dieu, de sa dicte 
benoite mère et dudit glorieux confesseur qui fut 7ie\en 
notre dit pais de Bourgoingne ou chastel dudit Fon- 
taines et des seigneurs dicelui... inclinans au bon prou- 
pos et entcncion desdis confrères et à leur suplicacion... 
moyennant la somme de deux cens livres tournois... 
octroions par ces présentes quilz puissent acquérir 
icelle rente de cinquante livres tournois... et par la 
teneur de ces présentes... pour nous, nos hoirs et suc- 
cesseurs admortissons a tousiours... la devant dicte 
rente... Donné a Paris ou mois daoust, lan de grâce mil 
quatre cens et dix (2) ». 

La paroisse de Fontaines conserve encore deux re- 
gistres intitulés : « Comptes de Jehan Pignaullet de 
Fontenes, procureur et receveur des confrarcs et cen- 
seurs de la confrarie Saint Bernardt Abbé et Docteur, 
laquelle confrarie sollempneement est faicte chascung an 
audit Fontenes les dimoinches après la feste dicellui 
glorieux saint (3) ». Ces comptes sont pour les années 

1 . Migne, I. c, col. H()5. 

2. Archiv. de la Côtc-d'Or, Confréries, E. 6, carton G, n" 32. 

3. Archiv. de la paroisse de Fontaines, Comptes de la conf. de S. Ber- 
nard, !'■' regist., fol. i. 



nt; SAiM Bi:uNAKi) 20 



1426 et 1427. On y peut lire les noms d'environ 1200 
membres, en tête desquels « Très hault et exellant 
prince Messire le duc de Bourgoigne » {Philippe le 
Bon). Les associés appartenaient à près de 100 localités. 
Ils s'assemblaient en grand nombre le jour de leur fête, 
assistaient aux offices, entendaient un sermon, rece- 
vaient à dîner dans la « maison de la confrérie », le tout 
à frais communs. Le second registre mentionne qu'en 

1427 les noms des membres dernièrement trépassés 
furent portés à Cîteaux « pour obtenir absolution et 
suffrages au grand chapitre (1) ». On voit par ces détails 
jusqu'à quel point le culte de saint Bernard rayonnait de 
Fontaines comme d'un centre, et la raison de ce culte 
populaire est donnée par les attestations si formelles des 
chartes. 

xiv^ SIÈCLE. — Un marché conclu le 17 décembre i3(S3 
avec un verrier de Dijon, fournit un nouvel anneau dans 
la chaîne des témoignages explicites. En voici la teneur : 
o Dcceb IIIP^III (Décemhfix- i.3S3, car le registre où 
est contenu cet acte, va de 1 382 à i 384). Jehan le Bourcez, 
verrey, demorant à Dijon, doit faire en l'église de P'on 
taines la grant fenestre dairrière le grant autel, de verre 
dotté bon et fin, ymaiges des ymaiges de Notre Dame 
tenant son enfant ou mylieu, a la destre saint Am- 
broisyan ; a la scnestre sai)i/ Beru.Trd ney de Fontaines, 
et dessus leurs testes bons tabernacles... le X^""!! de 
décembre qui fut le jeudi après la Sainte Lucie (2) ». 

xm" SIÈCLE. — Etienne de Bourbon, dominicain né à 
Belleville-sur-Saône (dép. du Rhône) à la fin du 
xu" siècle, prêcha en Bourgogne vers 1240, et s'arrêta 
un peu après cà Dijon. Il se rendit à Fontaines, où lui 
fut racontée la légende de la conversion de Tescelin 

1 . .Vrcliiv. de la paroisse de Fontaines, Comptes de la conf. de S. Ber- 
nard, 2' regist., toi. 40, v*. 

2. Archiv. de la Cftte-d'Or, B, 1129^, fol- 64, r*. Registre d'Aubcjtin- 
Jehan de Sauxurettes, de 1082 à 1384. 



26 l-E LIEU nn NAISSANCE 



après une prédication de son fils, l'abbé de C'Jairvaux. 
En rapportant ce trait bien connu, il termine par ces 
mots : « Hax aiidivi in loco ipso, ithi piwdicatio fada 
esl^a l). Caloiie, doiniiio de Fonlanis, pronepotc B. Ber- 
uardi, in loco nativitatis siuv, Fontanis dicto (i) ». 

Ainsi se relie presque au temps de saint Bernard la 
tradition qui voit à Fontaines son berceau, et dans les 
seigneurs du lieu les arrièrc-petits-iils de Tescelin. Elle 
apparaît bien manifeste du commencement du xvii^ siè- 
cle jusqu'au milieu du xiii^ A elle seule elle fournit, 
dans la question ici examinée, un argument d'un poids 
considérable, on peut même dire un argument décisif, 
car rien de sérieux n'est opposé de nulle part. 

En elTet, d'où pourraient venir des témoignages con- 
tradictoires capables de discréditer ceux que nous venons 
de produire? De Chàtillon principalement. Or les au- 
teurs chàtillonnais qui ont fait l'histoire ou décrit les 
monuments de leur ville natale, comme le P. Legrand, 
au XVII* siècle (2), M. Gustave Lapérouse et l'abbé Tri- 
don, à notre époque (3), n'ont point revendiqué pour elle 
un honneur reconnu à Fontaines. Tandis qu'ici le tou- 
riste et le pèlerin saluent ou vénèrent la « Chambre na- 
tale )) de l'abbé de Clairvaux, là on ne leur montre que 
la « maison où cy-devant a fait sa demeure monsieur 
sainct Bernard », et la « cellule où il priait dans son en- 



1. iMigne, I. c, col. 678 et (167-968. — Anecdotes historiques, légendes 
et apologues tirés du recueil inédit d'Etienne de Bourbon, par A. Lecoy 
de la Marche, Paris, 1877, p. viii et 29. — Galon ici mentionné n'est pas 
le fils de Barthélémy de Sombernon, comme le dit par erreur Lecoy de 
la Marche, mais Galon fils de Guillaume de Saulx et de Belot de Fon- 
taines. Le premier mourut vers 1180 (Archiv. de la Côte-d'Or, H, 70, 
abbaye de St-Bénigne, Mémont). Le second fut seigneur de F'ontaines 
à partir d'environ 1240 jusqu'à 1270 (Migne, 1. c, col. 1425, 1430 et 
14!?!. — Méin. de la Coni. des Antiq. de la Côte-d'Or, 181)4, ?• i-xxxvi. 
— Archiv. de la Gf>te-d'()r, estampage des tombes de Bonvaux.) 

2. L'Iiist. saincte de la ville de Clidtillun-s-Seinc, par le P. Legrand, 
i65i, 2' partie, p. io5. 

i.Hist. de Clidtillnn, par Gustave Laperousc, 1837, p. 162. — Notice' 
archcol. et pittoresque sur Chdtillon-sur-Seinc, p. l'abbé Tridon, 1S47, 
p. 72 et i33. 



I)H SAINT lîliKNAKI) 



fancc ( i) » Lorsquelcs Feuillants s'établirent à Chàtillon, 
deux certificats, résumant les croyances populaires, leur 
furent délivrés, l'un par le baill\', l'autre par le maire et 
les échevins. C.es documents, datés du 17 et du 18 dé- 
cembre i()io, attestent seulement que la maison donnée 
aux religieux et vulgairement appelée la Maison de saint 
Bernard, « est réputée de tout temps pour celle où auroit 
iccluy t^lorieux saint fait sa demeure par plus de treize à 
quatorze ans » (2). Au x\i^' siècle, il est vrai, deux illus- 
tres chàtillonnais, Guillaume Philandrier et le président 
Jean Bégat, se disaient compatriotes de saint Bernard (3). 
Mais ce sont des témoignages isolés, sans précédent ni 
conséquent. On ne peut en induire rigoureusement 
« qu'une tradition accréditée dans le pa}'s à cette époque 
supposait le saint abbé né à Chàtillon, dans la maison 
de son père » (4). Le langage tenu par Philandrier et 
Bégat est-il, en etlét, autre chose qu'un dernier reten- 
tissement de l'erreur de Guillaume de Saint-Thierri, qui 
devait sourire à leur patriotisme local, ou bien une con- 
jecture caressée par le même sentiment? Encore que plu- 
sieurs de leurs concitoj'ens eussent partagé leur opinion, 
on ne saurait y voir l'expression des vraies traditions 
chàtillonnaises, puisque celles-ci s'affirmaient tout 
autres, peu de temps après, dans les déclarations authen- 
tiques obtenues des magistrats de la ville par les Feuil- 
lants. — Quant à Fontaines-en-Duesmois, s'il n'est pas 
puéril d'y revenir, notons, en finissant, qu'on n'y rencon- 
tre à aucune époque, ni monument, ni culte particulier, 

1 . Hist. de Chàtillon, p. G. Lapcrouse, p. 174 et 176. — Note sur la 
Maison Je Saint-Bernard à Chdtillon-s-Scinc, p. l'abbé Jobin, publice 
dans le Bulletin d'Iiist. et d'archàol. relig. du dioc. de Dijon, novembre- 
décembre 18.S0, p. 233-238. — L'éijlise Saint- V'orles de Chàtillon renferme 
une chapelle dite de Saint-Bernard, qui est de très ancienne date; mais 
les souvenirs qu'elle consacre impliquent seuk'mcnt le séjour et non la 
naissance du saint dans la ville. 

2. Hist. de Chàtillon, p. G. I.apérouse, p. 177-178. — Note sur la 
Maison de Saint-Bernard, à Chàtillon, par l'abbé Jobin, I. c. 

3. Hist. de Chàtillon, p. G. Lapérouse, p. 162 et 469-470 

4. Hist. de Cliàlillon, p. G. Lapérouse, p. 469-470. 



28 LE LIEU DE NAISSANCE DE SALNT BERNARD 



ni tradition quelconque en faveur des prétentions écloses 
de nos jours. 

A Fontaines-lès-Dijon appartient donc la gloire d'être 
le pays natal de saint Bernard : la tradition locale et les 
biographes du saint l'attestent d'une façon irrécusable. 
On conçoit dès lors tout l'intérêt qu'inspirent les débris 
de l'antique castel, échappés au vandalisme révolution- 
naire. On applaudit de grand c(eur aux généreuses ini- 
tiatives qui les ont sauvés d'une ruine totale, et qui 
réparent avec munificence les outrages d'une époque 
néfaste. Enfin, on ne s'étonne pas que les pèlerins du 
xix^ siècle, comme le cistercien de Mar-Stern, qui visita 
Fontaines en 1667, aiment à venir en ce village, invisuri 
caslrimi e quo splendidissimiis ille ordinis {cisterciensis)^ 
iiiio orbis uiiiversi sol Bcrnardus prodivit (i); et qu'en- 
suite ils se félicitent des émotions réconfortantes de leur 
pieuse excursion : Palernas Bernardi cèdes circumdiicli, 
l^i-alidabaniiir hona.' J'oi-tniuv, qnod a nohis virtulum 
celeben-iiiiartim hic /torliis inambulai\'liir, ex quo lot 
prœstantissima sanctimoniœ gerniiua piillulaïK're {2). 
Telles sont encore actuellement, en effet, les impressions 
de ceux qui se rendent sur la colline de Fontaines, 
attirés « par le berceau d'un saint et d'un homme de 
génie » (3). 



1 . Migne, 1. c, coL i588. 

2. Migne, \. c, col. i58f). 

3. Le Berceau de saint Bernard, notes et impressions, p. A.-.l. Rance, 
professeur à la Facultii de Théol. d'Aix; Aix, Achille Makaire, 1884. 



ff>ft'4'4'4'4"^4'#'#'#'#'4'#'4'#'#»4'4'4'4' 



NOTE 

SUR L'ÉGLISE DE FONTAINES-LÈS-DIJON 

ET SUR SON ANCIEN TITULAIRE 



L'église actuelle de Fontaines est l'ancienne église ou cha- 
pelle de Saint-Ambrosinien, qui existait déjà vers l'an i loo, 
mais fut rebâtie sur la fin du XIV siècle (i). On en attribue 
généralement la fondation aux parents de saint Bernard. Il ne 
semble pas, du moins, qu'elle ait été construite bien avant 
leur époque. Ce fut, à l'origine, une annexe de l'église parois- 
siale Saint-Martin-des-Champs, située à une demi-lieue de 
là sur les bords du Suzon, et chef-lieu spirituel de trois vil- 
lages : Saint-Martin, Pouilly et Fontaines. Comme l'église 
mère, elle dépendait de l'abbaye de Saint-Etienne. Plusieurs 
chapelains la desservaient concurremment avec le curé de 
Saint-Martin. On vit même, à la fin du XIV^ siècle et pen- 
dant la première moitié du XV, le curé de Saint-Jean de 
Dijon y exercer aussi les fonctions curiales, parce qu'une 
partie du bourg de Fontaines se trouvait comprise alors dans 
la circonscription de son église (2). Enfin, vers le milieu du 
XV* siècle, Fontaines fut érigé en cure, et la chapelle de 
Saint-Ambrosinien reçut le titre paroissial. 

Cette église conserva son vocable jusque vers 1760, époque 
où elle le perdit, en fait, par la suppression bien anormale 
de la iète de saint Ambrosisien. C'était sous l'administration 



1. Voies rom. du dép. de la Côte-d'Or et Répertoire archéol. des arr. 
de Dijon et de Beaune, 1872, p. 63. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, G, Liasse 80, Débats de l'abbaye de Saint- 
Etienne avec l'église paroissiale de Saint-Jean. 



3o NOTI- SUR k'égi.isf. df i-ontainf.s 



de Claude-René Merceret, cure de Fontaines de lySi jusqu'à 
la Révolution, lequel fut élu député du clergé aux Etats gé- 
néraux et devint membre de l'Assemblée constituante. La per- 
sonne et le culte de saint Ambrosinien avaient été discutés. 
Ses Actes avaient d'abord été déclarés suspects par Chifflet (i), 
et, ensuite, fabuleux par les Bollandistes (2). Fontaines était 
le seul pays du monde où l'on célébrât la fête de ce saint, 
à la fois titulaire de l'église et patron du lieu. Les prédica- 
teurs se refusaient même à prononcer son panégyrique, 
comme l'attestaient encore vers iSSode très anciens habi- 
tants du village. En pareille circonstance, le curé Merceret, 
esprit distingue mais imbu des idées rationalistes, dut se 
prêter aisément à l'abolition de la fête de saint Ambrosinien. 
Le patron substitué fut naturellement saint Martin, titulaire 
de la primitive église paroissiale (3). Cet état de choses s'est 
modifié dans le commencement de notre siècle, mais sans 
qu'on ait fait revivre le moindre souvenir du saint si légère- 
ment délaissé. Saint Bernard devint alors le patron prin- 
cipal de Fontaines, et saint Martin, le patron secondaire. 
M. l'abbé Mfcrle avait rédigé un Mémoire qu'il se proposait 
d'envoyer à Rome pour solliciter le rétablissement du culte 
de saint Ambrosinien. La mort Fempêcha de donner suite à 
son projet. 

Plusieurs ont eu le tort de confondre l'ancien patron de 
Fontaines, dont la fête se célébrait le i"' septembre, avec saint 
Ambroise do Milan, honoré le 7 décembre et le 4 avril. C'est, 
d'ailleurs, sous le titre d'évêque et marty^r qu'était vénéré 
saint Ambrosinien, et l'on place son siège épiscopal en Armé- 
nie. Chifflet nous a conservé ses Actes (4). Ils sont distribués 
en neuf leçons, et ont été extraits du bréviaire particulier de 
l'église de Fontaines (5). D'après la teneur du récit, les pa- 
rents du saini, chrétiens tous deux, habitaient Sarmatica, en 
Ibérie. Contraints d'émigrer pendant une persécution, ils vin- 
rent se fixer dans la ville arménienne d'Artemita. C'est là 



1. Migne, I. c,, col. i3y4. 

2. Acta SS. T. 1 scptcmb. 

3. Inventaire des Archives du monastère royal de St-Bernard, ms. de 
la Maison de St-Bernard, à Fontaines-lès-Dijon, p. 117. 

4. Migne, 1. c. col. 1414-1417. 

5. Malabaila, Vita dcl divolo et mcllifluo dutture S. Bernai do, cdi\. 
Nap. 1634, p. 1 3. 



J 



ET STIR SON ANCIFN TITUI.AIRK 3l 



que, dcjà vieux, ils curent leur fils AmBrosinien. Celui-ci, 
soigneusement instruit dans la religion et dans les lettres, 
quitta de bonne heure ses parents pour se consacrer à Dieu. 
Il se rendit dans la ville de Sarlat (aliàs Salart), où il fut fa- 
vorablement accueilli par Tévêque Nicéphore, qui plus tard 
lui conféra les Ordres, et le choisit pour successeur. Ambro- 
sinien succéda effectivement à Nicéphore, mais il n'acheva 
point ses jours dans sa ville épiscopale. Ayant su que sa fa- 
mille sortait d'Ibérie, il alla prêcher la foi en ce pays, et souf- 
frit le martyre à Sarmatica. Comme les Actes de saint Am- 
brosinien sont sans autorité, et qu'on ne possède aucun autre 
document sur cet éveque martyr, toute son histoire Hotte 
dans le vague et l'incertain. Cette raison néanmoins ne saurait 
justifier l'abolition de son culte. Vénéré avec solennité dès 
I loo environ, rien n'insinue qu'il n'eût pas dès lors dans la 
liturgie le titre d'évâqiie et 7nar{yr, et tout porte à croire 
qu'on avait quelque connaissance de sa vie. D'ailleurs, une 
tradition recueillie à Fontaines par le P. Giry (i), et aupara- 
vant par Malabaila (2), concorde avec un point fondamental 
des Actes, à savoir, l'origine asiatique de saint Ambrosinien. 
Suivant cette tradition, en effet, on aurait, vers la fin du XI* 
siècle, rapporté d'Orient des reliques de ce saint, et, à cette 
occasion, bâti la chapelle érigée sous son vocable. Le silence 
qui règne dans tout l'Orient sur saint Ambrosinien ne peut 
fournir un argument contre la réalité de son existence, puis- 
qu'il y a tant de lacunes dans les souvenirs chrétiens des 
premiers siècles. Les difficultés géographiques ne sont pas 
davantage un motif sérieux de crier à l'imposture. Qui espé- 
rerait trouver toujours l'exactitude des noms de lieux dans 
une pièce apocryphe où l'histoire se confond avec la légende? 
En résumé, un éveque, nommé Ambrosios ou Ambrosianos, 
a pu occuper en Arménie un siège dont le nom a été plus ou 
moins défiguré par les traductions latines de Sarlatum ou 
Salartiim ; cet évêque aura subi le martvr; une partie de ses 
reliques aura été rapportée en Bourgogne et spécialement à 
Fontaines par quelque pèlerin de Terre sainte. Tout cela est 
fort possible, et c'en est assez pour qu'on doive blâmer ceux 
qui ont supprimé la fcte de saint Ambrosinien. 

1. P. Giry, édit. i()83, Vie de la V. .-l/c//;, 4 a\ ril. 

2. Malabaila, I. c. 



32 



NOTE SUR I. EOr.ISE DE FONTAINES 



En 1866, M. E. Bore, lazariste, consulté par M. Tabbé 
Merle sur la ville dont le patron de Fontaines pourrait avoir 
été évêque, désignait « Sérit ou Sert, archevêché actuel de 
l'Arménie méridionale, à une vingtaine de lieues de Diarbé- 
kir », ou mieux « sur le versant oriental du Caucase, à quel- 
ques lieues du village actuel de Gardjivan, l'ancien archevê- 
ché de Saghian ou Sarian qui a été transféré à Chamakhi. Les 
restes du palais épiscopal subsistent, ainsi qu'un monastère 
attenant. » Avant d'envoyer cette réponse au curé de Fon- 
taines, M. Bore avait consulté lui-même ^c M. Tchamour- 
djian Déroiants, le plus érudit de sa nation. » 





OO 

w 
o 

5 

1 
co 

I 
O 



w 

D 
> 



II. 



LA CHAMBRE NATALE DE SAINT BERNARD 




E grand attrait du château de Foniaines-lès- 
Dijon, c'est la « Chambre natale » de saint Ber- 
nard. Nul étranger ne vient visiter le berceau 
de l'illustre abbé, sans demander qu'on lui montre cette 
chambre, signalée dans les dictionnaires géographiques 
et les relations des voyageurs. Les pèlerins la cherchent 
avec une ardente dévotion, et ne veulent point des- 
cendre la colline de Fontaines sans s'être agenouillés 
en cet endroit vénéré. 

Il est à peine utile de le dire, ce serait une illusion 
de s'attendre à trouver intacte, après huit siècles écoulés, 
la salle du château de Fontaines qui fut témoin de la 
naissance de saint Bernard. Sous le nom de Chambre 
natale, on entend une chapelle ou oratoire dédié au 
saint docteur et depuis longtemps érigé dans les bâti- 
ments du castel. Cet oratoire est ainsi appelé parce 
qu'il a consisté d'abord simplement dans la petite salle 
basse, conservée telle quelle, où Ton croit que le saint 
a reçu le jour. Mais, plus tard, d'importants travaux 
d'embellissement, puis de restauration, en ont modifié 
l'état primitif. Malgré cela, le vulgaire lui garde son 
ancien nom. 

Dans cette étude sur la chapelle dite Chambre natale 
de saint Bernard, nous nous proposons d'abord d'en 

3 



34 LA CHAMBRE NATALE 

faire sommairement l'histoire, depuis son érection jus- 
qu'en 1793. Ensuite nous résoudrons plusieurs questions 
que posent à son sujet la critique et l'archéologie, celle 
surtout de son emplacement. Enfin, nous en donnerons 
la description technique, et nous achèverons de relever 
les inscriptions qui s'y rapportent, car plusieurs de ces 
inscriptions auront déjà figuré dans la dissertation rela- 
tive à son emplacement. Ce sera l'objet de trois para- 
graphes. 

La logique demanderait, semble-t-il, que l'aperçu 
historique vint plutôt en second lieu, après la solution 
des difficultés. — Le lecteur reconnaîtra les avantages 
de l'interversion que l'on a faite : elle initie d'avance 
aux questions qui forment le principal objet de cette 
étude ; elle donne plus de lucidité aux développements ; 
elle prépare mieux les conclusions. Mais pourquoi ter- 
miner en 1793 l'histoire de la Chambre natale? — Ce 
n'est ici qu'une partie d'un travail plus complet. On y 
mentionne d'ailleurs les faits saillants accomplis depuis 
la Révolution. 

§ 1^''. — Histoire sommaire de la chapelle 

dite Chambre natale de saint Bernard, depuis son érection 

jusqu'en ijgS 

Le xv^ siècle allait finir que cette chapelle n'était 
point encore érigée. Saint Bernard n'avait eu jusqu'alors, 
sur la colline de Fontaines, aucun édifice spécialement 
affecté à son culte. Les solennités religieuses instituées 
en son honneur, avaient pour centre l'église du village, 
bâtie à quelques pas en avant du château, hors de l'en- 
ceinte, et placée sous le vocable de Saint-Ambrosinien. 
C'est là qu'on avait représenté son image et qu'on venait 
l'invoquer. Toutefois le château lui-même était l'objet 
d'une pieuse attention. La grosse tour s'appelait « la 
tour Monsieur Saint Bernard »; on y montrait le « cellier 
ou chambre » dans laquelle le saint était venu au 



DE SAINT BERNARD 35 



monde (i), et l'on s'apprêtait enfin à transformer en 
chapelle ce lieu vénérable. 

A quelle date eut lieu cette transformation? Il est 
impossible de le dire d'une façon précise. En 1463, par 
suite du testament de Bernard de Marc_v, les moines de 
Gîteaux furent mis en possession d'un quart du château 
de Fontaines, à la charj^c d'y construire une chapelle 
en l'honneur de Dieu et de saint Bernard (2). Comme 
le duc de Bourgogne refusa les Lettres d'amortissement, 
ces religieux ne purent conserver le précieux héritage, 
et durent s'en défaire bientôt par une vente (3). Au té- 
moignage de Louis Gellain, dit F'rère Louis des Anges, 
feuillant du prieuré de Fontaines, qui dressa, en 1770, 
l'inventaire des archives de son monastère, l'abbaye de 
Gîteaux aurait converti le cellier natal en oratoire, pen- 
dant le court espace de temps qu'elle jouit du legs de 
Bernard de Marey (4). Ainsi la fondation de la chapelle 
Saint-Bernard remonterait environ à 1463. Mais Louis 
Gellain ne fournit aucune preuve, et son assertion sou- 
lève des difficultés. En effet, dans la part du castel don- 
née à Gîteaux n'était pas comprise la « grosse tour « 
avec le cellier natal (5) ; et pourtant la chapelle fut bien 
établie dans ce cellier, nous le montrerons au cours de 
cette dissertation. De yilus, une charte de 1490 nomme 
parmi les bâtiments du château « la grosse tour où fut 
né Monsieur saint Bernard », mais sans faire allusion à 
l'existence d'une chapelle. On est donc en droit de se 
demander si Louis Gellain parle d'après des documents, 



1. Migne, P. L. T. CLXXXV, col. 1495. 

2. .Migne, 1. c, col. 1434. 

3. Ibid. col. 1435. 

4. Inventaire des Archives du mon. royal de Saint-Ber)iard, ms de la 
Maison de Saint-Bernard à Fontaincs-lcs-Dijon. p. ib. — ■ L'auteur de 
Vlnventaire à i;a.vdc lanonymc, mais l'étude des Titres du prieuré des 
l'euillants conservés aux Archives de la Cùte-d'Or nous a révélé son 
nom. 

_ 5. La grosse tour, échue à Perrenote vie Nlarcy, sueur de Bernard, avait 
été vendue par elle, en i4'35, ii l'évéque de Ch'àlon, Jean Rolin. Arch. 
de iaCote-d'Or, E, 304. Titres de la seigneurie de Fontaines, 2' fascicule. 



36 LA CHAMBRE NATALE 

OU s'il ne fait pas une simple conjecture. — Un peu plus 
tard, en 1542, 1544, le petit oratoire existait certaine- 
ment. Alors, en effet, Guillaume Paradin appelle le 
château de Fontaines Christo œdca sacra (i); et un 
prêtre du lieu, Pierre Chauchier, mentionne les proces- 
sions qu'on avait coutume de faire à « la chapelle Mon- 
sieur saint Bernard (2) )>. On n'a pas d'autres donne'es 
sur l'époque de la transformation du cellier natal en 
chapelle. 

Le nouveau sanctuaire fut desservi par le clergé pa- 
roissial. Le soin de son entretien échut aux « procureurs 
de l'église et fabrique de Monsieursaint Ambrosinien », 
qui ajoutèrent à ce premier titre celui de « conducteurs 
de la chapelle Monsieur saint Bernard (3) ». Dans les 
processions de la paroisse, dans les processions géné- 
rales de la ville de Dijon, cette chapelle devint bientôt 
la station préférée. Saint François de Sales la visita en 
pèlerin, l'année 1604. Prêchant alors le Carême à Dijon, 
« il allait souvent, dit son neveu, célébrer à la chapelle 
Saint-Bernard de Fontaines (4) ». Sainte Jeanne de 
Chantai y vint prier la même année, avant d'entre- 
prendre son voyage de Saint-Claude. « Comme c'était 
la veille de son départ, écrit la Mère de Chaugy, elle alla 
à Saint-Bernard, auquel elle avait une dévotion singu- 
lière, pour lui recommander le succès de son voyage. 
Quand elle fut dans cette église, sa vision de la porte de 
Saint-Claude lui revint en l'esprit avec une certaine 
clarté et consolation fort particulière et extraordinaire, 



1. De antiquo statu Durgundiœ, p. 140 (BibL de Dijon). — Migne, L c, 
coL 644. 

2. Arch. de la C6te-d'0r,G, 6o3, Cures du département, Foniaines-Iès- 
Dijon, layette A, fondations, n°' 6 et G bis. 

3. Arch. de la Cote-d'Or, Comptes de la Fabrique de Fontaines, G, 
fond 40, Cures Cl Fabriques, F"ontaines-lès-Dijon. 

4. Hist. de la vie et des faits du B. François de Sales, par Charles-Au- 
guste de Sales, livre VI , p. 3 Ti. — Ce fut dans la même occasion que le 
saint e'véque de Genève prononça, à Fontaines, un panégyrique de saint 
Bernard, dont il rappelle la division dans sa lettre à André Frémyot. 
Migne, Œuvres de saint François de Sales, de la Prédication, T. VI, 
p. 683. 



DE SAINT RERNARD Sy 



et elle partit avec une grande allégresse intérieure (i) ». 
En lôio, durantles quelques jours qu'elle passa à Dijon 
pour faire ses adieux, la sainte fondatrice, dit Henry de 
Maupas, « visita toutes les églises proches de la ville, 
offrit des vœux à Saint Bernard et à Notre Dame de 
l'Etang, qui étaient les lieux où elle avait accoutumé de 
faire ses plus plus ardentes dévotions (2) ». C'est ainsi 
que la petite chapelle du château était devenue, pour 
Fontaines et les environs, le foyer de la dévotion envers 
saint Bernard. Ce foyer allait rayonner plus loin, grâce 
à l'établissement des Feuillants. 

Constitués propriétaires du château de Fontaines par 
contrat (3) du 24 septembre iôi3, les Feuillants sollici- 



1. Sainte Chantai, sa vie et ses œuvres. Paris, Pion, 1874, T. I. Mé- 
moires sur la vie et les vertus de sainte Chantai par la Mère de Chaugy, 
ch. X\', p. 61. — La Mère de Chaugv parle de l'église Saint-Bernard cle 
Fontaines. Il s'agit évidemment de l'oratoire du château, et non de l'é- 
glise paroissiale dédiée à saint Amhrosinien. C'est en 11Î42 que la Mère 
"de Chaugy commença à rédiger ses Mémoires 'Ibid. prêt", p. XX;. Alors 
existait le monastère des Feuillants. Ces religieux avaient renfermé l'ora- 
toire primitif dans un édifice un peu plus spacieux, qu'on appelait ordi- 
nairement leur église; ils construisaient même, en outre, une basilique. 
On conçoit dès lors l'emploi du nom d'église au lieu de celui de cha- 
pelle. 

2. Mignc, Sainte Chantai, T. 1. La vie de la V. Mère J.-F. Frémyot, 
etc. par Henry de Maupas, cvêque du Puy, p. loi. 

3. Voici la copie abrégée du contrat d'acquisition du château de 
Fontaines-lès-Dijon, par îes Feuillants, relevée sur l'original conservé 
aux Archives de laCôte-d'Or, parmi les Titres du prieure de Fontaines, 
H, Liasse 996, layette F, n- 2. — Voir, pour les indications topographi- 
ques, notre Planche 0. 

<' Au nom de Dieu, de la Vierge Marye et de Monsieur sainct 
Bernard, comme .. les R. P. et religieux de la Congrégation de 
N. D. des Feuillants, ordre de Sainct Bernard, ayant dès long- 
temps désiré d'édiffier une église et monastère au lieu de Fon- 
taines-les-Dijon, qui est le lieu de la naissance dudict sainct Ber- 
nard, ont supplié et faict supplier Messire Joachim Damas, che- 
valier, seigneur du Rousset... et dudict Fontaines, les vouloir 
acommoder de ladicte terre et seigneurie, ou du moins de la 
place, chastel et pourpris avec les dépendances dudict pourpris 
où est la très sainte et très recornmandable chapelle en laquelle est 
né sainct Bernard..., ledict sieur Joachim Damas en sa personne 
acquiesçant à la bonne intention desdicts pères et religieux... par 
ces présentes vend, cède et transporte perpétuellement auxdicts 
religieux Feuillants aux personnes de R. P. Dom Jean Jacques de 
Sainte Scolastique, provincial de ladicte Congrégation en France, 
tant en vertu de sa dicte charge que de la procuration spéciale de 
T. R, P. Dom IMartial de Sainct Bernard, supérieur général de 



38 LA CHAMBRE NATALE 

tèrent du roi. dont relevait alors ce fief, des Lettres Pa- 
tentes d'amortissement. En attendant qu'il les eussent 
reçues, la Chambre des Comptes de Dijon leur permit 
d'entrer en jouissance de leur acquisition (i). L'arrêt de 
la Chambre fut rendu le i8 mars 1614, et la prise de 
possession s'effectua le jour même. Dom Jean de Saint- 
Séverin, premier prieur de la nouvelle fondation, se mit 
« en la réelle et actuelle possession et jouissance du 
château de Fontaines... par l'entre'e audit château et 
chapelle d'icelui, ouvertures et fermetures des portes, 
aiant en outre fait allumer du feu, bii et mangé en pré- 
sence de témoins et du notaire Gelyot », qui dressa l'acte 
de cette formalité (2). Le même jour aussi eut lieu la 
reprise de fief (.S). 

Les Lettres d'amortissement avaient été délivrées en 

ladicte Congrégation, passé par devant Maragnier, notaire royal à 
Bourdeaux en Guienne, le 3 du mois d'août dernier — et de Dom 
Jean de Sainct Séverin, religieux de la même Congrégation aussy 
en vertu de la procuration dudict T. R. P. général, passée par de- 
vant ledict Maragnier. . . le 11 du présent mois de septembre ; sti- 
pulant et acceptant pour ladicte Congrégation des Feuillants à 
perpétuité.. ; la maison et chastel dudict P"ontaines-les-Dijon, 
selon qu'il s'étend et comporte tant au dedans de l'enclos des mu- 
railles que hors icelles de tous costés, y compris le jardin ou la 
place où l'on avait fait un jardin enfermé de murailles, jusqu'au 
lieu où soûlait être le moulin à vent, du côté debize, et, de soleil 
levant, au chemin ou pasquier qui est entre ledict jardin et les 
vignes du sieur Damas dépendantes de ladicte seigneurie, et gé- 
néralement tout ce qui est du pourpris dudict chastel et maison 
en laquelle est la chapelle de Sainct Bernard, même le droit de 
justice qui peut appartenir audict sieur du Rousset audict chastel, 
pourpris, jardinet lieu dudict moulin... Lequel acte fait moyen- 
nant le prix de cinq mille quatre cents livres. ..; à la charge encore 
que lesdicts acquérants seront tenus de dire et célébrer à perpé- 
tuité à l'austel dudict Saint Bernard une messe chaque mois à l'in- 
tention dudict sieur du Rousset vendeur, dont leur consiance et 
de toute leur dicte Congrégation s'est dès maintenant chargée... 
Paict et passé au chasteaul du Rousset par devant moy Jacques 
Bonnard, notaire royal héréditaire au baillage d'Auxois, de la rési- 
dence d'Arnay-le-Duc... le 24 septembre iGi3. » 

Le château du Rousset est une dépendance de Clomot, village voisin 
d'Arnay-le-Duc. 

1. Inventaire dcs^Archivcs du mon. royal de Saint-Bernard, p. i3. 

2. Ibid. p. 14. 

3. Archives de la Côte-d'Or, B. loyiS, cote 23. 



DE SAINT BERNARD Sy 



février (i), mais, commcs elles ne parvinrent à leurs 
destinataires qu'au mois de mai, ceux-ci essuyèrent 
quelques troubles au lendemain de leur installation. 
L'abbé de Cîteaux, Nicolas II Boucherat, le maire et 
les échevins de Dijon demandèrent leur éloignement. 
Un arrêt favorable du Parlement de Bourgogne et 
l'arrivée des Lettres royales assurèrent aux Feuillants la 
tranquille possession du berceau de saint Bernard (2). 
Aussitôt, ces religieux s'empressèrent de se créer une 
église. A cette fin, ils relièrent l'oratoire primitif, d'un 
côté, avec une salle du château qui était attenante (3), 
de l'autre, avec des constructions nouvelles qu'ils éle- 
vèrent à l'intérieur des murs d'enceinte. La première 
pierre des bâtiments datant de cette époque a été trou- 
vée, en 1882, dans les substructions de la partie détruite 
du monastère. Elle fut posée, comme le porte l'inscrip- 
tion qui la couvre, le 6 mai iGi5, par Catherine Chabot. 
C'était la fille de Jacques Chabot-Mirebeau, lieutenant- 
général au gouvernement de Bourgogne, laquelle épousa, 
quelques mois après, le frère du duc de Bellegarde (4). 
L'église dut être achevée en 1618, car c'est alors que fut 
bâti le clocher (6) sur une des tours qui flanquaient la 

1. Archives de la Côte-il'Or, Titres du prieuré des Feuillants de Fon- 
taines, H, 996, iayettc H, n- 2, 

2. Inventaire des Avcliivcs du mon. royal de Saint-Bernard, p. 14-21. 

3. Ibid. ji. 44 : Dans un exposé sommaire de l'état du château à l'ar- 
rivée des l'euillants, et des modifications ou agrandissements dus à ces 
religieux, Louis Gellàin écrit : « La chapelle lie Saint-Bernard existait 
avant notre établissement, il y avait à côté une salle à manger et des 
chambres : c'est ce qui forme actuellement notre église. » — Le Bureau 
diocésain de Dijon ayant demandé, en 1785, aux du'Crs corps ecclésias- 
tiques un état détaillé de leur établissement, les Feuillants de Fontaines 
envoyèrent leur déclaration, le 8 lévrier de l'année suivante. Nous en 
extrayons cette note : « L'église a été formée dans le château d'une 
chapelle de Saint-Bernard existante longtemps avant nous, et des cham- 
bres et salles voisines, n Archives de la Cote-d'Or, G, Liasse 5, Bureau 
diocésain. — Atîn d'éviter plus tard une confusion, il faut remarquer 
que ces textes ne sont pas assez explicites. Us ne mentionnent pas qu'une 
partie de l'église fut entièrement construite par les religieux. Ils ne dis- 
tinguent pas les époques successives auxquelles certaines pièces du 
château furent annexées à l'oratoire primitif. 

4. Le 2.S juillet 1615, Catherine Chabot épousa César-Auguste de Bel- 
legarde, capitaine et gouverneur des ville et château de Dijon, frère du 
duc Roger. P. Anselme, IV, 307. 

5. Inventaire des Arch. du mon. royal de Saint-Bernard, p. 44. 



40 I.A CHAMBRE NATALE 

façade du caste). L'année précédente, Sebastien Zamet, 
évêque de Langres, avait approuvé rétablissement du 
prieuré (i), 

La vénération des Feuillants pour le lieu de naissance 
de saint Bernard leur fit bientôt concevoir une plu.s 
haute ambition. L'église, étroite et nue, qu'ils s'étaient 
aménagée dans le château, ne répondait point à leurs 
vœux. Le prix même qu'elle avait pour eux, à cause des 
souvenirs qui s'y rattachaient, les pressait de l'orner du 
moins avec richesse. La place qui restait pour leur 
habitation, parut elle-mcnie insuffisante. Ils résolurent 
donc de décorer somptueusement la petite église, et de 
construire en même temps, hors de l'enceinte des mu- 
railles, une vaste basilique, avec un bcàtiment pour 
loger la communauté. C'était reprendre cà nouveau la 
fondation de leur monastère. Ils intéressèrent à cette 
entreprise le roi Louis XIII, qui se déclara leur 
fondateur par Lettres Patentes (2) du mois de juillet 
1618. Les fondements de la basilique furent jetés sur 
l'esplanade qui s'étend, à l'Est, devant la porte du cas- 
tel (3), et le C) janvier Hmq, le gouverneur de Bourgo- 
gne, Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde, en posait 
solennellement la première pierre, au nom du roi (4). 
La même année, on commença, dans la petite église du 
château, la décoration de deux chapelles, dont l'une fut 
ornée du chiffre et des armes de Louis XIII ; l'autre, du 
chiffre et des armes d'Anne d'Autriche. Ce sont les 
deux coupoles encore existantes qui font l'admiration 
des connaisseurs (5). Quant au bâtiment destiné à 

1. Migne, 1. c. col. 1037. 

2. Archiv. de la Côtc-d'Or. Titres du prieuré des Feuillants de Fon- 
taines, H, 996, layette B, n" 5. — Migne, 1. c, coi. 1643. 

3. Inventaire des Arcliiv. du mon. roy. de St-Bernard, p. 12,44. 

4 Ibid. - DKO OPT. MAX. et S. BERSARDO pro nova B.isilkœ 
Funlanensi.t instaurât ione s.icrinn, D'wion. Claud. Gu\ot, 1620 (liibl. de 
Troyesj, et Parisiis, i623; (Bibl. de Dijon), — Migne, 1. c, col. 1G47. 

5. La date de ifiig est gravée, depuis l'époque de la construction des 
coupoles, à la clef de l'arcade qui est sous lu tribune de la chapelle de 
Louis XIII; et cette date est confirmée, pour l'une et l'autre chapelle, 
par des inscriptions que nous publions plus loin. 



DE SAINT BERNARD 4I 



loger les religieux (i), on en creusa les fondations en 
1620. 

Le prieur du couvent était alors Doni Jean de Saint- 
Malachie (2). L'abbaye de Feuillant, chef-lieu de la 
réforme, l'avait eu pourpremier abbétriennal(3), de 161 1 
à 16 14. Préposé ensuite à la construction du monas- 
tère de Saint-Bernard, h P'ontaines, il poursuivit sa tâche 
avec ardeur. On surpasserait difficilement le zèle qu'il 
déplo3'a pour assurer à l'œuvre les ressources nécessaires, 
surtout après la nouvelle fondation qui faisait du prieuré 
un monastère royal. Quelques dons furent d'abord remis 
entre ses mains, et il eut des motifs d'en attendre d'au- 
tres. En effet, le roi, dans ses Lettres Patentes de lôiS, 
avait reconnu le lieu de naissance de saint Bernard 
« pour un des plus vénérables du Royaume, autant di- 
gne d'estre illustré d'une église et maison religieuse, 
qu'il a apporté de bénédictions à tout l'Univers. » Il 
avait exhorté «toutes personnes d'appliquer leurs vœux 
et conférer leurs bienfaits. » Lui-même, il avait donné 
trois mille livres « pour la décoration proiettée de la 
chapelle Saint-Bernard. » L'abbé de Cîteaux, revenu 
de son opposition, publia une circulaire en date du 
20 août 1624, par laquelle il invitait toutes les maisons 
de l'Ordre à fournir des subsides aux Feuillants pour 
leur établissement de Fontaines (4). 

Malgré cela, le dessein formé ne put aboutir dans son 
ensemble. Comment, en effet, obtenir un concours effi- 
cace des abbayes cisterciennes où régnaient tant de pré- 
ventions contre les disciples de Jean de la Barrière ? 

1. Inventaire des Archiv. du mon. roy.de St-Bernard, p. 44. 

2. Dom Jean de Saint-Malachie était déjà à Fontaines au mois 
d'août 1614, comme on le voit par une lettre de saint François de Sales 
à Mgr Camus (Migne, Œuvres de saint François de Sales, t. \', p. qîS). 
Dans les Titres des Feuillants de Fontaines 1 Archiv. de la Côte-dOr, 
H, 996), et dans l'opuscule déjà cité: DEO OPT. MAX. etc. dont ce 
religieux est l'auteur, il figure comme prieur en 1616, 161S, 1620; et il 
s'énonce nettement comme chargé de diriger la construction du monas- 
tère. 

3. Inventaire des Arcliiv. du mon. roy. de St-Bernard, p. 3-4. 

4. Ibid. p. 22. 



42 LA CHAMBRE NATALE 

D'autre part, quelles grandes largesses espérer des for- 
tunes privées, préoccupées de se défendre contre la poli- 
tique hostile de Richelieu et grevées par les frais de la 
guerre deTrente ans? Enfin, les Feuillants, en Bourgogne, 
menaient à la fois la double fondation de Fontaines et 
de Châtillon, ce qui nécessitait des ressources considé- 
rables. Les offrandes furent insuffisantes. L'année 1626, 
semble-t-il, vit s'achever la décoration des deux cha- 
pelles royales de la petite église (1). Mais les autres 
constructions s'élevaient lentement et avec peine. Dom 
Jean de Saint-Malachie, qui était l'âme de l'Œuvre, 
quitta Fontaines vers 1634, pour consacrer au monastère 
de Châtillon les derniers restes de son activité. Là, 
il mourut sans avoir vu le berceau de saint Bernard 
orné d'un monument digne de la vénération que ce 
lieu inspire (2). Après sa mort, le découragement fut 
maître des religieux de Fontaines, et gagna toute la 
Congrégation. Un chapitre général, tenu à Bordeaux, 
en 1654, arrêta les travaux de la basilique, et, bien que 
déjà l'ouvrage fut avancé, autorisation fut donnée de le 
détruire (3). On démolit les murs hors de terre, sans 
toucher pourtant aux fondations. La place fut nivelée, 
puis transformée en un pré, autour duquel on planta 
des tilleuls, dont quelques-uns subsistent encore (4). 
Le bâtiment de la communauté eut un sort meilleur, 

1. Les bases des colonnes en marbre qui ornent ces deux chapelles, 
portent la date de 1626. 

2. C'est par l'intermédiaire de D. Jean de Saint-Malachie, alors 

C rieur de Fontaines, que la Congrégation des Feuillants acquit des 
éritiers Gaillard, le i"" mars 1620, les « maisons et places u où fut 
construit le couvent de Châtillon. (Archiv. de la Côte-d'Or, Titres des 
P'euillants de Châtillon, H, 994, layette Fondations). En attendant que 
ce monastère fût aménagé et habitable, la jouissance desdites maisons 
et places fut attribuée au prieuré de Fontaines (Ibid.) Les rapports de 
Jean de Saint-Malachie avec la maison de Châtillon datent donc de la 
fondation de celle-ci. Il en était prieur à la fin de l'année 1634, et on 
l'y trouve encore le i5 juillet i65i (l.bid.) L'auteur des Notes manus- 
crites conservées à la Bibl. du Chapitre de l'église cathédrale Saint- 
Bénigne de Dijon, dit que D. Jean de Saint-Malachie mourut à Châtillon- 
sur-Seine en i65o, âgé de 84 ans. Cette date de i65o ne doit pas s'é- 
carter beaucoup de la vérité. 

3. Inv. des Archiv. du mon. roy. de saint Bernard, p. 12. 

4. Ibid. 1. c. 



DE SAINT BERNARD 48 



on en poursuivit l'achèvement; mais il ne fut habi- 
table (1) qu'à partir de 1670. 

C'est ainsi qi>e les Feuillants furent réduits à n'avoir 
d'autre église que celle du château. Ils l'avaient ornée, 
mais lui avaient laissé ses petites dimensions. Elle se 
composait seulement de trois chapelles juxtaposées, 
parmi lesquelles la Chambre natale, et du chœur des 
religieux (2). 

Vers le milieu du xmii* siècle, on voulut agrandir 
l'étroit édifice, et, dans ce but, on y ajouta une qua- 
trième chapelle (3). A partir de cette époque il y eut 
plusieurs remaniements. La sacristie fut transférée dans 
un autre local. On érigea un nouveau maître-autel en 
face du choeur. 

Survint bientôt la Révolution. Le prieuré avec ses 
dépendances fut vendu comme bien national; on dé- 
truisit une grande partie des bâtiments ; les démolis- 
seurs attaquèrent l'église elle-même : ils ne laissèrent 
debout que les deux coupoles avec une autre chapelle 
où le maître-autel était placé. — La Chambre natale 
avait-elle disparu dans la tempête? 

Vers 1820, lorsque l'attention des archéologues se 
porta sur les ruines du couvent des Feuillants, on crut 
que cette chapelle vénérable se trouvait dans la partie 
de l'église échappée au vandalisme révolutionnaire. On 
eut raison ; mais, quand on voulut en déterminer l'em- 
placement, on commit une erreur, que nous allons 
redresser. 

Il était nécessaire de donner cet aperçu historique 

i. Ibid. p. 45 — Archiv. delà Côte-d'Or, G, Liasse 5, Bureau dio- 
césain, Déclaration des Feuillants de Fontaines-lès-Dijon. 

2. Joseph Meglinger, qui visita Fontaines le 7 mai 1667, ne compte 
que trois chapelles dans l'église des Feuillants. Migne, 1. c, col. iSSg, 
n° 3i. 

^ 3. La construction de cette quatrième chapelle est rappelée dans 
l'Etat du temporel du monastère, dressé en 1758; on lit, à l'article 
Dettes passives : « Le mémoire du couvreur de la nouvelle chapelle n'est 
pas encore arrêté, parce que l'ouvrage n'a pas été toisé, il montera au 
plus à i5o livres. » Archiv. de la Cote-d'Or, H, 996, layette Etats de 
situation du temporel: Etats de 1738, 1773, 1776. 



44 LA CHAMBRE NATALE 

sur les phases que traversa la Chambre natale, avant 
d'aborder les questions que posent à son sujetla critique 
ou l'archéologie. Nous arrivons maintenant à ces ques- 
tions. 



^2. — Authenticité et emplacement de la Chambre natale 
de saint Bernard 

Première question. — Quelle est la valeur de la 
tradition qui marque l'endroit précis où naquit saint 
Bernard : 

Le plus ancien document (i) qui révèle l'existence de 
cette tradition, est daté de février 1429 (n. st. 1430). 
Saint Bernard étant né en loqi, on trouve donc un 
intervalle de trois siècles entre ce premier témoignage et 
le fait attesté. Une lacune aussi considérable suffit assu- 
rément pour mettre en défiance le prudent lecteur. 
Néanmoins, il y a quelque chose d'incontestable dans 
ce qu'affirme ici la croyance populaire. Pour le mettre 
bien en évidence, observons que l'objet de cette croyance 
comprend deux parties : r saint Bernard est né dans la 
grosse tour ; 2° il est né dans un cellier déterminé. 

La première assertion nous paraît hors de conteste. 
Du moment que saint Bernard naquit au château de 
Fontaines, ce fut dans le logis quadrangulaire qui ren- 
termait les chambres destinées à la famille seigneu- 
riale, logis qu'on retrouve dans tous nos châteaux pri- 
mitifs, sous des noms différents : le donjon, la tour, la 
grosse tour (2). Ce logis, séjour ordinaire des seigneurs 
auxxi^ et XII* siècles, est distinct du donjon servant de re- 
fuge qu'on rencontre plus tard, surtout dans les forte- 
resses importantes. Or, au xv'-' siècle, il \^ avait parmi les 
divers bâtiments du château de Fontaines, un de ces 

1. Migne, 1. c, col. 1493 . 

2. Diction, de l'Architecture française du w au xvi' siccle, par Viol- 
Ict-le-Duc, T. V, p. 30, 38, 48; IX,' p. 12b, i3ù. 



DE SAINT BERNARD 46 



antiques logis ou « grosses tours » en forme de parallé- 
logramme, qui devait remonter au temps de saint Ber- 
nard, comme on en peut juger par certains documents: 
chartes, dessins (i), etc., et même par quelques vestiges 
visibles encore en 1881. On ne s'est donc point four- 
voyé en plaçant dans ce lieu la naissance de saint Ber- 
nard, et la vénération qui s'attache, de nos jours, aux 
derniers débris de la grosse tour de Fontaines ou à son 
emplacement, est pleinement justifiable. 

Mais la tradition va plus loin, elle précise davantage 
et désigne comme l'endroit natal un « cellier » ou salle 
basse (2) de la grosse tour. Ici, ne marche-t-on pas 
dans l'incertain? 

Fortement encaissés par les terre-pleins des cours 
intérieures et parfois même tout à fait souterrains, les 
celliers n'étaient pas au nombre des chambres ordinaire- 
ment habitées (3). On s'est demandépourquoi la B. Aleth 
avaitchoisi pareil lieu pour mettre au monde un fils dont 
un songe miraculeux lui avait présagé la grandeur? Dans 
le Sommaire de la vie de Saint Beiniard imprimé à Dijon, 



1. La grosse tour de Fontaines est mentionnée: i° dans une charte du 
12 janvier 1423 (n. st. 1424} : Arch.de la Cote-d'Or, Actes de J. Mathe- 
lie, notaire, B, 11332 (n" 134) p. qi, et Peincedé, T. XXVI!, p. 469-471 , 
— 2* dans la charie de février 1420 (n. st. 14301 analysée par Chiftlet : 
Migne, 1. c, col. 1495, — 3° dans la charte attestant la prise de posses- 
sion d'un quart du château et de la seigneurie de Fontaines au nom 
de l'évêque Jean Rolin, le 16 mars 1434 i^n. st. 1435): Archiv. de la 
Côte-d'Or, E. 304. Titres de la seigneurie de Fontaines, 2M"ascicule, — 
4' dans la charte de 1490 : Archiv. de la Côte-d'Or, B, loSSy, cote 38. 

Lg forme rectanguiaii-e de cette tour est expressément indiquée dans la 
troisième charte. On peut d'ailleurs se faire une idée assez exacte de sa 
structure, grâce à un dessin d'Etienne .Martellange que nous reprodui- 
sons plus loin (voir Planche b), grâce encore aux caractères que l'on a 
observés dans les derniers restes de ce vieux logis et dont nous aurons 
à parler. 

2. On sait que le terme de cellier désignait anciennement les salles 
basses des tours et des \o§\s. Dict. de V Architecture, par\'iollet-le-Duc, 
T. 111, p. log, et passim. — Il ne faut donc pas confondre cescelliers 
avec la dépense ou les magasins qui a\oisinaient la grand'salle des 
châteaux. 

3. C'est dans un de ces celliers que fut détenu pendant quelque temps 
un frère de saint Bernard, Gérard, blessé et fait prisonnier au siège de 
Grancey. Cum in cellario cluiisus custodiretur 1 Vita 3" Jï" Bern., 
MS de Paris, Bibl. nat. lat. N° 17Ô39, fol. 3). Accedens ad ostium sub- 
terranete doiuùs in qu.7 vinctus et clausus erat {Vita 1', Migne, 1. c, 
coi. 234). 



46 LA CHAMBRE NATALE 

chez Paillot, l'an i653, on lit une explication peu admis- 
sible. Ayant rappelé le songe de laB. Alet-het l'interpré- 
tation qui calma les anxiétés de la pieuse mère en lui pro- 
mettant pour fils un éloquent prédicateur de la parole 
sainte, l'auteur poursuit de la sorte : « Mais ne croyant 
pas mériter une si extraordinaire faveur du Ciel, dans la 
crainte de se voirplustost mère d'un monstre de nature, 
que d'un miracle de la grâce, elle choisit le celier de son 
chasteau pour faire ses couches (i). » Est-ce conjec- 
ture de l'auteur ? Est-ce réédition d'une ancienne 
légende ? On ne sait. Quoiqu'il en soit, ce récit 
s'harmonise mal avec celui des biographes de saint 
Bernard, D'après eux, en effet, Aleth, remplie de foi et 
de piété, reçut comme venant de Dieu même l'interpré- 
tation qui lui fut donnée; dans le transport de sa joie, 
elle sentit pour ainsi dire son cœur se fondre d'amour 
et s'épancher tout entier sur l'enfant attendu ; dès ce 
moment, elle résolut de le faire instruire dansles Saintes 
Lettres pour le disposer à sa sublime vocation (2). 
Avec de tels sentiments et de telles résolutions, la 
B. Aleth pouvait-elle craindre d'enfanter un monstre ?.. 
Une autre explication a été essayée par M. l'abbé 
Renault, à l'initiative duquel on doit la réouverture, en 
1841, du sanctuaire natal de saint Bernard. Cette 
seconde explication est absolument fantaisiste et encore 
moins acceptable que la précédente. On peut la lire 
dans la notice (3) que M. Renault a publiée en 1874. 



1. Sommaire de la vie de Saint Bernard, p. i5. 

2. Migne, L c, col. 228 et 471. — Sartorius commente ainsi les pre- 
miers biographes, avec autant d'exactitude que de grâce : Nativitatem 
ejus (Bernardi) visio prœcessit divinitiis ostensa matri prœgnanti in 
somno : qua Bernardulus adhuc intra materna visccra clausus sub 
catelli... imagine niatrem vehemenler terrait ; sed didicit illa a viro reli- 
gioso grande visionis mysterium, ingenti perfusa gaudio, non mons- 
trum se pariturain, vcrum optimi catiili sesefuturam matrem. » Texte 
du Cisterciiim bis tertium, Fragues, 1700, 2 vol. in-folio, cité par The'o- 
phile Heimb dans son édition de Gutolte (1743), T. I, p. 23. 

3. Notice sur le Château paternel et la Chambre natale de saint Ber- 
nard, par M. l'abbé Renault, ch. hon., ancienvic. gén. de Dijon, p. lô. 
— M. l'abbé Renault était curé d'Arceau, lorsque, le 4 février i836, 

r Rey, évOque de Dijon, l'appela aux fonctions de vicaire général. 11 



DE SAINT liERNAIîD 47 

Il est inutile de s'arrêter plus longtemps à scruter ces 
menus détails, nécessairement couverts des ombres du 
passé. Bornons-nous aux remarques suivantes. La divul- 
gation du songe de la B. Aleth aura dû faire observer 
les circonstances de lieu et autres qui entourèrent la 
naissance de Fenfant prédestiné. Dans un petit castel 
comme Fontaines, chez des seigneurs austères comme 
Tescelin et Aleth, à une époque telle que la leur, les 
celliers ou chambres du sous-sol qui appartenaient au 
donjon, devaient être habitées, au moins par occa- 
sion. C'étaient, dit Léon Gautier, des chambres réser- 
vées pour les hôtes, et qui, peu éclairées, convenaient 
aussi au traitement des malades (i). Il n'y a donc rien 
d'invraisemblable, loin de là, cà ce que saint Bernard soit 
né dans un « cellier » de la grosse tour, et qu'on s'en soit 
souvenu à P'ontaines. — Mais, à cause du défaut de docu- 
ments, on ne saurait aller plus loin dans ses conclusions 
relativement à ce second point de la tradition locale. 
Aussi bien, là-dessus, laissons-nous chacun se prononcer 
à son gré. Seulement nous rappellerons que l'assertion 
première et plus générale, à savoir que saint Bernard 
est né dans le donjon de Fontaines, mérite d'être 
accueillie sans défiaocc. D'où il résulte qu'il faut, en 
toute hypothèse, approuver la vénération ancienne et 
persistante dont jouit parmi nous la chapelle de Saint- 
Bernard vulgairement dite sa chambre natale. Car cette 
chapelle est située — nous l'établirons sur bonnes preu- 

cxerfa celte charge jusqu'au i8 octobre 1837, époque à laquelle il 
donna sa démission par suite des ditticultés qui existaient entre l'évOque 
et son clergé, et qui se terminèrent par la retraite de Mgr Rcy auCha- 
pitre de Saint-Denis. Le ib septembre 1840, M. l'abbé Renault achetait 
les restes de la maison natale de saint Bernard. Il alla s'y établir peu de 
temps après, et y demeura jusqu'à sa mort, arrivée en 1870. — Dans 
ses opuscules sur le chà'.eau paternel de saint Bernard, M. Renault a 
réédité et commenté les documents déjà publiés à ce sujet ; mais un grave 
défaut de critique et un zile trop passionné l'ont très souvent induit en 
erreur. C'est donc avec une extrême dchance qu'il faut lire la notice ci- 
dessus mentionnée, ainsi qu'une autre petite brochure qui avait paru 
auparavant sous ce titre : Les tiuis inscriytioiis de la Chambre natale de 
saint Bernard. Ces inscriptions sont celles que M. Renault lui-même 
avait fait graver. 

I. La Chevalerie, par Léon Gautier, 1884, p. 5o8. 



48 LA CHAMBRE NATALE 

ves — dans remplacement du donjon ou grosse tour ; 
et ainsi, malgré le doute qu'on pourrait avoirsur l'exac- 
titude mathématique de sa dénomination traditionnelle, 
on doit reconnaître dans le pieux édicule un reste authen- 
tique du logis témoin de la naissance de saint Bernard. 

Deuxième question. — Quel est l'emplacement de 
la Chambre natale de saint Bernard ? 

Pour résoudre cette question, il faut d'abord réunir 
tous les témoignages anciens que l'on a pu recueillir au 
sujet de la Chambre natale ou de l'oratoire primitif, et en 
dégager quelques données certaines, sur lesquelles on 
puisse baser une argumentation. Voici ces témoignages, 
suivant l'ordre chronologique : 

Le testament déjà cité de Pierre Chauchier, en i545, 
mentionne seulement l'existence de la chapelle Monsieur 
saint Beiviard ouoi'SLioh'e. du château. 

Dans le contrat d'acquisition dudit château par les 
Feuillants, en date du 24 septembre iôi3, l'oratoire est 
d'abord appelé la très sainte et très recommandable cha- 
pelle en laquelle est né sainct Bernard, puis, ensuite, 
simplement la chapelle de Saint Bernard, l'austel dudict 
Saint Bernard (i). 

Les Lettres Patentes de Louis XIII, délivrées en juil- 
let 1618, attestent que l'endroit oîi nasquit le même sainte 
a esté depuis dédié et appliqué à V usage d^ une chapelle ; 
(on vient de voir qu'elle était sous le vocable de Saint- 
Bernard) ; et, plus loin, les mêmes Lettres déclarent que 
le roi donne trois mille \\vxe:spour la décoration proiettée 
de la chapelle Saijit-Bernard (2). 

Jean de Saint-Malachie, dans l'opuscule qu'il publia 
le II mai 1620, à l'occasion de la seconde fondation du 
monastère de Fontaines, débute par ces paroles adres- 



1. Arch. delà Côte-d'Or, H, Liasse 996, layette F, n° 2 

2. Ibid. layette B, n° 5. 



DE SAINT BERNARD 49 



sées à saint Bernard : E?i ^loriosc Parens... te ciincli 
coliint, et... relut denuo stvculo nascentem excipiunt... 

CUM EA QUvE TUI OUTUS GLOUIAM TOTAM AB INTUS HABEBAT 
DOMUS, REGIS GHHISTIANISSIMI IMPIUMIS MUNIFIGENTIA, REGNI 
ET PATRLE ET OMNIUM PIORUM OPE, UEGOREM INDUIT ET EAM 
PULGHRITUDINEM QUA AB OLIM DIGNA EXTITERAT. Arrivé à 

l'épilogue, il montre Louis XIII et Anne d'Autriche 
tam libenier... sortein hanc singiilarem tota aviditate 
arripere qua ejusdem sangti do.mum paterxam et natali- 
TiAM SACRis .EDiBus ORNARE DONATUM EST. Enfin, il ter- 
mine en invitant tout le monde à se réjouir de ce que le 
Roi très chrétien met tous ses soins ut qvm fuit dogtori 

MELLIFLUO BERNARDO NATALITIA VEL PROPRIA DO}.\{jS. .. pVOUt 

quo tulit fructu et vitœ spirat odore nitetque miraculis 
facta est patriœ salutavis., Galliœ amabilis, Ecclesiœ 
universœ veneranda et snspicieiida., ita decoro omnino et 

COMPETENTI VENUSTETUR ORNATU (l). 

Par acte du 7 décembre 1624, reçu Blanche, notaire à 
Dijon, M''^ Nicolas de Cuigy, conseiller du roi, receveur 
général des provinces de Bourgogne et Bresse, et Anne 
Massol, sa femme, fondèrent une chapelle avec droit de 
sépulture, dans la grande église qui se bâtissait devant 
le château. La charge imposée aux Feuillants fut de célé- 
brer chaque semaine, à perpétuité, deux messes basses: 
l'une, le samedi, en l'honneur de la Sainte Vierge ; et 
l'autre, le mardi, en riwnneur de saint -Bernard. Le 
contrat porte que l'on dira ces messes dans la chapelle 
des donateurs, lorsqu'elle sera bâtie, et, en attendant, 
« aux authels qui sont de présent en la chapelle » ou 
église du prieuré. Mais voici la clause intéressante, où 
il est évidemment question du lieu vénérable de l'église 
du château : « Sauf que par chasque moys ladicte messe 
deNostre Dame sera dicte et célébrée la première semaine 
du moys en la chapelle dédiée à la Vierg-e, et celle de sainct 

I. DEO OPT. MAX. et S" BERNARDO pro nova Basilicœ Fonta- 
nensis intauratione sacrum, Bibl. de Dijon. 

4 



5o LA CHAMBRE NATALE 

Bernard en la cliapelle dédiée à sainl Bernard la seconde 
semaine (i). » 

André Valladicr, qui, après avoir passé vingt-trois ans 
chez les Jésuites, devint abbé de Saint-Arnoul de Metz, 
fit, en 162S1 l'éloge funèbre de Dom Bernard de Mont- 
gaillard, décédé abbé d'Orval. Il parle ainsi de Fon- 
taines-lès-Dijon : « J'aj en riionneur d'y prescher et 
sacrifier plusieurs fois dans la mesme chambre oii sainct 
Bernard naquist, laquelle ayant esté tousiours gardée 
très religieusement, le sera encore plus à Tadvenir par 
la dévotion des Pères Feuillans qui y bâtissent un beau 
monastère et une église magnifique, grandement fré- 
quentée par l'insigne dévotion de toute cette belle ville 
de Dijon ; bénédiction de laquelle la naissance de sainct 
Bernard l'a laissée héritière, comme de ses douceurs, de 
ses dévotions et de ses zèles divins à l'amour de Dieu et 
à la perfection de la religion catholique (2). » 

Le 3i mars i63i, M""*" Antoine Ruzé, marquis d'Effyat 
et de Lonjumeau, maréchal de France, etc., gouverneur 
pour Sa Majesté au pays d'Anjou, ville et château d'An- 
gers, fonda une lampe dans la chapelle Saint-Bernard. 
On lit dans le Titre de cette fondation : « M"^" Antoine 
Ruzé... pour la dévotion qu'il a à la glorieuse Vierge 
Marie et à son favory Monseigneur sainct Bernard et 
particulièrement à la Maison natale dudict Sainct, qui 
est au lieu de Fontaines les Dijon, en laquelle se bastit 
le monastère des religieux de la congrégation N.-D. des 
Feuillants ordre de Cîteaux, s'y estant mondict seigneur 
transporté pour faire ses dévotions, a fait offre d'une 
lampe d'argent pour esire mise devant l'hostel (autel) 
dudict Sainct, et affin que ladicte lampe soit tousiours 
entretenue de lumières, mondit seigneur le maréchal a 
donné et délivré par forme de fondation audict monas- 

1. Titres de proprictc appartenant à. M. Henri Gérard, à Fontaines- 
lès-Dijon. 

2. Migne, \. c, col. 1642. — Bibl. de Dijon : Les saintes Montagnes 
et CuUincs d'Orval et de Clairevaux, par Messire F. André Valladier, 
Luxembourg, 1629, p. 19. 



DE SAINT BERNARD 5i 



tère,à la personne de R. P. Dom Jean de Saint-Malachie 
sous prieur et intendant de la Fabrique de ladicte église 
et monastère Saint-ljernard présent stipulant et accep- 
tant, la somme de cinq cents livres tournois pour estre 
le revenu d'icelle somme employé à tenir ladite lampe 
ardente jour et nuict devant le sainct Sacrement et les 
ymages de Nostre-Dame et de sainct Bernard. Ce que 
ledict R. P. a promis de faire entretenir et de faire ra- 
tiffier incessamment... (i). » 

Malabaila, dans sa Vita del divoto et mellijluo dottore 
santo Bernardo, publiée à Naples en 1634, parle, en 
plusieurs endroits, de la chambre natale de saint Ber- 
nard, transformée en oratoire. Lagamkra, dit-il, giiegon 

LA NASGITA DI QUEL SAGRO CAGNUOLINO FU NOBILITATA [mOS- 

trandovisi cou frequenti gratie présente la virtu divina) 
FU MUTATALN un'oratohio. Il quùle COU devotionc cosi luii- 
versale fu da tutti riverito, che li monaci délia ncbilis- 
sima Certosa di Diggione^ con essempio del tutto inu- 
sitato tra di loro (perla stretta solitudine che professano) 
con iina divotissima processione sono stati soliti di 
annualmente honorarlo .¥.1 ailleurs, rapportant les mira- 
cles accomplis par saint Bernard après sa mort, il rap- 
pelle les faveurs singulières par lesquelles si rende di 
continua pin illustre e venerabile la gamera ove gia 

NACQUE IN FONTANE, CONVERTrrA IN Un'oRATORIO (2). 

L'auteur du Sotnmaire de la vie de Saint Bernard^ 
publié à Dijon en i653, raconte, comme nous l'avons dit 
précédemment, que le saint vint au monde dans le cellier 
du château de Fontaines. Ensuite, il ajoute : Ce celier 
est converty en une très dévote chapelle, bastie par la 
libéralité et magnificence de Louys XI IL A la fin de cet 
opuscule sont données plusieurs pièces relatives à la 
Confrérie de Saint-Bernard érigée, cette même année 
i653, dans l'église des Feuillants. On y trouve la note 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, H, Qgt'i, layette F, n" S. 

2. Vita del divoto et mcll. S. Bernardo, Naples, it")'J4, p. ^5 et 40S. 



52 LA CHAMBRE NATALE 

suivante : « L'autel de Saint Bernard est privilégié les 
lundis de chaque semaine et tous les mercredis en 
faveur des Confrères ( i ) » . 

Joseph Meglinger, sous-prieur de l'abbaye de Vettin- 
gen ou Mar-Stern (en Suisse, près de Zurich), fut délé- 
gué par son abbé pour assister au chapitre général de 
Cîteaux en 1667. A son retour, il écrivit la relation de 
son voyage. Il n'omit pas d'y raconter le pèlerinage qu'il 
avait fait à Fontaines, dans la matinée du 7 mai, en 
compagnie de deux autres religieux, parmi lesquels Dom 
Schnider, abbé de Saint-Urbain, et vicaire général de 
l'Ordre, pour la Suisse, l'Alsace et le Brisgau. Hue igi- 
tur promoti, dit-il, R. R. Dominum abbatem de Campo 
Liliorum (Lilienfeldt) ex Austria offendimus, qui ante 
nos paulum curru advectus sacris operari cœperat, 
nobis intra templi januam pedetn inferentibus^ in altari 

QUOD JAM EUM OCCUPAT LOCUM IN QUO DE PI^ PARENTIS 
UTERO IN HANC MORTALITATIS LUCEM PROGRESSUS EST SANC- 

Tus BERNARDus. Tam prœclûra altaris prœrogativa ex 
religioso illius loci pâtre intellect a, morabar divina, 
dum dictus prœsul sacri Jinem invenisset. Duœ intérim 
arœ aliœ missas dicentibus R. R. vicario generali et 
socio serviebant. Nactus denique et meœ pietatis occasio- 
nem, in prœdicto altari sacrijiciuvi incruentum obtuli 
honori sanctissimi Patris, ut cui ille pretium sua nativi- 
tate fecisset (2). 

Le publiciste français Jean Dumont, auteur des Voya- 
ges en Frafice, en Italie, etc, consacre un mot à Fontai- 
nes dans une lettre datée de Dijon, octobre i68g. « D'un 
autre côté de la ville, écrit-il, sur une petite colline, il y 
a un couvent de moines Feuillants, qu'on dit être la Mai- 
son du père de saint Bernard, qui était le seigneur du 

1. Sommaire de la vie de Saint Bernard, Dijon, Paillot, i653, p. 17 et 
237. 

2. Migne, !.. c, coL iSSg, n- 3i. — La relation de Joseph Meglinger 
a fourni le thème d'une" publication fort intéressante : Voyage d'un 
délégué suisse au Cliapitre général de Cîteaux en i66y, par H. Cha- 
beut, Dijon, Lamarche, i885. 



DE SAINT BERNARD 53 

lieu, qu'on appelle encore aujourd'hui Bourg-Fontaines. 
On y montre la Chambre dans laquelle il est né ; c est une 
fort petite salle basse quarrée, et dont on a fait une cha- 
pelle. On y voit écrit sur la porte : Venez, mes enfans, 
et je vous introduirai dans la Maison de mon Père et 
dans la Chambre où ma Mère m'a enfanté » (i). 

Dom Philippe de Saint-Joseph, religieux bernardin, 
abbé du monastère de Saint-Jean-Baptiste de Firen- 
zuola en Lombardie, a publié, en 1696, un Abrégé de la 
vie de saint Bernard. La Chambre natale y est mention- 
née en ces termes : La Caméra in cui nacque il nos- 
TRO Bernardo : operandovi dopo Iddio moite gracie ; 
Fu convertita IN UN DivoTo Oratorio soUto frequcntarsi 
uniuersalmente da tutti (2). 

' Les auteurs de dictionnaires géographiques et histo- 
riques, Corneille (1708), La Martinière (172(5), Piganiol 
delà Force (i753), parlent également de « la Chambre 
où saint Bernard naquit, et dont on a fait une chapelle . » 
Mais ils ne font que répéter ce qu'avait dit Jean Du- 
mont (3). 

De Mangin, en son Histoire ecclésiastique et civile du 
diocèse de Langres [\']Ç)b), signale, à Fontaines, le sanc- 
tuaire natal de saint Bernard, en copiant textuellement 
Piganiol de la Force (4). 

Le feuillant Louis Gellain, dans V Inventaire des Ar- 
chives du ynonastère royal de Saint-Bernard (1770), 
parle en plusieurs endroits de la chapelle vénérable fai- 
sant partie de l'église de ce monastère. Ayant rappelé la 
prise de possession en 16 14 du « château de Fontaines 

1. Voyages en France, en Italie, en Allemagne, à Malte et en Tur- 
quie. La Haye, 1699, T. I. p. 76. 

2. Compendio délia vita del mellijluo dottore santo Bernardo, Plai- 
sance, 1695, p. 20. 

3. Diction, universel géograph. et hist. par Corneille, Paris, 1708, 
T. II. art. Fontaines. — Le grand Diction, géograph. histor. et crit. par 
La Martinicre, La Haye, 1726, T. III art. Fontaines. — Description hist. 
et géograph. de la France, 1753, T. [V, p. 3o. 

4. Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Langres, par de Man- 
gin, 1765, T. II, p. 1 18. 



64 l'A CHAMBRE NATALE 

et chapelle d'icelui » par Dom Jean de Saint-Sévérin, il 
ajoute en note : « Il 3^ a tout lieu de croire que la cha- 
pelle actuelle de Saint-Bernard est la même que celle dont 
il est ici question, et que Jioiis n'avons fait que lorner 
après notre établissement sans lachanger déplace; cd^v vrai- 
semblablement les religieux de Cîteaux l'avaient fait cons- 
truire au lieu même ou selon la tradition saint Bernard 
était né, qui est aussi celui ou elle est aujourd'hui ». Nous 
avons dit plus haut qu'on ne peut attribuer avec certi- 
tude aux moines de Cîteaux l'érection de la chapelle, et 
nous n'invoquons ce témoignage que relativement à 
l'état de la Chambre natale, après que les Feuillants 
l'eurent renfermée dans leur église. Louis Gellain fait 
encore plusieurs remarques utiles à noter. La suivante 
a été déjà relevée : « La chapelle de Saint-Bernard exis- 
tait avant notre établissement, il y avait à côté une salle 
à manger et des chambres. C'est ce qui forme actuelle- 
ment notre église ». Au sujet des trois mille livres don- 
nées par Louis XIII, Louis Gellain observe: « Ces trois 
mille livres, une fois payées pour la décoration de la 
chapelle Saint-Bernard, ont vraisemblablement été 
emploiiées à achepter les colonnes de marbre qui soutien- 
nent les deux coupoles de V église. » Enfin, ayant rappelé 
la fondation d'une messe mensuelle, par Joachim de 
Damas, il ajoute : « Je ne fais pas mention, quoique le 
titre le porte, que cette messe doit se dire à la chapelle 
de Saint Bernard ; elle était seule alors, et ainsi on a pu 
mettre cette clause pour qu'elle ne fut pas acquittée 
ailleurs; mais actuellement qu'il y a plusieurs chapelles 
j'estime que l'intention du fondateur est remplie, en 
disant les messes dans notre église, n'importe à quel 
autel (1) ». 

Courtépéc, dans sa Description du duché de Bourgo- 
gne [i-]-]-]), écrit au sujet de Fontaines-lès-Dijon (2): 

1. Inventaire des Archiv. du mon. ror.de St-Bernard, p. i6, 44, 53, 
3o5. 

2. Description du Duché Je Bourgogne, 1777, T. II. 



i 



DE SAINT BERNARD 55 



« Prieuré de Feuillants, bâti sur remplacement du châ- 
teau de Tesselin-le-Roux, père de saint Bernard... Le 
peuple des environs y accourt chaque année pendant 
l'octave de saint Bernard, et satisfait sa dévotion en 
Viiivoquant dans la Chambre où il est néon ioqi. » 

Plus d'un lecteur sera tenté de se plaindre du nombre 
et de la longueur de ces textes. Mais nous tenons essen- 
tiellement à ce que Ton ait en main toutes les pièces qui 
doivent élucider la question et amener une solution sans 
réplique. 

Or, de cet ensemble de documents, on peut tirer deux 
conclusions certaines : 

1° L'oratoire primitif de Saint-Bernard, vulgairement 
nommé Chambre natale, formait, dans l'église des Feuil- 
lants, la chapelle spécialement dédiée au saint abbé. De 
même qu'il y avait dans cette église une chapelle sous 
le vocable de la Vierge, il y en avait une également 
sous le vocable de saint Bernard, et la Chambre natale 
ne différait pas de celle-ci. On ne peut admettre qu'il y 
ait eu en même temps l'autel de saint Bernard et l'autel 
de la Chambre natale. Cette distinction n'apparaît nulle 
part. On n'en découvre aucun indice. Dans les titres du 
prieuré, particulièrement, il est souvent fait mention 
de « la chapelle de saint Bernard » et jamais de « la 
Chambre natale ». Si l'on fait don d'une lampe en 
argent, c'est devant l'autel de saint Bernard qu'elle est 
suspendue. Les messes de fondations se célèbrent, de 
préférence, à l'autel de saint Bernard. La faveur de l'au- 
tel privilégié est attachée à ce même autel. Louis Gellain 
ne parle non plus que de « la chapelle de saint Ber- 
nard ». D'où cela vient-il, sinon de ce qu'il n'y a pas lieu 
de distinguer entre la «chapelle » et la «chambre », 
mais que ces deux noms désignent un seul et même 
oratoire ? D'ailleurs Louis Gellain est formel, malgré la 
tournure embarrassée de son style. Il signale donc dans 
l'église du monastère une chapelle de saint Bernard et 
une seule. C'est, dit-il, le lieu même où, selon la tradi- 



56 LA CHAMBRE NATALE 

tion, le saint est venu au monde, en d'autres' termes, la 
Chambre natale. Telle est la base de son argumentation. 
La raison qui lui fait croire que la chapelle de Saint- 
Bernard existant en 1770 est la même que l'ancienne, 
c'est que celle-ci lui semble avoir été aménagée dans le 
vrai lieu natal, et que celle-là s'y trouve également. L'i- 
dentité de la Chambre natale et de la chapelle Saint-Ber- 
nard de l'église des Feuillants est donc certaine. 

2° La Chambre natale ou chapelle de Saint-Bernard, 
— nous venons de prouver qu'a cette double appellation 
répond un objet unique — n'a point conservé sa primi- 
tive simplicité après l'établissement des Feuillants, 
mais elle fut ornée par ces religieux. Le témoignage de 
Louis Gellain ne permet pas d'en douter. « 11 y atout 
lieu de croire, dit-il, que la chapelle actuelle de Saint- 
Bernard est la même que l'ancienne, et que nous 
n'avons fait que l'orner après notre établissement sans 
la changer de place. » On avait donc exécuté des tra- 
vaux décoratifs dans la Chambre natale. Et ces travaux 
dataient du XVII" siècle. Car, du moment que Louis 
Gellain, qui écrivait en 1770, s'exprime ainsi : « Après 
notre établissement », il reporte évidemment le fait en 
question à une époque voisine de la fondation du 
prieuré. Si les traditions de la communauté, si quelque 
pièce des Archives dont il dressait l'inventaire, lui 
eussent appris que les Feuillants avaient longtemps gardé 
intact l'ancien oratoire, il eût parlé d'une autre manière. 

Au reste, il est facile de corroborer ce témoignage. 
En etfet, les Feuillants se montrèrent on ne peut plus 
empressés d'embellir le berceau de leur saint Patriar- 
che : les passages empruntés a l'opuscule de Jean de 
Saint-Malachie le révèlent clairement. Comment, dès 
lors, eût-on laissé, dans une nudité froide et négligée, 
« la très sainte et très recommandable chapelle » si 
dévotement rappelée dans le contrat d'acquisition ? 
Avait-on, quand on aménageait le monastère, le bon 
goût de conserver tels quels les monuments d'un autre 



DE SAINT BERNARD ■ 5^ 



âge ? Voici, d'ailleurs, des preuves formelles : En 1618, 
il existait un projet de décoration de la chapelle Saint- 
Bernard, et, pour ce travail particulier, L.ouis XIII fit 
une offrande de trois mille livres : les Lettres Patentes 
du mois de juillet de ladite année l'attestent expressé- 
ment. Le projet fut mis à exécution, car, en i653, 
l'auteur du Sommaire de la vie de Saint Bernard notait 
avec soin que le cellier natal étoit converti en une très 
dévote chapelle bâtie par la libéralité de Louis XIII. 
Publié à Dijon, le petit livre ainsi intitulé était le manuel 
d'une nouvelle confrérie de Saint-Bernard, érigée dans 
l'église même des Feuillants. Il contient ces mots, h 
l'article 3 du règlement des associés : « Le lieu de la dé- 
votion de saint Bernard est celuy de sa naissance. » En 
un pareil livre, la chapelle regardée comme le cellier ou 
chambre natale ne pouvait qu'être désignée d'une façon 
exacte. Or, dit l'auteur, c'était une chapelle bâtie, c'est- 
à-dire, décorée par Louis XIII. 

Ajoutons encore, pour n'omettre aucun argument, 
que, si la Chambre natale fût restée dans son état primi- 
tif, si elle eût été seulement rattachée à l'église et non 
pas fondue dans l'ensemble de l'édifice, Méglinger n'eût 
point manqué de nous en instruire. Ce moine entre- 
prit son voyage avec le plus ardent désir de vénérer les 
traces de saint Bernard à Fontaines, à Cîtcaux et à 
Clairvaux (i). Aussi, quand il est Clairvaux, par 
exemple, il examine tous les détails des cellules du saint 
abbé; il en mesure les dimensions. Dans l'église du 
prieuré de Fontaines, au contraire, l'autel du lieu natal 
attire seul son regard ; rien autre chose ne le frappe, ni 
la configuration de ce lieu, ni les parois : il n'a donc 
plus trouvé lace cachet d'antiquité qui, à coup sûr, eût 
exalté son imagination. 

\. Pulsabat animum, dit Mtiglinger, rcgioncs pcregrinas perlustrandi 
cupido ; qiiam acccndebat amor in mclliflmim Patron Bcrnardum : cum 
enim prope vivum in terris intucri milii videbar, si loca illa viscnda da- 
rentitr, quœ illum in hanc morlalis vita- luccm effudere, qiuv îironcm 
aluerunt, quœ abbatcm adorarunt . Migne, 1. c. coi. i57i, n" 3. 



58 LX CHAMBRE NATALE 

Enfin, le texte de Dumont n'infirme aucunement la 
conclusion qui vient d'ctre déduite. En prenant ce texte 
isolé, on a pensé naguère que Dumont avait vu encore 
la petite salle basse carrée simplement munie d'un auteh 
Mais ce sens qui a pu frapper à première lecture, est-il 
celui de l'auteur ? Il y avait dans l'église des Feuillants 
trois chapelles qui étaient de véritables salles bas- 
ses, n'occupant que la partie inférieure des bâtiments, 
et toutes trois étaient sur plan carré ou rectangulaire. 
Une de ces chapelles n'était-elle pas laChambre natale? 
N'est-ce pas ce que Dumont veut dire par ces expres- 
sions : C'est une fort petite salle basse carrée et dont 
on a fait une chapelle ? Il est difficile de donner à ce 
texte une interprétation différente, surtout quand on a 
étudié l'église du monastère de Fontaines. En tout cas, 
rien, dans le passage allégué, ne contredit les témoigna- 
ges si clairs et si autorisés qui précèdent. Dumont omet 
de noter si la petite salle basse carrée, transformée ert 
chapelle, était restée simple et sans art, ou bien si on 
l'avait décorée. Cette omission, de la part d'un auteur 
dont les descriptions sont d'ordinaire incomplètes et 
parfois inexactes, ne saurait fournir un argument con- 
tre les solides raisons que nous avons fait valoir. 

Ainsi, en résumé, la Chambre natale était la cha- 
pelle Saint-Bernard de l'église des Feuillants, et l'on y 
avait exécuté des travaux d'embellissement sous Louis 
XIII. Ces deux données aideront à reconnaître son em- 
placement. 

Une étude attentive de l'église des Feuillants est main- 
tenant nécessaire. Nous avons dressé le plan de l'église 
complète (voir P/a«t7ze 3). On y voit fidèlement repro- 
duite la partie que la Révolution a laissée debout, savoir : 
les deux chapelles royales A et B ; la chapelle F, qui, 
d'après des documents positifs ( i), renferma le maître- 

I. Archiv. de la Cote-d'Or, H. Liasse ggtj, layette F, n" 36 ; autre 
layette intitulée Etats de situation (voir l'Etat de 1773) — Q-2, Liasse 34, 
cote 20. 




iz: 

o 

o 

> 

<î 

M 
Q 

W 

O 
O 

< 






Cxi 
C/Q 

Q 

m 

o 

■m 

w 

< 
a 



DE SAINT BERNARD 6ç 



autel de 1778 à 1793 ; enfin, la sacristie S. Quant à la 
partie détruite, des fouilles que nous avons dirigées 
nous-même, l'Inventaire estimatif du monastère (i) 
dressé par l'architecte Nogaret le 16 juillet 1791, quel- 
ques autres renseignements recueillis çà et là, nous ont 
permis de la restituer avec assez d'exactitude. Elle com- 
prenait la chapelle C, l'exèdre ou chœur des religieux 
D, l'escalier à deux rampes E E, le clocher CC, le per- 
ron O, régnant devant la façade. 

A première vue, on cherche à s'expliquer l'ordon- 
nance architectonique de cette église par une nef qui se 
relierait à un sanctuaire situé au nord ou au sud ; mais 
un œil exercé n'est point satisfait de cette explication. 
Un examen plus sérieux fait reconnaître trois chapelles 
rectangulaires contiguës, orientées ou plutôt contre- 
orientées de l'est à l'ouest, auxquelles se soudent assez 
mal, du côté du nord, l'exèdre terminé en hémicycle ; 
du côté du sud, une quatrième chapelle, sur plan octo- 
gonal, dont l'autel faisait face au chœur des religieux. 

Chaque partie du petit édifice a besoin d'être étudiée 
en détail. 

Les deux chapelles ou coupoles A et B, construites 
dans le meilleur style de la Renaissance, se distinguent 
par une décoration très riche et tout à fait symétrique. 
La première est ornée du chiffre et des armes de 
Louis XIII ; la seconde, du chiffre et des armes d'Anne 
d'Autriche. Au-dessus des portes, règne une galerie avec 
tribunes. Sous l'arcade de chaque tribune, on lit le mil- 
lésime de 161 9. Ce millésime est gravé d'ancienne date 
dans la chapelle du roi. Il n'est inscrit dans celle de la 
reine que depuis les derniers travaux de restauration. 
Heureusement, le sculpteur n'a pas commis un anachro- 
nisme : on en a la preuve dans une inscription que nous 
publions plus loin. Il y a donc en A et B deux chapelles 
jumelles dont l'ornementation ne remonte pas au-delà 

I. Cet Inventaire a été public par M. Frédéric Ldpine, à la suite de 
son opuscule intitulé Vie de saint Bernard, Dijon, Jobard, i883. 



6o LA CHAMBRE NATALE 

de 1619. Ces chapelles tranchent sur tout le reste cie 
l'e'glise. Elles forment comme un monument à part, ou 
mieux, le monument lui-même. Les autres parties de 
l'édifice paraissent être seulement des accessoires. Une 
remarque très importante à ajouter, c'est que, si les 
constructions de'coratives des chapelles royales ne sont 
pas antérieures à 16 19, les gros murs rectangulaires 
h l m V p o n qui les renferment, sont certainement 
plus anciens : ce sont des restes du vieux château. De 
même pour le mur de refend d e (i). Avant 1798, les 
gros murs h /, etc., avaient une assez grande élévation. 
Leur ensemble composait un bâtiment en forme de pa- 
rallélogramme, dont la partie basse était occupée par les 
deux chapelles, et la partie haute, par une salle décorée, 
elle aussi, dans le goût somptueux de la Renaissance. On 
voyait dans cette salle l'écusson de Louis XIII, très fine- 
ment sculpté (2). Tout ce bâtiment — le seul qui fût 
orné de la sorte — avait donc aux yeux des Feuillants 
une importance particulière : cette conclusion s'im- 
pose. 

Que restait-il d'un logis si précieux, après que les dé- 
molisseurs de 1793 eurent accompli leur oeuvre néfaste ? 
Les deux coupoles seulement. Encore avait-on enlevé 
leurs colonnes et mutilé leurs sculptures. Un amas de 
décombres fut leur unique toiture jusqu'en 182 i. Alors, 
un avocat du barreau de Dijon, M. Claude-Xaxier Gi- 



I. Nous avons vu nous-même, au moment des travaux de restaura- 
tion, en b c, en e f, e g, derrière les constructions décoratives com- 
mencées l'an 1619, l'alignement des murs primitifs a b, d e, recouverts 
encore de leur enduit de plâtre. Prés du point m, on a trouvé, dans 
l'intérieur du mur, une baie obstruée, appartenant à une vieille bâtisse. 
Elle a semblé de forme ogivale ; l'ébrasement était bien marqué; l'ap- 
pareil, en petits moellons. Elle avait environ o^jQO de large sur un peu 
plus de haut. En d, la partie afférente au sol n'était plus'qu'un amas de 
poussière, et l'on ne voyait plus trace de chaux dans les mortiers. Le 
mur o p V était dans un tel état de vétusté, qu'il a été impossible d'en 
rien conserver. 

■ 2. Nogaret, dans son Inventaire estimatif, parle, pour cette salle, 
d'ian blason des ducs de Bourgogne. C'est une erreur. L'écusson a 
été retrouvé dans les combles, au-dessus de la coupole A. Il porte les 
armoiries de Louis XIII. 



DE SAINT BERNARD 



6i 



rault (i), acheta la partie principale de l'he'ritage des 
Feuillants, Jeta un toit de pierre sur les chapelles, et 
îes sauva ainsi d'une ruine totale. C'est à partir de cette 
époque que les restes du couvent de Fontaines ollVirent 
l'aspect sous lequel ils sont représentés dans la F/^«re i. 
Toutefois, quelques détails secondaires marqués dans ce 
dessin, comme la porte N, par exemple, ne sont pas 
antérieurs à 1840, c'est-à-dire à l'acquisition de la Mai- 
son natale de saint Bernard par M. l'abbé Renault. 




.^^^:-. 



FlGLRE I 

Vue des restes du couvent des Feuillants de 182 
Aspect du Levant 



à 1881 



La chapelle ou sanctuaire F appelle aussi toute l'atten- 
tion du lecteur, car on a cru y reconnaître la Chambre 
natale de saint Bernard, et nous avons sur ce point à 



I. Claude-Xavier Girault, né à Auxonne le 5 avril 1764, prûta son ser- 
ment d'avocat au Parlement de Dijon, le 21 juillet 1783, et fut pourvu, 
trois ans après, de l'otrice dç conseiller auditeur à la Cnamhrj des 
Comptes. A la suppression des cours souveraines, il se retira da;is sa 
ville natale, dont il fut nomme maire sous le Consulat. Il revint plus 
tard habiter Dijon comme avocat consultant, exerça les fonctions de 
juge de paix dans l'un des arrondissements de cette ville, et y mourut le 
3 novembre 1823. Il voulut être inhume à Fontaines, oii il avait acheté, 
le 9 aoi!it 182 1, la plupart des bâtiments ciui restaient du monastère des 
Feuillants, ainsi qu'une partie des dépendances. 

Membre des plus actifs de la Commission archéologique et de l'Aca- 
démie de Dijon, correspondant de beaucoup d'autres sociétés savantes, 
Claude-Xavier Girault a laissé un grand nombre d'opuscules, parmi 



02 I.A CHAMBRE NATALE 

redresser l'opinion. Cette chapelle n'a aucune valeur ar- 
chitecturale, ni rien qui s'harmonise ve'ritablement avec 
les élégantes coupoles de Louis XIII et d'Anne d'Au- 
triche. L'art du xvn^ siècle n'a point mis là son cachet. 
Les murs étaient recouverts d'un vulgaire enduit, qu'on 
a fait tomber pour étudier les maçonneries. Celles-ci 
appartiennent à des époques diverses et difficiles à dé- 
terminer. Tel est l'avis des architectes qui les ont exa- 
minées : M. Selmersheim, chargé de la restauration de 
la Maison de Saint-Bernard, et M. Pierre Degré, qui 
nous seconde dans l'élaboration de nos dessins. Voici 
pourtant ce qu'a fait découvrir l'inspection la plus mi- 
nutieuse. Le sanctuaire F n'entre pas, du moins comme 
tel, dans le plan primitif de l'église des Feuillants. En 
effet, quand on construisit la partie décorative des cha- 
pelles royales, le mur o n se prolongeait jusqu'en h, et 
on le laissa subsister. La preuve a été fournie par l'état 
de la clef et des claveaux de VarcadeJ k du côté du sanc- 
tuaire. Sur cette face, la clef est sans sculpture, et les 
claveaux sont taillés grossièrement pour être appuyés 
contre une maçonnerie. De plus, les angles / sont pos- 
térieurs aux constructions commencées en 1619, il est 
facile d'en juger par la taille différente et le raccorde- 
ment mal fait. Le mur o n h appartient donc au vieux 
logis rectangulaire qui renfermait les coupoles, et la 
baie ouverte en pans coupés qui forme la partie anté- 
rieure du sanctuaire, date seulement de l'époque où 
celui-ci fut aménagé. Aucun des trois autres murs dont 
se compose la chapelle F, n'a paru oftrir des signes de 
grande vétusté. Le plus ancien, selon toute apparence. 



lesquels une Notice sur saint Bernard et sa maison natale (Dijon, Gau- 
lanl-Marin, 1824). 11 a trop élargi le cercle de ses recherches et surtout 
trop multiplié ses publications pour avoir vu d'assez près les questions 
par lui abordées. C'est ainsi que dans la Notice que nous rappelons, il 
s'est absolument mépris sur l'emplacement de la Chambre natale, et 
qu'il a égare le premier l'opinion sur ce point. Mais on ne saurait trop 
lui savoir gré d'avoir empêché la ruine des chapelles de Louis XIII et 
d'Anne d'Autriche, et d'avoir conservé plusieurs inscriptions où l'on 
devait trouver des éléments pour rectifier son erreur. 



DE SAINT BERNARD 



63 



est celui du midi, dans sa partie inférieure au moins, où 
l'on a remarqué, en ;', une porte condamnée. C'est 
aussi le plus épais; mais son épaisseur n'égale pas celle 
du mur o n h, elle dépasse à peine un mètre. Il y a tout 
lieu de croire, vu l'aspect de la porte retrouvée, que cette 
bâtisse ne fut jamais plus forte (i). Les trois fenêtres 
percées dans la partie supérieure de ces murs rappe- 
laient lewin*" siècle, par leurs dimensions, le plein cintre 
et l'absence de moulure. Un dernier détail à noter, 
c'est que la chapelle F occupait toute la hauteur du 
bâtiment, et n'était point surmontée d'une salle ni 
même d'un grenier (2). 

La chapelle G et le chœur des religieux D furent 
complètement détruits en 1793. Il n'en est resté que 
les fondations. Nous en avons relevé le plan exact, après 
que l'on eût fouillé le sol. Ces deux parties de l'édifice 
ne sont pas dans le même axe que les autres. Néan- 
moins elles appartenaient primitivement à l'église des 
Feuillants. La clef sculptée et les claveaux soigneuse- 
ment polis que l'on voit en u r, les pilastres conservés 
jadis sur la face nord du mur a b, l'insinuent d'une fa- 
çon asssez claire (voir plus loin Figure 2). Il en existe 
d'ailleurs une preuve péremptoire. La pierre posée par 
Catherine Chabot et portant la date de 161 5 a été trou- 
vée en R, dans la ligne même des murs de la chapelle C. 
Nous donnons immédiatement l'inscription et les ar- 
moiries (3) gravées sur cette pierre. 



I II avait d'abord semblé qu'un mur ancien du sanctuaire F — sur 
la ligne n h — présentait jusqu'à 9 pieds d'épaisseur. Cela confirmait 
l'opinion qui plaçait dans ce sanctuaire la Chambre natale, antique 
cellier de la grosse tour. Mais deux choses étaient restées inaperçues : 
1° l'épaisseur du mur nh a doublé en l'Jiy, par l'application d'une 
nouvelle bâtisse contre l'ancienne ; 2" le mur primitif' appartenait au 
logis des coupoles plutôt qu'au bâtiment compris entre ce logis et la 
tour d'entrée. 

2. La petite salle qu'on voyait au-dessus du sanctuaire avant la res- 
tauration de la Maison de' Saint-Bernard, avait été aménagée par 
M. l'abbé Renault. 

3. D'après le P. Anselme (T. IV, p. 574), « le scel de Jacques Chabot — 
père de Catherine — était écartelé : au i et 4 trois chabots, au 2 un 
lion, au 3 une étoile à plusieurs rais. « 








MA 
î6 i^ 



PINGVESCVNT . SPE 

CIOSA . DESERTI . ET . EXVL 
TATIONE . COLLIS . ACCIN 
GITVR . NATI . OLIM . DIVI 
BERNARDI . HVIVS . DE 
RELICT^ . DOMVS . REN 
ASCENTE . GLORIA . CV 
IVS . SANCTITATIS . MIRA 
SPECIE . ET . PVLCRITVDI 
NE . INTENDIT . PROSPE 
RE . PROCEDITQVE . VT 
DOMVS . ORATIONIS . FI 
AT . VOTIS . OCCVRRËTI 
BVS . TOTIVS . ECCLESI^ 
REGNI . PATRIE . DIVIONË 
TIVM . ET . FILIORV . FVLIEN 
TIVM . VICE . OMNIVM . DE 
VOTA . MANV . PORREXIT 
OPERI . ILLVSTRIS . D . DOM 

CATARINA . CHABOT 



La pierre ornée de cette inscription e'tait recouverte 
par une autre pierre, portant aussi l'inscription suivante : 

STRVCTA t DEO /EDES 
SVM" PONTIFICE ROM" 
PAVLO QVINTO 
FRANC ORV REGE 
CHRISTIANISSIMO 
LVDOVICO XIII 
A NATIVITATE DIVI 
BERNARDI DXXV (i) 
AB INSTITVTIONE 
CONGRE- FVLIENSIS 
ORDIN | XXXV |CISTER (2) 



1. D'après cette inscription, saint Bernard serait né en 1090. La date 
de 1091 est généralement préférée. Pour déterminer l'année de la nais- 
sance'de saint Bernard, il t'aut tenir compte de l'âge qu'il avait: 1" en 
entrant à Citeaux, au printemps de 11 i3; 2° le jour de sa.mort, 20 août 
II 53. La Vital-' recension A lui donne environ vingt-trois ans quand il 
quitte le siècle, et près de soixante-quatre ans quand il meun(Der lieilige 
Bernard von Clairvaux du D' Hufî'er, p. i3o, note 7). Par conséquent, 
loyo serait la date probable de la naissance. Mais des sources plus véri- 
diques, la Vita i-i recensiun Bel {aVita i'j déclarent le saint âgé d'un 
peu plus de vingt-deux ans lors de son entrée à Cîteaux, et d'un peu 
inoins de soixanie-trois au jour de son décès. Telle est l'interprétation 
la meilleure des textes de Geoffroi et d'.\lain. C'est ce qui t'ait préférer 
1091 à 1090. Disons toutefois que ces données sont trop vagues pour 
qu'on puisse baser sur elles un calcul chronologique précis. Elles per- 
mettent seulement d'aftirmer que saint Bernard est né au commence- 
ment de loqi ou à la tin de 1090.— Mabillon, qui a publie le texte de la 
recension B pour la Vita u, a interverti les leçons relatives à l'âge de 
saint Bernard entrant à Citcaux. Il a inséré dans son texte la leçon du 
type A. : annos natus circiter XXI II ; et il cite simplement comme va- 
riante la leçon du type B : annos natus circiter XXti. (Migne, Le, coL 
237I. 

2. L'année i6i5 étant donnée ici comme la XXXV de l'institution de 
la congrégation des Feuillants, ondevrait donc placer les débuts de cette 
congrégation vers i58o. Cependant Jean delà Barrière commença plus 
tôt sa reforme. .V vrai dire, c'est s'julcment deux ans après le chapitre 
général de Citeaux tenu en iSy.S, que les postulants arrivèrent en grand 
nombre autour de l'austère reformateur, demeuré presque seul jusque- 
là (Vie de V. Jean de la Barrière, par .M. l'abbé Annoncia Bazy, Tou- 
louse et Paris, i885, p. 121) et i33). De cette soite, l'année i58o peut 
être regardée comme la date initiale de la congrégation. 



66 



LA CHAMBRE NATALE 



On ne saurait donc en douter, le chœur des religieux 
et la chapelle attenante sont les premières constructions 
élevées par les Feuillants pour s'aménager une église. 
L'époque de ces constructions en révèle le style : c'était 
celui de la Renaissance. Mais l'état ancien du mur a b 
sur la face nord (voir Figure 2) et la description fournie 




Vue des restes de l'église des Feuillants de 1821 à 1870 
Aspect du Nord (1) 

par Nogaret prouvent qu'il y avait là une architecture 
moins riche que dans les coupoles. Nogaret mentionne 

I. La chapelle C et le chœur des religieux occupaient remplacement 
couvert de broussailles. Après les avoir démolis, on ferma par un mur 
de remplissage l'arcade qui s'ouvrait sur la coupole A. Cf. Flanche 3. 



DE SAINT BERNARD 67 



un grenier régnant « sur le chœur et une partie de 
l'église », c'est-à-dire sur le chœur et la chapelle atte- 
nante. Ce grenier, dit-il, « était autrefois une chambre, 
attendu que l'on y a masqué une cheminée. » Le chœur, 
un peu plus élevé que le niveau général de l'église, était 
sur cave. Une porte mettait en communication la cha- 
pelle C avec l'escalier. Celui-ci desservait les galeries 
des différents étages et le clocher. 

Pour ne rien omettre qu'il soit utile de savoir 
au sujet de l'église des Feuillants, reste à parler de la 
sacristie. Quand éclata la Révolution, la sacristie, S, était 
dans l'ancienne tour d'entrée du château, dont elle occu- 
pait le passage transformé en une salle. La présence des 
gonds sur lesquels pivotaient autrefois les vantaux de 
la porte, les rainures bien visibles du passage de la 
herse, enfin l'arcade ogivale qui réapparaît maintenant, 
dégagée des obstructions modernes, et que les architec- 
tes croient appartenir au XIV"-' ou XIIL siècle : telles 
sont les preuves palpables qu'on possède là les restes 
de la tour d'entrée mentionnée dans une charte de jan- 
vier 1423 (n. st. 1424). La sacristie, d'abord dans un 
autre local, ne fut transférée dans celui-ci que peu avant 
la Révolution (1). Entre la sacristie et l'église, un ves- 
tibule, formé du rez de chaussée d'une ancienne tourelle, 
s'ouvrait sur l'église par deux portes. Une de ces portes, 
/, introduisait directement dans le sanctuaire. (2) Au 



! . Dans le compte ou Etat de situation du monastère de Fontaines, 
dressé en 1776, on lit, à l'article des dépenses: « Sacristie >wuvelle : 
pour la maçonnerie, buffet, boiserie à hauteur d'appui, croisées, portes, 
escalier et peinture, 1^70 livres. » Archives de la Cote-d'Or, H, 906, 
layette Etats de situation. La confrontation de cette note avec l'inven- 
taire de Nogaret prouve qu'il s'agit de la sacristie aménagée dans l'an- 
cienne tour d'entrée du cnâteau.Ln 1770, cet aménagement n'était pas 
encore fait. Car, alors, Louis Geilain (1. c. p. 4.S) mentionne «l'apparte- 
ment qui est en bas de la grande tour », et c'est l'ancienne tour d'entrée 
que les Feuillants désignaient ainsi. Le local primitif de la sacristie 
peut avoir été le rez de chaussée de la tour du clocher. Celui où elle 
fut transférée, avait servi de parloir jusqu'en 1671. 

2. C'était primitivement parle couloir X que l'autre porte du vestibu- 
le en question donnait accès dans l'église. Nous ne voyons du moins 
pas de meilleure explication de ce couloir ménagé au milieu d'un pi- 



68 LA CHAMBRE NATALE 



midi de la sacristie, un bâtiment, T, avait fait partie du 
vieux château, mais les Feuillants l'avaient reconstruit 
et agrandi, vers 17N0. Ces religieux l'appelaient la 
« petite tour » ou le « logement du vigneron » (i). 

Telle était donc l'église des Feuillants. C'est dans 
une des chapelles dont elle se composait, qu'il s'agit de 
reconnaître l'emplacement de la Chambre natale. 

Il y a d'abord une élimination facile à faire. La Cham- 
bre natale n'était point dans la partie nord de l'édifice, 
renversée en ijq'i. En effet, la chapelle C et le chœur 
des religieux ne remontent pas au delà de i6i5, nous 
l'avons établi. Si l'on veut ajouter une nouvelle preuve 
à celles que nous avons déjà données, on peut consulter 
plus loin la Planche S. Cette planche reproduit un des- 
sin du château de Fontaines tracé par Etienne Martel- 
lange, le 21 septembre 1611, environ trois ans avant 
l'arrivée des Feuillants. Or, à cette époque, il n'y avait 
aucun bâtiment sur l'emplacement de l'exèdrc et de la 
chapelle attenante. Ainsi l'oratoire primitif est néces- 
sairement l'une des deux coupoles ou le sanctuaire F. 

Etudions d'abord les coupoles. Voyons si elles ne nous 
révéleraient point l'emplacement de la chapelle de Saint- 
Bernard, et partant celui de la Chambre natale, qui n'en 
est pas distincte. 

Le lecteur se le rappelle, ces coupoles furent décorées 
avec un soin tout spécial. Une d'elles, A, était la cha- 
pelle de Louis XIII ; l'autre, B, la chapelle d'Anne d'Au- 
triche. Plusieurs inscriptions se rapportant à cette par- 
tie de l'église furent heureusement conservées par 

lier. Deux autres vestibules, à l'entrée des chapelles royales, étaient 
voûtés en anse de panier. La symétrie, la régularité mêrne demandait 
près du point Z un mur pour soutenir la retombée de la voûte du ves- 
tibule t'e la chapelle B. Les remaniements exécutés plus tard auront 
modifié celte disposition. Dans la même chapelle B, la porte débou- 
chant sur le perron O déviait notablement de l'axe. Elle avait donc été 
ouverte par les Feuillants avant qu'on eût entrepris les constructions 
décoratives, et lorsque la chapelle B formait un local plus large, sui- 
vant le rectangle o h l p. 

I. Archives de la Côte-d'Or, H, (jqG, layette Etats de situation du 
monastère de Saint-Bernard. Voir Etats de 1782, lybS, 1788. 



HE SAINT BERNARD 



69 



M. Girault ; d'autres viennent d'être de'couvertes, et 
complètent les précédentes. Nous allons toutes les repro- 
duire. 

Sur les murs extérieurs de ce qui restait du bâtiment 
des coupoles, M. Girault remarqua six inscriptions : 
quatre au levant, deux au couchant ( 1). 

La façade du levant présentait d'abord deux pierres 
portant des inscriptions très lisibles. Nous en donnons 
le dessin exact, car elles sont parvenues jusqu'à nous, 
sans détérioration : 



)MNÎVM«GHMAK 




Figure 3 
Pierre n" I . 



IS-BERNARDIfÂTRIS 



Figure 4 
Pierre n' 2. 



I. Voir la notice de M. Girault, intitulée •, Maison natale de saint Ber- 
nard, peint brochure in-12, Dijon, Gaulard-Marin, 1824, p. lo et 36. 
Cette notice se trouve aussi dans {'Annuaire liist. et stat. de la Côte- 
d'Or, anniie 1824. Elle est entachée de plusieurs inexactitudes. — Toutes 
les pierres ornées d'inscriptions étaient-elles deineuréesen place, ou bien 
qiielques-unes sjisaicnt-elles dans les décombres, au pied des murs ? 
Là-dessus M. Girault ne dit rien d'explicite. Mais ce détail est sans im- 
portance. II est facile de déterminer sûrement à quelles chapelles 
appartenaient les inscriptions. 



70 



LA CHAMBRE NATALE 



Un peu plus bas, deux autres pierres, ouvragées, 
avaient souffert du vandalisme révolutionnaire. Le des 
sin des sculptures restait pourtant bien accusé, car 
nous avons pu encore le relever. La partie supérieure 
était ornée d'un chiffre royal surmonté de la couronne 
et enlacé de deux branches de laurier. La partie infé 




Figure 5 
Pierre n° 3 



rieure formait un cadre renfermant une tablette de mar- 
bre noir avec inscription. M. Girault ne trouva plus 
qu'une seule de ces tablettes de marbre. Il crut l'autre 
totalement perdue. Celle-ci cependant a été retrouvée, 
en 1884, à l'évêché de Dijon. Replacée dans son cadre, 
elle a permis de restituer la pierre n° 3 (voir Figure 5). 



DE SAINT BERNARD 



71 



La tablette de marbre est fracture'e, comme le dessin 
l'indique, et un angle a disparu. Elle appartient évi- 
demment à la pierre n° 3, marquée du chiffre de la 
reine. 

L'autre tablette de marbre, qui appartenait à la pierre 
n° 4, est perdue aujourd'hui. M. Girault la vit encore à 




Figure 6 
Pierre n» 4 



sa place, mais brisée et incomplète. Voici ce qu'il put 
lire de l'inscription : 



s. D. BERNARD AD. SOLV 

MESTICV 

ABILIV. PRO. RE 
SALVTE. ORAT 



72 l.A CHAMBRE NATALE 

Voulant restituer l'inscription entière et n'ayant pas 
le secours de la précédente, M. Girault donna ce texte 
que le lecteur jugera, comme nous, inacceptable : 

S. D. Bernard, ad soin 
Domesticu Potenlem 
Mirabiliu pro Régis 
Sainte orat et in cœln (i). 



La restitution véritable de la double inscription nous 
paraît être celle-ci : 

AD. s. MARIA. CITHARIST^ 
SVI. 6*1', LARES. MVNIFICE. HO 
NESTANTE. PRO. REGIn[.c] 
SALVTE. 0RAT0[rIVm] 

S. D. bernard[°] ad. SOLV 
[do]mesticv. [patratori] 
[mirJabiliv. pro. re[gis] 

SALVTE. ORAT[ORIVm] 



Les chapelles de Louis XIII et d'Anne d'Autriche 
étaient, en elfet, des oratoires, où l'on devait prier pour 
la conservation du roi et de la reine ainsi que de la 
dynastie. Jean de Saint-Malachie, dans son opuscule, (2) 
nous montre les deux augustes fondateurs s'empressant 
de faire élever ces pieux édifices nt se toto ei (Bernardo) 



1. Maison natale de saint Bernard, p. ig. 

2. DEO OP7\ MAX. et S" BERNARDO pro nova Basilicœ Fonta- 
nensis instauratione sacrum, liib\. de Dijon. 



DE SAINT BERNARD 7 3. 



serio commendare posteritatemqiic cjusdem meritis a Deo 
obtinere mereatilur. Les mêmes vœux sont énoncés dans 
d'autres inscriptions. Quant à l'expression Patralor 
viirabilinm, on n'hésitera guère à l'adopter, après avoir 
lu ce passage de l'opuscule déjà cité: Te ergo, 6 Pater 
(Bernarde), agejîte qui m^k^aiAViu patrator etimmutator 
es, QUALis ET HOC i.oco TE tiiû bcniguitate siib ociilis oni- 
?iiumet nostris s.epius PROBASTi...On n'a point oublié que 
Jean de Saint-Malachie était chargé d'office par sa con- 
grégation de diriger la fondation du monastère de Fon- 
taines. II paraît donc être l'auteur des inscriptions, et 
c'est à l'aide de ses écrits qu'il faut les interpréter. 

Telles étaient les quatre inscriptions du levant. 
M. Girault trouva celles du couchant « mutilées et illisi- 
bles. » On avait labouré au ciseau les lignes du texte, 
afin d'en rendre impossible la lecture. Toutefois, M. Gi- 
rault eut la sage précaution de ne point détruire les 
deux pierres inscrites, malgré leur mauvais état. Dans 
les travaux qu'il fit exécuter pour assurer la conserva- 
tion du monument, il les replaça avec les quatre autres 
« sur la principale façade », réunissant ainsi toutes les 
inscriptions ensemble. 

Pour remplir le cadre vide de la pierre n° 3,, il mit 
la première strophe de VApc maris Stella, a la place de 
l'inscription Ad. S. Mariam, qui lui manquait. (i)On 
peut voir Figure i , la disposition que M. Girault avait 
donnée à ces six pierres : chacune d'elles y est repré- 
sentée avec son numéro d'ordre. 

Les inscriptions du couchant, numéros 5 et (>, étaient 
elles absolument illisibles? Non, et nous avons pu 
les déchiffrer, lorsque les pierres furent descendues, 
pendant la récente restauration du bâtiment des coupo- 
les. La lecture que nous en avons faite a été dûment 
vérifiée. Aussi est-ce en toute assurance que nous don- 
nons ces deux inscriptions avec le dessin des pierres sur 

I. Maison natale de saint Bernard, p. uict 36. 



74 



LA CHAMBRE NATALE 



lesquelles on les avait gravées. On voyait au-dessus 
des pierres les chiffres royaux surmontés de la couronne 
et enlacés d'une branche de laurier et d'une palme. 



^■^çsi^^^z 




Figure 7 
Pierre n» 5 



Il manque deux mots de cette inscription. L'action de 
la gelée a délité la pierre à l'endroit où ils étaient gra- 
vés, et les derniers vestiges des caractères ont disparu. 



DE SAINT BERNARD 



75 



Le second mot devait être devota. Mais l'absence de 
l'un et de l'autre est sans importance, car elle n'enlève 
rien au sens fondamental du texte (1). 




Wî 



lîll!l!li;iMT£i-f 



l' Msi'c, 



MMlli^lM!'|l||'l''>!''i!|^ 



REGIS REGVM DONO ELECTISSIMO 
ETREGVM CHRISTIANISSIMI LARGITIONIBVS 
AVGVSTA DVPLICI TITVLO FvLGIT CAPELLA 



nijiiniiir f [T 



iiniiiiimrTiiiT nr'Miii'iiiiirnSKtiwiiii'iiiiirTïïB, 



^:.~ùi:|llh.i,. |i!:l::il|iiii^, 



: I, 



iî'illiM 



Figure 8 
Pierre n" 6 



Ion ?r 'Chercherait vainement ces pierres et ces inscriptions anciennes 
dans le monumeni restaure. A l'exception des pierres numéros .et 2' 
tout le reste était dans un tel état de\-étusté et de mutilation qu'il a 
ete impossible d'en tirer le moindre parti. Plusieurs de ces curieux dé- 
Se Saint Berna d"'"' ''"' " ^''''' "°'"'' '"^ '^'"^ ^^"' entoure la Maison 



76 



LA CHAMI5RE NATALE 



Les six inscriptions que nous avons reproduites, for- 
ment, comme on le voit, une double se'rie parallèle. La 
première série se compose des n^M, 3 et 5 ; la seconde, 
des n°* 2,4 et (3. 



Sacelliiin H. Marix Domina; 
Omnium Gratiarum 



Saccllum 

S. Bernardi Palris et 

ecclesia; Docioris 



Ad S. Mariam citharistie 
suis Bernardi Lare munificeho- 
nestantem, pro Regini- 
salute oratorium 

5 
Quo tecto nascitur Mari.x citliara 
Bernardus co OmniumCiratiarum Domino? 
sacellum... Regina christia- 
nissima de(vota] exstruit et dicat 



S. D. Hernardo ad solum 
doiiiesticum patratori 
mirabilium, pro Régis 
salute oratorium 

• 6 
Régis regum dono electissimo 
ctregum christianissimi largitionibus 
augusta duplici titulo fulgit capella 



Manifestement, la première série appartient à la cha- 
pelle d'Anne d'Autriche, à la coupole B ; et la seconde 
série, à la chapelle de Louis XIII, à la coupole A. La 
coupole B est donc la chapelle de la Sainte Vierge, in- 
voquée sous le nom de Notre-Dame de Toutes Grâces ; 
et la coupole A est la chapelle de Saint-Bernard : 
le témoignage fourni par les six inscriptions est pleine- 
ment explicite. 

Ce témoignage est confirmé par d'autres inscriptions. 

Endécembre i885, lorsqu'on rétablissait lespiedestaux 
des colonnes aux quatre angles de la chapelle du roi, 
on découvrit, dans l'emplacement du piédestal aa (voir 
Planche 3) une pierre de taille présentant, au centre de 
sa partie supérieure, une petite excavation de o'^o4 de 
profondeur. Dans cette excavation se trouvait une pla- 
quette de plomb, épaisse de quelques miUimètres, et 
portant, sur chaque face, une inscription en relief. Nous 
reproduisons par le dessin cette plaquette, en lui conser- 
vant ses vraies dimensions. 



^l. 



'S 



i;^¥®2Sg¥M mT- M/aSf SiSSil l^p^^. 



^^ 



FiGJRii g 

Face de la plaquette 



M 




ye 



MëHM ims?mm 35" ©S33 JBX- SI © ^s 

is)®f irgaisîd- Tiism simë^în wiéws' 



^1 






FiGOUE JO 
Kcver* 




78 LA CHAMBRE NATALE 

Parmi les personnages figurés, on reconnaît aisément 
saint Bernard prosterné devant la Sainte Vierge, et te- 
nant d'une main la crosse abbatiale, de l'autre une 
église. La pose de la Vierge indique qu'on a voulu rap- 
peler le prodige de la lactation. Quant au groupe de 
personnages agenouillés à la suite de saint Bernard, il 
est assez indéterminé. L'inscription n'exprime aucun 
vœu spécial au roi ni à la maison de France. Des vœux 
de cette nature, nous le verrons plus loin, furent gravés 
sur la base des colonnes. A-t-on voulu représenter, en 
général, ceux qui contribuèrent le plus à promouvoir la 
fondation de 1619? Faut-il voir là particulièrement 
celui qui posa la première pierre des constructions dé- 
coratives dans la chapelle de Louis XIII, ainsi que 
toute la famille dece mandataire royal ? L'inscription du 
revers renferme un vœu en faveur de ce personnage et 
de tous les siens. Mais il n'est pas nommé. Ne serait-ce 
point le duc de Bellegarde, qui avait déjà posé, le 6 
janvier 1619, la première pierre de la grande église? 
Aucun document ne nous a fourni la réponse à ces 
questions. 

Voici le relevé de l'inscription qui se lit sur la face de 
la plaquette de plomb : 

1619. Gloriose amice Sponsi et Sponsce, saticle Ber- 
narde, tuœ gloriœ congaudentes et decorem domus tuce 
diligentes ac pronioventes, tiio potenti sufragio, apud 
Jesum et Matj-em ejiis virginem, in vita et [in] morte, 
adjuva et protège. 

Nous transcrivons aussi l'inscription du revers : 
Deo Optimo Maximo laus sit et gratiarum actio œter- 
na qiiod Ecdesiœ, Patrice et orbi, ex hoc loco Fontanensi 
oriundiim, sanctum Bernardum magnum dederil defen- 
sorem, patronum et doctorem. Tanli sancli venerationi et 
invocationi huic dicandx sacrcestriicturce, merilis et pre- 
cibiis ejiisdem, piam manum porrigentem cum suis omni- 
bus, in vita et in morte servet et protegat. Fiat, fiât. 
Amen. Anno/ondationis 1619. 



DE SAINT BERNARD 7g 



Malgré l'indécision relative aux personnes objet des 
vœux formulés, il se dégage de ces textes une indication 
parfaitement nette : la chapelle A, où fut trouvée la pla- 
quette, est la chapelle Saint-Bernard. C'est, en effet, 
saint Bernard qui est invoqué. On rend grâces à Dieu 
d'avoir donné un si grand saint à l'Eglise, à la France, 
au monde entier. Enfin, quoi de plus formel que ces ex- 
pressions : Tanti sancti renerationi et invocationi liuic 
dicandœ sacrx structura' ? 

Au cours de l'année 1887, une pierre avec inscription 
fut également découverte, dans la chapelle de la reine, 
sous l'angle s (voir Planche 3), qui appartient aux cons- 
tructions décoratives. L'inscription est gravée en carac- 
tères très mélangés. Nous nous contentons de la relever, 
lignes par lignes : 

Deo Optimo Maximo 
et honori Deiparœ 
Virginis Mariœ Sacello 
dicando hac in œde citharistœ ejiis 
B. Bernardi nomine Reginœ Fran- 
coriim christianissimœ Annœ 
Aiistriacœ Ilimu& et Rmiis 
in Christo D. D. Sebastianus Zam- 
met, epus et Diix Lingcnensis et 
Par Franciœ Magmis prœdictœ 
Reginœ Elemosinariiis hune primum 
Lapidem fœlici auspicio intima devotione posuit 
octava gloriosœ 
Assomptionis ejtisdem Dei- 
parœ Mariœ regine reginarli 
ab ejus partu virgineo anno 
MDCXIX 

Les quatre dernières lignes et le millésime de 1619 
n'avaient pas trouvé place sur la face supérieure de la 
pierre déjà entièrement couverte : on les avait gravés 
sur les côtés. 



80 I-A CHAMBRE NATALE 

La chapelle B, à laquelle appartient cette pierre, est 
donc la chapelle de la Sainte Vierge. 

Ainsi les inscriptions posées aux fondations des cha- 
pelles royales rendent le même témoignage que les ins- 
criptions posées sur les murs extérieurs. Elles attestent 
explicitement, les unes et les autres, que la chapelle de 
la reine est celle de la Sainte Vierge, et la chapelle du 
roi celle de Saint-Bernard. 

Nous pouvons produire encore un autre document 
non moins clair et non moins décisif. On conserve, aux 
Archives départementales de la Côte-d'Or, parmi les 
titres relatifs cà la vente des Biens nationaux, les procès- 
verbaux de l'inventaire estimatif et de la vente aux en- 
chères du mobilier de l'église des Feuillants (i). Or, le 
25 janvier i7q3, Philippe Daudon, entrepreneur à Di- 
jon, inventoriait ce mobilier pour la seconde fois, par 
ordre du Directoire du District, et dressait un procès- 
verbal d'où sont extraits les articles qui suivent : 

« Article i" 

« Le tombeau du inaitre-autel en pierre peinte en 
marbre, de la longueur de 5 pieds 4 pouces, sur lequel 
il y a un agneau immolé, avec un marchepied en pierre 
polie de Dijon de la longueur de 6 pieds 3 pouces, et 
de la largeur de 2 pieds 10 pouces ; à la suite du tom- 
beau il y a un soubassement en bois peint en marbre, 
qui monte à la hauteur du gradin, sur lequel soubasse- 
ment il y a 4 colonnes en marbre de Flandre avec cha- 
piteaux et bases de bois doré, ainsi que la corniche qui 
porte sur lesdits chapiteaux; au-dessus de la corniche, 
un baldaquin composé de 4 consoles en partie dorées, 
surmontées d'un groupe de nuages avec des rayons et 
chutes de lauriers, ainsi que deux têtes de chérubins, le 
tout en bois doré. Un tabernacle en bois peint en 
marbre et doré. Derrière ledit autel, était un tableau 

I. Archives de la Côte-d'Or, Q, 2, Liasse 34, cote 20. 



DE SAINT BERNARD 81 



représentant l Assomption de la Vierge, peint sur toile 
par le citoyen Devosge ; il avait de hauteur 8 pieds lo 
pouces et de largeur 5 pieds 5 pouces, y compris la bor- 
dure du cadre; à chaque côté dudit cadre est un mon- 
tant en bois peint en marbre, garni d'ornements d'église 
et guirlandes, le tout doré. 

« A ma seconde visite, je n'ai trouvé que le cadre, le 
tableau en a été soustrait (i). 

« Plus une crédence à droite de l'autel, ce que j'estime 
le tout ensemble 25o livres. 

« Article 2' 

« L'autel de la Vierge est une vieille boisure, estimée 
la somme de 6 livres. 

« Article 3" 

« Uaiitel Saint Bernard est supporté par 4 petites co- 
lonnes cannelées, en pierre, sur lesquelles colonnes est 
une pierre polie. Le retable de l'autel est composé d'un 
gradin, un tabernacle et soubassement; sur lequel sou- 
bassement il y a 4 colonnes torses avec chapiteaux et 
frontispice au-dessus desdits chapiteaux; le tout en bois 
doré ; avec un tableau dans le milieu représentant Saint 
Bernard, et 4 images en bois, estimé le tout 36 livres. 

« Les images en bois ont été soustraites. 

« Article 4" 
« 16 colonnes avec leurs chapiteaux et bases, dont i o en 
marbre noir et 6 autres en marbre de Flandre, les cha- 
piteaux et bases en albâtre (2), les soubassements en 
pierre polie de Dijon, estimé le tout 3 14 livres. 

« Article 5' 
« Les stalles, 3o livres. » 

(. Ce tableau, ainsi qu'on le voit par d'autres pièces de la môme 
liasse, avait été fort endommagé par l'humidité. A la prière du Direc- 
toire, Devosges l'avait enlevé pour le conserver. 11 existe au musée de 
Dijon, sous le n* 278, une Assomption de Devosges, œuvre médiocre. La 
toile a 2'"54 de haut sur i"3o de large. C'est probablement le tableau 
provenant de l'église des Feuillants. 

2. Le texte primitif du procès-verWal portait en marbre blanc, et l'on 
a mis par surcharge en albâtre. De fait," les chapiteaux et les bases des 
colonnes des coupoles qui ont été retrouvés, sont en marbre blanc. 

4 



82 LA CHAMBRE NATALE 

L'exactitude de cet inventaire serait suffisamment 
garantie par son caractère officiel etpar les circonstances 
au milieu desquelles il fut dressé. Mais, de plus, elle est 
garantie encore par d'autres pièces qui sont jointes à ce 
document, et où le mobilier de l'église des Feuillants 
est décrit de la même manière et dans le même ordre. 

On se rend compte de la marche suivie par Daudon. 
Il commence par la chapelle F, où était l'autel majeur 
(voir Planche 3). D'après les indications qu'il donne, 
rien, dans cet autel, ne rappelait le souvenir particulier 
de saint Bernard. Le tableau, qui en formait la partie 
principale, représentait l'Assomption. Daudon passe 
ensuite dans la chapelle B, où il trouve « l'autel de la 
Vierge, » puis dans la chapelle A, où il trouve « l'autel 
Saint-Bernard. » 

Ce nouveau témoignage est donc entièrement con- 
forme à celui des inscriptions. Inutile d'en chercher 
d'autres. Le lecteur a maintenant les preuves les plus 
concluantes que la coupole du roi est la chapelle Saint- 
Bernard. Il connaît, dès lors, le véritable emplacement 
de la «Chambre natale,» puisque — nous l'avons solide- 
ment démontré plus haut — la chapelle Saint-Bernard 
et cette « Chambre » sont un seul et même oratoire. Ici, 
d'ailleurs, se rencontrent bien les deux caractères dis- 
tinctifs de la Chambre natale : i" une chapelle spéciale- 
ment dédiée à saint Bernard, 2° une chapelle décorée 
sous Louis XIII, voire même en son nom particulier. 

On peut, si on le désire, jeter un coup d'œil rétros- 
pectif sur les inscriptions, sur les citations d'auteurs, 
qu'on a lues précédemment. Tout va s'expliquer d'une 
façon lumineuse, et vraiment propre à corroborer nos 
conclusions. Ainsi devient très clair, par exemple, le 
sens des premiers mots de l'inscription n° 6, laquelle 
appartient à la chapelle Saint-Bernard: Régis regiim 
dono electissimo. Quel est ce donum electissimum } 
C'est saint Bernard né, selon la tradition, dans la petite 
salle dont cette chapelle a été formée. Aussi bien Fins- 



DE SAINT BERNARD 83 



cription trouvée dans les fondations des constructions 
décoratives de la même chapelle (voir Figure lo), 
exprinie-t-elle encore cette idée et en termes équivalents : 
Dca... laiis sit cl gratiarum aclio œlcrna quod eccle- 
sise.. S. Bernardum.. dederit. — Pourquoi, dune 
part, l'inscription n" 5, qui se rapporte à la chapelle de 
la Vierge, attribue-t-elle la fondation et la dédicace de 
cette chapelle à la reine x\nne d'Autriche {exstruil et 
dkat) ? Et pourquoi, d'autre part, l'inscription parallèle 
n" 6, qui se rapporte à la chapelle Saint-Bernard, ne 
parle-t-elle ni de fondation ni de dédicace, mais seule- 
ment des offrandes de Louis XIII ? C'est que la chapelle 
Saint-Bernard n'a pas été créée par les Feuillants, 
comme celle de N.-D. de Toutes Grâces; elle est l'ora- 
toire primitif, « la très sainte et très recommandable 
chapelle » {aiigusta capella)^ revêtue d'un double éclat 
(duplici titiilo fiilgit)^ c'est-à-dire, non seulement de l'é- 
clat de sa décoration architecturale, fruit des largesses 
du Roi très chrétien, mais, avant tout, de l'éclat que lui 
a donné Dieu lui-même, en y faisant naître saint Ber- 
nard. — Puisque la chapelle Saint-Bernard fut trans- 
formée en une élégante coupole, à l'aide de diverses 
offrandes, celles du roi nommément ; puisque, malgré 
cette transformation, elle continua d'être une des salles 
basses d'un logis à étages, on ne s'étonne plus de lire, 
dans le Sommaire de la j'ie de Saint Bernard: que le 
cellier natal fut converti en une très dévote chapelle 
« bastie par la libéralité et magnificence de LouysXIII»: 
ni, dans les Voyages de Dumont, les Dictionnaires de 
Corneille, de La Martinièrc, etc. : que la chambre où 
naquit saint Bernard « est une fort petite salle basse 
quarrée et dont on a fait une chapelle » ; ni, dans 17;/. 
ventaire de Louis Gellain : que « les trois mil livres une 
fois payées pour la décoration de la chapelle Saint-Ber- 
nard, ont vraisemblablement été emploiées à achepter 
les colonnes de marbre qui soutiennent les deux cou- 
poles de l'Eglise » — Enfin, on conçoit très bien que. 



84 LA CHAMBRE NATALE 

sur la porte de la chapelle A (voir P/a/;c//eJ'), Dumont 
ait pu lire ces mots : « Venez, mes enfans, et je vous 
introduirai dans la Maison de mon père et dans la 
Chambre où ma mère m'a enfanté. » En effet, le pèlerin 
qui franchissait le seuil de cette porte, pe'nctrait dans 
l'antique demeure de Tescelin et dans la chambre 
même où, selon la tradition, la B. Aleth avait mis au 
monde son troisième fils. 

Nous n'irons pas plus loin dans cette facile vérifica- 
tion de la justesse des termes qui se lisent et dans les 
inscriptions et dans les textes des auteurs. Mais, pour 
achever de traiter la question de l'emplacement de la 
Chambre natale de saint Bernard, nous réfuterons 
brièvement l'opinion qui voyait ce lieu vénérable dans 
la chapelle située au sud des coupoles, et nous dirons 
comment cette opinion s'était formée et accréditée de 
nos jours. 

Il est de la dernière évidence que le sanctuaire F 
n'offre aucun des caractères distinctifs de la Chambre 
natale. Celle-ci était une salle basse sur plan carré, elle 
fut décorée sous Louis XIII, son autel était l'autel de 
Saint-Bernard. Or, le sanctuaire F, avant les remanie- 
ments de notre époque, occupait toute la hauteur d'un 
bâtiment ; il est sur plan octogonal ; loin d'}' découvrir 
le moindre vestige de travaux d'embellissement datant 
du règne de Louis XIII, on est contraint d'avouer que 
l'art fut totalement étranger à sa construction ; son 
autel, orné d'un tableau de l'Assomption, n'était point 
l'autel de Saint-Bernard : celui-ci se trouvait sous la 
coupole du roi. Avec d'aussi notables différences, com- 
ment le sanctuaire F a-t-il pu être pris pour la Chambre 
natale? D'abord, par défaut de documents, plusieurs 
choses restèrent inaperçues. Que Louis XIII eût fait or- 
ner l'oratoire primitif, que la Chambre natale et la 
chapelle Saint-Bernard fussent identiques, que l'autel de 
Saint-Bernard différât du maître-autel : cela ne fut point 



DF. SAINT BERNARD 85 



remarqué. Des raisons plus spécieuses que solides per- 
suadèrent que les Feuillants avaient longtemps gardé 
l'ancienne chapelle absolument intacte. Ces raisons se 
résument dans les qualifications de « chambre, cellier, 
salle basse » données à la chapelle vénérable. Mais nous 
l'avons montré, ces noms n'excluent pas la décoration 
de la chapelle, et le fait de cette décoration repose sur 
des preuves certaines. On se heurtait pourtant à une 
difficulté bien palpable : d'après les descriptions, la 
Chambre natale était une salle basse sur plan carré, 
tandis que le sanctuaire, de forme octogonale, occupait 
un bâtiment dans toute sa hauteur. On avait trouvé une 
solution. Pendant le xvin" siècle, pensait-on, les Feuil- 
lants avaient transformé l'ancienne chapelle, et si les au- 
teurs l'appelaient toujours « une petite salle basse car- 
rée », cela n'avait rien d'étonnant, puisque, de leur pro- 
pre aveu, ils copiaient simplement Dumont. 

L'hypothèse n'était pas tout à fait gratuite, il faut 
le reconnaître. En effet, les Etats de situation du monas- 
tère de Fontaines appartenant à la seconde moitié du 
xviu<^ siècle mentionnent, comme nous l'avons rapporté, 
la construction d'une « nouvelle chapelle, » le déplace- 
ment de la sacristie, l'érection d'un « maître-autel neuf 
en face du chœur » des religieux, tout un remaniement 
de la partie sud de l'église. Or, certainement, le sanc- 
tuaire F est cette nouvelle chapelle. Celle-ci ne saurait 
être ni la chapelle C, bâtie en i6i5; ni l'une des cou- 
poles, qui datent de 1619. D'ailleurs l'édifice lui-même 
atteste, on l'a vu encore, que l'aménagement du sanc- 
tuaire est postérieur aux travaux de i6iq : le sanctuaire 
est donc la dernière chapelle construite. De plus, la 
« nouvelle chapelle » formait à elle seule tout un bâti- 
ment, elle avait son toit particulier : données qui con- 
viennent au sanctuaire et à lui seul. De tout cela quelle 
conclusion tirer? Non pas, sans doute, que le local F 
soit la Chambre natale. Car, il n'y a pas connexion né- 
cessaire entre le fait d'être la Chambre natale et celui 



86 LA CHAMBRE NATALE 



d'être devenu le sanctuaire de l'église, dans la secon- 
de moitié du xviii'^ siècle. Ces expressions « la nou- 
velle chapelle,.- en face du chœur », employées pour 
désigner le sanctuaire F, insinuent-elles le moins du 
monde qu'il s'agisse de la chapelle dédiée à saint Ber- 
nard et vénérée comme le lieu de sa naissance? Et n'est- 
il pas démontré, par tout ce qui précède, que la cha- 
pelle Saint-Bernard est la coupole de Louis XIII ? 

Quelqu'un cependant prétendrait-il encoreque le sanc- 
tuaire F peut avoir été l'oratoire primitif, et qu'ayant 
été reconstruit vers lyôo, il serait appelé pour cette 
raison « la nouvelle chapelle » ? Qu'on veuille bien relire 
les citations de Louis Gellain. L'hypothèse objectée est 
inconciliable avec le langage tenu par ce religieux en 
1770. En effet, cette hypothèse admise, comment, après 
avoir gardé l'oratoire primitif intact jusque vers 1760, 
les Feuillants se demanderaient-ils, à trente ans d'inter- 
valle, où était situé cet oratoire ? Comment, l'ayant orné 
vers 1750, diraient-ils : « Nous l'avons orné après notre 
établissement », lorsque cet établissement remonte à 
1614? Comment cette simple appellation « la chapelle 
actuelle de Saint-Bernard » désignerait-elle avec pré- 
cision l'oratoire primitif reconstruit en F, puisque — 
nous l'avons établi — il y avait en A une chapelle osten- 
siblement dédiée à saint Bernard, chapelle à laquelle on 
applique nécessairement ladite appellation ? Comment, 
enfin, ne serait-il jamais question que d'une seule cha- 
pelle de Saint-Bernard, tandis qu'il y en aurait eu deux 
en réalité ? 

On pourrait prolonger cette réfutation, mais sans 
utilité. L'évidence est produite, elle est pleine. La seule 
conclusion à tirer, au sujet du sanctuaire F, c'est qu'il 
fut d'abord un simple agrandissement de l'église, trou- 
vée, au xviii^ siècle, trop petite et peut-être trop som- 
bre ; c'est qu'ensuite, vers 1775, on en fit le sanctuaire 
en y érigeant le « nouveau maître-autel ». Transforma- 
tion regrettable, puisqu'elle désorientait l'édifice, et 



DE SAINT BERNARD 87 



ouvrait la porte aux fausses conjectures qui, de nos jours, 
ont égaré l'opinion. Avant lySo et surtout au xvn"^ siè- 
cle, à quel usage le local F était-il affecté ? Rien de 
précis, dans les documents. Le plus probable est qu'il 
y avait là une chambre, peut-être deux, mais super- 
posées. Elles durent longtemps servir, avec quelques 
autres, à loger les religieux. Ceux-ci étaient nombreux 
dans les commencements du prieuré : on trouve en 1628 
neuf religieux prêtres. D'autre part, le bâtiment avec 
cloître, construit par les Feuillants, ne fut habitable 
qu'à partir de 1670. Aussi, jusque-là, dit Louis Gellain, 
« on se logeait comme on pouvait dans le vieux châ- 
teau. » 

Comment l'opinion que nous venons de réfuter, s'est- 
elle formée? D'où lui est venu tant de crédit? 

C'est dans la Notice de M. Girault sur la Maison na- 
tale de saint Bernard (1824), que se rencontre d'abord 
cette opinion. Le lieu même où naquit saint Bernard, 
lit-on dans cette Notice, « fut choisi pour y placer le 
sanctuaire de la chapelle du monastère bâti en son hon- 
neur à Fontaines (i). » M. Girault veut parler du sanc- 
tuaire F, car il a remarqué, précédemment, que ce sanc- 
tuaire était devenu un cellier depuis la Révolution, tan- 
dis qu'on avait fait des deux autres chapelles une forge 
et une écurie (2). Or, il est avéré que la forge était éta- 
blie sous la coupole B, et l'écurie sous la coupole A (3). 



1. Maison natale de saint Bernard, p. 23. 

2. Ihid. p. 20. — M. Louis Girault, fils de Claude-Xavier, dit aussi 
dans la Notice biog'-aphiqiie et bibliographique qu'il a consacrée à la 
mémoire de son père (Dijon, Rubutot, iSdqI: « Dans l'une des chapelles 
royales on avait place une forge ; l'autre seri-ait d'écurie pour un mu- 
let. » (p. 19, note 2). 

3. On voyait encore en 1881, sur les parois de la coupole B, les taches 
produites par la fumée de la forge. La chapelle A, qui n servait d'écu- 
rie pour un mulet », n'était autre que la (Chambre natale de saint Ber- 
nard. Bien que cet excès de profanation soit plus imputable à l'ignoran- 
ce qu'à l'impiété, le fait n'en reste pas moinâ lamentable. 



LA CHAMBRE NATALE 



En affirmant que le sanctuaire F était la Chambre na- 
tale, M. Girault n'apporte aucune preuve. Le seul détail 
qui vienne à l'appui de son assertion, se trouve dans la 
description qu'il fait du maître-autel. « Au milieu {du 
baldaquin), dit-il, était une belle statue de saint Bernard 
en bois doré. » Mais ce détail est inexact. Nous possé- 
dons les descriptions authentiques de cet autel : celle de 
l'entrepreneur Daudon, qu'on a lue tout à l'heure, et 
celle que donnent les Feuillants dans leurs Etats de 
situation (i). Or, ce n'était point une statue de saint Ber- 
nard, c'était, nous venons de le rappeler, un tableau 
représentant l'Assomption de la Sainte Vierge, qu'il y 
avait sous le baldaquin. On doit reconnaître , sans 
doute, que, devenu acquéreur du berceau de saint Ber- 
nard, trente ans après la Révolution, M. Girault fut, 
mieux que personne, à même de recueillir les traditions 
locales. Mais ces traditions avaient-elles rien conservé 
de bien précis relativement à la chapelle vénérable ? Nous 
ne le pensons pas. Les plus âgés du pays, interrogés il 
y a quelques années, se souvenaient seulement d'avoir, 
dans leur enfance, entendu appeler l'église des Feuil- 
lants, le lieu de naissance de saint Bernard. Il y avait 
aussi une des chambres du monastère, celle de l'Infirme- 
rie, certainement voisine de l'église, que l'on nommait 
vulgairement « Chambre de saint Bernard ». De là, des 
confusions trop faciles. Toutefois, l'erreur de M. Girault 
ne paraîtpas provenir de l'inexactitude des souvenirs po- 
pulaires. En voici plutôt l'origine. M. Girault n'avait 
pas présente à l'esprit la notion des celliers ou salles 
basses des constructions de l'époque féodale. Le cellier 
fut pour lui la Dépense, le magasin aux provisions (2). 
Trop frappé de ces expressions : le cellier, la chambre, 
il crut que lieu natal répondait encore, par sa forme, à 



I. Archives de la Côte-d'Or, H, gg6, layette Etats de situation, voir 
Etat de I77'3; voir encore layette F, Conventions pour le maître-autel 
avec le sculpteur Duchesne. 



2. Maison natale de saint Bernard, p. 20, 23, 32. 



DE SAINT BERNARD 89 

ces appellations vulgaires. Dès lors, la chapelle F s'har- 
monisait seule avec ses idées. C'était, d'ailleurs, le 
sanctuaire de l'église, et M. Girault regardait ce sanc- 
tuaire comme aménagé en même temps que le reste de 
l'édifice. Telles furent, selon nous, les raisons détermi- 
nantes de M. Girault. 

Son affirmation catégorique ne souleva aXicune con- 
tradiction. L'attention publique commençait à peine à 
se porter sur les ruines du prieuré de Fontaines. Les 
quelques mots que l'on trouve, dans les publications des 
années suivantes, concernant la Chambre natale, disent 
vaguement que l'église des Feuillants était bâtie sur 
l'emplacement de cette chambre (i). Personne alors ne 
songea à faire une vérification. Bien plus, en 1841, l'opi- 
nion de M. Girault reçut sa consécration officielle. C'est 
en cette année, que furent rendus au culte les restes 
de la petite église du château. Le premier autel que l'on 
rétablit, fut placé dans le sanctuaire F; M. l'abbé Re- 
nault fit de ce sanctuaire une chapelle de Saint-Bernard ; 
et l'architecte chargé par lui de diriger les travaux de 
restauration, M. Caumont, composa une brochure où il 
donnait le sanctuaire F pour la chapelle de Saint-Ber- 
nard et la Chambre natale (2). L'affirmation était aussi 
positive que celle de M. Girault, mais également dé- 
pourvue de preuves. Quelqu'un alors, peut-être M. Re- 
nault lui-même, eut cependant une intuition passagère 
du véritable emplacement de la chapelle Saint-Bernard. 
Un plan de l'église des Feuillants, trouvé dans les pa- 
piers du vénérable chanoine, et qui remonte à 1840 en- 
viron, porte l'indication du vocable des deuxcoupoles(3). 



I. Voir spécialement : Vie de saint Bernard, par M. l'abbé Foisset, 
Paris, Gau me frères, !83q. Manuel de la Confrérie en l'honneur de saint 
Bernard établie dans l'église paroissiale de Fontaines-lès-Dijon, Dijon, 
1840. 

2. Description de la chapelle Saint-Bernard, rétablie à Fontaines en 
août / 54/, par M. Caumont. 

3. Archives de la Maison de Saint-Bernard, à Fonlaines-lès-Dijon. 



go LA CHAMBRE NATALE 

Pour celle de la reine, on lit : Chapelle de la Vierge. 
Quant à celle du roi, on avait d'abord écrit : Chapelle 
de Saint-Bernard., puis, ensuite, on a substitué au nom 
de saint Bernard celui de saint Louis. Ces indications, 
texte primitif et surcharge, paraissent écrites de la 
main de M. Renault. C'est bien M. Renault , du 
reste, qui imagina la présence d'un autel de Saint-Louis 
dans la chapelle de Louis XIII (i). Ainsi, cette intuition 
de l'emplacement réel de la chapelle de Saint-Bernard 
n'aurait été pour M. Renault qu'un éclair (2). 

En i865, le journal Le Spectateur de Dijon publia, 
dans son numéro du 5 juin, un sérieux article intitulé : 
Note sur la chambre oii naquit saint Bernard., devenue 
le sanctuaire de l'église des Feuillants. Il s'agissait tou- 
jours du sanctuaire F. La même année, cette Note parut, 
avec quelques développements, dans le tome CLXXXV 
de la Patrologie Latine de Migne (3). L'auteur était 

1. Notice sur le château paternel de saint Bernard, par M. l'ahbé Re- 
nault, 1874, p. 64. Il ne parait pas qu'un autel dédié à saint Louis ail ja- 
mais existé dans l'église des Feuillants. Aucun document ne parle d'un 
autel semblable, bien que lafctc de saint Louis fût solennellement cé- 
lébrée au monastère de Fontaines, par fondation royale de Louis XIII. 
(Archives de la Côte-d'Or, H, qqG, layette B, n" 5). iVailleurs, cet autel 
ne trouverait sa place que dans la chapelle C (voir Planche 3i.Or, iln'y 
avait plus d'autel dans cette chapelle quand furent dressés les inven- 
taires pour la vente du mobilier de l'église, les 20 août 1791 et ib jan- 
vier 179.3. Par conséquent, l'autel Saint-Louis eût dû être supprimé avant 
la Révolution, ce qui est inadmissible dans un monastère royal. Nous 
croyons plutôt que le tombeau de pierre peinte en marbre qui faisait 
partie de l'autel majeur, provenait de la chapelle C. Mais quel était le 
vocable de la chapelle C ? Cette chapelle ne renfermait-elle pas primiti- 
vement le maître-autel ? L'autel érigé là par les Feuillants, dès leur ar- 
rivée, avait-il un vocable particulier ? Aucun document ne nous a rien 
appris sur ces questions, qui soit entièrement décisif. Il est probable 
qu'avant sa translation en F, l'autel majeur était dans la chapelle C, 
adossé au mur du couchant, et dans la même ligne que les autels 
des coupoles. 

2. Le laborieux investigateur auquel nous devons la connaissance de 
beaucoup de documents publiés dans notre travail, M. l'abbé Merle 
semble avoir reconnu aussi un instant le véritable emplacement de la 
Chambre natale de saint Bernard. Au début de son ministère pastoral à 
Fontaines, il désigna la coupole de Louis XIII comme étant ce lieu vé- 
nérable à l'un de ses neveux, de qui nous tenons ce détail. Ce neveu est 
aujourd'hui (1891) M. l'abbc Sardin, curé doyen de la ville d'Auxonne. 
Cette première opinion de M. l'abbé Merle ne s'est pas maintenue dans 
son esprit. Du reste, il n'a pas donné assez d'attention au vieux castel ; 
il n'a pas étudié non plus avec assez d'impartialité les traditions rela- 
tives à l'église de Fontaines. 

3. Col. 1634-1660. 



DE SAINT BERNARD QI 

M. Ph. Guignard, conservateur de la Bibliothèque de 
Dijon. Ce nom recommandait l'opinion déjà partout ac- 
créditée, elle s'imposa de plus en plus, et le seul étonne- 
ment qui restât dans quelques esprits tenait à la néces- 
sité d'admettre que les Feuillants eussent laissé sans 
ornement le lieu le plus vénérable de leur monastère, 
tandis qu'ils avaient prodigué les richesses d'un art 
somptueux dans les deux coupoles. 

Il est juste d'observer que M. Guignard ne s'était 
point proposé d'étudier à nouveau la question de l'em- 
placement de la Chambre natale. Il avait seulement voulu 
réunir, dans la Note précitée, les documents qu'il avait 
recueillis sur le lieu de naissance de saint Bernard. 
Aucun de ces documents ne contredisait, d'une façon 
bien apparente, l'opinion admise au sujet de l'emplace- 
ment de la Chambre natale. Plusieurs semblaient même 
la favoriser, comme le texte de Dumont, par exemple. 
Il était donc difficile de rien conclure de neuf. En cela, 
d'ailleurs, M. Guignard fit comme tout le monde, et tout 
le monde fit comme lui. De notre temps, non seulement 
l'hagiographie, mais des écrits de tout genre, dans la 
localité ou autre part, ont touché à cette question de 
l'emplacement de la Chambre natale. Or, unanimement, 
on a placé ce lieu vénérable dans la chapelle qui formait 
le sanctuaire de l'église des Feuillants à l'époque de la 
Révolution (i). 



I . M. l'abbé Renault, par suite mâme du zèle qu'il déployait pour ra- 
mener les pèlerins à Fontaines, contribua beaucoup a entretenir la 
fausse persuasion où l'on était touchant l'emplacement de la Chambre 
natale. Il fit éditer, eniSyr, une lithographie contenant la vue et le plan 
des restes du prieuré. 11 publia plusieurs brochures dont nous avons 
parlé précédemment. Il plaça à l'entrée du sanctuaire des marbres or- 
nés d'inscriptions qu'il avait composées. C'était partout la propagation 
de l'erreur commune. 11 alla plus loin, et commit la faute de faire gra- 
ver ces mots: Ciibiculum natale sancti Beniardi, sur l'archivolte de 
l'arcade qui met en communication le sanctuaire avec la coupole atte- 
nante. La meilleure bonne foi du monde ne pouvait légitimer cet acte, 
qni altérait l'intégrité du monument. Cette inscription^ heureusement, 
vient d'être ell'acée dans les derniers travaux de restauration. On a en- 
levé aussi les marbres à raison des inexactitudes que contenaient les 
inscriptions que l'on y avait gravées. Aussi bien le sanctuaire, rendu 
à sa destination primitive, est-il redevenu une salle. 



92 LA CHAMBRE NATALE 

Tout récemment encore, quand fut cre'é le Comité de 
restauration du sanctuaire natal de saint Bernard, on 
publia une brochure (i), et on la répandit le plus pos- 
sible, comme un moyen de propagande, en France et à 
l'étranger. Nous avons eu le principal rôle dans la ré- 
daction de cette brochure. Nous y avons présenté et 
soutenu l'opinion générale. En le faisant, nous eûmes, 
il est vrai, quelques défiances, mais trop peu accentuées 
pour songer à nous inscrire en faux contre des affirma- 
tions positives et déjà anciennes. Seulement, nous le di- 
rons en toute simplicité, c'est après avoir rédigé cette 
courte notice, à la prière de quelques amis, que nous 
nous imposâmes, spontanément, la tâche d'en vérifier 
l'exactitude. Nous avions l'espoir d'étayer bientôt, par 
de solides arguments, ce que nous venions d'affirmer 
sur la foi d'autrui. Au bout de quelque temps, nous 
fûmes complètement déçu dans notre attente. Nous 
dûmes reconnaître, spécialement, l'impossibilité de 
prouver que la chapelle située au sud des coupoles était 
la Chambre natale. Il devint nécessaire alors de conti- 
nuer nos recherches et d'éclaircir nos doutes. Car la 
restauration de la Maison de Saint-Bernard, accomplie 
déjà pour une part considérable, allait se poursuivre in- 
cessamment : on étudiait l'avant-projet des travaux à 
exécuter dans la soi-disant Chambre natale (sanc- 
tuaire F). Heureusement, nos investigations persévé- 
rantes ne furent pas vaines. L'acquisition d'un manus- 
crit important, la découverte de plusieurs inscriptions, 
l'étude de différentes pièces et de quelques livres conser- 
vés dans nos Archives ou nos Bibliothèques publiques, 
nous procurèrent les documents nécessaires. La pleine 
lumière se fit pour nous ; elle se fit également pour les 
Missionnaires, gardiens du berceau de saint Bernard ; 
elle sera faite pour tous, croyons-nous, après lecture de 
ce travail. Le pèlerin et le touriste trouveront sûrement 

). Le sanctuaire de Saint-Bernard à Fontaines -lâs-Dtjon, Dijon 1884. 



DE SAINT BERNARD g3 



désormais la Chambre natale : c'est la chapelle de 
Louis XIII, la coupole aux colonnes en marbre noir. 

Troisième question. — L'oratoire primitif, devenu 
maintenant la coupole de Louis XIII, fut-il certaine- 
ment établi dans le « cellier natal » ? 

Cette troisième question n'est pas inopportune. Puis- 
qu'on s'est si facilement mépris de nos jours sur l'em- 
placement de la Chambre natale, n'y a-t-il pas lieu de 
craindre qu'on ne se soittrompé demême dans le passé? 
Quelles preuves avons-nous donc que l'on ait réellement 
érigé l'oratoire primitif dans le cellier natal mentionné 
en 1480.^ 

Les témoignages rapportés dans la deuxième ques- 
tion sont formels. D'après la tradition, il y a identité 
entre la chapelle vulgairement appelée Chambre natale 
aux xvii" et xvni' siècles, et le « cellier ou chambre dans 
laquelle fut némondit sieur saint Bernard ». Sans doute 
les auteurs cités ne jouissent pas tous d'un égal crédit ; 
quelques-uns ne sont que des compilateurs, qui ont 
copié leurs devanciers. Néanmoins, ces témoignages sont 
assez nombreux et assez explicites pour constituer une 
preuve suffisante, s'ils remontaient jusqu'à l'époque de 
l'érection du petit oratoire, c'est-à-dire, à la fin du xv-^ 
siècle ou au commencement du xvi^ Mais la chaîne s'in- 
terrompt aux premières années du xvii*^ siècle. Par con- 
séquent les critiques exigeront quelque chose qui com- 
ble cette lacune, ils demanderont une preuve plus con- 
vaincante. 

Cette preuve existe. La voici d'abord sous une forme 
brève et didactique, afin qu'on en saisisse mieux la 
valeur. 

Les deux coupoles de l'église des Feuillants recou- 
vrent l'emplacement de la « Grosse tour » de Fontaines, 
et en représentent les deux celliers ou salies basses. 



94 



LA CHAMBRE NATALE 



C'est donc d'un cellier de la grosse tour qu'a été forme 
l'oratoire primitif, devenu ensuite la coupole de Louis 
XIII. Or le cellier natal appartenait à la même tour. 
Dès lors, n'est-on pas en droit d'affirmer l'identité de 
cet oratoire avec le cellier natal ? Comment admettre, 
en effet, que, érigeant une chapelle à saint Bernard dans 
l'un des deux celliers de la grosse tour, on n'ait pas 
choisi celui que l'on regardait comme le lieu précis de 
sa naissance ? 

Une fois la base de ce raisonnement bien établie, une 
fois démontré que la grosse tour du castel était dans 
l'emplacement des deux coupoles, l'incertitude qui résul- 
tait de l'interruption de la chaîne des témoignages, ne 
pourra subsister, et la tradition du xvii'^ et du xviii^ 
siècle sera pleinement confirmée. 

Entrons dans les développements que réclame cette 
preuve. 

Le castel de Fontaines est décrit, en totalité ou 

partie, dans plusieurs chartes du xv" siècle, la plupart 

déjà connues du lecteur, mais que nous sommes obligé 
de rappeler. 

12 Janvier 1423, n. st. 1424. — La charte du partage 
entre Alexandre et Bernard de Marey, contient l'énumé- 
ration complète des principaux bâtiments: Je /^^zM/ex^n- 
dre aj" et empoiirte pour ma part... la moitié dudit chasteaiil 
de Fontaine.<;, c'est à savoir la Tour qui est dessus la Porte 
dudit chasteaiil, ensemble la Petite Maison qui est entre 
ladite Tour de la Porte et la Grosse Tour; et la Dépense qui 
est emprès la Grand Saule (grand salle) dudit chasteaul ; 
av:c ce ladite Guand Sauee, la Cuisine, la Maueschaussée 
(écurie et dépendances) joignant à la Toru du Tkeue (pres- 
soir) qui est audit chasteaul, en laquelle Tour étant sur ledit 
Treul, je y ai la moitié ensemble tous les appartements appar- 
tenant à icelle moitié... Et je ledit Bernard ay et empourte 
pour ma part... Vautre moitié dudit chasteaul de Fontaines, 



DE SAINT BERNARD ()5 



c'est à savoir la Grosse Tour, ensemble les Places e'tant 
emprés icelle Tour tirant jusqu'à la Tour du Treul dudit 
chasteaul. Item ay et empourte l'autre moitié de ladite Tour 
étant sur ledit Treul... Et sera commune l'entrée de la porte 
dudit chasteaul, au moitant (milieu) de laquelle, c'est à savoir 
au chemin, aura une borne tirant tout droit au 7?ioitant du 
Treul étant audit chasteaul. Et aussi sont communs entre 
nous le Puits et la Citerne étant audit chasteaul (i). 

Février 142g, n. st. 1430. — La charte, aujourd'hui 
perdue, d'un autre partage du même château entre les- 
dits frères de Marey et deux de leurs sœurs, contenait 
certainement de précieux détails dont nous avons à 
regretter l'absence. Chifflet ne nous a conservé que ce- 
lui-ci : // est faict mention dans ce traicté, de la Grosse 
Tour de Fontaines, vulgairement dicte La Tour Monsieur 
Saint Bernard et du cellier ou chambre de la mesme tour 
dans laquelle /ut né mondit sieur sainct Bernard {2). 

16 MARS 1434, x. ST. 1435. — Lacharte de la prise de 
possession d'un quart du château de Fontaines par 
messire Jean Rolin, évêque de Châlon, atteste que 
Girard Bolon, maire audit lieu, prit et donna au procu- 
reur de l'évêque le verroul de la porte basse d'une Grosse 
Tour quarrée estans dedans ledit chastel de Fontaines, en 
laquelle tour, comme l'on dit, /ut ne^ saint Bernard (3). 

18 NOVEMBRE 1490. — Enfin, la charte du dénombre- 
ment d'un quart de la seigneurie de Fontaines, par 
Laurent Blanchard, renferme une description partielle 
assez détaillée. Un angle du parchemin, sur lequel est 
rédigée cette charte, se trouve déchiré. Nous indiquons 
par des crochets les solutions du texte et les remplissa- 



1. Archiv. de la Cote-d'Or, B. ii332, Protocole n- i54de J. Mathelie 
notaire, folio 91; et Peincedé, XXVII, p. 469-71. 

2. Migne, I. c, col. 1495. 

3. Archiv. de la Côte-d'Or, F, ?t[, Titres de la seigneurie de Fon- 
taines, 2' fascicule. 



96 LA CHAMBRE NATALE 

ges vraisemblables : Une masière [....] joignant es murs 
et devers (vis à vis) lechastel de Fontaines les Dijon, au costé 
de la part et portion qui fut à feu Bernard de Marey, avec 
les ESTABLEs estant et joignant a [....] murs, bretoiches et 
COLOMBIER estant dessus lesdites estables, et le meix ou sou- 
lait avoir une maison et un treuil joignant lesdites estables 
ainsi comme le tout se com[porte du long et] du large et du 
haut en bas. Et une petite soutole et gelinier a mestre porcs 
et austres menues testes estant dessous une bretoiche dudit 
chastel^ laquelle soutole ense[mble un meix et] place vide 
tirant dès icelle soutoule jusques à un signe de deux croix 
pieça dadïs) faites au mur dudit chastel au costé de la Tour 
Monin, tirant à un paul f'pieu^ çuij" sou[lait être], fesant 
séparation dudit meix et place vide, d'une autre place qui 
tire à la Grosse Tour ou fut né Monsieur saint Bernard, en 
tirant dès iceluy paiilt droit à la quarre (à l'angle) d[udit 
meix] ou soûlait être ledit treuil ; le tout estant de présent 
en ruines. Avec Centrée dudit chastel, qui est commune entre 
tous les seigneurs dudit Fontaines (1). 

A ces premiers documents, nous avons la bonne for- 
tune d'en pouvoir joindre deux autres, non moins impor- 
tants pour la solution de la question posée. Ce sont deux 
dessins d'Etienne Martellange. Nous les reproduisons 
sous un format réduit, mais, pour tout le reste, avec 
une exactitude parfaite, car la photographie des origi- 
naux a servi de base à notre lithographe. 

Etienne Martellange, né à Lyon en i568, devint 
jésuite coadjuteur, et fut architecte de sa Compagnie. 
La Bibliothèque de l'Ecole des Chartes — année 1886, 
,re^ 2""" et 3'""^ livraisons — a publié une Notice sur sa 
vie et ses travaux, avec le Catalogue de ses dessins, con- 
servés au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque 
nationale (2). Au Tome I du recueil de ses dessins, il 



i.Archiv. de la Côte-d'Or, B, io587, cote 38. 

2. Le recueil des dessins d'Etienne Martellange, précédemment attri- 
bués à François Stella, porte sur les rayons delà Bibliothèque nationa- 
le, les numéros ^^ et g\- 



DE SAINT BERNARD 97 



s'en trouve deux, fol. 74 et 75, qui sont relatifs à Fon- 
taines-lès-Dijon. Ils datent du 21 septembre 161 1. Ce- 
lui du fol. 75 est une i>iie générale de Fontaines, prise 
d'un point situé entre ce village et celui de Talant {voir 
Planche 4). Le château, objet de notre étude, s'y des- 
sine avec ses bâtiments intacts et ses parties en ruine. 
On voit spécialement au levant, du côté de l'église, 
la Tour d'entrée précédée d'une petite cour étroite; en 
avant de cette tour, au midi, des pans de murs à demi 
démolis ; en arrière, au couchant, une autre tour dont la 
destruction est fort avancée. Le dessin du fol. 74 est 
une vue du château, comprenant en même temps l'église 
paroissiale. Cette vue est prise du bas de la petite espla- 
nade qui s'étend devant le château et que l'on appelle 
vulgairement la Pelouse (voir Planche 5). La façade du 
castel apparaît là tout entière, ainsi que la ligne des murs 
d'enceinte qui se développe au nord. 

Remarquons bien la relation qui existe entre ces des- 
sins du château de Fontaines et les passages empruntés 
aux chartes du xv® siècle. Quoique les dessins soient 
.postérieurs aux chartes, ils représentent, à n'en pas 
douter, les principales constructions énumérées dans 
celles-ci. En effet, après Bernard de Marey, le château 
de Fontaines ne fut plus habité par les seigneurs du lieu, 
qui appartinrent, simultanément ou successivement, 
aux Maisons Rolin, de Rochefort, de Cléron, de Damas, 
etc. On n'éleva donc plus au castel aucune construction 
ayant quelque importance, et ce qui était en ruine 
acheva de s'écrouler. Ainsi doit-on conclure de là que 
les grands bâtiments dessinés par Martellange tiguraicnt 
dans le château de Fontaines au xv" siècle. Ils sont 
d'ailleurs, en partie, venus jusqu'à nous. Or, la Tour 
d'entrée atteste elle-même son âge par une arcade ogi- 
vale du xiv"^ siècle, sinon du xni*. D'autre part, le logis 
central, étudié dans ses derniers restes, a présenté, 
plus que n'importe quel autre débris du vieux château, 
des signes de très grande vétusté. On a même décou- 



9^ LA CHAMBRE NATALE 

vert, dans l'épaisseur de ses murs, une baie arquée en 
forme d'ogive. Enfin, argument décisif, c'est dans ce 
bâtiment que fut érigée la « chapelle Monsieur saint 
Bernard » avant l'an 1 5oo : cette date s'est révélée à nous, 
depuis l'impression des premières pages de notre tra- 
vail. Il est donc juste alors d'expliquer les char- 
tes par les dessins, et, pice versa^ les dessins par les 
chartes. 

Notons encore que les dessins de Martellange, qui 
était architecte, sont recommandés par la profession de 
leur auteur. Du reste, on peut juger de leur exactitude, 
d'après des termes de comparaison. L'église paroissiale, 
par exemple, est fidèlement reproduite : telle la repré- 
sente Martellange, telle on la retrouve aujourd'hui pour 
toute la partie ancienne. Le dessin du château doit donc 
être tenu pour non moins exact. 

Afin de compléter la série des documents nécessaires 
pour notre argumentation, nous avons dressé le plan 
des restes du château, tels qu'ils apparaissaient encore 
en 1881. Alors, la Maison natale de saint Bernard of- 
frait toujours l'aspect qu'on lui voit dans la Figure i . 
Çà et là, quelques portions de murs très anciens, ou de 
simples amorces, indiquaient l'emplacement et la forme 
des bâtiments trouvés par les Feuillants. De plus, pen- 
dant la période des travaux de 1881-1884, on a mieux 
examiné tous ces vestiges, on a découvert, dans le sol de 
l'esplanade intérieure, des traces précieuses de l'antique 
distribution des édifices. Ces données ont fourni la base 
du PlaJi des restes du château de Fontaines en 188 1 
(voir Figure 11). Les hachures plus foncées désignent 
les vieux bâtiments. Le lecteur distingue la Tour d'en- 
trée B, le logis des coupoles C ; entre ces deux construc- 
tions, le petit bâtiment F, transformé en chapelle vers 
1760, et devenu ensuite le sanctuaire de l'église; en 
avant de ce bâtiment, le vestibule T, rez de chaussée 
d'une ancienne tourelle (voir Planche 5)-^ au nord du 
logis des coupoles, les amorces d'une tour R, en saillie 



DE SAINT BERNARD 



99 



sur le mur d'enceinte ; au sud de la Tour d'entrée et ap- 
puyé contre elle, une sorte de couloir terminé au le- 
vant par un étroit réduit ; puis le bâtiment H, nommé 
par les Feuillants la « Petite Tour », et dont la partie 
antérieure fut ajoutée aux constructions anciennes, 
Martellange représente le bâtiment H dans un état 
de ruine, et il y joint les restes d'une tour ou d'un ou- 
vrage de fortification, qui faisait une forte saillie au 




>Norc) 



Figure i i 
Plan des restes du château de Fontaines en 1881. 

sud-est. Sous les Feuillants cet ouvrage a disparu sans 
laisser de vestige (i). E, I et D marquent des subs- 
tructions et des décombres ; G, un terrain vierge. 



1. Nous n'avons naturellement pas reproduit dans le Plan des restes 
du château de Fontaines, les constructions modernes élevées pour com- 
pléter les bâtiments de service ou pour développer la chapelle. Le bâ- 
timent O, reconstruit par les Feuillants vers 1740 (Archiv. de la Côte- 
d'Or, H, 996, layette Etats de situation), existait déjà en 161 1, puisqu'il 
figure dans les dessins de Martellange (voir P/ij^c/îm 4 et 5). Mais nous 
n avons pu y reconnaître certainement une des constructions mention- 
ne'es dans les chartes du XV"^ siècle. Le puits et la citerne indiquas sur 
le plan, sont les mûmes que ceux désignés dans la charte de 1424. 



100 LA CHAMBRE NATALE 

Les documents sont réunis. Il s'agit maintenant de 
déterminer l'emplacement de la Grosse Tour, et de voir 
si cet emplacement est le même que celui des coupoles, 
ainsi que nous l'avons affirmé. 

Suivant la charte de 1424 (n. st.), afin de partager le 
château par moitié, on avait fait un bornage dont les 
limites extrêmes étaient la Tour d'entrée B et la Tour du 
Treuil. Cette seconde tour tenait à doncla partie occiden- 
tale des murs d'enceinte, et devait se trouver en A (voir 
Figure 11). En effet, la ligne divisionnaire partant de 
la Tour d'entrée passait au nord du bâtiment D, relié 
avec d'autres en I et en E, et se dirigeait ainsi vers le 
point A. C'est en ce même endroit que Martellange figu- 
re une tour en ruine (voir Planche 4). D'après la charte 
de 1490, la tour du Treuil occupait à peu près le centre 
des constructions adossées à la muraille du couchant, 
indication qui ramène au même point. Tel était donc 
l'emplacement de la Tour du Treuil. 

Par conséquent, en tirant une ligne de B en A, on doit 
avoir, toujours suivant la charte de 1424, d'un côté la 
Grand'salle, la Dépense, la Cuisine, la Maréchaussée; 
de l'autre, la Petite-Maison et la Grosse Tour, avoisinée 
de places vides. Mais de quel côté se trouvait la Grosse 
Tour? A droite ou à gauche de laTour d'entrée ? Les char- 
tes ne l'expliquent point. Or il n'y a que deux hypothèses 
possibles. Ou bien C est la Grosse Tour, et E l'emplace- 
ment de la Grand'salle. Ou bien, réciproquement, C est la 
Grand'salle et E l'emplacement de la GrosseTour.La pre- 
mière hypothèse répond parfaitement : 1° aux termes des 
chartes, 2" aux données fournies par Martel lange, 3° aux ca- 
ractères du bâtiment des coupoles, 4° aux indications du 
plan représenté Figure 11, 5" aux principes de la cons- 
truction des châteaux-forts. — Il faut dire le contraire de 
la seconde hypothèse. La conclusion dès lors est facile à 
tirer : C, le bâtiment des coupoles, est bien réellement 
l'ancienne Grosse Tour. 

Mais nous devons établir nos prémisses. Avant tout, 



DE SAINT RERNAKD lOÏ 



nous prierons le lecteur de ne point oublier que cette 
expression « Grosse Tour » signifie autre chose que ce 
qu'on entend par une simple tour. Ce nom désigne le 
donjon, le logis seigneurial. « Les plus anciens donjons, 
dit VioUet-le Duc, ne sont guère que de grosses tours 
voisines de l'un des fronts du château féodal (i). » Le sa- 
vant architecte revient plusieurs fois sur cette observa- 
tion, toujours pour la confirmer, et il de'clare que, jus- 
qu'au xiu" siècle, les donjons consistaient généralement 
« en un g-ros logis quadrangiilaire^ divisé à chaque étage 
en deux salles {2) >». Il fallait bien, d'ailleurs, que la 
Grosse Tour de Fontaines eût quelque importance, puis- 
qu'elle constituait à elle seule toute une part du château 
divisé par moitié. 

Cette observation faite, venons aux détails. 

Admis la première hypothèse, on explique sans diffi- 
culté les chartes, spécialement celle de 1424. F repré- 
sente bien « la Petite Maison entre la Tour de la porte 
et la Grosse Tour. » C la Grosse Tour, « quarrée », est 
avoisinée de « Places » vides ; car G est un sol entière- 
ment vierge, et avant l'arrivée des Feuillants, aucune 
construction ne prolongeait le bâtiment C du côté du 
nord. Située en E, la Grand'salle est, suivant l'usage, 
exposée au midi et dans le meilleur site pour la vue. 
Près de cette salle, I donne un emplacement favorable 
pour la Dépense; ce magasin peut prendre un certain 
développement ; il se complète d'une communication 
avec la cave D, sur laquelle devait s'élever la Cuisine. 
On a trouvé, en effet, sous l'esplanade inté'rieure, le cou- 
loir contournant et voûté qui introduisait dans cette 
cave et la reliait avec L Ainsi, selon les indications 
expresses ou tacites de la charte, la Dépense est « emprès 



1. Diction, de V Architecture française du .Y/'du XK/° iièc/e, par Viol- 
let-le-Duc, T. IX, p. 125. 

2. Ibid.p. i3o. 



102 LA CHAMBRE NATALE 

la Grand'salle » et à proximité de la Tour d'entrée, sans 
cependant faire corps avec celle-ci. 

Prenons maintenant la seconde hypothèse. Les rôles 
sont intervertis : C serait la Grand'salle, E l'emplace- 
ment de la Grosse Tour. Alors H devient la Petite-Mai- 
son. Pas de difficulté. Mais, ensuite, où trouver les 
« Places )) vides quiavoisinaient la Grosse Tour et cons- 
tituaient avec cet unique bâtiment toute une moitié du 
château ? Les décombres et substructions I et D indi- 
quent plusieurs constructions formant un groupe avec 
E. Ce groupe est tout entier d'un côté de la ligne de 
partage. Evidemment, des constructions recouvrant l'es- 
pace E I D ne sauraient répondre à cette simple dési- 
gnation: « la Grosse Tour quarrée », lors même que cette 
tour aurait des annexes. Surtout, comment voir la Grand' 
salle dans le bâtiment C, logis carré à quadruple étage, 
divisé par un mur de refend? On sait que la Grand' 
salle était plutôt un long parallélogramme comprenant 
deux grandes pièces superposées : la salle basse pour 
les gens, les familiers ; la salle haute pour le maître et 
les siens. Parfois même, dans les châteaux anciens, dans 
les petits châteaux, il n'y avait qu'une pièce. Que reste- 
t-il pour la Dépense ? Le local F, étroit, sans cave, mal 
exposé, ofFre-t-il aucun caractère de ces magasins spa- 
cieux que l'on avait coutume de construire près des 
salles ? Sa situation répond-elle à la désignation du lieu 
de la Dépense : « qui est emprès la Grand'salle » ? Ne 
répond-elle pas mieux à l'indication donnée pour la 
Petite-Maison : « qui est entre la Tour de la porte et la 
Grosse Tour » ? 

C'est ainsi que les données réunies des chartes, des 
dessins de Martellange, du plan des restes du châ- 
teau, font voir la Grosse Tour dans le bâtiment C. 

Ce bâtiment — chose très remarquable — a tous les 
caractères des petits donjons des xi'^ ou xn*-' siècles : plan 
carré ou rectangulaire — peu d'élévation — sur un rez 




cO 



^^^|;f 




^« 


o 


^^m 


■ 1 — ( 


1 ^ 


o 


i "^ 


Ph 


1 <c! 


c/2 


i j 


p: 


li^i ' ~^ 


O 


:=5 


u 




(D 
00 




f_ 


c/^ 


3) 


tlj 


> 


Q 


T5 


H 


c/O 


1 1 


CD 


J 


(D 


O 


P 


w 


t^ 


J 


O 




^ 


:ij 


~(D 


Q 


' * 


^ 


c 


< 




1 — L ^ 




^- ^ 


O ' 


1 


T^ 


t 


^ 



DE SAINT BERNARD I03 



de chaussée fortement encaisse trois étages seulement 
— division de chaque étage en deux salles par un mur 
de refend, sauf celui des combles. On ne peut guère hési- 
ter à reconnaître la présence de ces différents caractères. 
Les étages se comptent aisément dans le dessin de Mar- 
tellange (voir Planche S). Le rez de chaussée, occupé 
par les salles basses ou celliers, n'a, comme d'ordinaire, 
pas de jours sur l'extérieur. Un double rang de fenêtres, 
puis un grand louvre au milieu de la toiture, révèlent 
l'existence de trois étages au dessus du rez de chaus- 
sée. Le mur de refend qui sépare les deux coupoles 
(voir Planche S), n'est pas l'œuvre des Feuillants. Cette 
division est ancienne. Elle se continuait dans les deux 
premiers étages : la disposition des fenêtres en est un 
indice assez clair. 

Enfin, bien que le castel de Fontaines n'ait jamais été 
qu'une forteresse d'importance secondaire, il dut être 
néanmoins construit suivant les principes de défense : 
l'époque à laquelle il remonte, suffit pour l'affirmer. Or, 
d'après ces principes, la Grosse Tour ou Donjon se con- 
çoit très bien en C, situation la mieux choisie pour 
commander tout l'intérieur et en même temps les dehors 
du côté attaquable. Placée en E, elle ne commanderait 
qu'imparfaitement l'enceinte et presque aucunement les 
dehors. 

Si l'on veut poursuivre ce minutieux examen, on 
aboutira toujours au même résultat. Il 3^ a donc bien 
lieu de croire que le bâtiment des coupoles était la vieille 
Tour Monsieur saint Bernard. C'a été, sans nul doute, 
la conviction des Feuillants. Ils ont orné ce bâtiment 
tout entier avec un soin, une richesse, qui témoignent 
du prix qu'ils y attachaient. Ils ont, d'ailleurs, gravé 
l'expression de leur pensée, sur des pierres ou des mar- 
bres décoratifs, incrustés dans ces vieux murs objets de 
leur vénération : Quo tecto nascitur Mariœ cithara 



I04 l-A. CHAMBRK NATALK 

Bernardus.. — Ad S. Mariam cithafistœ sui 'Berna.rdi 
lares miinifice honestantem... Ces mots sont extraits 
des inscriptions appartenant à la coupole d'Anne d'Au- 
triche. Ainsi, comme « la très sainte et très recomman- 
dable chapelle » de Saint-Bernard, la chapelle attenante 
dédiée à N.-D. de Toutes Grâces, faisait partie de l'an- 
tique donjon de Tescelin. Tel est le sens de ces textes. 

Au surplus, voici le mot pleinement décisif, fruit de 
nos dernières investigations. D'après un terrier de 1499 
(Archiv, de la Côte-d'Or, E. 1 29, f. io),Othenin de Cléron 
possédait au château de F'ontaines un quart par devers le 
midy, savoir : une maison couverte de lasve et plusieurs au- 
tres meix et maisières ; François Rolin en avait la moitié, 
et Laurent Blanchard, l'autre quart. Or, la part de L. 
Blanchard était au couchant. Celle de F. Rolin compre- 
nait donc le centre et le nord. Ainsi la Grosse Tour, ac- 
quêt de la maison Rolin, était nécessairement le bâti- 
ment C. Suivant le même document, les seigneurs pos- 
sédaient en commun les prisons et seps (entraves) estans 
au fond de la Tour auprès de la chappelle estans dessoubs la 
Grosse Tour. Ainsi, non moins nécessairement, les pri- 
sons étaient dans la Tour R, et l'oratoire primitif ou 
Chambre natale, dans le cellier voisin A (voir Planche 6). 

La moindre hésitation est donc impossible : les deux 
coupoles sont dans l'emplacement de la Grosse Tour, et 
il faut admettre l'identité de l'oratoire primitif ou cha- 
pelle actuelle de Saint-Bernard avec le « cellier natal. » 

% "i ■ — Description de la Chambre natale 

Avant de donner la description de la Chambre natale 
ou chapelle Saint-Bernard, jetons un dernier coup d'œil 
d'ensemble sur l'église des Feuillants. Grâce aux solu- 
tions et aux éclaircissements qui précèdent, on se rend 
mieux compte de l'édifice tout entier, de son plan, de 
ses divisions, des aménagements successifs, enfin de 
l'époque des diflérentes constructions (voir Planche 6), 



DE SAINT BERNARD Io5t 



En arrivant à Fontaines, les Feuillants trouvèrent 
donc la chapelle Saint-Bernard en A, dans la salle basse 
septentrionale du gros logis o n h l m pp. Cette chapelle 
n'avait reçu encore aucun embellissement^ et la forme 
qu'elle pre'sentait alors, est exactement dessinée par le 
rectangle p l m v. Elle n'avait d'ouvertures que sur 
l'intérieur du château : le dessin de Martellange le 
prouve (voir Planche 5). Comment cet étroit sanctuaire 
aurait-il suffi pour une maison religieuse ? Il y eut 
nécessité de l'agrandir. Cette résolution arrêtée, rien de 
plus juste que de renfermer dans l'église du prieuré tout 
le rez de chaussée de la Tour Monsieur saint Bernard. 
Le vieux donjon n'était-il pas, à proprement parler, cette 
Domiis paterna et natalitia (i) qui rappelait le mieux le 
souvenir du grand saint? On conçoit dès lors les ré- 
flexions des Feuillants, on assiste à leurs projets, et l'on 
en suit pas à pas l'exécution. En même temps qu'ils 
élèvent des bâtiments neufs, C, D, EE, ils percent dans 
les vieux murs différentes baies : portes , fenêtres , 
arcades de communication ; ils posent un clocher, CC, 
sur une tour de flanquement. Nous indiquons ces baies 
qui sont l'œuvre des religieux, par la lettre L et des ha- 
chures d'un ton moyen. Bientôt les Lettres Patentes de 
Louis XIII classent le monastère de Fontaines parmi 
les maisons de fondation royale. On entreprend la cons- 
truction des deux coupoles. Celle du roi décore la cha- 
pelle Saint-Bernard ; celle de la reine orne la chapelle 
attenante B, que l'on dédie à N.-D. de Toutes Grâces, 
La chapelle B formait d'abord le rectangle o h Ip, puis- 
que la porte s'ouvre dans l'axe de ce rectangle. Pour avoir 
deux coupoles de mêmes dimensions, on restreint la 
largeur de cette chapelle, en élevant de gros piliers 
contre le mur o Ji h. Un couloir est ménagé dans le 
pilier X, probablement parce qu'un petit mur, en :^, sou- 
tenait la retombée de la voûte du vestibule. 

i.DEOOPT. MAX. et S" BERNARDU pro nova basilicce Fonta- 
nensis instauraiione sacrum. 



106 LA CHAMBRE NATALE 



Si l'on considère l'état du castel de Fontaines après 
tous ces travaux, on est frappé d'une chose : les Feuil- 
lants n'avaient pas modifié, d'une manière essentielle, 
les anciens bâtiments. Pour la Tour Monsieur saint 
Bernard, en particulier, sa forme extérieure était restée 
la même, sauf quelques ornements rapportés. A l'inté- 
rieur, la construction des deux coupoles avait nécessité 
la fusion du premier étage avec les salies basses, mais 
on avait maintenu le plan rectangulaire de ces salles, et 
l'on avait conservé le mur de refend qui les séparait. Le 
mur méridional o n h était lui-même demeuré intact : 
la baie marquée LL ne fut ouverte, en effet, que pour 
l'aménagement de la chapelle F, au xvni" siècle. Ainsi, 
en suivant le goût de leur époque, en adaptant le style 
de la Renaissance à d'antiques édifices, les Feuillants 
gardèrent une discrétion qui fait leur éloge. Ils le durent, 
sans doute, au respect religieux que leur inspirait le 
berceau de saint Tiernard, respect qui a dicté ces lignes 
à Dom Jean de Saint-Malachie, chargé par sa congréga- 
tion d'élever le monastère de Fontaines : Sed intérim, ô 
Beatissimc Pater (Bernarde), viliori ex filiis tuis, cui 
huciisque hujuscemodi operis sicut et tuœ domesticœ fa- 
miliœ (etsi ex toto impari) cura demandata est, parce si 
minus fervenler, reverenter aut sollicite quod tuum adeo 
specialissimum honorent spécial, tractaverit (i). 

L'importance des chapelles jumelles A et B n'échappe 
à personne. La part qu'elles représentaient dans l'édifice 
entier, leur architecture plus riche, les souvenirs évo- 
qués par leur emplacement, tout concentrait sur elles 
l'attention des religieux et des pèlerins. A elles seules, 
elles constituaient, pour ainsi dire, toute l'église du 
prieuré. Louis Gellain dit dans sou Inventaire, en 1770: 
« Les deux coupoles qui forment actuellement notre 
église (2)». Notre principal but, dans le présent para- 



1. DEO OPT. MAX. etc. 

2. Inventaire des archives du mon. roy . de S. -Bernard, p. 12. 



DE SAINT BERNARD lOy 



graphe, est de décrire la chapelle Saint-Bernard ou 
Chambre natale ; mais nous ne pouvons omettre de dé- 
crire en même temps la chapelle de Notre-Dame de 
Toutes Grâces, à raison des rapports étroits et multiples 
qui lient ces deux chapelles l'une à l'autre. Nous don- 
nons la coupe transversale de la chapelle Saint-Ber- 
nard (i), à l'aide de laquelle on peut se faire une idée de 
l'ensemble (voir Planche 7). 

En avant des chapelles, sur l'emplacement du perron 
O, il existe aujourd'hui un portique avec fronton, orné 
de colonnes et de pilastres d'ordre dorique. Après avoir 
traversé ce porche, puis une petite galerie qui remplace 
les anciens vestibules, on est sous les coupoles de 1619. 
Ces gracieux édicules ne se sentent presque plus des 
outrages qu'ils avaient subis. On y a replacé des co- 
lonnes en marbre ; on a rétabli les moulures et les scul- 
ptures; la restauration s'est faite avec soin (2). Seule- 
ment, à l'époque des premiers travaux, 188 1- 1884, l'im- 
portance que l'on attachait encore au sanctuaire F, fit 
perdre de vue le plan de 1619, et occasionna la démoli- 
tion des deux murs qui terminaient les chapelles au 
couchant. On regardait alors, en effet, ces chapelles 
comme deux travées aboutissant au sanctuaire. Dans 
ces conditions, voulant élargir l'édifice, on le développa 
sur toute la ligne occidentale, d'abord par une sacristie 
appuyée contre le sanctuaire, puis par un renfoncement 
destiné à recevoir les petits autels. Cet aménagement 
nouveau a enlevé aux chapelles jumelles quelque chose 
de ce fini qu'elles avaient auparavant. A part cette diffé- 



i.Ce dessin est dû à l'obligeance de M. Pierre Degré, architecte, à 
Dijon, qui nous a prêté son gracieux concours pour la partie lithogra- 
phique de notre travail. 

2. Nous avons déjà nommé l'habile architecte chargé de cette restau- 
ration, M. Selmersheim, architecte du gouvernement, Paris, 3i, rue de 
Moscou. Les sculptures sont l'œuvre de M. Creusot, Dijon, rue de Lon- 
gvic. Nous devons à l'obligeance de M. Creusot le dessin de notre Plan- 
che 8. 



Io8 LA CHAMBRE NATALE 

rence, on les retrouve telles que l'art du xvii^ siècle les 
avait faites. 

Ces chapelles sont sur plan carré ou plutôt barlong. 
Elles mesurent chacune, en longueur, un peu plus de 
six mètres ; en largeur, un peu plus de quatre. 

Des colonnes géminées, d'ordre corinthien, ornent les 
quatre angles de chaque parallélogramme, et soutiennent 
les coupoles. Dans lachapelle Saint-Bernard, les colonnes 
sont en marbre noir avec bases et chapiteaux en marbre 
blanc. Dans la chapelle de la Sainte-Vierge, elles sont en 
griotte de Flandre, également avec bases et chapiteaux 
en marbre blanc, excepté quatre chapiteaux en albâtre. 
Les piédestaux et les entablements sont en pierre. Les 
entablements se distinguent par un travail très riche et 
comprenant tous les ornements de l'ordre corinthien : 
ainsi les moulures des architraves et des corniches sont 
taillées de rais de cœur, de perles, d'oves, de denticules, 
de modillons et de rosaces entre les modillons. Mais de 
plus, les frises présentent, sculptés en relief, au milieu 
d'un rang de fleurs de lis, les chiffres royaux surmontés 
de la couronne et enlacés de branches de laurier. Le 
chiffre de Louis XIII, on s'en souvient, figure dans la 
chapelle Saint-Bernard, et celui d'Anned'Autriche, dans 
la chapelle de N.-D. de Toutes Grâces. Dans chacun 
des entre-colonnements sont taillés ou sculptés sur le 
parement du mur, deux cadres oblongs, avec un troi- 
sième, de forme ovale, au milieu. 

Chaque coupole se compose d'aborddcspendentifsd'un 
premier sphéroïde pénétré par deux voûtes en berceau, 
qui se coupent à angle droit. Ces voûtes prennent nais- 
sance sur les entablenents des colonnes. Elles se noient 
dans les murs ou s'appuient contre eux, au-dessus d'arcs 
et d'arcades en plein cintre, dont les voussures sont se- 
mées de fleurs de lis, et les clefs, ornées des chilfres 
royaux. Les deux arcades qui s'ouvrent sur la chapelle 
Saint-Bernard, dans les lignes l p, m v (voir Planche 6"), 
ne sont pas produites, comme on pourrait le croire, par 



PL. 7. 




'!5?^^!^?J55v^??S?fei^^^^^5vî^?^ 



L 



Coupe Transversale delà Chapelle S^ BERNARD 



DE SAINT BERNARD 1 OQ 



de simples arcs-doubleaux bandés d'un pilier à l'autre, 
en 1G19. Mais il y eut là, auparavant, des murs pleins, 
où l'on perça des baies. 

A la section horizontale du sphéroïde se trouve un 
entablement circulaire complet. La frise présente un 
rang de fleurs de lis, quatre fois interrompu par un 
autre ornement, k des intervalles égaux. Cet ornement 
est le chilïre de Louis XIII, dans la chapelle Saint-Ber- 
nard ; une tête d'ange aux ailes déployées, dans la cha- 
pelle de la Sainte-Vierge. La corniche n'offre pas de 
denticule, mais, entre les modillons, des rosaces d'un 
dessin très varié. 

Enfin cet entablement porte une calotte formée d'un 
segment de sphère, dont la décoration figure la cou- 
ronne royale. Dans le bas, un bandeau, émaillé de per- 
les et de pierres fines entremêlées de rosaces, est fleu- 
ronné de fleurs de lis et de trèfles. Huit rampants, char- 
gés de palmettes bordées d'un rang de perles, viennent 
converger au sommet de la coupole et recevoir une large 
clef armoriée. 

La clef de voûte de la chapelle Saint-Bernard mérite 
une description. Nous en donnons le dessin (voir Plan- 
che (?). Le choix de certaines pièces exprime, comme 
d'autres particularités du monument, l'intention qui fit 
transformer l'oratoire primitif en une chapelle votive 
décorée au nom de Louis XIII. 

Au centre de la clef, un écusson, surmonté de la cou- 
ronne royale fleuronnée de fleurs de lis, porte en chef 
les deux écus de France et de Navarre accolés, et en 
pointe, TLi royale, enlacée de deux branches de lauriers. 
Cet écusson est entouré du cordon de Saint-Michel et 
de celui du Saint-Esprit. Dans le deuxième cordon, TL 
de Louis XIII remplace l'H de Henri III. Le tout est 
enveloppé d'un cartouche à enroulements découpés, qui 
enserrent à droite et à gauche des dauphins. Au-dessus 
du cartouche est une tête d'ange aux ailes déployées, 
et au-dessus de la tète d'ange elle-même, une tête 



110 LA CHAMBRE NATALE 

de lion en mascaron, d'où pend la dépouille en forme 
de lambrequin avec les griffes, qui semblent étreindre 
les dauphins. 

La clef de voiàte de la chapelle de N.-D. de Toutes 
Grâces est une pièce moins curieuse. Elle consiste dans 
un écu parti de France et d'Espagne, surmonté de la 
couronne royale fleuronnée de fleurs de lis, entouré 
d'une cordelière, et posé sur une sorte de grand masca- 
ron de composition médiocre, en forme de manteau 
royal doublé d'hermine. 

Dans la chapelle Saint-Bernard, l'écusson deLouisXIII 
a le chef tourné vers l'autel et la pointe vers la porte. 
Dans l'autre chapelle, l'écusson d'Anne d'Autriche est 
placé en sens inverse. 

Le mur, maintenant démoli, qui faisait le fond des 
chapelles, était percé de fenêtres en demi-lune. 

Du côté opposé, le mur, resté intact ou fidèlement 
restauré, présente, en saillie, deux petites tribunes portées 
par des corbeaux très ouvragés. L'arcade, au-dessous des 
tribunes, est en anse de panier (i). 

De l'aveu de tous, ces petites chapelles sont char- 
mantes. Les formes variées de l'ensemble des voûtes, 
l'harmonieuse combinaison du plein cintre et de l'anse 
de panier, la régularité de l'appareil des voussoirs en 
pierre dure polie, la pureté des profils, ces marbres, 
ces sculptures, cette décoration riche mais sobre, une 
grâce qui n'exclut pas la grandeur, si ce dernier mot est 
juste en parlant d'une église en miniature : tout se réunit 
pour plaire à l'observateur attentif (2). 



1 . La porte, que la Planche 7 représente sous cette arcade, à l'arrière 
plan, est dessinée dans la forme que lui avaient donnée les Feuillants. 
Cette forme a été modifiée dans la restauration de 1881-1884. 

2. Ce beau travail, comme l'a remarqué M. Caumont, rappelle celui 
de l'hôtel de Vogué, situé derrière l'église Notre-Dame, à Dijon, et bâti 
en 1614. On voit, en particulier, dans la cour de cet hôtel, un portique, 
dont la décoration comprend des branches de laurier sculptées. Ces 
branches de laurier sont tellement du même type qu'à Fontaines, le 
galbe des feuilles est tellement semblable, qu'on est tenté d'attribuer le 
double travail aux mêmes ouvriers. Description de la chapelle Saint- 
Bernard, par M. Caumont. 




CLEF DE VOUTE 



CE LA CHAPELLE S.'EERNARD 



DE SAINT BERNARD I I I 



Malgré tous les détails que renferme déjà cette des- 
cription, il faut en ajouter d'autres encore. Les omet- 
tre serait mériter un reproche. 

La plupart des marbres : fûts de colonnes, bases, cha- 
piteaux, que l'on a replacés sous les coupoles, sont les 
anciens marbres arrachés pendant la Révolution. Vendus 
à des particuliers (i), le 21 mars lygS, ils entrèrent en- 
suite dans le mobilier de l'église Saint-Bénigne de Di- 
jon. Ils sont en effet portés, en majeure partie, sur un 
inventaire de ce mobilier (2) dressé au mois de janvier 
1804. Les colonnes en marbre de Flandre avec bases et 
chapiteaux en bois doré qui avaient fait partie du maître- 
autel de l'église des Feuillants, décoraient alors, à 
Saint-Bénigne, l'autel du Saint-Sacrement, érigé dans 
l'abside du collatéral nord. Vers le milieu du siècle, un 
tombeau avec retable du style ogival remplaça ce pre- 
mier autel du style de la Renaissance, et celui-ci fut ac- 
quis pour l'église d'Echalot, village du canton d'Aignay- 
le-Duc, où il forme actuellement l'autel majeur. 

Quant aux colonnes provenant des coupoles, l'inven- 
taire de janvier 1804 en mentionne douze avec leurs 
bases et leurs chapiteaux en marbre. Quatre de ces colon- 
nes, bases et chapiteaux compris, ornaient l'autel de la 
Sainte-Vierge, placé dans l'abside du collatéral du midi. 
Elles portaient un baldaquin. C'était le baldaquin du 
maître-autel des Feuillants, entré, lui aussi, dans le mo- 
bilier de l'église Saint-Bénigne, mais dont les colonnes 
avaient été changées. Les huit autres colonnes étaient 
déposées sous la tour du collatéral nord, près des « fonts 
baptismaux formés d'une piscine en marbre noir ». On 
les destinait « à élever autour de la piscine une cou- 
pole ». Les soubassements de cet édicule étaient déjà 
posés. « Les bases et les chapiteaux des huit colonnes 



1. Archiv. de la Côte-d'Or,Q 2, Liasse 84, cote 20. 

2. Archiv. de l'église cathédrale Saint-Bcnigne de Dijon, registre des 
délibérations de la h'abiique,i 7^2-1604. 



112 LA CHAMBRE NATALE 

se trouvaient alors dans le vestibule de la sacristie ». Le 
petit monument projeté fut-il abandonne', ou bien ache- 
vé puis démoli plus tard? Nous l'ignorons. Ce qui est 
certain, c'est que les colonnes disparurent un jour de 
l'église Saint-Bénigne et que les bases et les chapiteaux 
y restèrent seuls, entassés dans quelque annexe de 
l'édifice. 

En 1868, l'autel de la Sainte-Vierge, comme naguère 
celui du Saint-Sacrement, fut remplacé par un autel 
nouveau. Les colonnes qui soutenaient le baldaquin 
furent donc descendues, et leurs fûts, enlevés. On put 
voir alors sur le plat des bases, des inscriptions d'où 
il résultait que ces marbres provenaient bien du monas- 
tère de Fontaines. On se souvint des huit chapiteaux et 
des huit bases encore conservés, mais demeurés sans 
emploi. Les bases examinées présentèrent des inscrip- 
tions analogues aux précédentes. Il y avait donc encore 
là de vraies épaves de l'église des Feuillants. Cette dé- 
couverte fit l'objet d'une note lue devant la Commission 
des Antiquités de la Côte-d'Or et rédigée par un de ses 
membres, M. Paul Foisset (1). 

L'année suivante, 1869, la Fabrique de l'église Saint- 
Bénigne restitua généreusement tous ces marbres à la 
Maison de Saint-Bernard. 

Actuellement les quatre colonnes griotte de Flan- 
dre sont rétablies, à Fontaines, dans la chapelle de la 
Sainte-Vierge. Les chapiteaux et les bases sont également 
remis en place. Il a été facile pour dix de ces dernières, 
de rendre à chaque coupole celles qui lui revenaient. 
Ces dix bases, en effet, portent des inscriptions, et les 
textes gravés fournissent les indications nécessaires 
pour une classification exacte. 

Les inscriptions sont intactes ou faciles à restituer 
dans leurs lacunes. M. Paul Foisset les releva, en 1868, 



I. Mémoires de la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or, T. VII, 
p. CXV-CXVIII. 



DE SAINT BERNARD l ! 3 



et la Commission des Antiquités de la Côte-d'Or les a 
publiées dans ses Mémoires {\). Nous avons vérifié et 
complété cette première lecture. 

Nous donnons d'abord les inscriptions relatives à la 
chapelle delà Sainte-Vierge. Elles sont clairement spé- 
cifiées par les abréviations O. G. D. {Omnium Gt'atia- 
rum Domincé) et par le nom de la reine. 



DATE. lESV 

MERITIS . SAGR.E 

VIRGINIS.MARI^.O.G.D. 

ET . CITHARIST^. . EIVS 

D . BERNARDI . ANNA 

AVSTRIACHA . GALLI^ 

REGINA . AVGVSTA 

REGIA . PROLE . CVM 

REGE;. GLORIE- 

TVR 



DÂTE^JilESV 

MERITIS . SACR^ 

VIRGINIS . MARI^ . O 

G . D . ET . CITHARISTiE 

EIVS . D . BERNARDI 

A . AVSTRIACA . GALLI^ 

REGINA . AVGVSTA 

FIDE.FVLGEAT 

I 626 



i. Ibid.l. c. 



114 1-^ CHAMBRE NATALE 



DANTE. lESV 

MERITIS , SACR^ 

VIRGINIS.MARI^.O.G, 

D . ET . CITHARISTyE . EIVS 

D . BERl^ARDI . ANNA 

AVSTRIA[CHA . GALL]I^ 

RE[GINA . AVGVSTA 

SPE . GAVDE]AT 

1626 



DATE . lESV 

MERITIS . SACR^ 

VIRGINIS.MARI^ .O.G 

D . ET . ÇITHARISTiE . EIVS 

D . BERNARDI . ANNA 

AVSTRIACA . GALLI^ 

REGINA . AVGVSTA 

CARITATE . FER- 

VEAT 



[DANTE. lESV 

MERITIS. SACR^ 

VIRGINIS.MARI^.O.G. 

D. ET. CITHARIST^. EIVSJ 

D . [BERNARDI . ANNA] 

AV[STRIACHA . GALLI^] 

REGINA . AVGVSTA 

PRVDENT1A.[V]IGEAT 

1626 



DE SAINT BERNARD I l5 



DANTE ^lESV 

MERITIS . SACREE 

VIRGINIS.MARI^.O.G. 

D. ET. CITHARISTyE . EIVS 

D . BERNARDI . ANNA 

AVSTRIACH[A] . GALLI^ 

REGINA . AVGVSTA 

TEMPERANTIA 

EMINEAT 



DATE ^ lESV 

MERITIS . SACRiE 

VTRGINIS. MARI^.O. G. 

D. ET. CITHARIST^ . EIVS 

D . BERNARDI . ANNA 

AVSTRIACHA . GALLl^ 

REGINA. AVGVSTA 

FORTITVDINE 

SVPERET 



La huitième inscription fait défaut. Elle était évidem- ^ 
ment semblable aux précédentes, et devait renfermer le 
nom de la vertu de justice. Est-ce pendant la Révolu- 
tion que la huitième base s'est perdue? Les Feuillants 
ne Tavaient-ils pas remplacée avant cette époque par 
une autre sans inscription : Nous ne savons qu'une chose, 
c'est que les religieux touchèrent aux colonnes de la 
coupole de la reine (i) un peu après 1770. 

I. Inventaire des arcliiv. du mon. roy- de S. Bernard, p. 33. 



H6 LA CHAMBRE NATALE 

Le sens de ces inscriptions n'a pas besoin d'être expli- 
qué, La première exprime un vœu pour la naissance 
d'un Dauphin ; les autres, une prière sollicitant pour la 
reine les vertus théologales et les vertus cardinales. 

Voici maintenant les inscriptions relatives à la cha- 
pelle Saint-Bernard. Elles se réduisent à deux : 



GLORIA 

LÂVS.ET.HONOR 

lESV . MARI^ . BERNAR- 

DO . REGIS . REGINiE 

REGNIQVE .VOTIS . AD- 

SIT . ORATE . BERNARD 

REGIA . FROLES 

1626 



GLORIA 

LAVS.ET.HONOR 

lESV . MARI.E . BERNAR- 

ÛO . REGI . ET . PATRI-- 

M . SALVS . PLVRIMA 

REGIA . FROLES . ET 

FAX 

1626 

La seconde inscription est identiquement gravée sur 
deux bases (i). 



I Nous ne possédons plus aucune autre inscription qui ait rapporta 
la petite église du château. Celles que D. Jean de Saint-Malachie a 
publiées dans son opuscule DEO OPT. etc, et qui sont reproduites 
Ménol. de Citcaiix, 20 août; Migne, 1. c, col., 1647-1652, appartenaient à 
la grande église, qui fut démolie a\ant d'âtre achevée. 



nr SAINT nERNARn 1 17 

A raison de la parfaite symétrie observée dans les deux 
chapelles jumelles, on peut croire que, dans l'une comme 
dans l'autre, les bases des colonnes portaient toutes des 
inscriptions. Ainsi, cette deuxième série reste fort incom- 
plète. On voit néanmoins quel était le vœu principal 
qui s'y trouvait formulé. C'était d'obtenir, par l'inter- 
cession de saint Bernard, la naissance d'un Dauphin. 

Les marbres de Saint-Bénigne ne sont pas les seules 
épaves de l'église des Feuillants qui aient été rendues 
à leur destination première. Le musée archéologique de 
Dijon possédait quatre fûts de colonnes, sans bases ni 
chapiteaux, mais reproduisant le module exact des bases 
trouvées à Saint-Bénigne. Deux de ces quatre colonnes 
étaient en marbre noir de Dinan ; les deux autres, en 
griotte de Flandre. Persuadée que ces marbres prove- 
naient de l'église des Feuillants, la Commission des 
Antiquités en a fait don à la Maison de Saint-Bernard, 
au commencement de l'année i885. Les deux colonnes 
en marbre noir offraient un indice assez clair de leur 
origine. En effet, sur moitié de leur conférence et 
particulièrement dans la partie inférieure, on voyait une 
infinité de noms gravés à la pointe du couteau et accom- 
pagnés de dates, qui s'étendaient du milieu du xvii" 
siècle à la Révolution. La même remarque avait été faite 
au sujet des bases que leurs inscriptions assignaient à 
la coupole de Louis XIIL Ces deux colonnes ont donc 
repris leur place dans la coupole du roi, et les deux 
autres, dans la coupole de la reine. 

C'est ainsi que, dans la dernière restauration de la 
chapelle Saint-Bernard et de la chapelle de N.-D. de 
Toutes Grâces, on a pu réintégrer à leur ancienne place 
une partie des marbres qui avaient primitivement servi 
à la décoration de ces oratoires. 

En terminant ce paragraphe, on aimerait à décrire la 
salle qui régnait au-dessus des coupoles. Ainsi connaî- 
trait-on d'une façon complète l'état de la Tour Monsieur 
saint Bernard sous les Feuillants. Mais le seul docu- 



Il8 LA CHAMBRE NATALE DE S. RERNARD 

ment que l'on ait sur cette salle, démolie en 1793, con- 
siste dans le passage suivant de V Inventaire de Nogaret. 
« Le grenier surl'e'glise est beau, bien plafonné, décoré 
d'un blason des Ducs de Bourgogne, avec corniche et 
frise décorée en triglyphe et entre les triglyphes des fleurs 
de lys; à chaque bout, il y a deux caissons dont les 
plâtres sont tombés, et les bois m'ont paru pourris ; le 
pavé est en cadettes bien taillées et placées en compar- 
timents ; il est aussi propre que s'il venait d'être fait ; 
les croisées et la porte sont en vétusté. « Nous l'avons 
déjà fait remarquer, Nogaret se trompe en parlant d'un 
blason des Ducs de Bourgogne. Les F^euillants ne purent 
avoir l'idée de placer ce blason dans leur monastère. 
D'autre part, ce n'est point avant leur arrivée qu'on 
aurait sculpté au castel de Fontaines les armoiries des 
Ducs, puisque, au témoignage de Jean de Saint-MaJa- 
chie, ceux-ci ne songèrent jamais à orner le berceau de 
saint Bernard (i). Enfin, on a récemment découvert un 
écusson de Louis XIII parmi des décombres restées sur 
les voûtes de la coupole du roi. Or, d'où peut prove- 
nir un écusson trouvé à cette place, sinon de la salle 
décrite par Nogaret ? Nous pensons donc que c'est là le 
blason pris pour celui des Ducs. Nous en donnons le 
dessin (voir Figure 12), afin d'olTrir un spécimen du tra- 
vail décoratif exécuté dans l'étage supérieur du vieux 
donjon. On reconnaît bien là les armes de Louis XIII, 
les écus de France et de Navarre accolés, et l'L royale 
posée, cette fois, sur deux palmes, au lieu de deux bran- 
ches de laurier. Le cordon du Saint-Esprit ne porte 
aucun chiffre. 



i.Dans l'épilogue de son opuscule DEO OPT. MAX., etc. Jean tle St- 
Malachie dit, s'adressant au roi : Gai/c/e tu, magne Rex, quia, ut locus 
tantœ cclcbritatis tibi scrvaretur illustrandus co quo est cœptum tuo no- 
mine ornatu, oportuit magnorum Ducum et aliorum teneri oculos, ne 
in lumine lumcntam splendidi loci vidèrent, quo sibi opus tanti meriti et 
laudis adscriberent. 




Figure 12 
Ecusson provenant de la salle située au-dessus des coupoles. 



LA CHAMBRE NATALE DE S. BERNARD 12 1 



Le lecteur qui aura parcouru cette étude sur la Cham- 
bre natale de saint Bernard, connaît donc la nature de 
ce lieu vénéré, son emplacement exact, son histoire ; il 
a, sur ces divers points, des documents complets, trop 
complets, penseront peut-être quelques-uns. Ce sujet 
demandait-il en effet qu'on s'y arrêtât si longtemps ? 
L'objection s'est présentée à nous. Voici la réponse : 
Toujours les berceaux, comme les tombes, eurent le 
don d'exciter l'intérêt. Ces deux stations extrêmes d'une 
existence humaine la reflètent tout entière. Elles ont 
quelque chose de sacré. Pour les tombes, cela se conçoit : 
elles gardent la cendre, prête à se ranimer un jour, de 
ceux que l'on admire ou que l'on aime. Mais les berceaux 
ne sont pas dépourvus d'un semblable attrait. Nul ne 
méconnaît l'étroite affinité qui se forme entre un homme 
et le sol qui l'a vu naître. Et quand cet homme est, 
comme l'illustre abbé de Clairvaux, un grand saint; 
quand sa Maison paternelle et sa Chambre natale sont 
devenues un sanctuaire, l'attrait s'accroît de tout ce qu'y 
ajoute la religion. Ainsi les sentiments qui attachent au 
berceau de saint Bernard, justifient déjà l'importance 
donnée à cette étude. Observons, en outre, que la ques- 
tion présentait plusieurs points obscurs. Or, pour réus- 
sir à dissiper toutes les ombres et à produire la lumière 
pleine, il était besoin de se livrer aux plus minutieuses 
recherches. D'ailleurs, les vrais archéologues se plain- 
draient plutôt de la pénurie que de l'abondance des 
documents. — Mais une autre objection s'est dressée 
encore devant nous. La conclusion pratique de notre 
travail étant la destitution du sanctuaire qui avait usurpé 
le titre de Chambre natale, n'allons-nous pas changer 



1 'l'I LA CHAMUIΠNAIAI.E DE S. UERNAKIJ 

l'axe de l'église des Feuillants et en achever la mutila- 
tion? Cette église, répondrons-nous, a une double 
ordonnance, suivant qu'on l'envisage restreinte à son 
plan primitif, ou avec les regrettables agrandissements 
qu'elle a reçus. Serait-ce donc vraiment changer l'axe, 
n'est-ce pas plutôt le rétablir, que de rendre à l'édifice 
son plan primitif? Est-ce mutiler un monument, n'est-ce 
pas, au contraire, le restaurer avec intelligence, que de 
le dégager d'une superfétation qui tend à en troubler 
toute l'économie ? 




(^ .^T^ JH) <^ ;m> (M: ^ï^ rf*?^ (^ tf#^ t?ï% ^%^ c«^ c/ï^ .'Tb 



APPENDICE 

ESSAI DE RESTITUTION DU CHATEAU DE FONTAINES 
AU XV"' SIÈCLE 

On a vu, dans la Troisième question du § 2, plusieurs 
documents curieux sur les divers bâtiments dont se compo- 
sait le château de Fontaines, au xv' siècle. En y joignant 
quelques détails empruntés aux titres de la Chambre des 
comptes et à ceux du prieuré des Feuillants, en se basant, 
de plus, sur les dessins de Martellange et sur le plan donné 
Figure //, il a été assez facile de dresser l'essai de resti- 
tution qui fait l'objet de cet appendice. Une œuvre de ce 
genre renferme nécessairement, sur un point ou sur un au- 
tre, quelque chose de contestable. Aussi avons-nous tenu 
à la présenter en dehors des Notes historiques et archéolo- 
giques qui précèdent. Le lecteur en est donc dûment averti, 
la Planche zo ne reproduit pas un dessin ancien, elle pro- 
pose une élaboration qui nous est toute personnelle, et qui 
peut inspirer à d'autres l'idée de tenter une restitution meil- 
leure et plus savante. 

Pourquoi cet essai? S'il ne s'était agi que de satisfaire un 
sentiment de curiosité, nous ne l'aurions pas entrepris. Mais 
il y avait ici à réfuter. Nous avons loué, et tout le monde doit 
louer avec nous M. l'abbé Renault, d'avoir contribué à la 
conservation du sanctuaire de Saint-Bernard et de l'avoir 
rouvert aux pèlerins. Il est une chose toutefois qu'on ne peut 
dissimuler. Dans ses publications sur la Maison de Saint- 
Bernard, le zélé chanoine s'est généralement mépris. La 
Notice parue en 1874 contient une longue « esquisse de la 
forme et de la distribution » du château de Fontaines (i). 
Cette restitution s'éloigne tout à fait de la réalité. Elle a pour 
point de départ une mauvaise interprétation du dessin d'E- 

I. Notice sur le château paternel de saint Bernard, par M. l'abbé Re- 
nault, 1874, p. 21 et suiv. 



124 APPENDICE 



douard Bredin, dessin qui ne fournit pas, d'ailleurs, une base 
solide, car les édifices y sont mal configurés (i).On sait com- 
ment lesconjectures les moins plausibles sont souvent prises 
pour des faits certains. Il n'est donc pas inutile de donner du 
château de Fontaines une idée plus exacte. 

Le château de Fontaines avait une double enceinte. 

La première consistait en une ligne de fossés , dont il ne 
reste plus aucune trace apparente. Les documents écrits 
indiquent seuls son parcours {2]. 

Les Feuillants trouvèrent encore les fossés, en grande par- 
tie, du moins, mais ils se mirent à les combler. A l'ouest, 
cette ligne était creusée au bas de l'escarpement. En tour- 
nant au midi, elle coupait l'angle occidental du petit coteau 
appelé la Muscandée (voir Planche g) ; puis, se dirigeant au 
sud-est, elle longeait le sentier de la Cotote, montait la 
rampe, atteignait la Pelouse, et passait vers la pointe du 
cimetière, qui entoure l'église paroissiale. De là, traversant le 
bas de la Pelouse, elle pénétrait dans le clos actuel, attenant 
au château. Ensuite, après avoir décrit, au nord, un circuit 
difficile à déterminer, elle descendait la pente, au couchant, 
suivait le pied de la colline, et regagnait Tangle de la Mus- 
candée d'où nous sommes partis (3). 

Au milieu de cette première enceinte fossoyée, sur le haut 
plateau de la colline, s'élevait le château. Des murailles l'en- 
vironnaient, formant la seconde enceinte (voir Planche 10]. 



1. Le dessin ou Vray pourtraict de la ville de Dijon, par Edouard 
Bredin, date de 1574. Courtépée l'a reproduit dans sa Description du 
duché de Bourgogne. M. l'abbe' Renault, p. 54 de sa notice, en donne 
la partie comprenant Fontaines, Daix et Talant. Il y joint une légen- 
de fautive, où l'église de Daix est prise pour celle de Fontaines. ~ Dans 
la Vie de saint Bernard du D' Lépine, on voit, p. 76, la " reproduction 
d'un vitrail provenant de l'église de Fontaines » et représentant saint 
Bernard ainsi que son château paternel. On ne saurait trouver là un 
élément bien utile pour un sérieux essai de restitution. 

2. Le i5 mars i588, dénombrement de la terre et seigneurie de 
Fontaines fut donné par Guillaume de Damas. « Audit sieur'de Damas, 
lit-on dans ce document, appartient, à cause de ladite seigneurie de 
Fontaines, le cliastcl, maison forte et pourpris d'icelluy /oisoj't' tout 
à Ventour, assis près de l'église dudit lieu. » Archives de la Côte-d'Or, 
E, 304. 

3. Pour la justification de ces détails, voir : Archives de la Côte-d'Or 
H. 996; Maison de Saint-Bernard, /«ve^fair^? des Archives du mon. roy. 
de Saint-Bernard . 



N 



PL. 9 







lieu dit du moulin 
(d'vn ancien moulin aniéneur 
avxFemUants) 





Etat du Château de FONTAINES les DIJON 

a LIEUX ADJACENTS, VERS 1850 



APPENDICE 125 



Le périmètreen est indiqué par la configuration même de Tas- 
siette supe'rieure du plateau. Un seul côté pouvait paraître 
indécis, celui du nord-est. Mais ici un dessin de Martellange 
(voir Planche 5) supplée au défaut de renseignements topo- 
graphiques certains. Les murs devaient être garnis de mer- 
Ions et percés de trous pour le hourdage, car, au commence- 
ment du xiv" siècle, le duc de Bourgogne avait permis de 
créneler le château de Fontaines (i). Toutefois, on le devine, 
ici rien qui ne fût fort simple, rien qui ressemblât au formi- 
dable appareil des grands châteaux. 

Pour avoir l'explication des bâtiments représentés dans la 
Planche lo, il faut consulter les extraits des chartes du 
XV* siècle, qu'on a lus plus haut, ainsi que les deux dessins 
de Martellange {Planches 4 et 5). 

En partant du nord-est pour venir au sud, on voit, en 
saillie sur le mur d'enceinte, une tour de flanquement, qui 
renfermait la prison du château en l'an i5oo. Elle est don- 
née par Martellange. Les Feuillants la choisirent pour 
en faire la base de leur clocher. Attenant de cette tour et 
en saillie sur la cour intérieure, parait ensuite la « Grosse 
Tour ou Tour Monsieur saint Bernard. » On saisit la distri- 
bution de ce logis : les celliers sont indiqués par de petites 
fenêtres à rase-terre; les étages supérieurs et celui des combles, 
par les autres fenêtres et le louvre de la toiture. La « Petite 
Maison » se reconnaît aisément. Adossée à la Grosse Tour, 
elle s'appuie d'un autre côté contre la tourelle de l'escalier 
et de la guette. Elle remplit rintervalle« entre la Grosse Tour 
et la Tour de la Porte ». Celle-ci se dessine, également dis- 
tincte, en avant de tout le groupe qui vient d'être décrit, 
groupe qui se complète, au sud-est, par la « Petite Tour », 
sorte d'annexé reliant les bâtiments du levant avec ceux du 
midi, et enfin par une seconde tour flanquante, garnie de 
hourds. (2) 

La restitution de toute cette première partie du château 



1. Migne, l.c, col. i5o2.— Archives de la Cote-d'Or, B. 10492, cote 
45, et Peincedé VII, 8. 

2. La Petite Tour est mentionnée par les Feuillants. Martellange la 
figure par des lignes indécises et comme déjà en ruine. Il indique plus 
clairement les restes de la tour flanquante. Les hourds de cette tour 
flanquante sont représentés pour faire juger, par un détail, de l'as- 
pect que devait otïrir le cuslel mis sur pied de de'tense. 



î2b 



APPENDICE 



est certaine. Elle a, en effet, pour base, les chartes, les dessins 
anciens, les restes mêmes, visibles encore en 1881, des vieilles 
bâtisses conservées parles Feuillants. 

Pour se faire une idée de la partie du sud, il n'y avait pas 
d'autre ressource que les chartes et quelques substructions 
dans l'esplanade intérieure du castel. II faut donc, ici, n'at- 
tacher aucune importance à la forme des bâtiments. Leur 
emplacement seul doit être remarqué. On distingue la « Grand 
salle », appuyée au mur d'enceinte, et largement ajourée 
pour jouir de la vue et du soleil. Contre cette salle, du côté 
de la tour d'entrée, se trouvent les magasins désignés sous 
le nom de « Dépense ». Un couloir contournant surmonte 
la galerie souterraine que l'on a découverte, et relie le tout 
à la « Cuisine » (voir Figure 11). Cette dernière construction 
est isolée, suivant l'ancien usage, et nous avons cru devoir 
la placer sur la cave où aboutit la galerie du sous-sol. Les 
indications des chartes permettent, d'ailleurs, cette distri- 
bution. 

Reste la partie du couchant. Nous ferons à 'son sujet les 
mêmes réserves que tout à l'heure, sauf que Martellange 
fournit cependant ici une donnée. Le principal bâtiment de 
ce groupe représente la « Tour du Treuil ». Cette tour occu- 
pait certainement, à peu de chose près, la place qui lui est 
assignée. On sait que, de chaque côté, s'étageaient d'autres 
bâtiments appelés « Maréchaussée, étables, bretèches, colom- 
bier, soutole, gelinier ». Nous avons voulu les représenter 
également. 

Une troisième tour de flanquement s'élève à l'angle septen- 
trional de l'enceinte. La charte de 1490 signale, en effet, 
dans cette direction, la « Tour Monin ». Au commencement 
du XVII* siècle, il y avait, un peu plus à droite, appliquée 
au mur d'enceinte, une construction O, qui paraît dans le 
plan donné Fi gU7-e //, et dans les dessins de Martellange. 
Cette construction ne lîous a pas semblé répondre aux in- 
dications topographiques contenues dans la charte de 1490, 
relativement à la Tour Monin. Nous avons donc soupçonné 
l'existence d'une troisième tour de flanquement, demandée, 
d'ailleurs, par les principes de défense, au point d'inter- 
section des deux murs. Il n'ya pas d'escarpement, au nord-est 



APPENDICE 12- 



du château, comme au couchant et au midi, et toute la ligne 
où figurent les trois tours flanquantes, exigeait une protection 
plus sûre. 

Le bâtiment O peut dater seulement du xvi* siècle, et avoir 
été construit pour remplacer quelqu'un de ceux du midi et 
du couchant, tombés tous en ruine à cette époque. 

Veut-on que l'on précise ce qui remontait au temps de saint 
Bernard, parmi tous ces bâtiments existants au xv' siècle ? 
Prenez, dirons-nous, le dessin authentique de Martellange 
{Planche 5). Cette façade de 1611 est la même que celle du 
XV* siècle. Or, considérez le bâtiment central, d'aspect vieil- 
lot, trapu, très simple, renforcé d'annexés moins anciennes 
que lui. C'est l'un des rares types du donjon français pri- 
mitif. On en peut placer la construction vers la fin du 
xi' siècle. 

Malgré la part qui reste à l'hypothèse dans la description 
qu'on vient de lire, on reconnaîtra, espérons-nous, qu'il y là 
les lignes principales du château de Fontaines. C'est unique- 
ment avec les données dont nous avons eu l'avantage de 
disposer, qu'un sérieux essai de restitution pouvait être 
tenté. C'est en revenant sur ces données et en les étudiant 
de plus près encore, qu'on pourra substituer un vrai dessin 
à l'ébauche offerte dans cet appendice. 




i 



PL. 10 



— iigpc^'»^ 




ESSAI DE RESTITUTION DU 

CHÂTEAU DE FONTAINES AU XV^^SIÈCLE 



yyy if** **)l^* ****** ****** '^^)('^)y'f'^'lf'y'^^^^j'^f''^f'y'^)f'^f'^^^^^ 



DERNIERE NOTE 



LA CHAMBRE NATALE 



A la fin du deuxième paragraphe de cette étude, nous avons 
cité un document trop tard connu de nous pour avoir pu 
être utilisé d'une manière complète. Il est bon, par consé- 
quent, d'y revenir. La pièce, conservée aux Archives de la 
Côte-d'Or, est classée parmi les titres de famille de la Maison 
Bouhier (i). Elle est intitulée: « Terrier ou Rentier des drois 
de seignorie et justice de la terre et seignorie de Fontaines 
les Dijon, appartenant à noble seigneur Othenin de Cléron, 
escuier, seigneur dudit Cléron, deSaffres et dudit Fontaines en 
partie; commancé à faire audit lieu de Fontaines le XXVII" 
jour du mois de avril après Pasques Charnels l'an mil cinq 
cens ». Ce Terrier fut rédigé par les notaires Guillaume 
Donay de Dijon, Jean Favet dudit Fontaines et Christophe 
Binet de Vendenesse en Auxois. Les mandements en vertu 
desquels il fut exécuté, sont datés de mars et d'avril 1499 
(a. st.). 

On lit dans la déclaration faite en présence des notaires : 

Premièrement^ que mondit seigneur de Cléron a le quart 

en tout le chastel et maison fort dudit Fontaines les Dijon, 

tant en maisons comme en maisières ; et est pour sa part et 

portion dicellui chastel pour sondit quart, par devers le 

MIDY : AUQUEL QUART A UNE MAISON COUVERTE DE LASVE ET PLU- 
SIEURS AUTRES MEix ET MAISIERES. Et du surplus s'eu rapportent 
(les experts ou prudhommes choisis pour la circonstance) 
aux partaiges faits au temps passé par les prédécesseurs des 
tenements des seigneurs à présent dudit Fontaines, à savoir 
noble et puissant seigneur messire François Rolin, chevalier, 
seigneur ds Beauchamp et dudit Fontaines pour la moitié, et 
noble homme maistre Laurent Blanchard, seigneur dudit lieu 
pour ung quart, .et mondit seigneur de Cléron pour ung autre 
quart. 

Et quant aux entrées et issues dicellui chastel de Fontai- 
nes, ont dit et rapporté lesdits esleus proudhommes à nous 
iesdits commissaires que ils et chacung d'eulx ont vehu et 
sceu lesdites entrées estre communes entre lesdits seigneurs ; 
et du surplus s'en rapportent es lettres desdits partaiges ; 

I. Aichiv, de la Cote-d'Or, E, 129; voir fol. 10. * 



3o DERNIÈRE NOTE 



avec LES PRISONS ET SEPS (cntraves) estans audit chastel au 

FONDS DE LA TOUR AU PRES DE LA CHAPPELLE ESTANS DESSOUBS LA 
GROSSE TOUR. 

Rapproché des chartes du XV^ siècle, des témoignages de 
la tradition, des plans et dessins que nous avons donnés, ce 
document permet de tirer les conclusions suivantes avec une 
certitude absolue. 

1° La Grosse Tour du château de Fontaines .Jtait dans 
l'emplacement des deux coupoles. 

En etî'et, l'an i5oo, François Rolin possédait la moitié du 
château ; Olhenin de Cléron et Laurent Blanchard en avaient 
un quart chacun. La Grosse Tour était à François Rolin. Car 
la Maison Rolin l'avait acquise dès 1435 (Charte du 16 mars 
1434). Et, d'ailleurs, cette tour ne Hgure ni dans la portion 
d'Othenin de Cléron iTerrier de l'an i5oo), ni dans celle de 
Laurent Blanchard (Charte de 1490). Or il est facile de dé- 
terminer où était située la part de chaque seigneur. Le lecteur 
voudra bien consulter la Figure //.Le quart appartenant à 
Othenin de Cléron, étant « par devers le midy », comprenait 
donc E I et peut-être D et H. Celui de Laurent Blanchard, qui 
consistait dans la Tour du Treuil et les bâtiments adjacents, 
occupait, au couchant, A et les places voisines (Relire nos rai- 
sonnements sur la charte de janvier 1423). Reste alors pour 
François Rolin la façade du levant, c'est-à-dire, au moins les 
constructions B F T et C. Mais parmi ces constructions 
quelle était la Grosse Tour? Indubitablement, c'était le bâti- 
ment C, le logis des coupoles actuelles, tandis que F était 
« la Petite Maison entre la Tour de la Porte et la Grosse 
Tour ». Tout l'indique. 

2" L'oratoire primitif ou chapelle Monsieur saint Bernard 
fut érigé à la fin du xv" siècle. 
La date du Terrier en est la preuve formelle. 

3" Le même oratoire fut érigé dans le cellier septentrional 
de la Grosse Tour, soit dans le cellier A (voir Planches 3 
et 6). 

En effet, le Terrier atteste que la Chapelle était « dessoubs 
la Grosse Tour ». C'est dire clairement qu'elle était formée 
d'un cellier. Le Terrier ajoute que la chapelle était avoisinée 
d'une tour renfermant la prison. Or il est évident qu'il s'agit 
de la tour R (voir Figure 1 1). L'on ne peut placer la prison 
ni en F, ni en T : F est la Petite iMaison ; T est la tourelle 
de l'escalier et de la guette, et répondrait mal à cette simple 
désignation : « la tour auprès de la chapelle », tandis que R 
y répond parfaitement. L'oratoire primitif était donc dans le 
cellier voisin de la tour R, il était d'ans dans le cellier sep- 
tentrional de la Grosse Tour, en A (voir Planches 3 et 6), où 
déjà tout nous l'a fait reconnaître. 



SUR LA CHAMBRE NATALE l3 



4." L'oratoire primitif fut formé du cellier ou chambre na- 
tale mentionné en 1430. 

C'est un corollaire de ce fait que ledit oratoire occupait un 
cellier de la Grosse Tour. Comment, en effet, redirons-nous 
ici, comment eùt-on érigé une chapelle à saint Bernard dans 
l'un des deux celliers de la Grosse Tour, sans choisir celui 
que l'on vénérait comme le lieu précis de sa naissance ? Com- 
ment élever un doute à cet égard, puisque la chapelle fut éta- 
blie à la tin du xv'' siècle, alors que le cellier natal était l'ob- 
jet de l'attention publique ? Il faut donc accepter la tradition 
qui atteste l'identité de l'oratoire primitif de saint Bernard 
avec le cellier natal rappelé en 1430. Nous étions arrivé à 
cette conclusion par de longs raisonnements; le Terrier de l'an 
i5oo y conduit plus vite. 

5" La Chambre natale est exactement dans le lieu que nous 
avons désigné. C'est la coupole septentrionale, la chapelle 
décorée du chiffre et des armes de Louis XIII, et ornée de 
colonnes en marbre noir. 

Cette cinquième conclusion ressort d'elle-même après les 
précédentes. 

6° L'essai de restitution du château publié dans VAppsn- 
dice trouve un nouvel appui dans le Terrier de l'an i 5oo. 
Il est facile de s'en rendre compte. 



M. Guignard, conservateur de la Bibliothèque de Dijon, 
ayant lu notre travail, le trouve absolument concluant. En 
venant nous faire part de ce jugement, dont nous sommes 
justement tîatté, il nous a communiqué un document curieux 
sur la Chambre natale. 

Le P. Conrad, jeune cistercien allemand, chassé de son 
abbaye, pendant la guerre de Trente ans, voyagea en France. 
Il arriva à Dijon, en 1634, la veille de la Pentecôte; il alla 
visiter le monastère de Fontaines. » Les religieux, dit-il, 
sont occupés à bâtir. Ils n'ont encore qu'une petite église, 
formée de la Chambre où naquit S. Bernard. Là, trois au- 
tels seulement ; ceu i du milieu s'élève à l'endroit oit se trou- 
vait le lit sur lequel S. Bernard vint au monde, et la nais- 
sance du saint est joliment peinte sur la table de l'autel [Altar- 
tafel) i I ) ». 

Ce témoignage est d'accord avec tous les autres docu- 
ments. Le lecteur rectifiera lui-même ce qu'il contient de 
moins précis ou d'un peu exagéré. Il est fort clair, d'après 
cela, que la Chambre natale est en A. Car, en 1 634, les trois 
chapelles de la petite église étaient en A, en B et en C. 

I. Itinerariian ou Petit Livre de vowige du P. Conrad Burger, pu- 
blic par le D' J. Alzog. — Ficiburgêr Diocesan-Archiv, Fiibourg-en- 
Brisgau, 1870, 5""" vol. p. 247 et suiv. 



l3'2 DERNIÈRE NOTE SUR LA CHAMBRE NATALE 



En décrivant la Chambre natale, nous n'avons pu satisfaire 
le vœu de plus d'un lecteur désireux de connaître la forme 
antique du « cellier où naquit saint Bernard ». On ne peut 
guère ajouter à ce qui a été dit. La dimension la plus fa- 
cile à préciser est la largeur, qui n'a pas été modifiée: elle me- 
sure un peu plus de quatre mètres (voir Planche h). La lon- 
gueur dépasse huit mètres ; mais, autrefois comme aujour- 
d'hui, un couloir pouvait être pris sur cette dimension, du 
côté du levant. Le sol actuel est à peu près au même niveau 
que l'ancien, car, en creusant, on rencontre bientôt la marne 
rocheuse qui porte les premières assises des fondations. On l'a 
remarqué, les celliers ou chambres du sous-sol de la Grosse 
Tour formaient le dernier étage inférieur, et il n'existait 
point de cave proprement dite dans ce logis (i). Quelle était 
l'élévation du cellier natal ? On peut l'évaluer à un peu plus 
de trois mètres. Le terre-plein de l'esplanade intérieure qui, 
primitivement, venait butter la Grosse Tour, est assez élevé. 
Afin que les chambres du sous-sol fussent ajourées, on avait 
dû leur donner une hauteur à peu près égale au niveau du 
terre-plein. Le petit donjon de Fontaines était-il voûté ? Cela 
est peu probable ; mais les étages étaient plutôt séparés par 
des planchers de charpente engagés dans la bâtisse ou portés 
sur des corbelets intérieurs. Le plancher des celliers ne dépas- 
sait pas la corniche de l'entablement qui est maintenant au- 
dessus des colonnes (voir Planche 7). 



I. La cave de l'ancien château c'tait en D (voir Figure 11). Madame 
veuve Girault ayant découvert cette cave par suite de l'ellondrement 
d'une partie de la voûte, elle essaya de la rendre à sa destination, et fit 
ouvrir une porte dans le mur du côté du levant. Cette porte, toute 
moderne, ne saurait égarer l'observateur : l'ancienne issue était à 
l'angle méridional, comme l'indique lu Figure ri. La cave D est 
actuellement une citerne. 



III 



I. ENFAN'CE LT LA JEUNESSE DE SAINT BERNARD 




'histoire du château de Fontaines commence avec 
celle de saint Bernard. Tescclin le Saurc, père 
du saint abbé, est le premier seigneur de ce lieu 
que l'on connaisse : avant lui, nulle mention du castel 
de Fontaines dans aucun document. Une grande obscu- 
rité couvre les origines du preux chevalier. Les événe- 
ments qui signalèrent son existence, les détails de sa vie 
domestique, se dérobent généralement aux recherches 
de l'investigateur. L'enfance et la jeunesse de saint 
Bernard et de ses frères ont laissé elles-mêmes peu de 
souvenirs. Ainsi la page la plus attrayante de l'histoire 
du château de Fontaines ne sera jamais qu'une page 
bien courte. Essayons cependant de coordonner les do- 
cuments qui peuvent aider à l'écrire. 



Touchant les origines de la ligne paternelle de saint 
Bernard, la seule dont nous ayons à parler, on ne peut 
rien affirmer qui soit bien explicite. Les anciennes bio- 
graphies et les vieilles chartes disent peu, les traditions 
sont tardives et disent trop. Un des meilleurs éléments 
pour élucider la question, ce serait la connaissance des 

9 



i34 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



domaines de Tcscclin, de ses résidences, de sa parenté. 
Or, sur ce triple objet, les données historiques sont 
fort rares. 

p On a vite parcouru la série des domaines de Tescelin 
qui sont mentionnés dans les chartes ou les écrits des 
auteurs. Il était seigneur de Fontaines, Fontanensis 
oppidi doniinns ( i), et l'on ignore si d'autres partageaient 
ce titre avec lui. Il possédait une prairie, pratiim domni 
Tecelini Sauri (2), sur les bords de la Brennc, entre 
Courcelles et Bcnoisey, au milieu des fiefs des seigneurs 
dits de Grignon, de Rougemont, de Frolois, de la 
Roche, d'Epiry, etc. (3). Il avait à Chàiillon-sur-Seine 
une maison (4), ce que l'on appellerait aujourd'hui un 
hôtel. Et l'on ne peut plus rien ajouter. 

Outre sa résidence seigneuriale de Fontaines, Tesce- 
lin en avait donc une autre à Châtillon. Il faisait partie 
de la première noblesse de ce castrnm, important et cé- 
lèbre, où la suzeraineté appartenait à l'évoque de Lan- 
gres et au duc de Bourgogne. Parmi les nobles, les 
chevaliers, qui avaient là un domicile, un centre de fa- 
mille, des droits féodaux, il faut compter, avec Tescelin 
le Saura, Renier de Duesmc, sénéchal du duc; Jobert 
le Roux I de la Ferté-sur-Aube, sénéchal du comte de 
Champagne et vicomte de Dijon ; Hugues-Godefroi ; 
Aymon le Roux ; Gauthier de la Roche, connétable ; 
Renier de la Roche, frère de Gauthier ; Evrard de 
Bouix ; Barthélémy de Bar ; Godefroi de Molesme ; Tes- 
celin de Polisy; Galon de Grancey et son lils Hugues 
le sénéchal (5). Nous n'achevons pas la liste. Les deux 



1. Migne, 1. c, col. 536. 

2. Ibid. coi. 1463. 

3. Ibid. 

4. Ibid. col. 525. 

5. Il suffit Ac jeter les veux sur quelques chartes des abbayes de Châ- 
tillon oti du voisinage pour rencontrer tous ces noms. Voir spéciale- 
ment, Archiv. de la Cote-d'C'r, Cartulairede Molesme. — M.E. Petit a 
édité unt rès ^rand nombre de ces chartes, dans son Hist. des Ducs de 
iJoi/r^og'«e, Dijon, Darantière, i883-i8gi. 



DU SAINT BKRXARD I 35 



premiers étaient frères (i). Ils sontgene'ralement désignés 
dans les chartes sous le nom « de Chàtillon » : Raine- 
riits de Caslcllionc, Gosberlus Riifiis de Castellione (2). 
Le même nom est donné à leurs fils (3). Hugucs-Gode- 
froi paraît être frère de Renier et de Jobcrt (4). Il est 
également dit de Chàtillon, ainsi qu'A\-mon le Roux (5) 
et plusieurs autres chevaliers que notre liste ne men- 
tionne pas. D'où venait à ces seigneurs une telle quali- 
fication ? Il suffit, pour l'expliquer, qu'ils aient appartenu 
à Chàtillon, par le domicile, la naissance, les ancêtres 
ou quelque participation à la seigneurie. Mais ne descen- 
deraient-ils point d'une ancienne maison comtale du Las- 
sois?On ne possède aucun document spécial sur cette 
question . 

Le père et la mère deTescelin ne sont pas connus. Tout 
ce que l'on sait à leur sujet, se déduit d'un texte fort 
bref de la chronique d'Albéric de Trois-P'ontaines ((3). 



I. Archiv. de la Côte-d'Or. Cartul. de Molesme, I, p. 72-73. 

2 E. Petit, I, p. 419, 5oo. Cartul. de Molesme, I, p. 27. En cet en- 
droit le Cartul. de Molesme porte : Gosberius ru/us de Castellione ; 
ailleurs on lit seulement : Gos[-crtus de l'astcllione. Mais c'est un mi- 
me personnage, et son idciuitc avec Jobcrt le Houx de La Perte, vicomte 
de Dijon, est certaine. \'oir Hist. des Comtes de Champagne par d'Ar- 
bois de Jubainvillc, H, p. !58; Hist. des Ducs de Bourgogne, par E. 
Petit, I, p. 422-42.'), II, p. 45o. 

3. E. Petit, II, p. 246. 

4. Ihid. I, p. 419 ; Cartul. de Molesme, I,. p. 70. 
b. Cartul. de Môlesine, I, p. 38. 

T). Mon. SS. T. X.XIII, p. 818. Mignc, I. c, col. i3q5. - Plusieurs 
donnent pour mère à 'l'cscelin, Eve de Grancey ou de Cliâtillon. Quelles 
sont les bases sur lesquelles on appuie cette conjecture ? Le roman 
généalogique connu sous le nom de Chronique de Grancey (voir liv. III, 
n°' XXV'lI etXXX'Ill); l'Inventaire, fort inexact, des Titresde la Maison 
de Clcron, dressé par P'. de la Place (Migne, I. c, col. 1485); une tra- 
dition du château de Grancey, ainsi rappeiée par ChifHet : In castra 
Granceiano supercst antiquœ structura; culùculum sancti Bernardi vulgo 
dictum, quia ni eo ipse cxcipicbatur quotics ad cognatos suns Gran- 
ceyanos dynaslas divertebat . Opusc.ula Quatuor, p. 171. Ces bases 
sont assurément peu solides. Mais, sans parler d'Eve de Grancey, per- 
sonnage incertain, il y a peut-être un indice de parenté entre la Maison 
de Grancey et Tescelin, dans J'intervention de celui-ci comme témoin 
des comtes de Siulx. En 1 1 10, Ligiarde, avec son tils Eble, confirma la 
donation des terres sur lesquelles avait été fondé le prieuré de Che- 
vigr.y-Saintc-Foy, donation faite par son mari Gui de Grancey, comte 
de Saulx. Les témoins de Ligiarde et d'Eble sont ainsi désignés dans la 
charte : Signum Tcicelmi Sjuri, Rotbctu Albcrici et Jîlii cjus Jamberti, 
Galteri de t'ontanis (D. Plancher, II, preuves, p. 1). \oir ausii iXotice 
.Wir le prieuré de Chevigny-Sainte-Foy et les origines de la Maif.on de 
S.tulx, par M. d Arbaumont. AJùn. de l'Acad. de Dtj-jn. T. \, 1S78-79. 



i36 l'enfance et la jeunesse 

Des deux époux, résulte-t-il de ce texte, le mari mourut 
le premier, et sa veuve épousa Foulques d'Aigremont, 
qui était veuf lui-même. Ce second mariage donna à 
Tescelin le Saure des frères utérins, appelés « d'Aigre- 
mont, de Colombey ». On ne lui en connaît point qui 
soient ncs du premier mariage. Des liens de consan- 
guinité l'unissaient à plusieurs des chevaliers chàtil- 
lonnais dont nous avons cité les noms. En effet, saint 
Bernard, d'après ses premiers biographes, avait pour 
parent Jobert le Roux de la Ferté, ainsi que le frère 
de Gauthier et de Renier de la Roche, Godefroi, 
évèque de Langres. Ce lien de famille est plus qu'une 
simple afiinitc, à raison de ces expressions: en parlant de 
Jobert, sccnndiini caniein propinquus {\), cof^-natus viri 
Dei secnndiim carnein (2) ; en parlant de Godrefroi, 
sancli l'iri prophijiius sanguine (3), sccundiim carmin 
propinqiats (4). Ajoutons que la mère de sainte Asce- 
line est dite dans la Chronique de Clairvaux : U. Der- 
nardi et episcopi Godefridi consangninea, de Villa jiixta 
Firmitaleni super Albam procreata (5). D'ailleurs, que 
l'on parcoure les cartulaires de N.-D. de Chàtillon, de 
Molesme, de Clairvaux, de Longuay, de Fontenay, 
d'Aubcrivc, il sera fiicilc d'entrevoir, dans les environs 
de Chàtillon, mais principalement dans les vallées de la 
Seine, de l'Aube et de l'Ource, une nombreuse parenté 
commune à saint Bernard, à Févêque Godefroi, à Jo- 
bert de la Ferté et à Renier, son frère. Cela dénote qu'il 
y avait là différents rameaux d'une même souche. Or, 
comment l'abbé de Clairvaux se rattachait-il à cette 

1. Vita /', Migne, 1. c, col. 252, B. Vita 2.1, Ibid. col. 489, D. 

2. Ms. Cod. Parisic»sis,gj42, p. 344; Dcr Iieilige Bernard von Clair- 
vaux, par le D' Huffcr, p. 37. 

3. Vita ;i, Mignc, 1. c, col. 253, C. Vita 2.1, Ibid. col. 489, B. 

4. Vita 2.1, Ibid. col. 469, B. 

3. Ibid. col. 12 5o, C. — Asccli ne, religieuse de l'abbaye de Boulancourt, 
est appelée Bienheureuse dans le Menol. de Citeaiix'{\S mai), et Sainte 
dans le Journal des Saints de l'Ordre de Ctteaux, p. 252. On peut lire 
sa vie, ainsi que celle de tous les proches parents de saint Bernard, 
dans l'ouvrage de M. l'abbé Jobin, intitulé : Saint Bernard et sa 
Famille. Voir aussi ActaSS. 23 août. 



DE SAINT BERNARD l3- 



souche chàtillonnaise? N'est-ce point par Tescelin de 
Châtillon, indigeiia Caslellionis, plutôt que par Aleth 
de Montbard ? 

Bernard d'Epiry avait épousé une parente de saint 
Bernard, mais rien n'explique positivement à quelle 
ligne appartenait cette parente (i). 

Du peu que l'on sait concernant les domaines, rési- 
dences et parenté de Tescelin, rapprochons maintenant 
ce que disent de ses origines les premiers biographes et 
les traditions locales. 

Celles-ci ne se révèlent qu'à partir de la fin du 
xv' siècle. Elles déclarent Tescelin issu des « comtes 
de Châtillon >;. La table généalogique connue sous le 
nom de Charte de Fontenay le fait naître de « Verriciis 
de Laignes, comte de Châtillon » (2). Selon Guillaume 
Paradin, Fontaines-lès-Dijon est un domaine des sei- 
gneurs châtillonnais, et c'est « de la maison des comtes 
de Châtillon » que descend saint Bernard (3). Saint- 
Julien de Balcure ne s'exprime pas différemment (4). Le 
P. Legrand, au xvn^ siècle, s'est fait l'écho des mêmes 



I. Bernard d'Epiry devait tenir son nom du cliâteau d'Epiry, près de 
Couches, aujourd'hui sur le finnge de Saint-Kiniland (Sanne-ct-Loire). 
Avec ses tils Guillaume et Richard, dont le premier tut moine à Fon- 
tenay, il possédait divers biens sur l:^rini;es, Fain-lès-Montbard, Cour- 
cellcs, etc. Richard a pour témoin d'une de ses donations à Fontenay, 
Simon de Chàiillon (Cartul. de l'cgl. d'Autun, par A. de Charmasse, 
p. gi, iO(); Mignc. I. c.,coI. I4(j3;"lbid. col. 1347, D; Gall. Christian. 
IV, 241, É ; Archives de la Côte-d'Or, Cartui. de Fontenay n" 201, 
fol. 90, v°, de la i "■ pariie, et 2j magn. dtart. XXXI, XXXV, fol. i3 de 
la 2" partie), l.es seigneurs dits de la [loche et Tescelin le Saure avaient 
des possessions au même endroit [Mon. SS., T. VIII, \^. 476, 477, 478 ; 
Migne, I. c, col. i4(»3). Nous verrons plus loin un arrière-pe;ii-lils de 
Tescelin cité comme auteur d'une donation à Fontenav, sur Fain lès- 
Montbard. Parmi les témoins de donations faites sur Flucey, Cour- 
celles, tigurcnt Verricus de Castellione, Girhcrtus de Castcllio'ié (Migne, 
I. c, col. 1462, A et 1463, B). On ne voit l'intervcation d'aucun men'ibre 
de kl maison seigneuriale de Montbard. D'ailleurs, ce n'est point au 
château de Montbard, mais à celui de Grignon, que devaient se ratta- 
cher Eringes, Courcelles, etc. 



2. Migne, I. c, col. i5o5. 

3 . De antiquo statu Rurgu 
5Ô6, p. 169 et 189; Bibl. d 

4. Migne, I. c, col. 14S9, C. 



3. De antiquo statu Rurguv.dicc^ i?42,p. \^<.i; Anr.r.lcs de Do::r[^on'j)'.c, 
i5ô6, p. 169 et 189; Bibl. de Dijon. 



i38 l'enfance et la jeunesse 

récits (i). Manrique y avait ajouté foi (2), et Sartorius 
a conclu : « Se errare nieiuinerint qui, dum hodie audiunt 
(Bernardum) nitnciipari de Fontanis, existimant id esse 
geiitililiiim familiœ prœdicatum ; id namqiie duntaxat 
nomen domicilii est, ubi natus ediicatitsqiie^ non iilique 
nomen prosapiœ, a qiia vectiiis appellandus erit e comiti- 
bus de Castellione (3). On sait que ces comtes de Châ- 
tillon, non plus que Verricus de Laignes, n'apparaissent 
point dans les documents authentiques. 

Que lit-on, enfin, dans les anciennes biographies ? 
D'après la Vita /^ recension A et la Vita S^^, saint Ber- 
nard et ses ancêtres paternels étaient de Chàtillon : nul 
doute possible à ce sujet. Mais là n'est point la forme la 
plus exacte de ces biographies. Cette forme se trouve 
dans la Vita /^ recension B et dans la Vita j2^. Or, ici, 
saint Bernard est dit Fontanis oppido palris siii oriiin- 
dus, sans plus d'explication. En quoi consiste, jusqu'où 
s'étend la correction que ces termes nouveaux ont ap- 
portée au texte primitif Castellione oriundus? Est-ce à 
dire que la ligne paternelle de saint Bernard serait ori- 
ginaire de Fontaines, et non de Chàtillon ? Telle n'est 
point, semble-t-il, la portée du remaniement exécuté. 
On voulut certainement deux choses : rectifier une 
erreur, réparer un oubli ; substituer au nom de Chà- 
tillon celui de Fontaines, vrai lieu natal de saint Ber- 
nard, et mentionner le domaine seigneurial de Tesce- 
lin. On accomplit cette retouche, en respectant le plus 
possible le texte de Guillaume de Saint-Thierri, suivant 
la loi qu'on s'était imposée. Fontanis remplaça Cas- 
tellione ; on ajouta que' c'était le lieu dont le père de 
saint Bernard était seigneur, oppido patris sui^ et il n'y 
eut pas d'autre changement dans la phrase. S'est-on pro- 
posé davantage? Pas un mot du texte remanié ne suffi- 

1. L'Histoire saincte delà ville de Chàtillon, i65i, p. 114 et 116. 

2. Migne, 1. c, col. 646, D. 

3. Texte du Cistcrciuin bis tertium, cité par Thcophiie Heimb dans 
Bernai dus Gutulji. 1743, I. p. irj. 



DE SAINT BEUNARD I Se) 



rait à le prouver. Pas un mot du contexte ne l'insinue. 
Rien donc, ici, qui autorise à reporter entièrement à 
Fontaines les origines de la ligne paternelle de saint 
Bernard, rien qui soit une dénégation de Vindii>-eim Cas- 
tellionis appliqué à Tescelin, dans les Mémoires de 
Geoffroi(F//a J''). 

En dernière analyse, voici la conclusion qui demeure 
après ces réflexions critiques : Par ses origines pater- 
nelles, saint Bernard appartient à Chàtillon autant, 
sinon plus, qu'à Fontaines. 

Mais quel pouvait être le nom patronymique des 
aïeux de Tescelin ? Quelle était cette ancienne et noble 
race de chevaliers dont il sortait, vir antiqiiœel légitima; 
militiœ?{ i) On l'ignore. Les armoiries vulgairement dites 
de saint Bernard sont trop discutables et trop énigma- 
tiques pour que l'on ait rien h en conclure [2). 

Les tables généalogiques suivantes prouvent que la 
famille chàtilionnaise à laquelle se rattache saint Ber- 
nard, faisait partie de la haute noblesse de Bourgogne 
et de Champagne. Quelques noms paraîtront n'avoir 
aucun intérêt. Ils aideront cependant à rectifier certaines 
erreurs, et relieront ces notes avec celles qui pourraient 
être publiées dans la suite sur le rnême sujet. 

Leschartes d'après lesquelles sont dressés les tableaux, 
se ti'ouvent presque toutes dans l'Histoire des ducs de 
Bourgogne par E. Petit. Les dates inscrites y renver- 
ront suffisamment. 



!. Migne, 1. c, col. 227 et 470. 

2. Ibid. col. i533. Ces armes sont de sable à la tande cchiqiietée de 
gueules et d'or (alias d'argent) de deux traits. 



DESCENDANCE DE JOBERT LE ROUX 



iJobcrt le Roux de Cluitilloii, seigneur en partie do La Fertc-sur- 
Aube, vicomte de Dijon. 
Lucie, fille de Thibaut de Beaune, vicomte de Dijon. 



Jobert II de ChâliUon, scign. en 
paitic de La Fertc, vie. de Dijon. 
iisS-tiSg \ Gertricde de Beaumont - sur - 
Vingeanne, sœur de Hugues V de 
Beaumont. 



Alix de Beaumoyxt . 
1169-1204 J Gki rfe Ke/\<j-^',seign. de Vcrgy, 
Beaumont, Autrcy. 



1 134- 



1147 



Mathildc ou Ma- 
hau . 
Hugues Vde Beau- 



ii5o 1 mont-s.-Ving., sei- 
gneur de Beaumont, 
Autrcy. 



DE CHATILLON-SUR-SEINE 



Domaines sur La Ferté, Villiers-les-Convers, Aubepierre, Cour-I'Évôque, 
Chavonnier (écart de Sainte-Colombe-sur-Seine), 
Hex (lieu détruit, finage d'Aulricoun), 
Percin (lieu détruit entre Bar-sur-Aube et Clairvaux). 



Marguerite de 
Beaumont . 

Thib:iut ds la Ro- 
che. 
(E. Petit, II p. 297) 



,.87- 



1224 



Hugues de Vergy, scign. 
de Vergy, Autrey, Mire- 
beau. 

Gillette, dame d'Autrcy, 
La Ferté-s.-Aube, Or- 
moy ; fille de Garnier 
de Trainel, haut baron 
de Champagne. 



Simon deVergy, 
seigneur de Beaumont. 



1189Gcraier 



A lix 

12:14] ^^ ^^^fsy- 

duc de Bour- 
gogne. 



Gtiillatime de \ 

Vergy. seign. I 

jde Mirebeau, 

1197-1240. sénéchal de 

Bourgogne. 

Clémence de 

Fouvetit . 



1197 



KicoUtte ou 
Simonelle de 
Veri^rt dame 
1324/ de lîroyc près 
IjjijAutrey, Beau- 
voir (Yonne). 
Antêrie elt 
Montréal. 



Huguei 



Hugues 1V\ du: de 
Bourgogne, n'i en 
121?. 



Henri. 



Il37. 



1177' 
1187^ 



Sy bille, nièce de Jobert H. 

Eudes I le Champenois, fils putatif 
du comte de Champagne Hu- 
gues I, seign. de Champlitte, 
vicomte de Dijon. 



X, nièce de Jobert U. 

Hugues de « Paluel », 

(E. Petit, II, p. 297) 



Eudes H le 
Champenois , 
seigneur de 
Chainpiitte. 



1202-1210 



j Guillaume I de Champlitte, vicomte 
\ de Dijon, seign. de La Marche- 
/ sur-Saône, Pontailler. 
3""° femme Eustachie de Courtcnay, 

sœur de l'Empereur de Constan- 

tinople. 



Hugues. 



Louis. 



1271 

1200-1241 

1234 



Guillaume H de Champlitte, 
vicomte de Dijon, seign. 
de Pontailler, Vongcs. 

i'"^ femme, Eléonore de 
Grancey. 

2' femme, Catherine. 



Eudes, seign. de 
La Marche , 
Ouges, Bro- 
chon. 

Pctronille, dame 
de Clicussin. 



Elisabeth. 
Eudes III de 
Grancey, frè- 
re à'Eléonorc. 



Gui. 



124.) 



Guillaume III, 
seign. de Pon- 
tailler. 



Etienne de 
Champlitte, seig. 
de Vonges, tige 
de la branche 
de Vonges. 

(E. Petit, II, p. 
45 1, 476) 



i26o-i3o3 



Gui I de Pontailler, 
seign. deXalmay. 

I" femme, Mar- 
guerite deBlaisy. 

2" femme, Agnès 
dite de Rans. 



Beaucoup 
d'autres en- 
fants. 



Guillaume. 



Hugues. 



H lion. 



Simone. 

Hugues, seign. de 
Fontaines-lès-Di- 
jon, 1334. 



DESCENDANCE DE RENIER 



Renier de Chdlillon, seigneur en partie 
-1 140 ( de Duesme. 
X. 



i;25 Jobert de 
Duesme. 

(Pérard, p. 94 et 
107). 



ii36- 



1143 



Guillaume de Chdtil- 
titlon, seign. de Dues- 
me. 

1" femme, Aalais. 

2' femme, la dame de 
n Villemor ». 

(E. Petit, II, p. 246) 



Simon de 

i allât illon. 

Heisende. 



Affaiioii, 



Alix. 
1 166 



Guillemctte de Duesme. 
Ponce Chanlard, parent 
1 160-1 173 ', des Marigny-sur-Ou- 
che, et familier du 
duc de Bourgogne. 



„ \ Mareuerite de Duesme. 
1 1 80 ■. " 

( Anselme de n Baillo^ n. 



Guillaume. 



Anselme. 



Elya. 



Jacquetle. 



Elisabeth. 



(Cartul. de Longuay, p. 137, Archiv. de la H"'-Marne) 



DE CHATILLON-SUR-SEINE 



Domaines sur Duesme, PoiseuI-la-Grange, 
Aignay-le-Duc, Montmoyen, Aubcpierre, 
Marac, Ormancey, Chavonnier (e'cart de 
Ste-Colombe-sur-Seine), Hex (lieu détruit sur Autricourt). 



X, fille de Renier de Chdtillon. 
Etienne de Marac. 



Renier de Marac, seign. de Marac, Chau- 

mont-en-Bassigny. 
i'^" femme, Clémence. 
2° femme, Marie de « Bai\ ». 



IIO7 



Jobert de 
Chaumont . 
I '20 u I''' femme 

i^ Mar- 



I Milon, 'eig. 
I 1 by- 1 202\i.ie Chaumont. 
\ Eineliiie. 



Etienne, scig, 
I 167-1 202 JiVt Chaumont. 
Marie. 



Hugues, 
chanoine de 
Langres. 



Plus»filles: 

Gertnide, 

MathiUe, 

Rosceline^ 

AçUiS) 

Léodegcirde. 



^'"■'•^ '^^ Mdonde 

Marac. Guillaume. Renier. Evrard . 

,. Bricon. 

Marguerite. 

I220-I225. Tous cites en i2o'K 1218 

(Cartul. de Longuay, p. l3gà 142, p. 193, 194. 2o3) 
Domaines sur Dancevoir. Coupiay. 



Simon de 

Bricon. 

1219. 



144 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



Nous joindrons encore quelques noms à ceux qui 
remplissent les deux tables généalogiques. La mutuelle 
intervention de tous ces seigneurs dans leurs donations 
aux abbayes, l'intervention fréquente de saint Bernard 
dans les mêmes donations, indiquent des liens de parenté. 



1 140 



Gode/roi de Clidtillon. 
Gertrude. 



Domaines sur Echalot, Poiseiil-la- 
Grange, Lucine (actuellement 
une ferme entre Latrecey et Cou- 
pray), Hex. 



Hugues 
1 145 



Nivard. 
Aalais. 



Itibiers. 

Thibaut de n DunviUa ». 



3 fils: 
Gode/roi, 
Hugues, 
André. 



2 filles : 
Gillette, 
Béatrice. 



1 fils ; 
André, 
Godefroi. 
1 160. 



2 filles : 

Gertrude, 

Sibiiers. 



Fils : 
Renier, 



3 filles : 

Béatrice. 

X. 

X. 



Gérard de Châtillon, 
beau-frère de Thibaut de Salives. 
I i36-i 142 



Milon. 



Mathieu de Châtillon, 

cousin de Godefroi de Châtillon. 
"47 



Ondre. 



DE SAINT BEUNAUn 145 



Tcscclin le Saure est cite dans les chartes depuis en- 
viron 1080 jusque vers 1120. Vassal du duc de 
Bourgogne, il fut l'un des grands oftkiers des ducs 
Kudcs I et Hugues II. On le rencontre presque toujours 
à la suite de ces princes. Il est témoin de leurs legs aux 
abbayes, assesseur dans leurs jugements, arbitre parfois 
dans leurs démêlés avec les clercs. Outre les chartes du- 
cales, deux autres le mentionnent, Tune comme témoin 
des comtes de Saulx, l'autre comme garant de Renard de 
Montbard, son beau-frère (1). 

Les premiers biographes de saint Bernard ont tracé le 
portrait de Tescelin. C'était un chevalier de race, mais le 
vrai chevalier, le type du soldat chrétien. Piété franche, 
goûts austères, inflexible amour pour la justice, cœur 
large et compatissant (2). A son époque, en effet, les 
vertus chevaleresques étaient dans leur épanouissement, 
et la décadence n'avait pascommencé. 

L'Eglise, dit Léon Gautier, inculquait alors. aux hom- 
mes d'armes deux grands devoirs: « La défendre » et 
« s'aimer entre eux ». Le seigneur de Fontaines savait 
remplir ces deux devoirs : quelques traits nous l'attes- 
tent. 

En 1104, au prieuré de Fleurey-sur-Ouche, de 
concert avec les autres familiers de Hugues II, il déter- 
mina ce prince à céder les droits que les ducs de Bour- 
gognes'arrogcaicnt injustement sur les serfs desreligieux. 
Une autre fois, en iii3, il fut appelé, avec tout le conseil 
ducal, à juger un dilïérend qui existait entre son suze- 
rain et les chanoines de Saint-Nazaire d'Autun. L'objet 



I. Les ch.Trtcs qui portent le nom de Tescelin le Saure sont toutes 
inibliécs ou indiquées dans VHistoirc des Ducs de Bourgogne, par E. 
Petit. Il suftira d'en rappeler ici les dates, pour qu'on les trouve facile- 
ment : io<S(), I 100, MOI, encore iioi, iio'j, encore iio3, 1104, 1107, 
I I 10, Il 12, iii3, 1120. Plusieurs (le CCS dates, comme par exemple la 
dernière , ne sont que des dates approximatives et supputées par 
M. Petit. 

Dans la charte de fondation de Molcsme (lojS), figure parmi les te'- 
nioins Tesceli)ius Ru/us. l,a dificrence de surnom laisse nécessaire- 
ment indécise l'identité de ce Tescelin avec Tcscelinus Saurus. 



2. Mignc, 1. c, col. 227, 523. 



1 40 L ENFANXE ET LA JEUNESSE 



du litige était la perception, par les officiers de Hugues II, 
de certaines taxes sur les habitants de Chenôve, dans le 
Dijonnais, et dcGraloux, dans l'Autunois. Les redevan- 
ces de ces localite's avaient été données par Eudes I aux 
chanoines d'Autun , qui produisaient le titre formel 
d'abandon intégral. Hugues II se refusait à maintenir 
l'abandon octroyé par son père, et tentait de légitimer 
la perception faite au profit de son trésor par le temps 
même qu'avait duré la violence. Malgré les prétentions 
que le duc élevait, la sentence du conseil fut tout à fait 
favorable aux justes revendications des chanoines de 
Saint-Nazaire. A ces traits, on reconnaît dans Tescelin 
l'homme dévoué à la religion et à la justice, incapable, 
dit justement l'abbé Chevallier, des faiblesses qui font 
la fortune des courtisans. 

Le fraternel amour du chrétien pour ses seniblables 
brille en lui avec non moins d'éclat. En certaine circons- 
tance, raconte Jean l'Ermite, Tescelin se vit disputer 
quelque avantage temporel considérable par un adver- 
saii'c qui lui était bien inférieur en naissance et en 
richesse. Le premier mouvement fut de vider le diffé- 
rend par les armes. Lin jour donc est fixé pour le combat. 
Ce jour arrive, et les deux champions se rencontrent. 
Alors, la conscience du preux chevalier lui rappelle le 
langage de la foi : « C'est un juste jugem:înt qui sied à 
des chrétiens, et ils ne font point à autrui ce qu'ils ne 
veulent pas qu'on leur fasse. » Aussitôt il olTre à son 
ennemi la réconciliation, et pour la sceller, il lui aban- 
donne sans conteste tout ce qui était en litige (i). Bien 
qu'emprunté à un auteur qui accueille déjà la légende, 
ce récit mérite néanmoins quelque créance. Il s'harmo- 
nise avec les couleurs sous lesquelles les autres biogra- 
phes nous peignent le caractère de Tescelin. Est-ce utile 
d'ajouter cette remarque : rien de plus vraisemblable 
chez un chevalier de la fin du xi*^ siècle, fut-il le plus 

I. Migne, 1. c, Col, 53;. 



DE SAINT BERNARD t47 

chrcticn de tous, que cette promptitude à lircr indû- 
ment l'cpe'e puis à la remettre généreusement au four- 
reau? (i) 
Tel fut donc le père de saint Bernard. 

Vers io85, il avait e'pousé Alcth, fille de Bernard, sei- 
gneur de Montbard, et de Humberge de Ricey (2). Nous 
ne rechercherons point les origines delà famille d'Aleth. 
Nous ncais bornerons à rappeler deux textes des an- 
ciennes biographies, suivant lesquels cette famille pa- 
raît d'une plus haute noblesse que celle de Tcscelin. 
L'épouse du seigneur de Fontaines, dit GeolTroi dans 
ses Mémoires (r//t7 J'), sortait t'A" optimo s^cnerc Biir- 
gundioimm (3). Et Jean l'Ermite ajoute: ex antiquoriun 
{siciit asseruni multi) Bnrgutidiœ ducum generosilate (4). 
Ceci, cependant, ne doit pas s'entendre des ducs de la 
race capétienne, mais des ducs bénéficiaires. 

Destinée d'abord au cloître par son père, Aleth avait 
reçu une instruction plus complète que celle que l'on 
donnait, d'ordinaire, aux filles des châteaux. On l'avait 
voulu lettrée et, pour parler la langue de l'époque, de 
granl doclrinage. Cela nous est attesté par Jean l'Er- 
mite (5), que l'on doit tenir pour assez véridique en ces 
sortes de détails, car il connut le moine Robert, fils 
d'une sœur d'Aleth, dit par extension le neveu de saint 

1. Oa voit dans ce récit, une preuve que l'Eglise a toujours réprouve' 
le duel, mtime à l'époque des tournois et du duel judiciaire. Pour con- 
naître, en ce point, sa doctrine et son esprit, on ne peut s'arrOter à des 
tolérances, à des abus (Cércinonial d'une épreuve jiidicij.ire aii XII' siècle, 
par Lcopold Dcli>lc) que la barbarie des temps explique, mais il faut 
recueillir l'enseignement de ses Docteurs, de ses Pontifes suprêmes, et 
étudier la conduite de ses Saints. 

2. Gall. christ. T. IV, col. 7îf). — Ce nom d'Aleth doit être une va- 
riante du nom Alais, employé par Alain et Jean l'Ermite, et qui fut 
fréquemment porté par les femmes nobles, au moyen àgc. On trouve 
encore la forme Alaiseth. .Vinsi est désignée, dans une charte de iigS, 
Alais ou Alix de Vcr^v, qui devint duchesse de Bourgogne (E. Peiit, 
III, 365). 

3. Migne, I. c, col. 524, D. 

4. Ibid. col. 535, D. — Voir aussi la disseriation de Chiftlet, ibid. 
col. i3qi, et l'ouvrage de M. l'abbé Jobin, sur la Famille de saint 
Bernard. 

5. Mignc, I. c, col. 535, D. 



uS 



1. ENFANCE ET LA JEUNESSE 



Bernard, et il apprit de sa bouche quelque récit concer- 
nant la famille. 

Malgré les primitives intentions de son père, Aleth 
n'entra point en religion. Ayant atteint sa quinzième 
année, elle fut accordée en mariage à Tescelin. L'hon- 
neur fit un devoir à Bernard de Montbard de ne point 
refuser sa fille au seigneur de Fontaines qui la lui deman- 
dait (i). 

La jeune dame de Fontaines fut le modèle de la femme 
chrétienne. Elle témoignait, « suivant le conseil de 
l'apôtre, une humble révérence envers son mari. Sous 
son autorité., elle gouvernait la maisnée, et y faisait ré- 
gner la crainte de Dieu » (2). Très secourable aux 
malheureux, « elle parcourait les habitations, cherchant 
les malades et les pauvres, distribuant ses aumônes et 
ses soins. Elle allait jusque dans les salles des hôpitaux, 
poussée par sa dévotion compatissante, et là, prenait le 
rôle d'une simple infirmière » (3). 

Les deux premiers enfants qui vinrent égayer la de- 
meure féodale de Tescelin et d'Alcth, furent Gui et 
Gérard. 

Un jour d'hiver, à la fin de 1090 ou au commence- 
ment de 1091, Aleth mit au monde son troisième fils. 
Pendant sa grossesse, elle avait eu un songe qui l'avait 
d'abord épouvantée puis remplie de joie. Elle rêva, en 
effet, qu'elle portait dans son sein un petit chien blanc, 
taché de rouge sur le dos, et qu'elle l'entendait aboyer. 
Saisie de frayeur, elle alla consulter un religieux. Celui- 
ci lui répondit, avec l'intuition d'un prophète : Ban- 
nissez toute crainte; vous serez mère d'un excellent 
petit chien, qui sera le gardien de la maison de Dieu ; 
il aboiera fortement contre les ennemis de la foi, et sa 



1. Ibid. col. 536, A. 

2. Ibid. col. 227, B. 

3. Ibid. col. 537, C. 



DE SAINT BERNARD 149 



langue aux paroles salutaires guérira beaucoup de ma- 
lades spirituels. La pieuse et confiante Aleth accueillit 
cette réponse comme un oracle du Ciel. Heureuse, elle 
sentit aussitôt son amour maternel se déversera flots sur 
l'entant attendu ; elle résolut dès lors de le faire instruire 
dans les lettres sacrées, en vue de le disposer à la 
sublime mission que présageait ce songe merveilleux (i). 

Il y eut sans doute grande et sainte liesse au château 
de Fontaines, le jour de la naissance de cet enfant. 
Aleth le fit appeler Bernard, du nom de son propre 
père (2). 

C'était la coutume au temps d'Aleth, d'offrir à Dieu 
chaque nouveau-né. La mère, ou l'une des femmes qui 
l'assistaient, prenait l'enfant dans ses bras, et l'élevait 
vers le Ciel. L'épouse de Tescelin fut fidèle à cette 
offrande et ne l'accomplit point par d'autres mains que 
les siennes. Ainsi avait-elle présenté à Dieu Gui et 
Gérard; ainsi fit-elle encore pour Bernard. Mais, la 
destinée de ce troisième enfant lui ayant paru demander 
davantage, elle imita ensuite l'exemple d'Anne, mère 
de Samuel. Comme celle-ci avait voué pour toujours 
au Seigneur, dans le Tabernacle, le fils accordé à sa 



1. Ibid. col. 228, 471, 582. — Mabillon, dans une note rclaiive au 
récit de ce sonL;c, rappelle quelques mots empruntes à saint Bernard 
lui-même: Malis audactcr cutn vuiimus, oblatrjviiuiis (Epist. LXXV'lil, 
n" 7) ; ef^o itcique qiioci in me est, <.ieiiwistro liiyiim, iiistigo ca)tes (Lpist. 
CCXXX). Geollroi a longuement commenté ce même songe par des 
applications allégoriques (Mignc, 1. c.,col. 383-584, n" 17). 

2. Ibid. col. 525. — On ain'.erait k connaître en quelle église fut bap- 
tisé saint Bernard. Louis Gellain, ayant parle de l'abolition du culte de 
« saint Ambroisinicn », ajoute, page 117 de son Inventaire : « On a 
pris pour patron saint Martin qui était le vocable de l'ancienne pa- 
roisse (église paroissiale) de Fontaines, et qui subsiste encore au mi- 
lieu des champs au-delà de Suzon. C'est, porte aussi la tradition, dans 
cette dernière église où saint Bernard a été baptisé, et les fonts baptis- 
maux ont été depuis transportes à liauteville ». Cette tradition est au- 
torisée par la vraisemblance. La chapelle de Saint- Ambroisinicn, 
annexe de Saint-Martin, devait être d'érection trop récente en 1091, 
pour avoir une cuve baptismale. — A Hauteville, les fonts actuels n'ont 
pas d'antiquité. .\huy en possède qui sont fort anciens. Ces deux villages 
se trouvent à quelques kilomètres de Fontaines, dans la direction du 
nord, 

10 



i5o l'enfance et la jeunesse 

prière; de même Aleth fit, à l'église, une nouvelle offrande 
de Bernard en le dédiant au service des autels (i). 

Dès ces temps primitifs, l'usage des nourrices était 
fréquent dans les châteaux. Aleth sut déroger à la cou- 
tume. Elle était de ces femmes noblement fières qui 
croyaient qu'un lait étranger « dénaturerait » leurs en- 
fants. C'est ce que rapportent, presque en termes formels, 
les premiers biographes : Alienis uberibus niilriendos 
(liberos) commiltere illustris femiiia refugicbat , quasi 
ciim lacté uiatenio mafenii qnodammodo bo?ii iufiindens 
eis Jiatiiram (2). Bernard suça donc avec le lait maternel 
la même sève généreuse qu'il avait reçue déjà par le 
sang. 

Tout fils de chevalier était élevé avec une certaine 
rudesse, même pendant ses premières années, qu'il 
passait, d'ordinaire, sous la direction des femmes. Cette 
règle si sage ne pouvait trouver une exception au castel 
de Fontaines. Aleth avait plus d'un motif pour s'y con- 
former. Car — ■ disent les biographes, dans un style parfois 
d'une énergie difficile à rendre — elle enfantait pour 

1. Mignc, \. c, col. 228 et 471. — Jcnn l'Ermite (Ibid. coL 536, D) 
raconte ainsi l'oblation que la B. Aleth Ht à Dieu de son troisième enfant : 
Beatissiiniiui veto Bcrnardum non tam ciio quam alios (liberos), sed in 
provcctiorc œtatc, Domino obtulit. Obtiilit uliquc, et Itoc devolissime 
t'ecit. On doit préférer le récit des Vies plus autorisées, récit d'ailleurs 
plus naturel. Saint Bernard fut deux fois oflért, d'abord dans la chambre 
oii il naquit, ensuite à l'église. La première oblation est clairement in- 
diquée par la tournure : non modo, scd. La réalité de la seconde résulte 
du parallèle établi entre Aleth et la mère de Samuel. On ne s'explique- 
rait guère cet élogieux rapprochement, si Aleth, en deuxième lieu, 
n'eut fait que la démarche, accomplie alors par beaucoup de familles, 
de destiner son fils à la cléricaturc, et de le mettre dans une école épisco- 
pale ou monastique. Cette dernière démarche est indiquée, en^ troi- 
sième lieu, par ces mots : Undc et quam citius potiiit, in ecclesiâ Cas- 
tellionis magistris litterarum tradens eriidiendiim. Et cet acte n'eut 
qu'une portée restreinte : Bernard ne devint pas, à proprement parler, 
un (hlat du sanctuaire ; le don ne fut pas recl, et, plus tard, le jeune 
gentilhomme choisit lui-même sa voie. Cependant, il y eut une obla- 
tion pcjsitivc, autre que celle du moment de la naissance; Jean l'Er- 
mite ne connaît que celle-là; elle est distincte de l'entrée aux écoles. 
Ce fut donc une réitération, plus dévote, de la première offrande. 

2. Migne, 1. c, col. 227 et 470. — La Subscriptio Bitrchardi, dans le 
texte publié par Surius {De probatis sanctonim vitis, Cologne, 1618, IV, 
p. 211, contient ce passage : Sici t rcfertiir de illo, nitnquam siixit ubera 
ntitricis, uist matiis. Cela pourrait dénoter un fait qui tiendrait du pro- 
dige, et Manrique l'a fait v;iloir. Mais ce passage ne se lit point dans 
l'édition expurgée de la Subscriptio (Migne, ibid. "col. 266 et 652, D). 



DE SAINT BERNARD l5l 



Dieu, non pour le monde, et c'était au désert plutôt qu'à 
la cour qu'elle désirait voir un jour ses enfants. Aussi 
leur imposait-elle une forte discipline. Attentive aux 
moindres détails, elle ne souffrait point qu'on leur servît 
des mets trop délicats, mais elle les habituait à se con- 
tenter d'une nourriture « commune et grossière » (i). 

On voit quelle fut la première éducation de Bernard, 
comment la mollesse et la recherche en étaient soigneu- 
sement bannies. 

Lorsqu'il eut sept ans, au plus, sa mère le mit aux 
écoles de Chàtillon, dirigées par les chanoines de Saint- 
Vorles. Ces écoles, qui comptaient déjà trois siècles 
d'existence, n'étaient pas sans renommée. Bien que les 
chanoines fussent séculiers alors, il y avait parmi eux 
des scholastki distingués par la piété non moins que par 
la science (2). 

Fontaines fut donc alors un peu délaissé par ses 

1. Migne, 1. c, col. 227 et 470. 

2. On fait remonter l'institution, ou mieux le rétablissement, des 
écoles de Chàtillon jusqu'à l'évoque de Langres Betton, contemporain 
de Charlemagne et de Louis le Débonnaire {Hist. des Evcques de 
Langres, par l'abbé Mathieu, 1844, p. 3Ji ; L'Histoire de Chàtillon, par 
G. Lapérousc, 1837, 1, p. ibS). Klles furent dirigées d'abord par des 
prêtres de la cathédrale de Langres, que les évéques envoyaient à Chà- 
tillon, en les chargeant du service paroissial et de l'éducation de la 
jeunesse (Ibid.). Lorsque, dans la seconde moitié du ix" siècle, l'cvcque 
Isaac le Bon transféra de iMarcenay à Chàtillon les reliques de saint 
Vorles et les déposa «dans l'église alors dédiée à la sainte iMère de Dieu 
et au glorieux confesseur de Jésus-Christ, saint Martin », ce prélat 
conçut le projet d'établir près de la châsse de saint Vorles « une com- 
munauté de chanoines ou de moines ». Le pieux dessein fut réalisé, 
mais un siècle plus tard, par l'cvêque Brunon de Roucy, après qu'il eut, 
à la place de l'ancienne église, élevé celle de Saint-\'orlcs. Il établit 
dans celte église un chapitre collégial, dit. canoniquement, de Notre- 
Dame, mais appelé aussi, vulgairement, de .Saint- Vorles. Le soin des 
écoles fut conhe aux chanoines (Acta SS. 17 juin ; ms du P. Hocmelle, 
Bibl. de la ville de Châtillon-sur-Seine). Brunon, disciple de Gerbert, 
dut donner l'impulsion aux études, à Chàtillon, comme à Langres, où le 
futur abbé de Saint-Bénigne et archevêque de Lyon, Halinarci, oui pa- 
rait être de la Maison de Sombernon (E. Petit, 1,117; Bulletin d'tiist. et 
d'archéol relig. de Dijon, sept.-oct. 1884), rencontra une quantité de 
savants {Annales O. S. B., IV , p. 3(17); comme à Dijon, où l'évèque 
n'eut qu'à seconder le zèle de l'abbé Guillaume. 

A l'époque où saint Bernard tit ses études, les chanoines de Chàtillon 
étaient séculiers. Leur école, alors, ressemblait donc aux écoles épisco- 
pales, aux écoles monastiques appelées cxto-iores ou canonic<r, mais non 
aux écoles dites inlenorcsou scholœ claustri. Les unes et les autres admet- 
taient nobles et manants ; mais celles-ci étaient réservées aux moines 
et aux oblats du cloître, tandis que dans celles-là, avec les clercs et les 



i52 l'enfanxe et la jeunesse. 

hôtes. VJoppidum natal de Tescelin devint le séjour ordi- 
naire de sa femme et de ses enfants. Cette résidence 
favorisait mieux les intentions d'Aleth, qui voulait 
suivre de près et au besoin stimuler les progrès de Ber- 
nard (i). Aussi bien Gui et Gérard, futurs chevaliers, 
trouvaient là les moyens de se préparer au métier des 
armes. Ils pouvaient joindre à l'escrime de fréquentes 
parties de chasse, à travers les belles et giboyeuses forêts 
du pays de la Montagne, dont Chàiillon était le centre, 
et où la plupart des fiefs étaient aux mains de familles 
parentes ou amies de la leur. Il y avait là encore un 
excellent milieu d'éducation. Le chef-lieu de la partie 
septentrionale du duché de Bourgogne n'avait rien à 
envier à Dijon, la capitale, pour la culture intellectuelle 



aspirants à l'état ecclésiastique séculier, pénétrait l'élément purement 
laïque. 

A l'instigation de saint Bernard et dcGuilIcnc, cvcique de Langres, les 
chanoines de Chàiillon embrassèrent (avant ii35) la vie régulière. C'est 
à celte occasion que fut fondée, au nord-est de Vopyidum, dans une 
vaste prairie située sur la rive gauche de la Seine, l'abbaye de Notre- 
Dame, devenue, depuis la Révolution, l'hôpital Saint-Pierre. 

On croit que cette réforme fut établie au moyen d'une affiliation à 
l'abbaye d'Arrouaise (Pas-de-Calais, arr. d'Arras), ordre de Saint-Au- 
gustin. Les religieux de N.-D. de Chàtillon étaient certainement unis 
à ceux d'Arrouaise au xiiT siècle (Ms. d'Hocmelle). La chronique d'AI- 
béric de Trois-Fontaines marque à l'année 1087, l'institution de cette 
congrégation : Eodem aiino, incipit Ordo B. Nicholai de Arroasi quod 
nos dicimns de 'J'rinico Bereiigarti ; sub yrœpositis fiterunt iisqite ad tem- 
pora B. Bernardi Clarevallensis et tune abbates instituti siint (mon. ss. 
X.XI1I, 801). L'abbaye de Chàtillon étant tombée dans le relâchement, 
une nouvelle réforme y fut opérée au xvu' siècle, par l'introduction des 
Génovéfains. 

I . Mignc, 1. c, col . 228, B ; 471, B). — Le monastère des Feuillants à 
Chàtillon, aujourd'hui le couvent des Ursulines, fut construit sur l'em- 
placement d'une ancienne maison dite de Saint Liernard. Cette maison, 
de temps immémorial, passe pour avoir été l'habitation paternelle du 
saint. Elle est située au pied de la colline sur laquelle s'élève Saint- 
\'orles, du côte du midi. Détériorée par un incendie, bien avant l'arri- 
vée des Feuillants, elle renfermait encore quelques vieilles bâtisses qui 
turent comprises dans les subsiructions du couvent. Là, on montre au 
pieux visiteur une petite salle souterraine, dont les murs paraissent fort 
anciens. Elle est ornée d'une statue de saint Bernard, mais sans autel. 
C'est, dit-on, la chambre où le jeune saint se retirait pour prier. Le 
P. Legrand se tait au sujet de cette chambre. Mais nous n'examinerons 
pas en détail la valeur de ces traditions, afin de ne point sortir du cadre 
qui nous nous sommes trace. Nous nous contentons de l'assertion gé- 
nérale, à savoir que le couvent actuel des Ursulines, anciennement des 
Feuillants, occupe l'emplacement de la Maison paternelle de saint 
Bernard. Cette assertion nous paraît acceptable, vu le culte profond 
dont Chàtillon a toujours entouré la mémoire de l'abbé de Clairvaux. 



DE SAINT BERNARD I 53 



et l'urbanitc des mœurs. On connaît les vers où Guil- 
laume le Breion fait l'éloge des habitants de Châ- 
tillon : 

Nulla quibus toto gens acceptior orbe 
Militiâ, sensu, doctrinis, philosophiâ, 
Artibus ingeuuis, ornalu, veste, nilore [\). 

Les premiers biographes ont crayonné le portrait du 
jeune écolier. Nous traduisons, en élaguant toutefois les 
passages moins caractéristiques : « L'enfant était rem- 
pli de la grâce d'En-Haut, et avait naturellement 
beaucoup d'esprit. Il répondit promptement au désir 
qu'avait sa mère de le voir étudier avec succès les 
Lettres et avancer dans la piété. Ses progrès littéraires 
furent au-dessus de son âge, et il dépassa tous ses con- 
disciples. Une mortification précoce dans l'usage des 
choses de ce monde présageait pour l'avenir l'amour de 
la vie parfaite. Ennemi du luxe, porté au recueillement 
et à la solitude, âme singulièrement méditative; d'une 
incroyable modestie, quand, rarement, il était hors de la 
maison; épris d'amour pour Dieu, qu'il priait de con- 
server pure son enfance ; appliqué à l'étude des Belles- 
Lettres, en vue surtout de se sendre apte à mieux 
connaître Dieu par les saintes Ecritures [-i) », Bernard, 
portait déjà au front l'auréole de sa future sainteté. Déjà 
on pouvait entrevoir le moine, altéré d'immolations ; le 
grand contemplatif, dont le regard, captivé par les 
beautés du monde supérieur, ne s'abaisserait plus sur 
la nature, simple reflet des perfections divines; le docteur, 
qui puiserait la vérité à sa source la plus haute, dans la 
parole de Dieu plutôt que dans celle de l'homme, et 
composerait des écrits tirés et tissus, dit Fénelon, du 
Saint-Esprit même. 

Un trait révèle dans cet enfant une foi éclairée et ré- 



1. D''Scriptio)i du Duché de Bourgogne, par Courtépde, art. Châ- 
tillon-sur-Seine. 

2. Migne, I. c, col. 228 et 471 . 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



solue. Mis au lit par un violent mal de tête, il vit s'ap- 
procher de lui une femme qui prétendait le guérir. 
C'était une sorcière. Dès que le petit malade compris 
quelle était cette femme, en voyant dans ses mains des 
objets superstitieux, il poussa des cris indignés, et la 
força de se retirer. Dieu récompensa le zèle du saint 
enfant, dit le biographe, car, à l'instant même, son mal 
disparut ( i). 

Dans la suite, il fut favorisé d'une grâce plus signalée. 
On était aux fêtes de Noël. Selon la coutume, tout le 
monde s'apprêtait pour les Matines et la Messe de 
minuit. L'heure de commencer l'office se trouva un peu 
retardée. Bernard, assis, attendait avec les autres fidèles. 
Or, sa tête s'inclina, et il s'endormit un moment. Sou- 
dain, le mystère de Bethléem lui est révélé. Le Verbe en- 
fant lui apparaît, comme s'il fût né à nouveau de la Vierge 
sa mère, et brillant de cet éclat qui en fait le plus beau des 
enfants des hommes. Bernard le contemple, et sent son 
âme entraînée vers lui par un élan bien supérieur à son 
âge. 

Dans le cloître, le saint parlait encore de ce pro- 
dige, qui avait fait sur lui une impression profonde. Il 
croyait que l'heure où l'Enfant Jésus lui était apparu, 
était l'heure précise de sa naissance (2). 

La vision de Noël eut lieu à ChàAllon. Mais, où Ber- 
nard s'était-il endormi ? Est-ce in domopatris{}), comme 
on lit dans la Vita 3' ? Les textes plus autorisés des 
Vitœ /' et 2" rattachent le fait à une église ; car ils par- 
lent d'un retard du commencement de l'office, et repré- 
sentent Bernard sedeiiteiii cxpeclantemqiiccuin cœtcris{4.). 
Cette église, selon la tradition et toutes les vraisemblan- 
ces, est Saint-Vorles. Une hymne, que l'on trouve, dès 



1. Ibid. 

2. Ibid. col. 229 et 471 . 

3. Ibid. col. 525. 

4. Ibid. col. 229 et 471 . 



DE SAINT BERNARD l55 



le \uf siècle, dans des bréviaires manuscrits de l'abbaye 
de Clairvaux, rappelle en ces termes la vision de Noël : 

Tardant vigilia;, dormit ad^ostiuDU 
Mox venter Maria.' producit Filium [i). 

Ce détail particulier, que Bernard se serait endormi à 
la porte de Saint-Vorlcs, est resté à Chàtillon dans les 
souvenirs populaires. C'est ce qui fut raconté à Mala- 
baila (2), en 1622 ; c'est ce que répète le P. Legrand (3). 
On le dit encore aujourd'hui. Mais il paraît étrange 
qu'une église paroissiale eût été fermée pendant la so- 
lennelle vigile de Noël. L'on sait, d'ailleurs, combien vite 
la tradition s'égare sur des détails d'aussi minime impor- 
tance. L'historien doit donc s'en tenir au récit authenti- 
que des Vita.' /" et 2", et simplement placer le fait à 
l'église de Saint-Vorles. 

On vénérait particulièrement, à Saint-^'orles, une 
image de la Mère de Dieu. L'image était placée dans un 
petit oratoire souterrain, plus ancien que tout le reste 
de l'éditîce, et désigné sous le nom de Saînie-ALirie du 
Château (4). Selon la tradition, c'est dans cet oratoire et 
devant cette image que Bernard aimait à prier. Rien de 

1. Reliques des trois tombeaux saints de Clairvaux, par l'abbii Lalore, 
Troyes, 1877. 

2. Vita del divoto et mcUiJluo dottore S. Bcrnardo, Naples, i6?4, 
p. i3et 264-265. 

3. L'Histoire saincte de la ville de Chàtillon, par le P. Legrand, 
2* partie, p. 128. 

4. L'oratoire de Sainte-Marie est la plus ancienne chapelle de Chà- 
tillon. Il est situe sous l'extrimité nord du transsept de I église Saint- 
Vorles. \'oici la description de l'image que l'on }• viincrait, description 
donnée par le P. Legrand, qui l'a vue, car elle né fut détruite que pen- 
dant la tourmente révoluiionnaire. « Elle est faite, écrivait le pieux 
auteur, d'un bois que l'âge a plus noircy que le soleil... Le visage est 
longuet, les yeux grands sans excès, le nés long, les iouOs ni trop en- 
flées ni trop abbatues, la couleur brune et par l'art et par l'âge ; elle est 
assise, et tient avec les deux mains le petit lesus sur son gyron. » 
(2* partie, p. 161). 

Le souvenir de saint Bernard resta attaché à cette eharelle. On 
prit l'habitude de l'appeler" la chapelle de Monsieur saint Bernard ». 
C'est le nom qui lui est donne' en 1419. dans un titre portant fondation 
d'une lampe « devant l'image de Notre Dame estant en ladite chapelle 
dudit .Monsieur saint Bernard 1, par Jean de Noidant, conseil 1er de Monsei- 
gneur le Duc de Bourgogne. (Archiv. de la Côte-d'Or, Titres de N.-D, 



i56 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



plus vraisemblable, car le souvenir de la vision de Noël 
dut souvent ramener le jeune écolier au pied de l'autel 
de la Vierge-Mère. Il commença donc à puiser là cette 
ardente dévotion qui lui valut le titre de Citharista 
Marice. 

Cependant, la naissance de nouveaux enfants était 
venue réjouir encore le foyer de Tescelin et d'Aleth. 
Après Bernard, était née une fille, Hombeline, puis 
trois fils, André, Barthélémy et Nivard (i). La B. Aleth 
les éleva avec les mêmes soins que leurs aînés. 

Aucun des trois derniers fils ne fut appliqué spéciale- 
ment à l'étude des Lettres, mais on les prépara pour le 
métier des armes. Leur mère pourtant, avec une discré- 
tion pleine de tact, par l'exemple plutôt que par la pa- 
role, leur insinua une autre voie. Elle ne se contenta 
plus des vertus par lesquelles, vivant au milieu du mon- 
de, elle s'honorait elle-même en même temps qu'elle 
honorait sa maison. La vie monastique devint son idéal. 
Elle en embrassa les saintes pratiques, sans omettre ses 
devoirs d'épouse et de mère. On la vit, dès lors, plus 
mortifiée à table, plus simple dans sa parure; elle fuyait 
les fêtes mondaines; elle se laissait moins absorber par 
les choses terrestres. Elle s'adonna aux jeûnes, aux veil- 
les, à l'oraison, et, ne pouvant être littéralement une re- 
ligieuse, elle rachetait ce qui lui manquait de celte pro- 
fession si enviée, par ses aumônes et d'autres œuvres de 
miséricorde. C'est ainsi, dit le biographe, qu'elle s'en- 
gagea la première dans les sentiers où devaient la sui- 
vre ses enfants et son époux (2). 

de Châtillon, cahier n° 112, intitulé : Chartes pour la cure de Châtillon, 
p. 19). Dans la suite, elle fut agrandie, au levant, par une construction 
a peu près de mùmc dimension que l'ancienne. Profanée à la Révolu- 
tion, la chapelle Saint-Bernard a été rendue au culte en 1854. 

C'est à l'image dépeinte par le P. Legrand, que l'on attribuait le pro- 
dige de la lactation, et l'on rapportait ce prodige au temps de l'adoles- 
cence de saint Bernard. Nous n'avons aucun document qui permette de 
réviser le jugement porté sur cette tradition par Mabillon et les Bollan- 
distes. 

1. Migne, 1. c. , col. 53t). 

2. ibid. col. 229, D. 



DE SAINT BERNARD I Sy 

Il est facile de se représenter quel spectacle offrait, 
dans son intérieur domestique ou parmi la société, la 
famille seigneuriale de Fontaines. Arrêtons-nous à la 
considérer, quand plane sur elle, à Tinsu de tous, la 
menace d'un deuil foudroyant : Aleth va mourir, mais 
rien ne le fait craindre, et Dieu seul le prévoit. 

C'était vers l'an 1107. Bernard allait avoir dix-sept 
ans (i). Il avait parcouru, ou peu s'en fallait, le double 
cycle du Triviiim et du (^nadrivium.On sait que la série 
des connaissances désignées sous ces noms répond quel- 
que peu à l'ensemble des matières étudiées par nos as- 
pirants aux deux baccalauréats. Le génie précoce de 
Bernard, sa diligence au travail, le soin qu'avait pris sa 
mère de le mettre de bonne heure aux écoles, tout fait 
croire que, comme d'autres célébrités de son époque, il 
fut, vers sa dix-huitième année, très instruit iii tririali- 
bus et quadrivialibiis . Un esprit très vif, une élocu- 

I. On ne peut fixer qu'approximativement la date de la mort de la 
R. Aleth. Manrique s'est déterminé pour l'année iio5, et Le Nain pour 
l'année iiio. Nous pensons qu'une date intermédiaire, comme 1 107, se 
rariproche davantage de la vérité. 

En effet, la première base de ce calcul chronologique est le texte des 
Vitce i^et 2", ainsi conçu: Ciun aillent aliqiianto tempore cvolulo, profi- 
ciens œtate et gratia apud Deiim et liouiiiies, puer Beniardiis de pueritia 

THANSIRET IN AD^LRSCE^TI AM , Vlûtcr ejtlS, LIBERIS FJDEI.ITER EDUCATIS ET 

viAS s.ECULi i.NGREDiENTiBus, qiuisi perûctis omnibus qiiœ sua erant, féli- 
citer migravit ad Dominum. .. Ex hoc Bernardiis suo jam more, suo 
JURE victitare incipiens, eleganti corpore,.. acri ingenio prceditus, 
magnœ spei adolescens prcedicabatur. Or, la date de 11 10, qui donnerait 
à Bernard dix-neuf ans accomplis, répond mal à ces expressions : Cwn 
de pueritia transiret in adolescentiam. A ce point de vue, la date de 
iio3 serait préférable. Mais, d'autre part, quand Aleth mourut, elle 
avait achevé de remplir sa tâche pour l'éducation de ses enfants : les 
derniers n'étaient donc plus tout à fait en bas-âge. Puis, après son 
décès, Bernard commença à s'appartenir et à se diriger lui-même : est- 
il possible de se représenter comme hors de tutelleun enfant de qua- 
torze ans, faisant ses études? Il faut donc revenir en deçà de iio5. 

Ajoutons encore deux observations. Suivant la Vita ?a, Bernard en- 
tretint son oncle Gaudri de son dessein de quitter le monde, cum vicesi- 
mo ayp'-op.nquaret œtatis anno (Bibl. nation, cod. iat. lyôSy, Bouhier 
ôy bis, fol. i). Il avait donc un peu vu le monde préalablement. De 
pFus, Jean l'Ermite parle d'apparitions de la B. Aleth se produisant pen- 
dant cinq années avant l'entrée de ses fils en religion (Migne, 1. c., 
col. 539, B). Cet auteur exagère le nombre des apparitions : c'est le 
côté qui prêtait à la légende. Mais n'est-il pas exact en mettant cinq 
ans d'intervalle entre le décès d'Aleth et le départ de ses enfants pour 
Cîteaux ? N'est-ce point ce que l'on doit conclure, si l'on confronte les 
textes des quatre Vitœ? 

Telles sont les raisons qui nous ont fait adopter la date de 1 107. 



i58 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



tion facile donnaient du relief à son savoir. Cette amé- 
nité de caractère et cette modestie pleine de sens qu'il 
avait toujours montrées, le préservaient de la morgue 
inconsciente, de la vanité naïve, écueils de l'adolescent 
noble et lettré. Ses avantages physiques répondaient à 
ses qualités intellectuelles et morales. Il ressemblaitassez 
au jeune baron dont Léon Gautier trace le séduisant 
portrait (i). La stature était moins grande, la démarche 
plus posée^ les manières plus douces ; une élégante dis- 
tinction prédominait dans l'ensemble de la physiono- 
mie, au lieu de la force musculaire d'un futur athlète 
des tournois. Mais, de ce jeune baron idéal, Bernard 
avait les cheveux blonds, le visage régulier et traitis^ la 
peau d'une extrême finesse, le teint blanc, les joues légè- 
rement colorées. Plus que lui il avait le regard pur et 
limpide : c'était la pureté de l'ange, la simplicité de la 
colombe (2). Son front était droit, peu élevé, mais 
brillait d'un reflet qui venait du commerce habituel 
avec Dieu (3i. En un mot, c'était la beauté d'une âme 



1. La Cliev.-'.lerie, 1884, p. 2o5. 

2. Migne, 1. c, col. 3o3, C. 

3. Le portrait que nous traçons de Bernard adolescent, n'est point 
fantaisiste. Les détails, sauf une exception, sont tous empruntés aux 
textes des anciens biographes : col. 23o, 3o3,472. Quant au détail com- 
plémentaire, joint à ceux que fournissent les biographes, il est tiré de 
la configuration du chef de saint Bernard. 

\'ers i332, cette relique insigne, détachée du corps, avait été déposée 
dans un buste en vermeil, représentant le saint abbé. Ce buste était un 
chef-d'œuvre d'orfèvrerie, où l'on s'était appliqué à reproduire le por- 
trait traditionnel du saint. Meglinger en parle en ces termes : Vultiis 
mellifiii Patris, et ex effigie passim obvia notiis, et hic tam concitine elabo- 
ratus, intimas omnium peciorum medidlas commovit 'Migne, 1. c, col. 
1601. B . C'était, relique et reliquaire, l'un des plus précieux ornements 
du trésor de Clairvaux. 

Un inventaire de la sacristie de Clairvaux, rédigé en 1741 par Dom 
Guyton, renferme cette note concernant la relique : « Au chef de saint 
Bernard, il manque un des temples (tempes) à droite; point de mâ- 
choire inférieure, vers laquelle il paraît qu'on a scié et levé quelques 
morceaux. Ce chef est long , le front est peu élevé , l'occiput asse:^ 
relevé. » 

Lorsque la Révolution éclata, le buste de saint Bernard fut d'abord 
épargné pendant quelque temps. Ensuite, il fut brisé à coups de mar- 
teau et envoyé à l'Hôtel des Monnaies le 3 décembre lygi. Mais, dès la 
fin de 1790, Louis-Marie Rocourt, dernier abbé de Clairvaux, avait retiré 
la relique. Il en avait même détaché des fragments, ce qu'il continua de 
faire, soit avant qu'il eût quitté l'abbaye, soit après, car, en allant ha- 
biter Bar-sur-Aube, il emporta avec lui le chef dç saint Bernard. Enfin, 



DE SAINT BERNARD I 59 



chevaleresque, imprégnée de douceur autant que de 
force, illuminée d'un rayon du ciel, et se révélant sous 
la transparence de sa délicate enveloppe (i). 

A côté de Bernard, ses frères jetaient moins d'éclat. Il 
est impossible de peindre une à une ces physionomies 
diverses avec les seules données que l'on possède, et 
nous laissons M. l'abbé Jobin rassembler les documents 
qui permettront, du moins, de dessiner les caractères. A 
l'époque où nous prenons les membres de la famille de 
Fontaines pour les encadrer tous dans un même tableau, 
Gui et Gérard devaient être adoubés chevaliers (2). 
Hombeline avait environ quinze ans. André et Barthé- 
lémy étaient damoiseaux. Nivard avait quitté le giron 



le 1" octobre i8i3, Dom Rocourt donna ce qui restait de la précieuse 
relique, au baron Cafarelli, préfet de IWube, et celui-ci en fit présent à 
la catiicdrale de Troyes, le 24 décembre delà même année. 

C'est ainsi que le chef de saint Bernard fait maintenant partie du 
trésor de la cathédrale de Troyes. Mais, par suite des mocellements 
successifs qui ont eu lieu, toute la boite crânienne a disparu; il ne reste 
plus que Icfacief, comprenant l'os frontal et les deux maxillaires supé- 
rieurs. L'os frontal est trop limité aujourd'hui pour avoir conservé tout 
son cachet ; on voit seulement que le front était droit avec deux proémi- 
nences marquées au-dessus des sourcils. Voir Lettre sur les reliques de 
S. Bernard et de S. Malachie, par Ph. Gui^nard, Migne, 1. c.,col. iiJDi; 
et Recherches sur le chef de S. Bernard, pav l'abbé Lalore, Troyes, 1878. 

it Les portraits traditionnels de saint Bernard, comme celui que nous 
avons reproduit (voir Planche /), ne peuvent rendre la beauté du jeune 
gentilhomme. A peine entré dans le cloître, en effet, Bernard embrassa 
avec tant d'ardeur les pratiques de la pénitence que son corps fut vite 
exténué. Les biographes parlent maintes fois de son épuisement phy- 
sique. Ils font particulièrement ressortir cet épuisement, en racontant 
la première entrevue avec Guillaume de Champeaux. Ils nous dépei- 
gnent, en cette circonstance, le jeune abbé déjà e.vesi corporis et inori- 
bundi, habita quoque dcspicabilis (Migne, 1. c, col. 245, Cl. Les por- 
traits de saint Bernard, qui le représentent dans la maturité de l'âge, 
après tant de travaux et de souffrances, ne nous offrent donc que des 
traits amaigris, à demi effacés, où la mort commence à marquer son 
empreinte. Mais, si l'on anahse cette ph\'sionomie, on pourra, comme 
Guillaume de Champeaux, découvrir sous la tréle enveloppe une grande 
âme. -A travers cette sérénité de visage, serenus vultu, cet air simple et 
modeste, niodestus hahitu. ces rides profondes, in vase contrito penitus 
et undique conquassato (col. 3o'3), on verra percer la puissante énergie 
du caractère. Cf. col. 1743, C. 

1. L'adoubement militaire se faisait de bonne heure au commence- 
ment du xu'' siècle. Nous en trouvons une preuve dans les biographies 
mêmes de saint Bernard. .André était déjà chevalier dès le début de 
l'année iii3. Or il n'aiait que dix-neuf ans, puisque Bernard en 
avalât alors à peine vingt-deux. Il y a donc lieu de croire que Gui 
et Gérard lui-même, miles in arn\is streniius (col. 233), avaient déjà 
ceint l'épée vers 1 107. 



ibO i; ENFANCE ET LA JEUNESSE 

maternel, et l'on devait commencer à le jucher sur les 
gros destriers de son père ou de ses frères. 

Tous ces enfants s'aimaient. On en saisit la preuve 
dans ce cri du jeune André, promettant à Bernard de le 
suivre à Cîteaux : « Alors, faites en sorte que pas un de 
nos frères ne reste dans le monde ; ou bien, divisez-moi 
en deux, car je ne pourrai vivre séparé ni d'eux, ni de 
vous )) (i). Une sympathie plus profonde unissait particu- 
lièrement Bernard et Gérard. On sait avec quelles lar- 
mes Tabbé de Clairvaux pleura la mort de Gérard. On 
a lu l'éloquente oraison funèbre que lui arracha sa dou- 
leur, au milieu de l'explication du Cantique des cantiques. 
Nous n'en rappelons que ces simples mots : Girardum 
lugeo : Girardus est in causa, frater carne, sed proxi- 
mus spiritu, socius proposito. Adhœsit anima mea animœ 
illius; et unam fecit de duabus., non consanguinitas, sed 
unanimitas {2). 

Lorsque Tescelin contemplait à ses côtés la vertueuse 
Alcth et tous ceux qu'elle lui avait donnés, le preux 
chevalier devait se sentir ému et bénir le Ciel. Pour lui, 
se réalisait la promesse prophétique que faitle Psalmiste 
au mari craignant Dieu : « Ton épouse est semblable à 
un cep d'une riche fécondité ; tes enfants, comme de 
jeunes plants d'oliviers, fontcercle autour deta table (3)». 

Et quand la noble famille se rendait, tout entière, 
aux moûtiers voisins de ses habitations : à Saint-Vor- 
les, si l'on demeurait à Châtillon ; à Saint-Ambrosi- 
nien ou Saint-Martin-des-Champs, si l'on était à Fon- 
taines ; quand Tescelin, avec Gui, Gérard, André, Bar- 
thélémy et la suite ordinaire des hommes d'armes, s'en 
allait à la cour ducale ou dans quelque château ; les 
serfs que l'on rencontrait sur le chemin, devaient se 
montrer fiers de la prosjiérité de leurs maîtres. Ils 



1. Opuscula quatuor Pétri Chiffletii, p. lyS 

2. In cant. sermo XXVI, n" 8-9. 

3. Ps. 127. 



DE SAINT BERNARD l6l 



avaient raison . Non seulement le seigneur de Fontai- 
nes ne les rançonnait pas, mais d'abondantes aumônes 
leur étaient distribuées par ses mains, par celles de son 
épouse, par celles de leurs enfants. Bernard, tout petit, 
se cachait déjà pour donner aux pauvres l'argent qu'il 
avait (i). 

Quels pouvaient être les hôtes habitués de la famille? 
C'étaient les quatre frères d'Aleth : Renard, seigneur de 
Montbard, et sa femme Aenor ; André de Montbard, 
futur soldat du Temple ; Milon, seigneur de Pouilly- 
lès-Molesme ; Gaudri, seigneur de Touillon (2). C'é- 
tait une soeur d'Aleth, avec son jeune fils Robert, dit le 
neveu de saint Bernard. (3). C'étaient des cousins, 
comme Gauthier, Renier, Nivard et Godcfroi de la Ro- 
che, avec Agnès, leur sœur, qui fut la première abbesse 
du Puits-d'Orbe ; comme Jobcrt le Roux de Châtillon 
et sa femme, Lucie de Beaune ; ou, enfin, des amis 
appartenant aux diverses maisons féodales de Bourgo- 
gne et de Champagne. Bernard, dès l'enfance, noua les 
liens les plus intimes avec Godefroi de la Roche, son 
condisciple aux écoles de Saint-Vorles (4). Il eut aussi des 

1. Migne, 1. c, col. 220, C; 472, B. 

2. Ibid. col. i5i7 et suiv. — Chiftlet introJuit dans son tableau 
généalogique de la Maison de Montbard " Diane épouse de Othon de 
Châtillon. » Mais le document sur lequel il se base, n'otTrc pas de 
garantie. Ce document est un inventaire fautif des titres de la Maison 
de SalTres (col. 1485), et dont l'inexactitude est relevée par Chiftlet lui- 
même (col. i3ol\ C 1) ; i53i, A). 

3. Ibid. col. 537, D. 

4. Ibid. col. 469, B. \'oir E. Petit, I, .^24, et Archiv. de la Côtc-d'Or, 
H, 1028, Puits-d'Orbe, Aignay. — Nous avons déjà noté que cette famille 
seigneuriale dite de la Roche à laquelle appartient Godefroi, avait des 
biens sur Fain-lès-Montbard. Elle possédait ces biens avant les alliances 
macrimoniales contractées par Gauthier et Renier avec la Maison de 
Montbard. On lit en ctl'et, dans la Chron. de Hugues de l'iavigny, à 
l'année 1096 : Hagann ctiam de Roca nostcr facttis, videntc Raynaldo 
avunculo s'iio. c^iluinpniam Jeudi sui Finium JJeo et Siu Pvœjccto et no- 
bis dimisit (Mon. SS. VIII, p. 47Ô, n' 23). Renaud de la Roche, cité ici, 
hgurc encore dans la même chron. à l'année 1007 (p. 477, n' 10) comme 
garant d'/lildcgariiis do Gurgv dans un acte passé à Cône, dépendance 
de (Juemigny-sur-Seine ; et à l'année looy (p. 478, n" 5), comme l'un 
des vassaux de l'abbé de Klavignw Aganon et Renaud doivent être des 
ascendants, sinon directs, au moins collatéraux de Godefroi et de ses 
frères. Ceux-ci avaient des biens patrimoniaux sur Aubepierre , et 
dans la région de Gurgy, Lucey, Lachaume (Cartul. de Longuav, 
p. 93, 142). Avant 1145, l'abbayé de N.-D. de Châtillon reçut en don 



■ 102 l'enfance et r.A JEUNESSE 

relations étroites avec Hugues de Màcon, malgré l'âge 
plus avancé de celui-ci (i). Hugues était un clerc sécu- 
lier, de noble extraction et fort riche. 

Ainsi la félicité régnait dans la maison de Tescelin et 
d'Aleth. L'épreuve ne l'avait pas encore visitée, mais 
elle était proche. La voici venir à l'improviste. 

On était à la fin d'août, et le château de P'ontaincs 
abritait ses hôtes. Au moyen-âge, il y avait, comme au- 
jourd'hui, des vacances pour les écoliers. Cette inter- 
ruption des études rendait Bernard et sa mère au don- 
jon seigneurial, pour un temps notable, et groupait natu- 
rellement autour d'eux la famille entière. 

Nous traduisons le récit de Jean l'Ermite, avec une 
légère paraphrase explicative. 

« Il est, dit-il, une chose bien digne d'èire rapportée, 
une chose merveilleuse, et que je n'ai point apprise Sctns 
être saisi d'admiration. Je la tiens d'un abbé pénétré de 
l'esprit de son saint état, qui vécut plus de soixante- 
sept ans dans le cloître. Je veux parler de l'abbé Robert 
neveu d'Aleth par sa sœur, et à qui s'adresse la lettre 
première du recueil des lettres du B. Bernard. 

« La mère de notre saint abbé — me dit donc Robert 
■ — était une femme des plus religieuses. Chaque année, 
le jour de Saint-Ambrosinien, elle réunissait une quan- 
tité de clercs, afin que la fête fut mieux solennisée, 
puis elle leur donnait à dîner avec une sorte de muni- 
ficence {2}. Ainsi se proposait-elle d'honorer le patron de 



inolcndinum de Empiliaco quod cstjuxta ponicm, a Guillcma sororc Go- 
de/ridi cum cunscnsii Jiliorum et ncpotum suorum (Archiv. de la Cote- 
d'Oi-, Cartul. d'Hocmclle, fol. 83 r°). Le seul Godefroi nommé dans la 
charte est i'évOque de Langres. 

1. Ibid. col. 658, B. 

2. On lit dans l'Inventaire du Feuillant Louis Gellain, p. ii5: « Par 
contrat du dernier décembre 161 8 reçu Carrey notaire à Dijon, nous 
aVons acquis d'Adrien Artault procureur au Parlement, tant en son 
fjom que comme procureur spécial de Uame Rcrnarde Renauldot, mère 
gt tutrice de Louis et Claude Charpy ses enfans, une maison située au 
Yjllage de Fontaines rue des Puits, avec un jardin derrière la ditte 
j^ais'on, donnant le tout de levant et de midi sur deux rues... Si on 



DE SAINT BERNARD 1 63 



Fontaines et en lui tous les saints, la sainte Vierge et 
Dieu même. Or Dieu la récompensa de sa dévotion. 
Une certaine année, Il lui révéla, un peu avant la fête, 
qu'elle devait mouiir le jour ou on la célébrerait. Aleth 
fit part de cette révélation à son mari, à ses enfants, 
à toute sa maison. On ne l'écouta qu'avec beaucoup 
d'étonnement, on ne la voulut point croire ; mais Téton- 
nement ne tarda pas à augmenter. La veille de la fête, 
Aleth est atteinte de la tièvre. Le jour même, après la 
célébration de la messe, elle demande très dévotement 
à recevoir l'Kucharistie et l'Extrême Onction. On 
accède à ses désirs. Les sacrements reçus, elle fait con- 
vier tous les clercs au dîner d'usage, puis elle mande 
auprès d'elle Oui, l'aîné de ses enfants — Sitôt le repas 
terminé, dit-elle, ne manquez pas de rassembler les 
clercs dans ma chambre — Gui obéit pieusement à sa 
mère. Les clercs arrivent, ils entourent le lit de la 
malade. Alors la servante de Dieu leur annonce, avec 
une grande consolation intérieure, que sa mort est im- 
minente. On se met en prière, on commence les Lita- 
nies : Aleth joint sa voix à celle des clercs. Lorsqu'on 
arrive à cette invocation : Per Passionem et Cruccni 
tiiam libéra eam Domine, elle essaie encore de la pronon- 
cer, et aussitôt, élevant la main pour se signer du 
signe de la croix, elle rend doucement son âme à Dieu... 
Sa main resta levée dans cette pieuse attitude, et ce 
fut un sujet d'admiration pour tous ceux qui étaient 
présents. 

« Dès que la nouvelle de cette mort se fut répandue, 
l'abbé de Saint-Bénigne, Jarenton, homme extrême- 
ment vénérable, s'empressa d'accourir à Fontaines et de 
réclamer le corps sacré d'Aleth, regardant ses restes 
mortels comme un glorieux trésor. Il obtint ce qu'il 
était venu solliciter, grâce à la considération dont il 

veut en croire la tradition, cette maison est celle ou àalnte Alethc mère 
(le saint Bernard rassemblait de tcms a autres et surtout le premier de 
septembre, les ecclésiastiques des environs. ■• \'oir Planche rj. 



164 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



jouissait, grâce aussi à la bienveillance des enfants de 
la défunte. Alors, le précieux fardeau, placé sur les 
épaules des moines, fut conduit à Dijon, au milieu d'un 
grand deuil. De Dijon^ tout le peuple se porta en foule 
au devant du cortège, avec des croix et des cierges. Cha- 
cun témoignait sa vénération pour les vertus d'Aleth; 
chacun se félicitait d'avoir à garder son tombeau. C'est 
ainsi que la dépouille sacrée fut portée jusqu'à la basili- 
que du très saint et très illustre martyr Bénigne, où elle 
fut inhumée avec de grands honneurs (1) ». 

Bien que Jean l'Ermite aime trop le panégyrique et la 
légende, il n'y a cependant pas lieu de récuser le récit 
que nous venons de lui emprunter. Ce récit, en effet, a 
pour premier auteur un neveu de la B. Aleth. Il se 
trouve, en substance, dans les deux biographies les plus 
autorisées. L'inhumation d'Aleth à Saint-Bénigne n'a 
d'ailleurs jamais été contestée. Qui verrait une contes- 
tation sérieuse dans les raisonnements dénués de sens 
critique que fait le P. Legrand, pour transporter ces 
événements à Châtillon ? 

Le lieu de cette sépulture fut la crypte de la basilique, 
inferior ecclcsia. C'est ce qu'attestent les traditions de 
l'abbaye. On peut voir dans divers ouvrages et spé- 
cialement dans les Annales de Mabillon (2), la des- 



1. Migne, 1. c, col. 537-539. 

2. Annales O. S. B. t. IV, p. 1S2. — Nous renvoyons aux plans dort-- 
nés dans les Annales plutôt qu'à la description que Ton y trouve. Une 
description meilleure est celle de Dom Plancher (Tome I). Meilleurs 
cijalement les plans de celui-ci, mais ils ne représentent que quatre des 
sépultures de la crypte et sans indiquer les noms, sauf pour saint 
Bénigne. Relativement aux vocables des autels, les désignalions sont 
les mêmes dans les dessins de Mabillon que que dans ceux de Dom 
Plancher. Alors, puisque les vocables des autels sont fidèlement indi- 
ques sur les plans de Mabillon, il est à présumer qu'il y a la même exac- 
titude dans l'indication des noms des tombeaux. Une autre garantie de 
cette exactitude, c'est que sur les plans des Annales les tombeaux portent 
le même numérotage que dans la liste des sepnlchra mentionnée un 
peu plus bas. Enfin, la place assignée à la sépulture de la B. Aleth est 
conforme aux renseignements fournis à Mabillon par Dom Thomas Le 
Roy, religieux de Saint-Bénigne, et dont voici la teneur : « La B. Alethe, 
mère de saint Bernard. 1-a tradition nous apprend que le tombeau que 
l'on trouve à main gauche entrant dans la Rotonde, est de cette illustre 
matrone. » Archiv. de la Cote -d'Or, ms n° 124, original, p. 85. On en- 
trait, en effet, directement, dans l'étage inférieur de la Rotonde par un 



DE SAINT BERNARD ï65 



cription et plusieurs plans de la basilique de Saint-Bé- 
nigne. L'un de ces plans donne l'emplacement du tom- 
beau de la B. Aleth. Ce tombeau était dans les caveaux^ 
de la Rotonde, édifice à triple étage, situé au chevet du 
monument et flanqué de deux tours avec escaliers à vis, 
Tune au nord, l'autre au midi. Le sépulcre dit de la mère 
de saint Bernard se trouvait du côté du nord, près de 
l'escalier et à main gauche en entrant, quand on péné- 
trait par là dans la rotonde inférieure. Il est mentionné 
en ces termes, parmi les dix-neuf scpulchra inferioris 
ccdesia.', dans la liste des personnes illustres enterrées 
dans Saint-Bénigne^ liste dont le manuscrit est conservé 
à la Bibliothèque nationale (i), et qui a été publiée par 
M. Gabriel Dumay (2): Sepulchruui Alasyx^ sive Alj'dis, 
matris divi Bernardi abbatis Clarevallis, hic sepulfœ, ex 
ejusdem S''vita, anctore Johanne Heremita,et aliis nobis ex 
traditione notum. On sait que les ossements de la B. 
Aleth, furent transférés dans l'abbaye de Clairvaux, 
l'an 1260, par les soins d'Etienne de Lexington, abbé de 
ce monastère (3). 



couloir traversant le bas de la tour septentrionale et ciébouchant à 
l'intérieur près du pied de l'escalier. Cette entre'e est visible aujour 
d'hui, à cause des (ouilles et des travaux que l'on exécute, et dont nous 
parlons dans une note suivante. 

1. Bibl. nat., Bourgogne, t. XIV, fol. i 58 et suiv. — On trouve égale- 
ment cette liste des sépultures à la Bibliothèque des Archiv. de la 
Côte-d'Or. ms n" 124, p. 267. 

2. Epigraphie bouiguigyionne, église et abbaye de Saint-Bénigne de 
Dijon, par Gabriel Dumay, 1882, p. iS'i-iSy."^ 

3. Migne, 1. c, col. 1767, A; 1687, B; Uigo, B. — On sait encore que 
les tombeaux saints ou vénérablesde Clairvaux ont entièrement disparu. 
Lorsque l'on transféra les restes de la B. Aleih dans cette abbaye, ne 
laissa-i-on pas quelques-uns de ses ossements dans sa primitive sépul- 
ture, à Saint-Bénigne ? Nous ne connaissons sur ce point que cette note 
des moines de Saint-Bénigne : « Le 14'-' jour du mois d'avril de l'an- 
née i25o doit être marqué d'un caractère de deuil pour nous et de 
réjouissance pour l'abbaye de Clairvaux qui gagna ce que nous per- 
dîmes, le corps de la B. Alethc, mère de S. Bernard. (Son tombeau, 
ses cendres, et peut-être de ses ossements sont demeurés dans notre 
sanctuaire la rotonde inférieure) » Archiv. de la Cote-d'Or, recueil de 
D. rhomas Le Roy, n° 124, p. (32 D'ailleurs, la rotonde de Saint- 
Bénigne a été elle-même détruite pendant la Révolution. Elle fut mise 
en ac^judicaiion vers la lin de 171)1, puis, le 20 février suivant, les 
ouvriers furent appelés pour la démolir. Les deux étages supérieurs 
furent rasés. Quant à l'étage inférieur, on le laissa subsister, mais à 
la fin on le remplit de décombres , ainsi que le martyrium renfer- 

11 



i66 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



Le fait de la sépulture d'Aleth dans la crypte de 
Saint-Bcinigne est une preuve de la réputation de sain- 
teté dont jouissait la vertueuse châtelaine. Car, avec 
l'antique sarcophage de l'apôtre des Lingons et des 
Eduens, cette crypte ne renfermait que les tombeaux de 
personnages honorés comme saints ou, du moins, dont 
la mémoire était entourée d'une grande vénération (i). 

niant le tombeau du saint et les autres parties de la crypte demeure'es 
accessibles jusque là. Xo'w Diction, de l'architecture frayiçaisc, par Viol- 
let-le-Duc, t. IV, p. 432 et suiv. — Etude historique et critique sur la 
mission, les actes et le culte de Saint-Bénigne, par l'abbé Bougaud, 
décédé évéque de Laval. — Bientôt, il se fit l'oubli le plus complet sur 
le monument si remarquable de l'abbé Guillaume et sur la Confession 
de saint Bénigne. Ce n'est qu'au milieu de ce siècle, lors de la cons- 
truction d'unesacristie k la cathédrale, que l'on vit reparaitre, dans les 
fouilles exécutées à cette occasion, les restes de la crypte y compris 
l'étage inférieur de la rotonde. Maintenant, ces précieux débris, conso- 
lidés, visibles, sont rciievenus l'objet de l'attention des savants et de la 
vénération populaire. Le tombeau de saint Bénigne entièrement déblayé, 



vénération populaire. Letoiiiueaii uc saim ocuigne eiuieremeni aeoiaye, 
laisse voir, posé en contre-bas du sol de la crypte, le fond de l'auge 
funéraire qui reçut la dépouille du martyr. Mais aucun signe commé- 
moratif ne rappelle plus aux visiteurs ni l'endroit ni le nom des 
autres sépultures. On vient d'entreprendre, en 1890, une restauration 
plus complète de cet édifice, que Viollet-le-Duc déclare unique en 
France. Lestravaux s'exécutent sous l'intelligente direction de M. Suisse, 
architecte diocésain. On met l\ jour, en ce moment, pour les étudier et 
les conserver, les soubassements de la chapelle rectangulaire, attenante 
à la rotonde du côté du levant, et qui remonterait au vi« siècle, suivant 
Dom Plancher. La bâtisse que l'on retrouve, est, semble-t-il, beaucoup 
plus ancienne que celle des parties adjacentes de la rotonde. 

I. Epigraphie bourguignonne..., p. i83-i85. — Dans le recueil de 
D. Le Roy, déjà plusieurs fois cité, on lit p. Sg : « Le grand nombre 
de saints qui ont sanctifié (ce lieu) ou qui se sont sanctifié dans ce mo- 
nastère, a fourni le dessin d'un très ancien tableau où ils sont repré- 
sentés, et au-dessus il )■ avait ces deux vers en caractères gothiques : 
Quisqiiis scire cupis quitus hoc sit nobile sanctis 
Ctvnobium fultum, super hœc tu dirige vultum. 

« On ne sait ce qu'est devenu ce monument de sainteté prisé comme 
un trésor par un savant qui dit en avoir tiré un crayon sur le papier 
dans notre église, oii il l'a vu suspendu à un pilier à une chaîne de 
fer, environ l'an iG3o. Heureusement pour nous, après des recherches 
de l'original, longues et inutiles, on en a recouvré une copie que l'on 
doit auzèle des RR. PP. Feuillants de Fontaines, qui l'ont fait faire sur 
l'original perdu... » Suit un renvoi à la page 87, où se trouvent ces 
nouveaux détails : « 11 est à noter que dans la copie de l'ancien tableau 
énonce, tirée très fidèlement sur celle des RR. PP. Feuillants, on a 
mis au bas du tableau, à la place de S, Bernard et ses frères revêtus 
en Feuillants, l'évèquc (îarnier et les ligures des ducs ou comtes et 
comtesses enterrés dans Saint-Bénigne. Aux quatre coins du tableau, 
au lieu des Histoires d'Alethe. on y a peint le portrait du cardinal de 
Givry, et à sa gauche, Ale.>;andre clé Montagu ; au bas, l'abbé Jarenton, 
et pour regard^ l'abbé Pierre. » 

Si nous parlons de ce tableau, c'est parce que la B. Aleth y était 
représentée, ce qui est une nouvelle preuve de la vénération perma- 
nente dont l'abbaye entoura sa mémoire. 

Les deux copies conservées disparurent à leur tour pendant la Révo- 



DE SAINT BERNAIU) l6l 



Cette juste observation avait frappé Manrique: on la 
trouve au fond du discours qu'il prête à l'abbé Jarenton, 
lorsque celui-ci demande le corps de la B. Aleth (i). 

Le jour de la mort d'Aleth fut lei'^' septembre, auquel 
on célébrait, à Fontaines, la fête de saint Ambrosinien, 
et, si plusieurs auteurs ont indiqué le 4 avril, c'est que 
l'on a confondu saint Ambrosinien avec saint Ambroise 
de Milan, comme nous l'avons rappelé ailleurs (2). 

Grande fut donc l'épreuve qui venait de fondre sur la 
maison seigneuriale de Fontaines. Bien qu'Aleth fût 
morte de la mort des saints, bien que sa protection ne 



lution. Celle des Feuillants ne s'est point retrouvée. Celle de Saint- 
Be'nigne fut découverte par M. l'abbé Hougaud, sur l'étalage d'un bou- 
quiniste, à Dijon le 20 septembre 1834. Achetée aussitôt par Mgr Rivet, 
cette précieuse copie fut placée dans la galerie du palais épiscopal, où 
on la voit encore. Une iroisicme copie, tirée sur celle qui venait d'être 
recouvrée ainsi, orne la salle capilulaire, à la sacristie de Saint-Bénigne 
[Etude hist. et critiq..., p. 324). 

Ce tableau représente une sorte d'arbre généalogique portant au 
centre saint Bénigne, et tout autour, sur les^ branches, dix-neuf mé- 
daillons renfermant autant de personnages qualifiés du titre de saint. 
En donnant leurs noms, M. Bougaud a omis celui de l'abbé Halinard. 
L'inscription est en caractères romains, elle couvre un ruban qui décrit 
un ovale autour de l'arbre, et elle commence en bas, à main droite des 
personnages représentés. En voici le texte : Magna iiisigiiis moita.stcrii 
divi Betugni divioncnsis martiris luminaria ex vcterr. )iis Bcnigniano 
-j- Quisqiiis scire ctipis quitus hoc sit nohile sanctis aenobium fultum, 
super hi£C tu dirige vultum. 

La première partie de cette inscription ne fut-elle pas ajoutée par les 
Feuillants .■■ On est tenté de le croire, vu la différence de st\le, vu aussi 
les notes des Bénédictins que nous venons de transcrire. D'ailleurs, les 
religieux de Fontaines ne copièrent pas avec une scrupuleuse exacti- 
tude le tableau de Saint-Bénigne, puisqu'ils }• introduisirent saint Ber- 
nard et ses frères, et qu'ils y tirent représenter des traits de la vie delà 
B. Aleth. Il est donc iinpossible de juger à quelle époque pouvait re- 
monter l'original, d'après les copies qui nous restent. 

Une longue inscription sur marbre, datée de ii)G8, se lisait dans la 
crypte de Saint-Bénigne. Klle a été publiée en lyoi) dans V Office propre 
de saint Bénigne ^Dijon, de Fay, p. yo), rééditée eii 1S82 daiis VLpigra- 
pltie bourguignonne (p. 202), et se trouve aussi dans le msde la Bibl. des 
Archiv. de la Côte-d'Or, inscrit S T, n" 121, p. 75. Elle débute ainsi ; 
D. O. M. et iVternœ SS. memoriœ quorum sacra corpora sub Iiac mole 
quiescunt. Voici quelques mots de la conclusion : 

Non potuit exiguo marinore comprchcndi 
vrogenies omnis, quam œdibus amplissimis 

aima telluscomplecti non valuit. 

Dédit cnim clareval'.ensibus matrem Aletain, 

ut mhil de te cœteris moneam. 

1 . Ad an. mo5. 

2. Migne, U c, col. iBgS et suiv. 



i68 l'enfance et la jeunesse 

dût point manquer à sa famille, cependant cette protec- 
tion devenait invisible et, partant, moins sentie. Ber- 
nard, surtout, perdait Tange tutélairc qui avait reçu les 
confidences du Ciel sur sa destinée, et qui le dirigeait 
sûrement au but, avec l'aimable ténacité d'une mère. 
Sans doute, le souvenir des soins privilégiés dont il 
avait été l'objet, et le degré qu'avait atteint en lui l'a- 
mour filial au milieu d'un dévouement si expressif, fixè- 
rent pour jamais devant les 3'eux de son âme l'image de 
la vénérée défunte. Il est juste dépenser qu'il se rappela 
chaque jour ses conseils en priant pour elle. Car, cinq 
ans plus tard, pendant son noviciat, il récitait encore 
tous les jours, les sept psaumes de la Pénitence à l'in- 
tention de sa mère (i). Et tout à l'heure, nous rencontre- 
rons la preuve d'une réminiscence très vivace. Néan- 
moins, il se trouva dépourvu de cette ferme direction 
qui, jusque-là, lui avait tracé sa voie; il fut livré à lui- 
même. C'est ce que remarque formellement le biogra- 
phe : suojam more, sno jure riclitare iiicipieiis (2). 

Toute vocation surnaturelle, la plus extraordinaire 
comme la plus commune, veut être librement suivie. 
iMeth aurait-elle pu méconnaître ce principe ? Aurait-elle 
pu laisser trop peu d'indépendance à Bernard dans sa 
résolution définitive touchant son avenir? Faudrait-il 
voir, là, le motif providentiel du décès prématuré d'Aleth? 
Nous ne le pensons pas. Mais, autant que l'on peut pé- 
nétrer les secrets d'En-Haut, voici une explication meil- 
leure. La mission de Bernard était de se jeter, à corps 
perdu, dans les immolations du cloître, d'y entraîner à 
sa suite une foule d'imitateurs et, par un merveilleux 
épanouissement de la vie évangélique, de porter remède 
aux plaies intellectuelles et morales de son époque. Or, 
il fallait que le jeune gentilhomme entrevît un instant 
ces plaies et que, par un léger contact, il comprît le péril 



1. Ibid. coL i332, C 

2. Ibid. col. 23o, B. 



nE SAINT BERNARn I ()() 



de la science infatue'e d'elle-même, les dangers de la vie 
du siècle. C'est à ce contact, en elTet, les biographes 
l'attestent, que Bernard, dont la volonté était douée 
d'une élasticité et d'une énergie si remarquables , 
s'élança d'un bond jusqu'au sommet de la perfection. 
Mais, ce rapide passage au milieu du monde, pendant 
lequel il en effleura les sentiers plutôt qu'il n'y marcha 
réellement, Aleth ne l'eût point permis. Elle ne l'eût 
point permis, car elle eût rempli son devoir de mère. 
Quelque sûre qu'elle soit de la vertu de son fils adoles- 
cent, jamais une mère, si elle a le sens chrétien, ne lui 
laissera volontiers côtoyer les abîmes. 

Mais nous avons tort, peut-être, de toucher aux rai- 
sons providentielles des faits qui nous occupent. Notre 
programme est plus restreint, et ne s'étend pas au delà 
de l'historicité de ces faits. 

Quelle fut l'occupation de Bernard pendant les années 
qui suivirent la mort de sa mère? Les a-t-il consacrées 
aux études philosophiques et théologiques ? Ses bio- 
graphes n'apprennent rien de précis à ce sujet. Ils rap- 
portent un mot plaisant que le saint répétait plus tard, 
disant dans l'abandon de l'amitié : Je n'eus jamais d'au- 
tres maîtres, que les chênes et les hêtres (i). 

Mais on saisit l'idée qui se cache sous ce mot pitto- 
resque. Il peut contenir une allusion charmante au parti 
que prit le jeune gentilhomme de laisser là les écolàtres 
pour s'ensevelir dans la solitude. Il recèle surtout un 
grand principe de direction spirituelle. L'abbé de Clair- 
vaux voulait dire que la connaissance des vérités et des 
maximes qui font les saints, est le fruit de la prière 
plus que de l'étude. On ne saurait découvrir dans cette 
parole une alTectation d'ignorance. 

Comprendrait-on, d'ailleurs, que Bernard eût dissipé 
son adolescence dans l'oisiveté ? De son temps ceux qui 
s'adonnaient aux Lettres, ne se bornaient pas au Tri- 

1. M igné, I. c, col. 240, D. 



lyo 



l'enfance et la jeunesse 



pîum et au Quadriviuin ; mais ils complétaient ces pre- 
mières études par d'autres plus relevées. Pour lui spé- 
cialement, son programme comprenait davantage, puis- 
que sa mère l'avait mis aux écoles sacris litteris erii- 
diendiim. Et si, quand il parla de se retirer au désert, on 
le retint un instant dans le monde amorescientiœ sœcii- 
laris, si l'on fut sur le point de le lancer sur la route de 
l'Allemagne, c'est que l'on avait affaire à un étudiant, 
qui n'avait point fermé les livres. Aussi bien, les bio- 
graphes montrent-ils Bernard, une fois sa vocation déci- 
dée, cherchant des recrues pour le cloître parmi ceux 
cinn quibiis de hUTERis s.ECur.i sen de sxculo ipso agere 
solebat. Il n'avait donc pas cessé de s'occuper d'étu- 
des. Et, observons-le, ces litleiw sœciili. cette scientia 
sœcularis, ne désignent pas uniquenient les connaissan- 
ces profanes, elles n'excluent pas la théologie; mais l'op- 
position est avec scientia ou doclriua spiritualis^ la 
théologie mystique, la spiritualité, qui était plutôt Tapa- 
nage des hommes du cloître. 

Est-ce à la méthode suivie encore par ses maîtres, 
est-ce à son propre génie, que saint Bernard doit de 
s'être attaché h. la théologie positive, qui s'appuie sur 
l'Ecriture Sainte et la Tradition, beaucoup plus que sur 
les raisonnements philosophiques? C'est, peut-être, à 
ces deux causes réunies. Mais, à coup sûr, c'est à la 
seconde. 

Il est impossible que le brillant écolier de Châtillon 
n'ait pas rencontré dans son entourage quelques esprits 
où fermentait le rationalisme de cette époque. Alors, en 
effet, se produisait ce que l'on est convenu d'appeler la 
seconde renaissance littéraire et artistique. La première 
avait eu lieu sous Charlemagne. La troisième devait 
avoir son apogée, en Erance, sous Erançois P''. Au 
\\f siècle, on le sait, le mouvement intellectuel amena 
la formation d'une école théologique nouvelle, repré- 
sentée par le trop célèbre Abélard- Non contente de 
rompre avec l'ancienne méthode et d'y substituer la 



DE SAINT I5ERNA15D 



méthode dite scolastique, cette e'cole soumit, sans me- 
sure, à l'investigation rationnelle les dogmes les mieux 
définis. Après que la première effervescence fut tombée, 
le courant, ramené dans ses digues, donna la Somme 
théologique. Mais, en attendant, et plus tard, dans des 
débordements successifs, il devait égarer la multitude 
des esprits moins sûrs, indépendants, mal atfranchis du 
sensualisme ; il devait les conduire au libre-examen, à 
la libre-pensée. 

La foi profonde de Bernard, sa philosophie toute 
chrétienne et aussi, sans doute, l'intuition du péril le 
détournèrent de la nouvelle voie. S'il y essaya quelques 
pas, quand on le poussa vers la science du siècle, ce fut 
pour se replier bien vite. Il demeura fermement attaché 
à la méthode des Pères, et devint l'antagoniste des nova- 
teurs. Ainsi se préparait-il, à son insu, à confondre un 
jour Abélard. Il s'y préparait en conservant sa foi humble 
et simple, sa foi d'enfant. Il le dira lui-même, à la veille 
de la fameuse controverse : Piiersnm, et ille vir bellator 
ab adolescentia (i). 

La Sainte Ecriture fut toujours le principal objet de 
son étude : les biographes l'insinuent. 

Avant de voir la raison la plus haute et la plus fière 
de son temps subir honteusement le joug des sens, Ber- 
nard dut assister à des naufrages moins retentissants, 
dont les victimes étaient ses condisciples et ses amis. 
Voici, en effet, ce que rapportent les biographes; nous 
les citons textuellement : Obsidebant autem benignuni 
juvenis animiim sodaliiim dissimiles mores et amicitice 
procellosœ, similem sibi efficere gestientes. Qua' si ei diil- 
cessere perstitissent, nccesse erat amarescere illi^ quod in 
liac vita dulcius cordi ejiis iusederat^ castiiatis nmo- 
rem (2). Le commentaire est facile-. Ces compagnons où 
Bernard rencontrait des amitiés dangereuses, n'étaient 



1. Epi ST. CLXXXIX, n" 8. 

2. Migne, 1. c, co!. 23o, B; 472, C. 



172 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



pas uniquement des damoiseaux, de jeunes chevaliers 
que les relations de famille lui avaient fait connaître ; 
mais c'étaient ses condisciples, c'étaient les recrues de 
l'école. A ce contact, il apprit combien la science est 
insuffisante pour sauvegarder l'intégrité des mœurs, 
combien elle expose aux chutes les plus humiliantes, 
lorsqu'elle provoque l'adulation et qu'elle engendre la 
vaine gloire. 

En même temps il vit l'innocence de sa vie menacée 
par d'autres attaques. 

Geoffroi parle ainsi dans ses Mémoires {Vita J") de 
l'époque ou commença cette nouvelle épreuve, et du ré- 
sultat qu'elle produisit sur l'àme de Bernard : Posuit 
(Bernardus) /// corde suo ab ipso pncrUiœ tempore, prœ- 
ventiis g-ratia et bencdictione dulcedinis^ carnis spurci- 
tias immaculato calle transire, odiens eam quœ carnalis 
est tiinicam macidatam. Jam vero^ ciini vicesimo appro- 
pinquaret œlatis aniio, adolesccntiœ stimulas sentiens^ 
indigne tnlit ,jam necessariiim judicans castigare corpus 
et subjicere servit iiti. Ex tune ergo cum aininculo suo, 
Gauderico nomine, sermoei fuit de conversione (i). 

Ainsi, lorsqu'il fut près d'atteindre -sa vingtième an- 
née, indigné de sentir l'éveil des passions, il se mit à 
témoigner le désir d'embrasser la vie monastique. Vai- 
nement le siècle ouvrait-il devant ses pas plusieurs 
carrières, en lui montrant dans chacune « les prospéri- 
tés de cette vie et de grandes espérances » (2). Le dé- 
sert, avec sa sécurité, l'attirait davantage. 

Heureux adolescent, qui garde jusqu'à sa dix-neu- 
vième année le calme de l'innocence, et qui, au premier 
trouble, cherche le moyen le plus efficace d'assujettir la 
chair à l'esprit ! 

Tout le monde a lu, dans les "\^ies de saint Bernard, 



1. Bihl. nat. cod. lat. 17539, Bouhier 69 bis, fol. 3. 

2. Migne, 1. c, col. 2'3o, B; 472, C. 



OE SAINT BERNARD lyS 



le trait d'héroïsme (0 que l'hymnographe cistercien a 
buriné dans ce vers inculte : 

De fixa lumina stagno prœcipitat. 

On se demande quel en fut le théâtre. Fontaines dési- 
gne son petit étang, au pied de la colline qui porte l'é- 
glise et le château. Le P. Legrand cherchait à Chàtil- 
lon l'emplacement d'un autre étang (2). Il faut dire 
qu'en dehors des conjectures et des vraisemblances, rien 
ne précise ce détail topographique, omis, comme plu- 
sieurs autres, par les auteurs des Vita;. 

La chasteté de Bernard n'eut point seulement à s'alar- 
mer d'un sentiment étrange, qui menaçait de la flétrir, 
mais elle rencontra l'agression brutale et cynique (3). De 
ces pièges grossiers, la délicate nature du jeune saint se 
détourna d'instinct, comme la vue se détourne d'une 
plaie. Il dit à ses amis, et surtout il leur prouva 
que « pour lui la pureté était le plus précieux des biens 
et un incomparable trésor (4) ». 

Bernard conserva donc intacte sa virginité. Ses paro- 
les et ses actes établissent que, dès sa jeunesse et au 
sein du monde, il éprouva ce dégoût profond pour la 
volupté, lequel est le signe d'une àme d'élite. Il aima 
toujours la sainteté des mœurs comme la netteté des 
vêtements, et eut pour maxime constante ce qu'il expri- 
me dans son exhortation aux clercs : Qiiis jwstnim, 
fratres, exlerioreni hanc vestem qiia tegitur, si repente 
obcœnis iindique spiitis illitam et fœdissimis qtiibusque 
sordibus inquinatam consideret, non vehementer exhor- 
reat, non velocitcr exuat, non indignante!' abjiciat ? Ita- 
quequi,non vestem, sed semetipsuni intus siib veste talem 
reperit,eo amplius doleat et anima consternetur oportet^ 
qiio propius tolérât quod exhorret (5). 

1. Ibid. col. 23o,C. — Alain n'a pasinscré ce fait dans sa compilation. 

2. L'Histoire saincte de Châtillun-sur-Seitie, i65i, Deuxième partie, 
p. 124. 

3. Migne, 1. c, col. 23o-23i et 472-473. 

4. Ibid. 

5. De coiiversioiie, ad clericos, cap. 111. 



174 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



On voit dès lors qu'elle est la vraie interpre'tation 
de ce mot du xlvi'^ sermon de diversis : Periit vivtiis 
illaa me. Saint Bernard ne s'exprime pas ici en son nom 
personnel, mais au nom de ceux de ses auditeurs qui 
n'avaientpoint conservé la virginité. Les orateurs s'attri- 
buent souvent un fait ou un état qui ne sauraient leur 
convenir, afin d'instruire ceux que cet état ou ce fait re- 
gardent. Telle est, d'ailleurs, la remarque d'Horstius et 
de Mabillon. 

On voit également quelle est la valeur des allégations 
de Pierre Bérenger, disciple d'Abélard. Dans son ar- 
deur à venger son maître condamné au concile de Sens, 
Bérenger écrivit VApologeticus, qui n'est qu'un tissu 
d'injures contre l'abbé de Clairvaux et les évêques du 
concile. Là, il prétend que Bernard, dans sa jeunessse, 
a primis fere adolescentiœ rndimentis., aurait composé 
des poésies légères. Il omet d'en rien citer, afin, dit-il, 
de ne point souiller son ouvrage /ce^?/ commenti inter- 
positione. Bérenger a désavoué son libelle et déclaré 
qu'on ne devait point prendre au sérieux ce qu'il avait 
dit de l'abbc de Clairvaux, yoco legatur, non serio. Mais 
à défaut de cedésavœu, quelle choquante contradiction 
qu'un étudiant de mœurs aussi pures que l'était Bernard, 
eût façonné des couplets déshonnêtes ! Aussi, s'étonne- 
rait-on d'entendre ressasser ce thème, dont l'abbé Vacan- 
dard vient encore de faire bonne justice, n'était la facilité 
avec laquelle on se trompe en traitant un sujet sans 
avoir confronté toutes les données (i). 

Poussé vers le cloître par son amour de la retraite et 
par la vue des périls du siècle, Bernard parlait donc de 
conversio'iie avec un frère de sa mère, son oncle Gaudri. 
Tous nos lecteurs savent que le mot de « conversion » 
ne signifie pas autre chose ici que l'acte de se vouer 
à l'état religieux. De quelle solitude était-il ques- 



I. Migne, 1. c, col, 654, A. — Revue des Questions historiques, 
janvier 1891 : Les poèmes latins attribués à S. Bernard, étude critique 
sur l'ouvrage de M. Hauréau, par l'abbé Vacandard. 



DE SAINT BERNARD 17? 



tion dans ces conversations intimes? Dans quel de'sert 
se voyait-on déjà? Bernard songeait à Cîteaux (i). II 
était grand bruit du « Nouveau-Monastère » à Chàtil- 
lon. à cause du voisinage de Molesmc, d'où était partie 
la colonie fondatrice (2). Il en était grand bruit à Dijon 
et dans tous les alentours. On apercevait du donjon de 
Fontaines la forêt au sein de laquelle se cachaient les 
austères cénobites. Mais si l'on parlait beaucoup de Cî- 
teaux, on sait dans quel sens. Ce fut comme on parla 
plus tard de l'abbaye de Feuillant, sous Jean de la 
Barrière, et de la Trappe, sous l'abbé de Rancé. Il y 
avait là vraiment du nouveau, un étonnant contraste 
avec ce qui se vo3'ait ailleurs. Plus d'égards pour le 
rang ou la naissance. Les obscurs travaux des champs 
à la place des savantes études. On ne cherchait plus la 
gloire in stylo sed in critce, comme Arnaud de Bonne- 
val l'a écrit des religieux de Clairvaux (3); on voulait 
être des saints, mais cacher sa sainteté même au fond 
des déserts. Un mot, ou plutôt une grande chose, expli- 
que tout cela : c'est l'humilité. Bernard vit que c'était là 
le trait dominant du « Nouveau-Monastère », et ce 
fut pour lui le principal attrait. On ne saurait élever 
un doute là-dessus. F'ormel est le témoignage des bio- 
graphes, bien placés pour avoir saisi les pensées inti- 
mes de l'abbé de Clairvaux (4). Ft la justesse de l'ap- 



1. Migne, 1. c, col. 23i, C. — La foiidaiion cic Cîteaux date de 1098. 

2. Plusieurs membres de 'la noblesse de Châtiilon et des environs 
étaient entrés à Moiesme. Sans nui doute, ii y avait parmi eux des 
connaissances de Bernard. Si l'on s'en tenait aux publications hagio- 
graphiques, on serait tenté d'ajouter que Gaudri avait déjà un tîls dans 
cette abbaye. Un Gaudri de Touillon figure bien dans le cartulaire de 
Moiesme, avec sa femme, ses tilles, et ses tils Gauthier et Lambert. 
Mais son identité avec l'oncle de saint Bernard reste à établir. Les 
deux chartes notices qui le mentionnent, ne sont pas datées. On lit en 
marge la date de loSo. Aucun membre de la Maison de Montbard 
n'apparait là. L'ne charte fait même mourir dans le siècle le Gaudri 
dont elle parle (.\rchiv. de la Côte-d'Or, Cartul. de Moiesme, I, 55 
et io5). Toutefois l'autorité de ces chartes est discutable, puisqu'elles 
ne sont que des copies d'originaux disparus, 

3. Migne, 1. c, col. 268, B. 

4. Ibid. col. 23i, D ; 473, D. 



176 



l'enfance et la jeunesse 



préciation de ces auteurs est confirmée par toute 
l'histoire du saint. 

Nous laissons à d'autres la tâche de montrer com- 
ment Bernard put servir toutes les grandes causes, 
comment il leur ménagea les ressources de son puissant 
génie, précisément parce qu'il fut humble. 

Le sujet des entretiens qu'avaient ensemble l'oncle et 
le neveu, fut découvert. Alors les frères de Bernard, 
ceux qui lui étaient naturellement attachés, s'efforcè- 
rent de le retenir dans le monde et de l'y enraciner. Ils 
firent miroiter devant ses yeux les avantages des carriè- 
res littéraires. Bernard pouvait arriver à tenir le pre- 
mier rang parmi ces rhéteurs, ces philosophes, dont 
plusieurs vinrent se placer sous sa conduite à Clair- 
vaux (i). Les pressantes sollicitations de ses frères et de 
SCS amis le rendirent perplexe durant quelque temps. 
Son élan vers Cîteaux se ralentit : il en fit lui-même 
l'aveu par la suite (2). Ce n'est point qu'il se laissât 
prendre à l'appât de la renommée : la modestie de son 
caractère doit faire écarter cette hypothèse ; mais il 
aimait l'étude, il aimait la science, bien qu'il fût l'en- 
nemi des nouvelles méthodes. 

On peut lire, dans le trentième sermon sur le Canti- 
que des Cantiques , un passage où saint Bernard dépeint 
l'état de son âme avant son entrée en religion (3). Il 
commentait ces mots : Posnerunt me ciistodcin in vineis : 
vineam meam non ciistodivi. Les vignes dont il est parlé 
dans le texte biblique sont pour lui l'emblème des 
âmes. La foi est le cep; les vertus sont les pampres; 
les œuvres, des grappes; la dévotion, du vin. Il s'appli- 
que à lui-même la comparaison, et s'écrie : « Que de 
temps ma vigne est restée inculte, déserte, abandon- 
née! Elle ne produisait plus de vin, caries pampres 
des vertus étaient desséchés, la foi était stérile. J'avais 

1. Ibid. col. 267, D. 

2. Ibid. col. 23i, D. 

3. In Ceint, sermo xxx, n" G. 



DE SAINT UERNARD I 77 

la foi, mais une foi morte. Comment dire qu'elle n'était 
pas morte, puisque les œuvres faisaient défaut? Tel 
j'étais dans le siècle. » Les saints portent souvent sur 
eux-mêmes des jugements sévères qui ne peuvent deve- 
nir la base de ceux de l'historien. Il faut donc atténuer 
ce blâme que l'abbé de Clairvaux jette à sa jeunesse. 
Mais il est à croire que, pendant la période des hésita- 
tions, il subit une diminution de ferveur, des aridités 
qui lui étaient plus ou moins imputables. 

Dans le même temps, le souvenir de sa mère lui 
revint plus fréquemment. Il lui semblait la voir en face 
de lui, il croyait entendre ses plaintes et ses reproches : 
Etait-ce pour un aussi futile avenir, ad hiijusmodi nu- 
gacitatein, qu'elle l'avait élevé avec tant de soins ? (i). 
Ainsi, les sages leçons reçues nagucres se représentaient 
à la mémoire du jeune saint. Elles l'empêchaient de 
perdre de vue l'inanité des arguties dans lesquelles 
se délectait alors le monde des écoles, et la supé- 
riorité de la science que l'on apprend de Jésus-Christ 
lui-même, dans la contemplation et l'exercice des 
vertus. 

Cependant son esprit fiottait toujours indécis. Un 
moment ses frères se crurent maîtres de sa destinée. Ils 
avaient conçu le dessein de l'envoyer en Allemagne (2); 
ils désiraient que le jeune gentilhomme allât suivre, dans 
nous ne savons quelle université, les leçons de quelque 
maître fameux. Les fils de Tescelin concertaient ce 
projet, Tépée à la main. Car ils étaient alors, avec leur 
père et leur oncle Gaudri, au siège du château de Gran- 
cey, sous la bannière de leur suzerain, le duc de Bour- 
gogne Hugues II (3). L'histoire locale n'a pas conservé 
le souvenir de ce siège, connu seulement par les bio- 
graphes de saint Bernard. Le seigneur du château in- 



1. Migne, 1. c, col. 23i, D. 

2. Migne, 1. c, col. ôSj, B. 
■3. Ibid. col. 232, .\; 47^, D. 



lyS 



L ENFANCE ET LA JEUNESSE 



vesti était Renaud de Grancey, autant qu'on en peut 
juger par les chartes (i). 

Ceci se passait au début de iii3(n. st.), six mois 
environ avant l'entrée à Cîteaux (2). 

Si l'on veut bien saisir les péripéties du dénouement 
inattendu qui se produisit, il faut compléter les récits 
de Guillaume et d'Alain par les Mémoires de Geof- 
froi (3). Les circonstances que relatent ces Mémoires 
paraissent avoir été élaguées, dans les rédactions posté- 
rieures, plutôt en raison du plan suivi que par crainte 
d'être inexact (4). 

Le voyage en Allemagne était donc décidé en principe. 



jraiice)-le-Châtcau esl situé ;i peu prés à c'gale distance de Dijon, 
lâtillon et de Langres. La maison tcodale, dont le nom était tiré 
: lieu, avait alors de nombreux représentants. Le principal sei- 



ne que Cjui, comte de Saulx (Cartul. de Molesme, 1, 4'3 ; Migne, 
1401, C) ? Les seigneurs dits de (iranccy sont quelquefois appelés 
!>ucenay (E. Petit, II, 268, 271, 317 et Cartul. de l'ontenay, 2' gd. 
fol s\ 



1. G 

de Ch ^.-_. .-- . , .--- 

de ce lieu, avait alors de nombreux représentants. Le principa 
gncur du château de Grancey en iii3 paraît avoir été Renaud, à qui 
\a Chronique de Flavigny (mon. ss. \ill, p. 479, 11° ]5) donne pour 
frère en logy Gui de Lucenay (-le-l)uc). Celui-ci ne serait-il pas le 
même que Gui, comte de Saiilx (Cartul. de Molesme, I, 4'3 ; Migne, 

col. 1/ ' '^^^ ' ' "' "'' ' '^ ^ ^" — ' ' '"' ' '" 

de Lu 
ch. fol. 8) 

2. Les biograplies s'accordent à placer dans le temps du carême une 
partie des événements dont le récit va suivre. Or, ce ne peut être que 
le carême de iii3 (n. st.). En effet, il n'y eut pas un intervalle de six 
mois pleins entre le voyage de Grancey où l'on décida d'entrer à 
Cîteaux et le départ pour ce monastère (Migne, col. 23(), A; 477, C). 
De plus, ce départ, daté de iii3, ne s'etléctua qu'après l^âques, alors 
le premier jour de l'année. Si l'on prenait le carême de 11 12 (n. st.), 
l'intervalle qui doit être inférieur à six mois, dépasserait un an. Il y a 
bien de l'autre côté quelque dif" 
plus exacts d'entre les biograph , . 

deux ans lors de son entrée à Cîteaux, en iii3, et environ soixante- 
trois ans jour de sa mort, le 20 août 1 i5?. Ceci mène à une conclusion 



quelque difficulté. Suivant Geollroi et Alain, les 
les biographes, saint Bernard avait environ vingt- 
n entrée à Cîteaux, en iii3, et environ soixante- 
iiwio uiiojwui ut .-><i iiiort, le 20 août iib?. Ceci mène à une conclusion 
nécessaire ; saint Bernard n'avait pas accompli sa soixante-troisième 
année quand il mourut, tandis qu il avait achevé sa vingt-deuxième 
lorsqu'il entra à Cîteaux. Ce dernier point, d'ailleurs, est conlinrié par 
Jean l'Ivrmite : Bcrnardus, jam croluto, ut a patribtin twstris acccpimns, 
viginti dtiorum aiinorum spatio, crcinum, pctens (Migne, col. 53(), D). 
Des lors, il faut que le dép.irt pour (liteaux ne se soit pas cllectué vers 
le mois d'août, mais plus tôt. Autrement, eût-on donné à saint Bernard 
environ soixante-trois ans au mois d'août ii53, et environ vingt-deux 
lors de l'entrée à Cîteaux en iii3 >. Mais rien n'empêche que l'on ait 
pris le chemin de Cîteaux à la fin du printemps, dans les dernières 
semaines de juin. Alors, tout est assez bien concilié. 

3. Bibl. Nat. cod. lat. 171)39 (Bouhier, fx, bis), fol, 3-6. Migne, 1. c, 
col. 524-530. 

4. 11 est clair que Guillaume de Saint-Thierri groupe un peu arbi- 
trairement les faits pour raconter une à une chaque conversion. Alain, 
malgré son intention de rétablir, en général, l'ordre chronologique, 
reproduit ici presque sans aucune retouche la narration de Guillaume. 
Les particularités qu'on trouve dans les Mémoires de Geoffroi, peignent 



DE SAINT BERNARD 1 79 



A un jour fixé, Bernard devait aller trouver ses frères 
à Grancey, afin de régler son départ. Or, la veille de 
ce jour, les frères aînés du jeune saint sont témoins 
d'un incident qui leur cause la plus vive inquiétude sur 
l'issue finale des questions agitées. Gaudri de Touillon 
avait donné sa parole au nom du duc. Celui-ci refuse 
de tenir l'engagement. Irrité de cette conduite, Gaudri 
s'écrie aussitôt : « Je n'ai pas le moyen de me venger de 
l'affront que vous me faites, seigneur duc ; mais, sachez- 
le, dès aujourd'hui vous ne verrez plus le bouclier sus- 
pendu à mon cou. »> 

Ce langage est trop bien compris de Gui et de Gé- 
rard. "\''oilà le fruit des conversations intimes de l'oncle 
et du neveu. Comment, maintenant, barrer à leur frère 
le chemin de Cîteaux ? Sans tarder, ils courent à Châ- 
tillon, dans l'espoir d'y rencontrer encore Bernard et 
de le mettre vite en route pour l'Allemagne. Leur calcul 
est déjoué : Bernard a déjà quitté Chàtillon, et che- 
vauche dans la direction de Grancey, par une autre voie 
que celle qu'ils ont prise. 

De Chàtillon à Grancey les chemins sont, presque 
partout, boisés et pittoresques : çà et là l'on rencontre un 
vallon, une combe vraiment sauvages. Au xn^ siècle, assu- 
rément, l'aspect deces lieux n'était pas moins désert qu'au- 
jourd'hui. En suivant ces chemins solitaires, Bernardpèse 
les conséquences du voyage qu'il est prèsd'entreprendre. 
Ses craintes, ses anxiétésrenaissent plus vivesque jamais. 
Il vient à passer devant une église. Il descend de son 
cheval, il entre. C'est là que Dieu lui réservait le dernier 
trait de lumière, cet éclair d'en-haut dont le P. Lacor- 
daire a dit, pour peindre un événement analogue dans 
sa propre existence : c 11 me semble voir un homme qui 
s'avance au hasard, le bandeau sur les yeux; on le 
desserre peu à peu, il entrevoit le jour, et, à l'instant où 

au vif la situation, replacent les faits dans leur cadre et dans leur vcri 
table enchaînement; elles ne sont pas contredites par les rédactions 
détinitives. Pour ces motifs, nous croyons devoir en tenir compte. 



i8o l'enfance et la jeunesse 

le mouchoir tombe, il se trouve en face du soleil ! « (i) 
Il ne s'agissait point pour Bernard de recouvrer la lu- 
mière de la foi, mais de recevoir celle qui fixe une 
vocation. Son àme en fut toute illuminée. Car, après 
avoir prié avec ferveur, le visage inondé de larmes , il 
sortit de l'église résolument moine et moine de Cîteaux. 

Arrivé à Grancey, Bernard fait ses confidences à son 
oncle, et celui-ci lui fait les siennes. On devine la joie 
de ces deux cœurs, unis depuis longtemps dans la com- 
mune pensée de fuir le monde. Ils se félicitent mutuelle- 
ment, et Gaudri promet de suivre son neveu à Cîteaux. 

L'un et l'autre vont ensemble trouver Tescelin, et lui 
déclarent ouvertement quelle est leur intention. 

Cette démarche accomplie, Bernard passe de suite à 
l'exécution d'un grand dessein. Il veut emmener au dé- 
sert toute une phalange : ses frères, ses condisciples, 
ses amis. C'est alors qu'il révèle un trait de caractère, 
qui jusque-là ne s'était point manifesté : je ne sais 
quelle trempe vigoureuse, quel ascendant irrésistible ; 
une âme de feu. 

Barthélémy est le premier de ses frères qu'il rencontre. 
De concert avec Gaudri, il l'invite à prendre avec eux 
l'habit monastique. Le jeune damoiseau consent, et n'op- 
pose aucune difficulté. 

André venait d'être armé chevalier. Son premier coup 
d'épée n'avait pas été heureux : on l'avait fait prison- 
nier. Bernard réussit à le voir. Il lui apprend sa réso- 
lution, celle de son oncle et de Barthélémy ; il l'exhorte 
à se joindre à eux. André résiste, mais tout à coup, au 
milieu des instances qui lui sont faites : « Je vois ma 
mère ! » s'écrie-t-il, et bientôt il cède, en disant : « Alors, 
faites en sorte que pas un de nos frères ne reste dans le 
monde, ou bien divisez-moi en deux, car, loin d'eux 
comme loin de vous, pas de vie possible pour moi. » 

Cependant, Gui et Gérard reviennent de Chàtillon. 

I. Lettres à des jeunes gens, i86i, p. Sg. 



i 



DE SAINT BERNARD 10 1 



On leur raconte tout ce qui s'est passé. Ils écoutent, 
silencieux et mornes, convaincus que la moindre remon- 
trance est désormais inutile. 

Bernard ne tarde pas à poursuivre son œuvre. Il prend 
Gui à part, et le presse de renoncer au siècle. Gui était 
marié. Sa jeune épouse , connue dans l'hagiographie 
sous le nom d'Elisabeth, avait déjà mis au monde plu- 
sieurs petites filles qu'elle élevait. Comment briser de 
pareils liens? Néanmoins, Gui est ébranlé par les pa- 
roles de son frère, et, après un peu d'hésitation, il lui 
donne la main, en lui promettant de se faire religieux, 
si sa femme y consent. Comme il manifestait ses craintes 
au sujet de ce consentement : « Ayez confiance, reprit 
Bernard, je \'Ous promets à mon tour — et il lui donne 
aussi la main — je vous promets que bientôt vous serez 
libre. Avant Pâques, votre épouse vous aura permis de 
la quitter, si même elle ne vous demande aussi à se 
faire religieuse, ou bien elle mourra. » 

Restait Gérard, ardent chevalier, excellent cœur, qui 
ne comptait que des amis parmi ses compagnons 
d'armes. Plus il avait de sympathie pour Bernard, moins 
il devait lui pardonner de fuir le foyer domestique et 
d'en arracher tous ses frères. L'âme de toute la cam- 
pagne que l'on avait menée contre la vocation du jeune 
saint, sans nul doute, c'était lui. Bernard l'aborde ce- 
pendant, et lui propose d'échanger le haubert avec la 
robe du moine. Il est repoussé. L'apôtre du cloître in- 
siste, le chevalier le repousse encore. « Oui, je le sais, 
dit alors Bernard, il n'y a que le malheur qui puisse 
vous ouvrir les yeux. Eh bien, un jour viendra, et 
bientôt, où une lance perçant ce côté — Bernard avait 
mis le doigt sur le côté de son frère — ouvrira un meil- 
leur passage aux salutaires paroles que vous méprisez 
aujourd'hui, et les fera pénétrer dans votre cœur. Vous 
aurezgrand peur alors, mais vous ne mourrez point (i). » 

I. Mignc, 1. c, col. 233, B ; 473, \, 

n 



i82 l'enfance et la jeunesse 



On sait que la double prédiction du jeune saint à ses 
frères aîne's s'est accomplie à la lettre, et nous y revien- 
drons plus loin. 

Telles furent donc les premières conquêtes de Ber- 
nard dès l'heure même de sa « conversion ». Telle fut ce 
que nous appellerons la journée de Grancey, journée qui 
assura l'avenir de Cîteaux. Nous aimerions qu'un grand 
écrivain catholique reprît la plume tombée des mains du 
comte de Montalembert, et burinât cette page, assu- 
rément l'une des plus belles de la vie du grand moine 
et le digne portique de tout l'édifice. Nous voudrions 
qu'après s'être mûrement inspiré de son sujet, après 
avoir vu les faits dans leur vrai cadre et sous leur vrai 
jour, il nous peignît, d'un de ces coups de pinceaux qui 
n'appartiennent qu'aux maîtres, les phases si diverses, 
les contrastes si frappants, d'un épisode où tout est pal- 
pitant d'intérêt, où brille avec tant d'éclat la générosité 
à suivre les conseils évangéliques. 

L'ardent apôtre de la vie religieuse continuait à lever 
ses recrues. Sa parole était si persuasive, ses conquêtes 
étaient si rapides, que les châteaux redoutèrent de se 
voir dépeupler. Les mères cachaient leurs fils ; les 
femmes, leurs époux ; les amis éloignaient leurs amis(i). 
Réunis à Châtillon dans une commune demeure (2), les 
« convertis » inaugurèrent les exercices des cénobites 
au sein même du siècle. Bernard retardait l'entrée à 
Cîteaux, afin de grossir la phalange qu'il voulait y con- 
duire. Quelques-uns avaient à mettre ordre à leurs 
affaires. Mais, groupés ensemble, autour du jeune ado- 
lescent déjà devenu leur maître, ils étaient mieux à 
l'abri de toute défaillance. 

Gui eut bientôt la liberté de rejoindre la vaillante 
troupe. Sa femme refusa d'abord avec obstination son 



1. Ibid. co!. 235, C ; .147, B. 

2. Ibid. 



DE SAINl' BKUNAKD I 83 



consentement. Le pieux mari n'avait plus d'espoir. Seu- 
lement, dans son de'sir sincère de la vie parfaite, il ctu- 
iliait les moyens de la pratiquer sous l'habit laïque. 
Survient Bernard, qui parcourait la contrée, suscitant 
des vocations. Peut-être était-ce au château de Fon- 
taines que se trouvait Gui : une variante de la P^ita /" lui 
assigne alors cette demeure seigneuriale (i). La jeune 
châtelaine tombe malade. C'en est fait : elle appelle 
Bernard, demande pardon, et se déclare prête à prendre 
le voile. 

Cependant que devenait Gérard? Quinze jours environ 
après la prédiction de son frère (2), les gens du seigneur 
de Grancey l'entourent, dans une rencontre ; il tombe, 
le côté percé d'une lance ; ses adversaires le saisissent 
et l'emportent. Croyant voir la mort planer sur lui : « Je 
suis moine, s'écrie-t-il, je suis moine de Cîteaux ! » 
Néanmoins, on l'enferme dans un cellier, sous l'une 
des tours voisines de l'entrée du château. La nouvelle 
est portée à Bernard. Le saint attend un peu, puis il se 
rend à Grancey, afin de traiter l'élargissement du prison- 
nier. Il ne réussit ni cà l'obtenir ni à voir son frère, et ne 
peut que lui crier ces mots en passant devant la porte 
du cellier: « Sache, mon frère Gérard, que bientôt nous 
irons au Nouveau-Monastère ; pour toi, qui restes en- 
chaîné, sois moine dans ta prison. » A quelque temps 
de là, pendant le carême, Gérard s'échappe, par une 
sorte de miracle, de la tour où il était détenu, et gagne 
l'église, dans laquelle on achevait de célébrer l'oftice des 
vêpres. L'inviolabilité du lieu saint lui rendit la faculté 
d'aller s'unir à ses frères. 

Les « convertis » qui se destinaient àCiteaux, dépas- 
sèrent le nombre de trente (3). C'étaient d'abord tous les 
fils de Tescelin, excepté Nivard, le plus ieunc, qu'on 



1. Surius, éd. 3a, Colonix 1618, T. I\', p. 201. 

2. Migne, I. c, col. 582, B. 

3. Ibid. col. 237, C ; 478, C. 



i84 



l'enfance et la jeunesse 



laissait au preux chevalier conune une consolation, et à 
qui son âge, d'ailleurs, fermait l'accès du Nouveau-Mo- 
nastère. Aux fils de Tcsceiin il faut ajouter Gaudri de 
Touillon ; Milon de Montbard, seigneur de Pouilly-lès- 
Molesme, autre frère de la B. Aleth ; (i) Godefroi de 
la Roche et le jeune Robert, tous deux cousins de saint 
Bernard; Hugues deMcâcon, l'un de ses amis les plus 
chers. Les noms des autres sont restés inconnus. Il y 
avait parmi eux des clercs comme Hugues de Màcon (2). 
La manière dont celui-ci fut gagné à la vie claustrale est 
longuement racontée par les biographes, surtout dans la 
Vila 3\ On y voit une nouvelle preuve du zèle que dé- 
ployait Bernard dans la poursuite de son entreprise. 

Dans celte phalange d'élite rassemblée h Chàtillon, il 
y en eut un qui n'eut point le courage de persévérer. 
La crainte de quelque autre désertion détermina le dé- 
part pour Cîteaux. Ce départ dut s'effectuer vers la fin 
de juin, suivant le calcul qui a fait l'objet d'une note pré- 
cédente. 

Le château de Fontaines fut témoin des derniers 
adieux de Tcsceiin et de ses fils. C'est ce que rapporte 
expressément une variante de \aVita /•' déjà rappelée tout 
à l'heure: Cninque exircnt de inansioue Guidonis primo- 
ffoiiti quœ Foiilanœ dicebatur. Du reste, Fontaines est 
sur la route de Chàtillon à Cîteaux. Comment passer sous 
les murs du castel sans s'y arrêter ? Même en l'absence 
de Tescelin, le souvenir d'Aleth ne suffisait-il point pour 
guider là ses fils ? Ceux-ci pouvaient-ils ne pas essayer de 
ressaisir son image moins effacée, dans le donjon où 
elle expira saintement, comme aussi près de son tom- 
beau, à la crypte de Saint-Bénigne? 

Tout le monde connaît le mot adressé, dans cette cir- 
constance, par Gui à Nivard et la belle réplique de l'en- 
fant. Dans ce mot, dans ce suprême regard jeté par 



1. Ibid. col. i)()(j, C; 14';!, D, 

2. Ibid. col. Tii'io, 15. 



4 



un SAINT liliKNAUM) l8h 



l'aîné dé la Maison sur tout ce que Ton abandonnait, il 
nous semble voir percer ce vif amour que les seigneurs 
féodaux avaient pour leurs castels. Fontaines était un 
séjour aimé de ceux qui s'en exilaient volontairement. 
Bernard, qui arrachait à ce lieu ses hôtes, ne l'aimait 
pas moins que ses frères. Mais un amour meilleur s'é- 
tait emparé des jeunes gentilshommes. C'était l'amour 
de Dieu. Nivard avait tout compris. 

Tescelin resta donc seul à Fontaines avec Nivard. 
Hombeline devait être mariée à cette époque. Déjà sans 
doute, l'épouse de Gui s'était retirée au monastère de 
Larey (i), emmenant avec elle ses petites filles. La so- 
litude devint plus profonde encore. Car, Nivard voulut 
rejoindre ses frères ; parfois il prenait le chemin de Cî- 
teaux, et allait frapper jusqu'à la porte du couvent. Il 
fallut le confier à un prêtre qui lui enseii^nàt les Lettres, 
et quand il eût l'âge requis, il entra au noviciat (-2). 
Vers 1120, Tescelin était lui-même à Clairvai.:x. Peu 
après, Hombeline obtint de son époux, dont le nom est 
ignoré, la faculté de prendre le voile à Jully-les-Non- 
nains (3). Fnfin, une des filles de Gui, Adeline,se fit 
également religieuse, et devint abbesse de Poulangy (4). 
Une autre fut dame de Fontaines, et épousa Barthé- 
lémy de Sombernon. 

A partir de l'entrée de saint Bernard à Citeaux, les 
événements de sa vie n'appartiennent plus à une mono- 
graphie du château de Fontaines, ils appartiennent à 
l'histoire des Ordres monastiques, à l'histoire de l'E- 
glise. Ici finit donc notre tâche dans l'étude de cette 



1. Ibid. col. b2C>, .\. 

2. Ibiil. col. 325, C 

3. Ibid. col. 245, B; 4.S2, D. — Il est solidcmem licnionirc que le 
monastùre où se relira sainte Hombeline était situé à .lullv- Ics-Non- 
nains. Ilist. du yriciirc de Jully-lcs-XuiiniUiis, par M. l'abbe Jobin, I1S81. 

4. IbiJ. col. larf., n. 



i86 l'enfance et la jeunesse 



grande figure. Ici encore se terminera la Première par- 
tie du travail que nous avons entrepris de publier. Elle 
renferme tout ce qui a trait plus spécialement à saint 
Bernard lui-même, à ses rapports directs avec Fontai- 
nes. La seconde partie comprendra les Notes sur les sei- 
gneurs de Fontaines en ge'néral et sur les arrière-ne- 
veux du saint abbé en particulier, sur l'établissement 
des Feuillants, du XV^IP siècle à la Révolution, et sur la 
Maison de missionnaires fondée à notre époque. 
Un mot seulement de conclusion. 

Nous laissons saint Bernard sur le chemin de Cîteaux, 
où il va revêtir l'habit monastique. 

« On peut, a dit M. de Montalembert, on peut, sans 
excès d'ambition, aspirer pour le moine à une justice 
plus complète que celle qu'il a obtenue jusqu'ici, même 
de la plupart des apologistes chrétiens des derniers 
temps. En prenant la défense des Ordres religieux, on a 
semblé surtout demander grâce pour ces augustes insti- 
tutions, au nom des services rendus par elles aux 
sciences, aux lettres, à l'agriculture. C'était vanter le 
superfîu aux dépens de l'essentiel. Sans doute il faut 
constater et admirer la mise en culture de tant de forêts 
et de tant de déserts, la transcription et la conservation 
de tant de monuments littéraires et historiques, et cette 
érudition monastique que rien ne saurait remplacer ; ce 
sont là de grands services rendus îx l'humanité, et qui 
eussent suffi, si l'humanité était juste, pour couvrir les 
moines d'une éternelle égide. Mais ce qui est bien autre- 
ment digne d'admiration et de reconnaissance, c'est la 
lutte permanente de la liberté morale contre les servi- 
tudes de la chair ; c'est l'effort constant de la volonté 
consacrée à la poursuite et à la conquête de la vertu 
chrétienne ; c'est l'essor victorieux de l'âme dans ces 
régions suprêmes où elle retrouve sa vraie, son immor- 
telle grandeur. » 

Et développant plus longuement sa pensée, M. de 



UE SAINT HERNARD 187 



Montalembert ajoute : « De tant de fondateurs et de 
législateurs de la vie religieuse, pas un n'a imagine' 
d'assigner pour but à ses disciples de défoncer la terre, 
de copier des manuscrits, de cultiver les arts ou les 
lettres, d'écrire les annales des peuples. Ce n'était là 
pour eux que l'accessoire, la conséquence souvent indi- 
recte et involontaire d'un institut qui n'avait en vue que 
l'éducation de l'àme humaine, sa conformité avec la loi 
du Christ et l'expiation de sa corruption native par une 
vie de sacrifice et de mortification (i). » 

Ces paroles, qui rappellent d'une manière si nette et 
si juste le vrai but de la vie monastique, expliquent le 
mobile qui conduisait saint Bernard à Cîtcaux. Il com- 
prit que Dieu l'appelait à être moine, et il suivit sa vo- 
cation. La grâce et ce coup d'œil profond qui le dis- 
tingue, lui firent de suite envisager la vie religieuse sous 
son véritable aspect. Toute son ambition fut de s'enri- 
chir des biens de l'càme, d'arriver à la perfection évan- 
gélique. Par vertu il détourna ses regards de tout ce qui 
est terrestre, il s'interdit tout ce qui énerve, il fit ses 
délices de tout ce qui crucifie la chair, humilie l'amour 
propre et facilite les rapports intimes avec Dieu. Au 
reste, la nature de son esprit se prêtait au développe- 
ment de la vie intérieure : il était de ces intelligences 
pures qui donnent peu d'attention aux objets sensibles. 
Quant à la science, il vit une source de distraction dans 
celle qui n'est qu'un ornement de l'esprit, qu'une satis- 
faction donnée à la curiosité; il aima mieux apprendre 
celle qui rend l'homme vertueux et saint. 

Mais saint Bernard était un cœur aimant. Il voulut 
faire partager les précieux avantages du cloître a. ses 
parents et à ses amis; il s'efforça de les entraîner dans 
la plus noble des milices, à l'école de la sainteté; il les 
pressa d'accomplir les sacrifices conseillés par l'Evan- 
gile et de quitter « maison, frères, sœurs, père, mère, 



I. Les Moines d'Occident, t. 1, p. XIII-XIV. 



i88 l'enfance et la jeunesse de saint beknard 



épouse, enfonts, terres pour Je'sus-Christ (i). » Et les 
trente qui furent gagnés par sa parole enflammée, les 
uns clercs, les autres laïques; ceux-ci chevaliers, ceux-là 
écoliers, n'eurent, comme lui, d'autres vues que celles 
de devenir les chevaliers de Dieu et les disciples du 
Maître intérieur. 

- Tels sont les grands, les vrais mobiles qui animaient 
saint Bernard et ses fervents compagnons, lorsqu'ils 
portèrent au continuateur de l'œuvre de saint Robert, 
à saint Etienne Harding les éléments de vie et d'ac- 
croissement d'où devait sortir l'Ordre cistercien. 



I. Matth. XIX, 2y. 




TABLEAU 



LES ENFANTS bj 



E5CE 



Tescelin i.E Saure, originaire de Chàtillon-sur-Seine,chevalicr, l'un des grandi 
Aleth de montbard, mariée à Tescelin vers io83, meurt à Fontaines-! 



ELIN ET D ALETH 

liciers des ducs de Bourgogne, moine à Clairvaux vers 1120, meurt peu après, 
ijon vers 1107. 



Gui, l'aine de la famille, 
chevaliei', marié avec la B. 
Elisabeth, père de plusieurs 
filles, se scparade son épou- 
se par consentement mu- 
tuel, et entra avec saint 
Bernard à Citeaux. 

Il fut de la fondation de 
Clairvaux ci eut une part 
dans l'administration du 
temporel (,N4igne, col. 421, 
B; 765, D.) 

En revenant d'un voyage 
en Berry, 11 tomba malade à 
Pontigny, mourut dans cette 
abbaye, et y fut inhumé 
(col. '528, C). 

Sa mort dut arriver après 
1 141 (col. 1419, C). 

Elisabeth, épouse de Gui, 
d'unemaison inconnue, prit 
le voile à Larey-lès-Dijon, 
monastère dépendant de 
Saint-Bénigne (col. 526, A,^ 
et passa peut-être a Prâlon, 
autre monastère soumis à la 
même abbaye (col. i38()- 
1387; 1408, A. Voir aussi 
Opiisciila quatuor, p. 174.) 

Adkline, fille de Gui et 
d'Elisabeth, fut abbesse de 
Poulangy (col. i25o. D. 
Voir aussiLiVia Cisterciensia 
de Henriquez.) 

X, autre fille des mêmes, 
fut dame de Fontaines , 
épousa Barthélémy de Som- 
hernon, et eut une postérité. 



GÉRARD, le deu- 
xième enfant, che- 
valier,eut plus de 
peine que ses frè- 
res à renoncer au 
siècle . Il entra 
avec saint Ber- 
nard à Cîieaux. 

Il fut de la fon- 
dation de Clair- 
vaux, et eut la 
charge du celle- 
rier (col. 242, C ; 
481, A.) 

Il accompagna 
saint Bernard en 
Italie, l'an ii37, 
et mourut l'année 
suivante à Clair- 
vaux. 



SAINT BERNARD, troisième 
enfant, né à Fontaines lès-Dijon 
en 1090 ou iof)i, fit ses études aux 
écoles de Chùtillon-sur-Seine, et 
entra à Citeaux en 1 1 13 avec trente 
chevaliers ou clercs gagnés par lui 
à la vie monastique. 

Saint Etienne Harding l'envoya 
fonder Clairvaux en iii5. 

Saint Bernard prit part à la pu- 
blication de la Charte de cliarité, 
l'un des monuments primitifs de la 
règle cistercienne, confirmé à Sau- 
lieu par le pape Cal ixte II, le 2 3 dé- 
cembre 1 1 10. 

A l'assemblée d'Etainpes (ii3ol 
il fait reconnaître l'autorité du 
pape légitime Innocent II, à qui la 
tiare était disputée par l'intrus 
Pierre de Léon. Il assiste au con- 
cile de Pise (1134) où Pierre de 
Léon fut excommunié. En 1 136, il 
porte un nouveau coup au schisme 
par la conversion de Guillaume 
d'Acquitaine. En ii38, il amène 
l'anti-pape N'icior aux pieds d'In- 
nocent 11. 

Au concile de Sens (1 140) il con- 
fond Abélard. 

11 prêche la seconde croisade à 
Vézelay en i 14C), 

Au concile de Reims (1148), i 
fait condamner les erreurs de Gil- 
bert de la Porrée. 

-Saint Bernard est mort à Clair- 
vaux, le 20 août I 1 53 . 

Il avait fondé un très grand 
nombre d'abbayes. 



,yNOPriQUE 



HoMBELi.s'K, quatrième 
ifant, épousa un sei- 
leur de nom inconnu, 
invertie à la vie reli- 
euse dans un voyage 
'clic fit à Clairvaux 
rs 1 125, elle obtint de 

mari la permission 

prendre le voile à 
iiy-les-Nonnains. C'est 
qu'elle mourut, assis- 
e du B. Pierre, prieur 
Jully. 

La date de sa mort est 
fficile à déterminer, 
s uns prennent 1 141 ; 

autres 1 135 (.Migne, 
I. 803-804 ; I2G5, A ; 
70, A). 

Françoise de Cossé, 
ouse de Gui de Ra- 
tin, baron de Chan- 
I, et mère de Chris- 
phe, mari de sainte 
anne Françoise de 
lanial, passe pour une 
scandante de sainte 
imbeline. Une famille 
udequin, qu'on trouve 

Bourgogne et dans 
comté de Nevers aux 

et xv" siècles, et qui 
vit les ducs dans la 
sndre, croitégalement 
scendre de la sœur de 
"t Bernard. Mais il 
« point encore établi 
' sainte Homheline 

laissé une postérité. 



André, cin- 
quième enfant, à 
peine armé che- 
valier,renonçaau 
monde pour sui- 
vre saint Bernard 
à Citeaux. 

Il fut de la fon- 
dation de Clair- 
vaux , et paraît 
avoir eu la charge 
deponier(Migne, 
col. 244, D). 

Il mourut à 
Clairvaux proba- 
blementvers 1 1 36 
(col. 53o, A). 



B ARTH ÉLEJIV, 

sixième enfant , 
damoiseau , ac- 
cepta le premier 
et immédiate- 
ment de suivre 
saint Bernard à 
Cîteaux. 

11 fut de la fon- 
dation de Clair- 
vaux. 

On le donne 
comme abbé de 
La Ferté-sur- 
Grône, mais sans 
preuve bien éta- 
blie. 



NiVARD, septième 
enfant, trop jeune en 
1 1 13 pour entrer à 
Citeaux , s'y rendit 
plus tard, et, ayant 
reçu l'habit, fut en- 
voyé à Clairvaux. 

En I 1 2g , on le 
trouve au château de 
Montbard avec saint 
Bernard et Gérard 
(Cartul. de Molcsme, 
1, p. 124, et 11, p. 4). 

Saint Bernard l'en- 
voya fonderplusieurs 
abbayes : Vaucelles, 
au diocèse de Cam- 
brai (i i32) ; Buzé, 
prèsdeNantes(i i35); 
\'al deSouleuvres, au 
diocèse de Bayeux 
(i 146, cette abbaye 
fut transférée au Val 
Richer) ; Spina , au 
diocèse de Palencia 
en Castille (1 147). 

On a des raisons 
de croire qu'il mou- 
rut en Espagne, et fut 
in humé dans l'abbaye 
de Spina (Ménol. de 
Citeaux, 7 février et 
9 décembre.) 

\'oir Hautcœur, 
Abbaye de Flities ; 
Dom Lobineau, His- 
toire de Bret-Tgne ; 
Gall. chr. XI; Se- 
maine religieuse de 
Bayeux, Set i5 sep- 
tembre 18(17; S. Bern. 
Epist. ceci. 



ffîff'^4'4^4'4'4'4^4'4'4'4'4'4'4'4'^4^4' 



TITRES DE SAINTETE 

DE TKSCELIN, d'aLKTH ET DE LEURS ENFANTS 



De tous les personnages saints ou vénérables qui font 
l'objet de cette Noie, saint Bernard est le seul qui ait éié 
canonisé par l'Egliie dans les formes ordinaires et solennel- 
les. Saint Gérard et sainte Hombeline reçoivent, dans tout 
Tordre de Cîteaux, un culte public autorisé par des décrets 
de la S. Congrégation des Rites. Les autres personnages 
sont appelés saints ou bienheureux dans des monuments 
hagiographiques, mariyrologiqucs et liturgiques. On verra, 
par les explications sommaires qui suivent, quelle est 
l'origine et la portée de ces titres. Les mc'nologes auxquels 
nous renvoyons, sont ceux de Henriquez, de Bucelin et de 
Chulemot. Les deux premiers sont fort connus ; le troisième 
porte ce titre : Séries sanctorum et beatorum ac illusirium 
virorum ordinis Cixtei'ciensis, in-4'', Paris, 1670. Le Journal 
des Saints de l'Ordre de Citeaux, auquel nous renvoyons 
également, contient pour chaque jour de Tannée une notice 
brève sur un ou plusieurs saints honorés dans l'abbaye de 
Tart, mais la plupart d'un culte entièrement privé. La 
Galerie bourguignonne donne pour auteur a ce recueil im- 
primé en 1706, (Dijon, Ressayrc), Claudine Févret, née à 
Dijon le i3 août 164^, morte dans la même ville le 27 août 
1727, abbesse de N.-D. de Tart. Couriépée l'avait attribué ù 
une autre religieuse de la même abbaye, N. le Belin (Des- 
cription du duché de Bourgogne, cda. 1S47, ^- "' P* '32). 

LE BIENHEUREUX TESCELIN 
2 3 mai 

Inscrit sous le titre de bienheureux dans le luénologc de 



ic)4 



TITRES DE SAINTETE 



Henriquez et sous le titre de saint dans le ménologe de Bu- 
celin. 

Le nécrologo de Saint-Bénigne de Dijon porte : /// Idiis 
aprilis (i i avril) obiit Tecelinus monachus, pater domni Ber- 
nardi abbatis Clarœyallis (M'ignQ, col. 243, D ; 1450, D). 



LA BIENHEUREUSE ALETIl 

4 avril 

Inscrite sous le titre de bienheureuse dans les trois méno- 
loges. 

Le nécrologe de Saint-Bénigne porte : Kalendis septembris 
(i" septembre) obiit Alasya laica (col. 145 1, A.) 

Nous avons plusieurs fois rappelé que la mémoire de la 
B. Aleth a été placée au 4 avril, parce que l'on a confondu 
saint Ambrosinien avec saint Ambroise de Milan. 



LE BIENHEUREUX GUI 
II mai 

Inscrit sous le titre de bienheureux dans les ménologes. 



SAINT GEKARD 

i3 juin et 3o janvier 

Inscrit sous le titre de bienheureux dans les ménologes, 
mais sous le titre de saint dans le martyrologe cistercien, 
publié à Rome avec l'approbation de la S. Congrégation des 
Rites. 

Par un décret du i" juillet 1702, ladite Congrégation a 
autorisé les religieux et religieuses de TOrdre de Giteaux à 
célébrer, sous le rite double, le 3o janvier, la fête de saint 
Gérard, confesseur [Officia propria SS. a S. 7?. Congrega- 
tione approbata pro omnibus monacliis iitriusqiie sexiis totius 
ordinis cisterciensis, Deuxième partie, p. IV ; et Première 
partie, p. 36). 

SAINT BERNARD 

20 août 

Canonisé le 18 janvier 1174 (Migne, col. 621 et suiv.), 
vénéré d'abord sous le titre d'abbé, mais aussi sous le titre 



DE TESCEI.IN, D ALETH ET DE LEURS ENFANTS iCjS 



de docteur dans l'Ordre de Citeaux et par quelques églises. 
Dans le calendrier de réglisc de Fontaines, exemplaire du 
xvii'' siècle, il est porté sous le titre d'abbé. 

Le 20 août i83o, Pie VIII a confirmé et donné à saint 
Bernard le titre de docteur pour l'église universelle (Migne, 
col. I 543 et suiv.). 

Dans la liste des docteurs, saint Bernard a pour nom dis- 
tinctif, celui de Doctor tiielli/lmis. 

Il est le dernier des Pères de l'Eglise dans l'ordre des temps, 

La fête de V Elévation et Translation du corps de saint 
Bernard, célébrée dans l'Ordre de Cîteaux et fixée autrefois 
au i5 novembre, a été transférée au 12 octobre par un décret 
de la S. Congrégation des Rites du 11 mars i858 [Officia 
propria ordin. cisterc, Deuxième partie, p. VIII). 

SAINTE HOMBELINE 

2 1 août et 1 2 février 

Inscrite sous le titre de bienheureuse dans les ménologes, 
mais sous le titre de sainte dans le martyrologe cistercien. 

Par un décret du 1™ septembre 1703, la S. Congrégation 
des Rites a autorisé les religieux et religieuses de l'Ordre de 
Cîteaux à célébrer, sous le rite double, le 12 février, la fête 
de sainte Hombeline veuve {Officia propria SS. à S. R. 
Congregatioue approbata pro omnibus monachis utriusque 
sexus totius ordinis cisterciensis, Deuxième partie, p. V; et 
Première partie, p. 46). 

Par un autre décret du 4 mars i858, ladite Congrégation 
considérant que sainte Hombeline veuve, sœur de saint Ber- 
nard, abbé et docteur, était honorée par les religieuses de 
l'Ordre de Cîteaux comme leur patronne, a élevé la fête de 
cette sainte au rite double majeur (Ibid. Deuxième partie, 
p. Vil). 

Un office propre de sainte Hombeline était en usage dans 
l'abbaye de N.-D. de Tart, mais il est différent de celui qui 
se récite aujourd'hui dans l'Ordre de Cîteaux. Voir cet ancien 
office dans Offices et supplément au bréviaire romain pour 
l'abbaye de N.-D. de Tart, Dijon, 1681. — Bibliot. delà 
ville de Dijon, n°2689'''. — La Galerie bourguignonne cite 
« L'office de sainte Hombeline, anonyme, Dijon, Defay, 
1706 » parmi les publications du conseiller Charles Févret 



19*3 



TITRI'S DE SAINIETE 



de Saint-Mesmin, né à Dijon k 22 juillet i652, mort dans 
la même ville le 21 août ijSB. 

LE BIENHEUREUX ANDRÉ 

5 A^ril 
Inscrit sous le titre de bienheureux dans les mcnologes. 

LE BIENHEUBEUX BARTHELEMY 

9 Décembre 

Inscrit sous le titre de saint dans les ménologes de Henri- 
quez et de Bucelin. 

LE BIENHEUREUX NIVARD 

7 février 

Inscrit sous le titre de bienheureux dans les ménologes. 

La fête de « saint Nivard confesseur » a été établie dans 
certains monastères cisterciens. Un exemplaire de l'office 
dudit Jaint a été rapporté, en i863, de l'abbaye de Slams 
près d'Inspruck (Tyrol), par M. l'abbé Merle, curé de Fon- 
taines-lès-Dijon. Cet exemplaire est conservé à la bibliothè- 
que de la Maison de saint Bernard. 

Mais le nouveau calendrier cistercien, approuvé par la S. 
Congrégation des Rites, le 11 septembre i856, ne contient 
pas la fête de « saint Nivard ». 

LA BIENHEUREUSE ELISABETH 
27 janvier 
Non inscrite dans les ménologes, appelée bienheureuse 
dans le Journal des Saints de l'Ordre de Citeaux. (Ce recueil 
donne le titre de saint à tous ceux qui précèdent.) 



LA BIENHEUREUSE ADELINE 

2 septembre 
Non inscrite dans les ménologes, appelée bienheureuse 
dans le Journal des Saints de l'Ordre de Cileaux. (Voir aussi 
le Lilia cistei ciensia de Henriquez.) 



SAINT BERNARD 



ET LE 



CHATEAU DE FONTAINES-LES-DIJON 



SAINT BERNARD 



ET LE 



:hateau de fontaines-les-dijon 



ETUDE HISTORIQUE ET ARCHEOLOGIQUE 



L'Abbé CHOMTON 

Chanoine honoraire de Dijon 

AUMONIER Di; l.HOSPICE SAINTE-ANNE 



OUVKAOI-: ORNE DE NOMBREUSES PLANCHES ET FIGURES 



TOME DEUXIEME 




DIJON 

UNION TYPOdRAPHK^UK, IMPRIMKRIK DE L'KXKCnÉ 
40. Rue Saint-Pliilibcrt,' 40 

1894 



àééàé 



AA -^^^^^^^^.r:^ 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 

Préface: i 

Supplciment au tome 1 12 

Le nom de la B. Alettc 32 

Le nom de Tescelin . . 38 

IV 

Les Arrière Neveux de saint Bernard 41 

Notes préliminaires 41 

Tableau généalogique des Montbard 86 

S I. Les Sombernoii-Fontaines 89 

Tableau généalogique des Sombernon-Fontaines 114 

S 2. Les Vergy-Biaisy 117 

Tableau généalogique des Vergy-Blaisv i36 

§ 3. Les Ghaudenay-Blaisy iSq 

Appendice. Les tombes de Blaisy-Haut 160 

Premier tableau généalogique des Ghaudenay-Blaisy .... 166 

Second tableau généalogique des Ghaudenay-Blaisy 170 

3 4. Les Saulx-Fontaines 173 

Appendice A. Les tombes de Bonvaux 199 

Appendice B. Quelques tombes des Cordeliers 211 

.\ppendice G. Les armoiries de Fontaines 217 

Tableau généalogique des Saulx-Fontaines 224 

S 5. Les Ruftéy et les Ghissey 227 

Tableau généalogique des Rufley, XV^-XM' siècles 238 

S 6. Les Marcy-Fontaines et leurs descendants . .... 241 

Descendance de Jeanne de Seigny 257 

Descendance de Pierre de Seigny 261 

Tableau généalogique des Marey-Fontaines 270 



Les Seigneurs dk Fontaines étrangers a saint Bernard . . . 273 

Détails sur la chapelle Saint-Bernard 286 

Tableau des partages et transmissions de la terre de Fontaines, 

XV"-XV11^ siècles 3oi 



HSkV», fc> v>fc% !.•* kX ^'^ »'* k% ►>.>■* «.%>% ►^►Jk H!* ►^>X»'A*A«L*.«t'*>A»A 

90f*^^*0*0>^*0*^*0 >^>0>0 >0 >0 *^*0 *0 P0 *0*^*090 *0 *0>0 



TABLE DES PLANCHES & DES FIGURES 



PLANCHES 

Pages 

PI. II. — Tombe de Galon de Saulx. ... - 32 

PI. ii^'^. — Tombe d'Eudes de Domois et d'Aalis de Saulx . . 48 

PI. I !"■'. — Tombe de Jean de Fontaines, premier dessin . . . t')4 

PI. iiq»''i'r. — Tombe de Marie de Remilly 80 

PI. 12. — Tombe de Guillaume de Fontaines 96 

PI. 12W5. — Tombe d'Agnès de Dampierre 112 

PI. i3. — Tombe de Jean de Fontaines, second dessin. . . . 128 

PI. i3'''^ — Tombe de Hugues de Fontaines, premier dessin. . 144 

PI. 14. — Tombe de Hugues de Fontaines, second dessin . . 168 

PI. 14 A. — Tombe de Ponce de Saulx 192 

PI. 14 B. — Tombe de Renaud d'Etaules 208 

PI. 14 G. — Tombe de Marie de Byois 240 

PI. 14 D. — Tombe de Robert d'Aubigny 272 



FIGDRES 

Fig. I. — Sceau d'Hervé' de Sombernon 218 

Fig. 2. — Sceau d'Hervé de Saffres 21g 

Fig. 3. — Sceau de Richard de Fontaines 220 

Fig. 4. — Sceau de Jean de Saffres 221 

Fig. 5. — Sceau de Thomas d'Eguilly 221 

Fig. 6. — Armoiries de Pierrette de Marey 242 

Fig. 7. — Sceau de Guillaume de Marey 243 

Fig. 8. — Sceau de Jean de Marey 243 



•"^^^ 




SAINT BERNARD 



LE CHATEAU m: FONTAINES-LES-DIJON 



NOTES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES 



A la veille du centenaire de saint Bernard il a paru, sous 
ce titre général saint beknakd r,i i,e château de fon- 
TAiNEs-i.Es-DiJON. dcs notes historiques et archéologiques dis- 
tribuées en trois articles, portant ces litres particuliers : 
I. Le lieu de naissance de saint Be)nard — II. La chambre 
natale de saint Bernard — lil. L'enfance et la jeunesse de 
saint Bernard. Edités d'abord dans le Bulletin d'histoire et 
d' archéologie religieuses du diocèse de Dijon (i). et ensuite, 
avec quelques additions, en un volume dexiv — 200 pages (2), 
ces trois articles forment le tome I d'un recueil dont il 
s'agit d'achever la publication. Quatre articles font suite aux 
trois premiers. En voici les titres : I\'. Le.< arrièremveux 
de saint Bernard — \'. Les seigneurs de Fontaines étran- 
gers à saint Bernard — VI. Le monastère royal de Saint- 
Bernard — VII. Les missionnaires de Saint-Bernard. L'in- 



1. Livraisons de septembre-octobre iSqo, janvier-février et mars- 
avril iSqi . 

2. Dijon, Union typographique, 1891. 



NOTES HISTORIQUES 



sertion de tout le travail dans le Bulletin eût imposé un 
morcellement regrettable et satisfait trop tardivement les 
vœux de plus d'un lecteur. On a donc préféré faire paraître 
immédiatement deux volumes, les tomes II et III, contenant 
chacun deux articles. 

Le tome I a obtenu l'attention de plusieurs publications 
savantes. Quelques extraits de divers comptes rendus ne se 
liront pas sans intérêt. Ces citations, en effet, ont moins pour 
but de souligner des appréciations trop bienveillantes que de 
placer sous les yeux du lecteur soit des critiques accueillies 
avec reconnaissance, auxquelles il convient de faire droit, 
soit des assentiments dont l'autorité corrobore nos con- 
clusions. 

M. Henri Chabeuf a sommairement analysé l'ensemble du 
travail dans la Revue Bourguignonne de r Enseignement supé- 
rieur (i). Arrivé au troisième article, « C'est, dit-il, toute 
la famille de Tescelin le Roux et d'Aleth de Montbard que 
l'auteur fait revivre avec la connaissance la plus parfaite et 
l'emploi le plus heureux des moindres textes. 11 nous rend 
ainsi tout ce que la science peut reconstituer de la jeunesse et 
de l'éducation du futur Père de l'Eglise. Peut-être, mais c'est 
à peine un doute et non une critique, M. l'abbé Chomton a- 
t-il un peu adouci les contours ; saint Bernard, qui tout 
jeune exerce un tel ascendant sur des frères et des parents 
plus âgés, devait révéler déjà dans toute sa hauteur cette na- 
ture d'âme impérieuse et tendre qui fut la sienne et fait cer- 
tains hommes irrésistibles. » 

D'un trait plus ferme, M. Chabeuf relève le portrait que 
nous avons tracé de Bernard adolescent. Nous souscri- 
vons du meilleur gré du monde à cette fine et si courtoise 
remarque. Redisons-le, d'ailleurs, afin de ne laisser place à 
aucune équivoque, saint Bernard est un de ces hommes pro- 
videntiels à qui convient éminemment ce passage de l'Ecri- 
ture : Cui etiam Dominus contulit splendorem. C'est aux 
dons surnaturels dont il fut comblé, non moins qu'à sa 
trempe d'âme et à son génie, qu'il doit son merveilleux pres- 

I. Année 1871, 2' livraison. 



ET ARCHEOLOGIQUES 



tige. Rien de plus exact que ce jugement d'un de ses con- 
temporains, dans lequel on entend les autres. « J'ai vu, dit 
Isaac de l'Etoile, j'ai vu un homme en qui il y avait quelque 
chose de surhumain. Les mesures qu'il avait prises, les ré- 
primandes qu'il avait adressées, occasionnaient parfois des 
murmures en son absence. Mais dès qu'il paraissait, tout 
était changé. Sa personne inspirait tant d'amour et de crainte 
à la fois, son visage, d"un éclat presque divin, reflétait une 
majesté si douce et une bonté si noble, ses lèvres parlaient 
avec tant de grâce qu'à sa vue les détracteurs étaient vite 
apaisés : on se reprochait de l'avoir blâmé, on aimait, on 
louait, on vantait tout ce qui venait de lui. >' (i) 



Au tome X des Analecta Bollandiana, p. 475, on lit, au 
sujet du !'■■• article : « M . le chanoine Chomton a démontré, 
avec surabondance de preuves, que c'est bien à Fontaine-les. 
Dijon, et non pas à Chàtillon-sur-Seine, qu'est né saint 
Bernard. La thèse n'est pas neuve, et depuis deux siècles au 
moins elle est presque universellement admise; mais elle 
n'avait pas encore été démontrée aussi largement, par le 
témoignage des premiers biographes du saint et par les 
monuments de la tradition locale. » 

Au tome XI des mêmes Analecta, p. 479, on lit, concer- 
nant les articles II et III : « Dans ces deux articles, l'auteur 



I . Isaac, moine cistercien, mort vers 1 155, fuc d'abord abbé dans l'île 
de Ré et ensuite de l'Etoile, au diocèse de Poitiers. On peut lire ses 
homélies dans Migne, P. L. tome CXCI\' \'oici tout le passage dont 
nous avons traduit quelques lignes, et qui est emprunté à l'homé- 
lie 52' : •• Vidiinus tamen hominem habentem uiique aliquid super 
hominem : de cujus operatione aut increpaiione cum aliqui perusti 
contra absentem murn.urassent, tauto placore siiiiul et terrore divina 
ei quaedam amanda majestas et rcverenda charitas rutilabat in vultu, 
et in labiis tanta erat gratia dilYusa ut in ejus aspectu illico deliniti se- 
nietipsos quod eum reprehendissent, reprchenderent ; ipsius omnia 
amarent, iaudarent, pra;dicarent. Cujus sanc'a anima deliciis vere 
atfluebat, sicut in ejus scripturis facile est dignoscere, et maxime in 
his qua; in Canticis canticorum scripsit. Sancium namque Bernardum 
abbatem Clarte^'allis loquimur. Ergo quibus, absens, sol et lunaet acies 
erat terribilis, prœsens, perfundebat quibus ipse semper al'lluebat deli- 
ciis : ita cunctis et amore terribilis et terrore amabilis, ut neino in ejus 
verbo vel disciplina ulla pusillanimitate dehceret, aut impatientia ure- 
reiur, aut tabesceret invidia. » — GeotVroi, le secrétaire, s'exprime de 
même : Dirt'usa erat gratia in labiis e|US et ignitum eloquium ejus vehe- 
ménter, ut non posset ne ipsius quidein Stylus, licct eximins, totam 
illam dulcedinem, toiuin rcimere l'ervorem. Aligne, P. l.. tome CL.K.X.W, 
col. 307, A. — t".t'. CiMtfridi serin, ibid. col. 573. D; .^77, D; .^80, .V. 



4 NOTES HISTORIQUES 



procède avec science et critique, il met sous les veux du 
lecteur les documents dont il fait usage, sans lui donner le 
change sur la valeur et l'importance qu'on doit attribuer à 
ces documents. Il a, me parait-il, nettement marqué rempla- 
cement de ce qu'on nommait au XV'' siècle : la chamb?-e de 
Monsieur saint Bernard. Il aura peut-être à répondre aux 
critiques des épigraphistes, qui lui reprocheront d'adopter 
trop facilement des leçons douteuses et des restitutions hasar- 
dées de mots etîacés. » 

La réserve faite par les éminents critiques, au sujet de la 
partie épigraphique, ne peut tomber que sur l'essai de resti- 
tution des deux inscriptions parallèles numérotées 3 et 4 
(Tome I p. 72). Pour toutes les autres le texte est certain, à 
l'unique exception de l'avant-dernier mot de l'inscription 6, 
mot qu'on peut Wvc fiilgit ou fiilget. Il ne reste, en effet, de 
la lettre I ou E qu'un trait vertical, mais les traits horizon- 
taux qui donneraient la lettre E, peuvent avoir disparu. Ces 
inscriptions, lues, relues par nous et par d'autres, ne nous 
laissent aucun doute, et nous garantissons, sans la moindre 
témérité, l'exactitude des textes publiés, (i) — Quant aux 
inscriptions 3 et 4, le supplément présente pour remplir les 
vides, n'eut jamais d'autre prétention que d'être un essai. Il 
avait semblé le moins défectueux parmi plusieurs autres. 
Devant les doutes soulevés par la Revue Bollandienne, nous 
reprenons volontiers la question. 

Nous sommes heureux d'insérer d'abord l'interprétation, 
assurément meilleure, que le P. Satabin, S. J, a donnée 
dans lesJitudes religieuses (2) : 



AD.S.MARIA. CITHARIST.^:. 
SVI.B^'LARES.MVNIFICE.HO 
NESTANTE . PRO . REGIN^. 
SALVTE.ORATO. [DEV] 



1. A la page 7b. l'inscription n" 3 est reproduite avec une faute d'irn- 
pression, mis au lieu de sui, que le lecteur a corrigée aisément en reli- 
sant les textes donnés pp. 70 et 72. 

2. Livrais, de novembre i8o3. 



ET AkCHKOLOGiQUES 



S.D.BKRNARpr'\AD.SOLV. 

[do:mesticv.[avctoris. 
m 1 rwbiliv.pro. reagis i. 
salvte . orat o.dev] 

L'impératif ora^o doit être la vraie lecture. 

Mais est-il nécessaire d'y ajouter un supplcmcni ? N'au- 
rions-nous point le texte intégral cje l'inscription n" 3 ? La 
tablette de marbre, que nous venons d'étudier encore, offre 
une place suffisante au mot DEV précédé du point de sépa- 
tion. C'est à la condition, toutefois, de rapprocher un peu 
plus les lettres du mot DEV que celles des deux mots précé- 
dents, ou bien de déverser \'V sur la taille en biseau de la 
tablette, comme on l'a fait pour TO de la deuxième ligne. I! 
est remarquable que la gravure, compacte dans les trois 
premières lignes, devient très espacée dans la dernière. Si 
l'on ajoute un point après ORATO, la ligne est remplie 
jusque sous le G du mot « Rcgina; » (i. Le petit espace libre 
n'était-il pas occupé par un tieuron, grave et doré comme les 
lettres du texte? C'est usité dans certaines inscriptions, et ce 
n'est pas sans exemple analogue, à Fontaines. 

En etîji, il subsiste encore quelques-unes des inscriptions 
appartenant à la grande église, celle entre autres de la pro- 
vince de Bourgogne. Or voici, tidélement, le texte gravé sur 
la pierre : 

PROVINCI.F. . BVR 
GVNDLF . IN . SVV. 
TOTIVS. DECORIS. 
ET . SANCTITATIS. 
SOLEM . DlVVxM ;^ 
B E R X A R D V M z.-. 
FAMILIARIS . .\C . 
I N D 1-: F E S S A .XV 
DEV0TI0(2) 

r. La reproduction lithographique donnée p. 70 rend mal cette dispo- 
sition . 

2. Les textes publiés p.ir Jean de St Malachie diffèrent parfois des 
textes gravés. Voir Migne, col. 1649, inscript. Vl[. 



NOTES HISTORIQUES 



L'emploi de ces ligatures pour étendre le texte permet de 
penser qu'on aura pu, dans les inscriptions qui nous occu- 
pent, terminer les dernières lignes par un fleuron. 

Dès lors il n'est peut-être pas inutile de présenter un 
troisième essai de restitution. 

L'inscription n" 3 serait ainsi conçue : 

n" 3 

AD. S . MARIA .CITHARIST.E. 
SVI.B'l'LARES.MVNIFlCE.HO 
NESTANTE. PRO . REGINE. 
SALYTE.ORATOl/leurotî] 

Au sujet du n° 4, nous n'osons décliner le reproche des 
Bollandistes d'avoir» adopté trop facilement des leçons dou- 
teuses. X. M. Girault n'était pas scrupuleux dans la reproduc- 
tion des textes. Il emprunte à l'opuscule de Jean de Saint- 
Malachie quelques-unes des inscriptions de la grande église. 
Mais, contrairement à la vérité, il crée des lignes inégales et 
factices. Il intervertit l'ordre des mots (i). Il transforme en 
inscription la conclusion du récit. 

Ainsi fallait-il critiquer plus à fond le texte qu'il a lu, ou 
cru lire, sur les fragments conservés de la tablette. Voici de 
nouveau ce texte : 

S. D. BERNARD. AD. SOLV. 

MESTICV. 

ABILIV. PRO. RE 
SALVTE. ORAT 

Nous acceptons les trois dernières lignes (2). Mais la première 
inspire de la défiance. La leçon S. D. (sanctus doctor) est 
étrange. Dans toute la série des inscriptions composées par 
Jean de Saint-Malachie, le nom de saint Bernard n'est jamais 
précédé que d'un seul de ces trois titres : Sanctus, Divus, 
Beatus. Celui de Doc/^or vient toujours en apposition. L'S. 



1. Maison natale de S. Bernard, Dijon, 1824, p. 16-17. Cf. Migne, 
col. 1647-1649. 

2. Du latin solum domesticum on peut rapprocher l'e-^pagnol casa 
solar, nom vulgaire du lieu natal de S. Ignace de Loyola. 



KT ARCHEOLOGIQUES 



pourrait donc appartenir au supplément donné par M. 
Girault. — Pourquoi le mot BERNARD est-il dépouille de 
sa désinence? Ce déticit ne tient-il pas à un fragment dis- 
paru? AD ne serait-il pas transposé par suite d'un mauvais 
assemblage des fragments, sinon pour un autre motif?... 
Bref, la leçon Ad divi Bernardi solum paraît plus probable 
et plus conforme au parallélisme des deux inscriptions. 
Ainsi l'inscription n" 4 pouvait avoir ce sens : 
A la maison paternelle de saint Bernard, lien consacré par 
les miracles, prie pour le roi. 

n" 4 

AD. D. BP:RNARDI.SOLy. 
[DOjMESTICV.IET.ARCE.? 
MIR]AB1L1V.PR0.REG|IS.] 
SALVTE. 0RM:\0 fleuron] 



Dans la Revue des questions historiques {i),y[A'^hhé Vacan- 
dard a donné de notre travail un compte rendu détaillé, où 
l'on reconnaît bien l'historien le plus érudit et le plus sûr 
qu'ait encore rencontré parmi nous saint Bernard. 

Il conclut ainsi son appréciation du I*'' article : 

« Chose étonnante, ce sont des écrivains du xii'" siècle qui, 
par distraction ou par erreur, ont donné lieu au doute sur le 
véritable lieu de naissance de l'illustre moine. Le chroni- 
queur d'Ourscamp, qui rédigait son appendice à Sigebert, 
entre i i55 et 1200, assigne pour ville natale au Hls de Tes- 
celin, Chàtillon-sur-Seine : Bernardus Castellione, castro 
Biirgundice, oriundus, et ce chroniqueur était un cistercien ; 
chose plus grave, son indication était empruntée au premier 
biographeofticiel de saint Bernard, Guillaume de Saint-Thierry, 
qui s'exprime ainsi : Bernardus Castellione., Burgundiœ 
oppido, oriundus fuit. Ace point d'arrivée, la question paraît 
donc s'embrouiller au lieu de s'éclaircir. 

I Heureusement, la solution de la difficulté s'offre d'elle- 
même au critique. Nous savons que Guillaume de Saint- 

I. Livraison du i" avril iSy^, p. 576 et suiv. 



NOTKS HISl 01il()TJI:S 



Thierry travaillnii sur des notes rédigées par le secrétaire de 
saint Bernard (i), et ce sont ces notes qui ont trompe i'iiis- 
torien. Geotfrov avait dit que Tescelin , père de Tabbé 
de Clairvaux , était indigena Castellionis . et Guillaume 
de Saint-Thierry en avait sans doute conclu que la qualifi- 
cation, juste pour le père, pouvait, avec une égale rigueur, 
s'appliquer au fils. C'était une induction erronnée. Nous au- 
rons encore l'occasion de prouver qu'en d'autres circonstan- 
ces Guillaume a dénaturé d'une façon analogue, et au grand 
dommage de la clarté, sinon de la vérité historique, les notes 
qui lui avaient été fournies parGeoffroy. Pour le cas qui nous 
occupe, il est heureux que le secrétaire de saint Bernard ait 
été appelé à contrôler l'ceuvrc de Guillaume. Dans la secon- 
de recension de la Vita prima Bernardi, qui est due à Geof- 
frov. Terreur signalée a disparu, et nous lisons : Bcrnardiis 
Burgundiœ partibus, Fontanis. oppido patris sui oriundiis 
fuit. C'est la leçon adoptée par les historiens postérieurs de 
saint Bernard, par Alain {vita 2-" ) et par Jean l'Ermite 
(vita 4^ ), qui étaient en mesure d'être bien informés. Le doute 
à cet égard n'est donc pas possible. » 

En second lieu, M. l'abbé Vacandard reconnaît avec nous 
que la chambre natale est la coupole septentrionale de la 
chapelle des Feuillants, coupole décorée du chiffre et des 
armes de Louis XIII, et ornée de colonnes de marbre noir. 
« Cette conclusion, dit-il. s'impose. Elle résulte avec évidence 
de l'argumentation de M. l'abbé Chomton. » 

Enfin, à propos du III" article, consacré à l'enfance et la 
jeunesse de saint Bernard : « Nous ne ferons à l'auteur, dit 
M. l'abbé "Vacandard, qu'une petite chicane au sujet du lieu 
exact de la fameuse vision de Noël. Et si nous insistons sur 
ce point, c'est qu'une question générale de critique s'y trou- 
ve engagée. 

« M. l'abbé Chomton place la vision dans l'église même 
de Saint-Vorles, voisine delà maison paternelle de saint Ber- 
nard à Châtillon. Ya, à l'appui de son opinion, il apporte le 
témoignage de Guillaume de Saint-Thierry et d'Alain, dont 
l'autorité, s'il faut l'en croire, est supérieure à celle de Geof- 



I. Voir sur ce point Revue des Questions historiques, livr. du i" avril 
1886, p. 333-335, 36o-36i. 



ET A KC UEO LOGIQUES 



froy. sccrctaire de s;\int Ik-rnard. « Où Bernard s'ctait-il en- 
dormi, se demandc-t-il?Est-ce in domo patris, comme on lit 
dans la Vita J" ? Les textes plus autorisés des F/7,(' /'^ et 2* 
raitachcnt le lait à une église, car ils parlent d'un retard du 
commencement de l'office et représentent Bernard sedcntem 
expectantemque cuiii cœteris.t 

" Nous ferons remarquer d'abord que les textes des 
Vit;r /" et 2" ne rattachent pas plus le fait à une église qu'à 
la maison paternelle. Guillaume, dont Alain ne fait que répé- 
ter la leçon, s'exprime ainsi : « Aderat. . . nox Nativitatis et 
ad solemnes vigilias omnes, ut inoris^st, parabaiitur. Cum- 
que cclebrandi nocturni officii hora aliquantisper protelare- 
tur, contigit sedcntem expectantemque Bernardum cum civ- 
teris inclinato capite paululum soporari. » Les mots : ad 
solemnes vigilias oinncs parabantur n'indiquent-ils pas. au 
contraire, que Bernard et ses parents se préparaient à se ren- 
dre à l'église r C'est ce que dit expressément le secrétaire de 
saint Bernard : « Vigilia ergo Dominicx- Nativitatis, dum 
adhuc puerulus dormiret in domo patris, videbatur sibi vi- 
dere virginem parientem, et verbum infans nascens ex eà. 
Protinus autem pulsatum est ad vigilias: et excitans eum ma- 
ter, induit accurate vestibus canonicalibus (la copie de Bou- 
hier, Biblioih nationale, 17(330, latin, porte: dominicalibus] 
et secum pariter ad ecclesiam duxit, ut solebat ( 1 ). » En bonne 
critique, si le t?xte de Guillaume de Saint-Thierry offrait 
quelque difVuulté d'interprétation, il faudrait la lever par le 
passage parallèle de Geofîroy. Mais il y a plus ici : à notre 
sens, le témoignage de la Vita r' n'a de valeur que celle 
qu'elle emprunte à la Vita 3^ ou Fragmenta Gaufridi. Il ne 
faut pas oublier que presque tous les renseignements qui com- 
posent la substance du récit de Guillaume de Saint-Thierry 
sont dus à Geoffroy. Et nous l'avons déjà fait observer, 
quand Guillaume utilise les documents qui lui ont été four- 
nis par le secrétaire de saint Bernard, ce n'est pas toujours 
pour ajouter à leur clarté historique. M. l'abbé Ghomton en 
a eu la preuve et en a fait lui-même l'observation, au sujet 
des péripéties du siège de Grancey. Là encore, sous couleur 
d'abréger, Guillaume de Saint-Thierrv a embrouillé, au lieu 

I. Migne, P. L. Cl.XXXV, col. 523. 



10 NOTES HISTORIQUES 



de les éclaircir, les faits dont il tenait les détails de Geoffroy 
dans\esFragmenta{i). En résumé, la scènede la vision de Noël 
a eu lieu, non dans l'église Saint-Vorles,mais itidomo patris. » 

Nous remercions M. l'abbé Vacandard de cette rectifica- 
tion, à laquelle nous nous rallions sans peine. 

Un seul point, dans cette note, manque un peu de préci- 
sion. Nous n'avons jamais regardé l'autorité de Guillaume de 
Saint-Thierry comme supérieure à celle de Geoffroi ; mais 
nous pensons que Geoffroi a laissé son témoignage définitif 
dans la Vita i' recension B. D'où ce principe de critique : 
s'il y avait contradiction entre \ts Fragmenta ou Vita 3" et 
la Vita i" recension B, c'est à celle-ci que l'on devrait s'en 
tenir (2). 

Aussi, ayant cru voir — mais à tort — quelque contradic- 
tion entre les textes parallèles concernant la vision de Noël, 
avions-nous préféré le texte plus autorisé de la seconde recen- 
sion de la Vita i" . 

Une dernière remarque, juste en tout point, trouvera satis- 
faction tout à l'heure, dans le Supplément au tome I". 

La lecture des premiers articles l'a fait comprendre, le 
travail que nous éditons, n'est point une étude habilement 
coordonnée, sans digression ni hors-d'œuvre. C'est, au con- 
traire, un assemblage plus ou moins disparate de notes, de 
documents, de dissertations critiques. Simples contributions 
à l'histoire de saint Bernard et de son culte, restreinte à un 
cadre tout à fait local ; — à Thistoire des familles parentes de 
l'illustre abbé, surtout dans la ligne paternelle ; — enfin à 
Thistoire du château de Fontaines. 

Avant d'aborder l'article IV% nous donnons : 1° un Supplé- 
ment au tome P', contenant des notes additionnelles et recti- 
ficatives ; — 2" une note philologique sur les noms d'Aleth 
et de Tescelin, due à l'obligeance de M. l'abbé Bourlier, l'au- 
teur du Glossaire étymologique, si justement apprécié, en 
cours de publication dans le Bulletin d'histoire et d'archéo- 
logie religieuses du diocèse de Dijon. 

1. Bibl. nat., latin, lyôSg, fol. 3-6. 

2. Voir la raison de ce principe: 5. Bernard et le Château dz Fontai- 
nes-le^-Dijon, t. 1, p. 4-9. 



ET ARCHÉOLOGIQUES 



I I 



Cette note philologique n'a pas seulement pour but d'élu- 
cider une curieuse question d'onomastique ; mais elle fami- 
liarisera les lecteurs étrangers à cette science avec les formes 
variées sous lesquelles se présente souvent le nom d'un même 
personnage : connaissance utile pour fixer des identifi- 
cations. 

Nous regardons comme un devoir de témoigner de nou- 
veau notre vive gratitude à tous ceux dont nous avons reçu 
aide ou direction dans nos recherches. Nul ne s'étonnera de 
lire ici spécialement les noms des conservateurs des Archives 
de la Côte d'Or et de la bibliothèque de Dijon, MM. Joseph 
Garnier et Philippe Guignard, guides si bienveillants et si 
sûrs à travers les dédales où s'engage l'investigateur. 




àÉMèèèÉÉèèè è à Éffe MàÉMèM 



SUPPLEMENT AU TOME I. 



Ce sLipplL'mcnt concerne l'article III, publie irop hâtive 
ment, dont certains détails exigent révision. 



1. — Il est fait mention, avons-nous dit (tome i, p. 134), 
du <t pratum dumni Tecelini Saurii>{\) dans, ce qui nous reste 
de la première grande charte de Fontenay, charte notice 
résumant les donations antérieures à ii36. D'autres chartes 
notices — du carvulaire de Clairvaux — rappellent la do- 
nation du finage de Fraville par « Raengcrius de Castello, 
laudante Tescelino Saura de quo illud tenebat » (2). S'agit-il 
en ces deux cas du père de saint Bernard ? Pour l'affirmer, il 
faut plus qu'une similitude de nom. Car, au moyen âge, dans 
le Châtillonnais et au delà, beaucoup de personnages de toute 
condition se sont appelés Tescelin, et plusieurs d'entre eux 
ont put être surnommés le Saure. (3) 

La question, disons-lé. offre un médiocre intért3t : une 
solution affirmati\e et péremptoire ajouterait peu à ce que 
Ton sait des origines du père de saint Bernard. Néanmoins, 
afin de ne rien négliger, on peut étudier ce problème. 

Voici d'abord le texte relatif à la donation du territoire de 
Fraville : « Finagium Fravillx- dédit monasterio Glareval- 

1. Voir Saint Bernard et le Château de Fontaines, t. I, p. 184; Migne, 
col. 1463, B. 

2. Biblioth. de Troyes, cartul. de Clairvaux, 1, p. i23. — Archives 
dcpartemcntales de l'Aube, cartul. de Clairvaux. Il, p 3. — Le nom du 
donateur vient sous cette double graphie: Raengerius, Raingerus. — 
Fraville était une grange de Clairvaux. 

3. Sorus : quo nomine, vulgari lingua, subrut'os et pêne flavos appel- 
lare solcmus. Vita 3", Migne,' col. 523, D. 



NOTES HlS TOUKH'l-:^ KT ARCIIKOI.OGIQUES i 



lensi Raengerius de Castello laudante Tescelino Sauro de 
quo illud tcncbat, et ejusdcm Racngcrii tilio Odone pariter 
concedente. Testes sunt ipse 7>5ce/i«H5, Ansculfus, Wilericus 
deCastello. Concessit hoc ctiam alter Raengerii (ilius, Aimo 
Jovins. Testes sunt Josbcrtiis Rufiis, Raengerius paier ejus. 
Sed et alius tilius ejus Girardus hoc ipsum laudavit, testibus 
Ansello clerico, Dodone de Mundivillà. » 

Tout favorise l'identirication du Tescelin de ce texte avec 
le père de saint Bernard. Le lieu, puisque Fraville, voisin 
de la Ferté-sur-Aube, est parmi les t'iefs en partie possédés 
par ]a famille chàtillonnaise à laquelle se rattachait le sei- 
gneur de Fontaines-les-Dijon. Le temps, car la donation 
remonte aux premières années de Clairvaux, et, d'ailleurs, 
ce Tescelin ne reparait plus. Les personnes : on a remarqué, 
en effet, Tintervention de Jobert le Roux, certainement pa- 
rent de saint Bernard ; maintes chartes encore accusent 
d'étroites relations entre les seigneurs dits « de Castello » 
— peut-être Le Chatelet sur Boudreville (Côte d'Or) — et 
les Chàtillon ou les La Ferté(i);on les présume donc, à 
bon droit, lies au moins par quelque affinité. 

Les mêmes convenances existent pour Tescelin delà charte 
de Fontenay. (Voir dans Migne, P. L. tome clxxxv, col. 1463, 
B, le texte à interpréter.) 

Inutile de s'attarder aux convenances de temps et de per- 
sonnes, assez manifestes pour qui étudiera les extraitsouana- 
lyses des deux premières grandes chartes de Fontenay édités 
par Chitflei (2). Des raisons frappantes établissent la conve- 
nance de lieu. Le pré mentionne était en aval de Grignon, 
sur la rive gauche de la Brenne, entre Courcelles et Benoi- 
sey, près du territoire de Fain-lès-Montbard, village de la 
rive droite . Cette terre devait dépendre de Grignon. Or, les 
alliances inairimoniales avant souvent tenu à la proximité 
des domaincsrespectifsdesfamilles, il neserait point étonnant 

1. Voir Biblioih. de Troyes. cartul. de Clairvaux. I, p. 41, '.2^. — 
Archives de l'Aube, canulaire de Clairvaux, II. p. i. — Archives de la 
Haute-Marne, cariul. de Longuay, fol. Scj-(j3, 106, log, 111, 112. — 
Archi\es de la Coie-d'Or, cariul. de Molesiiiè, 1. 86; canul. de Fonte- 
nay, nis. 201, fol. 5. — Gall. chr. IV, Pr. p. i03. — E. Petit, Histoire 
des Ducs de Bourgogne, I, 3c\3; II, 243. 

2. -Migne, col. 1462, A; 14G3, B; etc. 



14 NOTES HISTORIQUES 



que l'époux de la B. Alette eût possédé, de son propre chef, 
quelques biens dans le voisinage de Montbard. On trouve là, 
d'ailleurs, des « milites castellionenses ». Il y a plus. Des 
descendants de Tescelin de Fontaines-lès-Dijon hantent par- 
ticulièrement cette contrée ; ils s'y marient, ils font des do- 
nattons sur Fain-lès- Montbard, sur Munois-Darcey. Autre 
détail : les Grignon dits de la Motte auxquels appartient 
Bernard, onzième abbé de Fontenay, sont des témoins si 
assidus de ces descendants de Tescelin que l'on soupçonne 
entre eux quelque parenté (i). Enfin à Poiseul-la-Grange, lieu 
dépendant de la seigneurie de Grignon, on voit, parmi les 
tenanciers, Guillaume de Châtillon, seigneur de Duesme, et 
Gérard de Châtillon, seigneur d'Echalot, parents de saint 
Bernard (2). Toutes ces circonstances n'insinuent-elles pas 
fortement que le père de l'abbé de Clairvaux possédait quel- 
ques biens sous Grignon ? 

Une remarque générale augmentera la valeur des raisons 
particulières qui précèdent. 

Contrairement à ses parents les Châtillon et les La Roche, 
Tescelin, père de saint Bernard, n'aurait-il eu aucune pro- 
priété dans un rayon plus ou moins étendu, autour de son 
oppidum natal ? C'est peu probable. Les biographes parlent 
de ses nombreuses possessions que l'on peut difficilement 
réduire au petit château de Fontaines et à ses dépendances. 
Or, voici, au nord de Châtillon, le finage de Fraville, au sud, 
le pré sous Grignon, qui appartiennent à un Tescelin le 
Saure, contemporain du père de saint Bernard. Il est donc 
présumable qu'il s'agit deTescelin de Fontaines. La présomp- 
tion devient plus forte par les observations suivantes. Le 
seul Tescelin le Saure qui paraisse au cartulaire de Molesme, 
est certainement le père de saint Bernard. C'est lui encore, et 
lui seulement, qui, à la même époque, est ainsi nommé dans 
les chartes des autres églises de Bourgogne. Un second 
Tescelin le Saure apparaît plus tard, mais il est son arrière 
petit-fils et, comme lui, seigneur de Fontaines (3). 



'i. Tous ces liétails sont justifiés à l'art. IV. 

4. Migne, col. 14G5, !', D. - 
h. n-II. 

5. Voir plus loin, article IV. 



4. Migne, col. 14(35, B, D. — Cartul. de Fontenay, ms. 201, 2' gde 
ch. n-II. 



ET ARCHÉOLOGIQUES l5 

En définitive, est-il te'méraire de regarder comme très pro- 
bable la double identification proposée ? Il ne le semble pas. 

Les étroits rapports des arrière neveux de saint Bernard 
avec la maison de Grignon dite de la Motte inviteraient à 
rechercher si, par cette maison, la famille de l'abbé de 
Clairvaux n'aurait pas quelque lien avec les anciens comtes 
d'Auxois. Mais s'obstiner à vouloir éclaircir tant de points 
obscurs, malgré l'insuffisance des documents, c'est se 
condamner à rouler le rocher de Sisyphe. 

2. — Nous avons donné quelques fragments des tables 
généalogiques de la famille dite de Ghàtillon, parente de 
saint Bernard(i).En général, les dates inscrites ne marquent 
point les limites de la jouissance d'une seigneurie, moins 
encore les limites d'une existence; ce sont des points de 
repère, des données justificatives, qui permettent de retrouver 
les noms et la filiation des divers personnages, dans les chartes 
portant, authentiquement ou par attribution, les millésimes 
signalés. Le but à atteindre n'était pas de faire l'histoire chro- 
nologique de ces personnages, mais d'établir leur parenté 
avec saint Bernard. 

Les additions et rectifications suivantes seront utiles pour 
la suite du travail. 

Première table (p. 140-141), deuxième colonne, avant 
dernière génération : Gui de Pontailler, seigneur de Talmay, 
eut pour première femme, non point Marguerite de Blaisv, 
mais une fille de Richard d'Abbans (2). 

Même colonne, génération précédente : Guillaume II de 
Champlitte, vicomte de Dijon, eut pour seconde femme 
Catherine de .S'azf/on (3). — Ce supplément à déjà paru aux 
Addenda. 

Deuxième table (p. 142-143;, première colonne : il faut 

1. S, Bernard et le Château..., t. I, p. 140 et suiv. 

2. Marguerite de Blaisv épousa Gui II de Pontailler, maréchal de Bour- 
gogne. G est ce que nous atteste une obligeante lettre de M. le prince 
de Bauftremont-Gourtenav. —Voir, d'ailleurs, Archiv. de la Côte-d'Or, 
Peincedc, XXVII, 147 ; B,' 1 1,268, fol. 16 bis. 

3. Archiv. de la Gôte-d'Or, tonds du prieuré de Pontailler, H. 32, 
liasse 73(). 



1() 



NOTES HISTORIQUES 



compter une génération de plus. Marguerite de Duesme, 
femme d'Anselme de Bailleux (i), est plutôt fille que sœur 
de Guillemette de Duesme. En outre, elie épousa en secondes 
noces Aimon, seigneur de Pesmes (Franche-Comté), et 
laissa aussi des enfants de ce mariage. Voici cette partie du 
tableau dûment rectifiée et complétée : 



1 Guillemette de Châtilloyi dame de Duesme. 

( Ponce ('Jianlavd, familier dji duc de Bourgogne. 



Marerueritc, dame de Duesme. 

\ 

iiqo ' 1° Anselme de Bailleitx. 

iigh 1 

121 1 , 2° Aimoyi de Pesines. 



du 1' 



(jltilîaunte 



1218, Anselnw 
Ueigii. de 
1 Duesme 

122G' .4.7/1-7 

12;'? 



Ely.: 



.hc^uetle 



;:7,s.i/'<.//, 



du 2" lit. 






Ouîîlaume I 2 1 8 PuiitçarJ 
seign. de I idit de iJiiesme 

Pesmes [226 de Saalon, 
seiyn. de 



Gérard 



1 seiyn. L 

/Montrambcrt et de Valay 
7/81 Jsahelle '" " ' 



(Fr. Clé;. 



Cette rectification s'appuie sur les raisons suivantes. 
Renier de Chàtiilon laissa la part qu'il possédait de la sei- 
gneurie de Duesme, à son fils Guillaume, et celui-ci la trans- 



I. Anselme de Bailleux tut l'un des barons qui assistèrent le duc 
Hugues 111, quand celui-ci octroya la charte de commune aux habitants 
de Dijon (1187J. Son nom a ete généralement mal lu par les copistes qui 
ont traduit ^i;5er))2i/s, doublet d'.\nselmus, pa.T Ansericus. Mais la charte 
originale porte: Anselni de Ballox. (Archives municipales de Dijon, 
B, i.) Immédiatement avant Anselme figure, dans la même charte, Rdhert 
de Bailleux. Celui-ci était seigneur de F^ouilly-cn-Auxois, en mén;c temps 
que seigneur de Bailleux. En 1236, son fils, héritier des deux .seigneu- 
ries, vendit au duc tout ce qu'il avait à Pouilly, dans la chàtellenie de 
Pouilly et même en Bourgogne. La terre de Bailleux ne parait pas 
comprise dans l'objet de cette vente. Elle était donc située hors du 
duché, où, du reste, on la cherche en vain. V. Archiv. de la Côte-d'Or, 
abb.de La Bussière. H. 3 3 3, lavette Pouilly-en-Auxois; et Ch.des Comptes, 
B, 1287, cotes 2 et !3 ; B, 1256, cote i. Sur les pièces du dépôt de la Ch. 
des Comptes sont apposés deux sceaux des seigneurs de Bailleux. L'un 
(janvier 12'35, n.st. i236) porte une fascc avec un lion arme et lampassé 
brochant sur le tout et la légende : + Sigillum Roberti de Bailues. L'au- 



ET AUCHÉOI.OGK^UES I7 

mit à sa fille Guillomettc, cpouse de Ponce Chanlard (i). 
Des chartes datées de i i()0, i 196, prouvent qu'à cette époque 
la mè-nie seigneurie appartenait à Anselme de Bailleux, à qui 
sa femme Marguerite l'avait apportée en dot (2). Marguerite 
se déclare descendante de Renier et de Guillaume de Gha- 
tillon, mais sans appeler Guillaume son père. Klle avait de 
son chef, à Saulon, des fiefs qui paraissent venir de Ponce 
Chanlard (3). Il y a donc lieu de croire Marguerite, tille de 
Ponce Ghanlard et de Guillemette de Chàtillon. 

Son double mariage est attesté, d'une manière explicite ou 
implicite, par les cartulaires de Fontenay, de Longuay, du 
Val-des-Ghoux, de Bèze, de Citeaux, de Saint-Etienne, et 



tre (12981 porte seulement une fasce avec la légende : Sigillum Robevti 
domini de B.iilues-On trouve également le sceau de la femme du pre- 
mier de ces deux Robert Ci2'.-îr)). Ce sceau, de forme amande, représente 
une dame portant un diadème au front, un manteau sur les épaules, une 
tlcur de lis dans la main droite, avec cette légende: + S. Adc domine 
de Bailues. La graphie du nom patronymique de ces seigneurs otfre 
de nombreuses variantes: Bailues, Belluex, Beleux, Belleux, Bealeus, 
Balucs, Balucl, Baleux, Ballcus, Ballox, Baillez, Baillois, Cailleus, en 
latin de Ballcolis, de Baleeis. 

1. Archiv. de la Haute-Marne, cartiil. de Longuay, fol. 12.S, i3i ; 
cartul. d'Auberive, lib. L n. 17. — Archiv. de la Côte-d'Or, abb de 
l'ontenay, H, 574, l'ontaines-en-Duesmois Emorots. — E. Petit, Hist 
acs Ducs de Bourgogne, Dijon, 1888, tome II, p. 236, 3i'3, 3i5, 343, 
403. L'abbé Jobin, Saint Bernard et sa faniille, Poitiers, 1801, p. 58i. 
Dans ce dernier ouvrage, la charte à laquelle nous renvoyons a été' mal 
datée: elle a été donnée par l'év. dWutuu, Etienne II, 1 171- 1 188. 

2. .\rchiv. de la Haute-Marne, cartul. de Longuay, p. i3[ verso, 
137. — .Vrchiv de la Côte-d'Or, abb. de Quincy, H,' 620. layette Se- 
mond ; N.-D. de Chàtillon, cartul, d'Hocmelle, p. ni ; abb. de Fonte- 
nay, cartul. n. 201, fol. 34 recto. — E. Petit, op. cit. II, 405 ; 111, 3io, 
oii il taut lire: Anselmus miles de Baluel. 

3. .-Vrchiv. de la Côte-d'Or, Citeaux, cartul. n. 107, fol. 7-8, 16-17; 
11,447, layette Féuay. — Ibid., Saint-Etienne de Dijon, G. 4. n. 28, 
ancien cartul. III, fol. 66,93,99, 101. — Fyot, Hist de Saint-Etienne, 
p. i33. — Les titres indiqués dans ce renvoi établissent que .Margue- 
rite de Duesme a laissé, de son chef, en héritage à ses enfants, des 
biens à Saulon, à Fénay. Or, ces biens devaient provenir, non de Guil- 
laume de Due-^mc, mais de l'once Chanlard. 11 est beaucoup plus vrai- 
semblable de les attribuer à celui-ci, qui avait son centre à Dijon et 
appartenait originairement à la même famille que les Marigny-sur-Ou- 
che, famille dont les domaines s'étendaient autour de Dijon, le long de 
la cote et dans la partie avoisinanle de la plaine. Voir Archives de la 
Cote-d'Or, Saint-Bénigne, H. 70, Mesmont, ch. de iioo; Migne, col. 
141 1, A; \l. Petit. Il, 23o. A Saulon, spécialement, on trouve des sei- 
gneurs dits de Saulon, qui sont parents des Marignv, participent à leur 
terre de Daix, et portent leurs armes, semble-t-ii, vairù de... et de..., 
brisées d'un franc quartier. V. Archiv. de la Côte-d'Or, B, i3.3o, cotes 
21 et 22; B, .T22, cote 3, B, 332, cote i. — Hisl. de la maison de Chas- 
tellux, .\uxerre, 1869, p. 43, note. 



l8 NOTES HISTORIQUES 



par d'autres titres conservés dans nos établissements natio- 
naux (i). 

Les fragments généalogiques donnes p. 144 peuvent être 
développés et rattachés à la même souche que les précédents. 

A cette fin il faut rapporter une charte du cartulaire de 
Molesme (I, 70-71). 

Notum sit quod Beatrix, soror Roberti linqonensis episcopi, 
Deo et sancta; Marife Molismensideditaltare desancta Columba (2) 
et presbyteratum ; et hoc factum est laudante pra.'nominato epis- 
copo. Ipso vero Robertus donavit totam terram ouam in eodem 
loco habebat, et campum qui vocatur Osseus. 

Similiter autem Raineriiis et Gosbertus et Hugo Godefridus 
de Castellione et sorores eorum, filiis earum concedentibus vide- 
licet Abbone et Gosberto, dederunt quidquid in insula apud 
Cavennaiacum (3) habebant. Simili modo Haimo Riifiis, conce- 
dentibus filiis suis, dédit totam terram quam in eadem insula 
habebat, retento hoc quod caruca une die arare consuevit. Nepta 
vero ejusdem Haimonis, Hermentrudis videlicet, pratum quod- 
dam in eadem insula donavit. Supradictus vero Haimo dédit duos 
mansos, unum apud Cavennaiacum, alterum apud sanctam Colum- 
bam. Hugo vero Godefridus medietatem terrœ sancta; Columbae 
et medietatem trium mansorum apud sanctam Columbam et unum 
mansum apud Cavennaiacum concessit. Dédit etiam prienomina- 
tus Hugo monachis universam decimationem laborum suorum, 
laudante domno Raynerio de cujus casamento erat. .. 

Donationi Beatricis all'uit Wido de Wangionum rivo. maritus 
ejus, laudator et testis. Concessioni vero Roberti episcopi Amal- 
ricus decanus lingonensis et Radulfus pra'positus ipsius episcopi. 
Donationi vero Rainerii et Gosberti et Hugonis et sororum 
eorum alios testes non admisimus nisi se invicem et Widonem de 
Mercennaco et Giraldum Balbum. Donationis vero Haimonis Ruji 
testes sunt Milo ejus filius et Rainaldus miles ejus (an. i 100). 



Peincedé, XXVIII, 1175; cartul. de Bèze, n. I3o, p. 24-25. — Archiv. 
nat. KK, 1064, fol. 285. — Bibl. nat., cartul. de Cnampagne, 5oo Col- 
bert, n. 58, fol. 146, 147, 148. — Voir aussi pour la lignée issue du 
deuxième lit, Archiv. de la Côte-d'Or, B. 11607, cote û3; Peincedé, 
XX\', 5i5. C'est à l'obligeance de M. de Beauséjour, domicilié à Besan- 
fon, que nous devons communication de plusieurs de ces pièces. 

a ~ ■ ~ ' ' " ■ ' " 



. Sainte-Colombe-sur-Seine, près Chàtillon 

3. (^havonnier, écart de Sainte-Colombe. 



ET ARCHEOLOGIQUES 



'9 



D'après cette charte-notice. Renier et Jobert de Châtillon 
qui tigurent avec leur descendance dans les tableaux dressés 
pp. 140-143, eurent un frère, Hiigues-Godefroi, et deux 
sœurs, dont les maris sont inconnus. 

Suivant une autre charte, la mère de Renier et de Jobert fut 
une « domina Adelaidis », cohéritière de fiefs situés sur Riel et 
Autricourt (i). Hugues était fils de Godefroi : tel est le sens 
de son surnom, sens expressément marqué en d'autres titres 
où il est appelé « Hugo Godefridi, Hugo filius Godefridi. » 
Adelaidis, mère de Renier et de Jobert; Godefroi, père 
d'Hugues, sont les seuls ascendants de cette famille que l'on 
connaisse. 

Selon toute probabilité, Hugues eut deux fils : Godefroi 
qui porta le nom de son aïeul, et Nivard. La conférence de 
plusieurs chartes de Molesme autorise à le présumer (2). Or, 
Godefroi, fils d'Hugues, est le même que Godefroi, époux de 
Gertrude, dont la descendance est donnée p. 144. — Mathieu 
de Châtillon, témoin assidu de tous ces chevaliers et qualifié 
de cousin de Godefroi (3), appartient à la même maison. 

Aimon le Roux n'y est point étranger. Voici le tableau de 
sa postérité, où trouve encore sa place un des fragments 
généalogiques qui nous occupent. 



Aimon le Roux de Clidtillon-suv-Seine, familier du duc 
Eudes I, puis moine à Molesme, vers 1100. 

Adeline. 



Robert 
clerc. 



.1/1/0;; 



; Gérard de Cliâtillon, ieign. 
I lool d'Echalot, 

' familier 

ii25i des ducs Hugues II 
1 143/ et Endos 11. 

^ Ermengardc. 



'Marguerite 
1098I 
V. 1 120I Milon de 
Frôlais, seig. 



j en partie de 

' Salmaise, 

V connélable. 



Milon 



Ponce de Gérard de AI i Ion Elisabetlt 
Salmaise Salviaise 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, Cartul. de Molesme, I, 72-73. 

2. Ibid. 82, 86. 

3. Ibid. 



20 NOTES H ISl CRIQUES 

Domaines d'Aimon le Roux et de Gérard son fils : sur Montier- 
en-l'Isle, Bagneux-la-Fosse, (Aube). — Champigny, Sainte- 
Colombe-sur-Seine, Etrochey, Poiseul-la-Grange (Côte-d'Or). 

Ces données sont certaines. Elles résultent i" des titres de 
Saint-Bénigne, de Fontenay, de Molesme publiés par Pérard, 
Chifflet et E. Petit (i); 2" de deux chartes inédites de Mo- 
lesme et de Clairvaux, dont voici des extraits : 

Cartul. de Molesme i, i>. 89... Haimo Rujus de Castellione, 
relinquens sœculum, venit Molismum ut habitum religionis acci- 
peret. ., deditque Deo et ecclesia; Molismensi presbyteratum de 
Baniolo {2) vel très mansos alodii ; quidquid vero uxor illiiis 
Adeliim in ipsa villa habebat, totum post morte m suam concessit. 
Pra.'terea dédit nobis uxorem Ulrici Mulnerii cum infantibus suis 
de Insula subter Barrum super Albam (3)... et unum pratum ad 
Villam Martini (4) pertinens. Hoc donum gratanti animo laudavit 
uxor ejiis Adelina, filiique ejiis Kobertus clericiis, Miloet Girardus 
(vers 1 100). 

CARTur,. DE Ci-AiRVAux,i,p. 24 1 . Notificetur posterltati nostrœ quod 
Girardus de Castellione filius Aymonis Rufi, laudante Ermengarde 
uxore sua et Aliloiie Jilio sua, dédit monasterio Clarevallensi et 
fratribus ibidem Deo servientibus villam qua* Campaniacum (5) 
dicitur cum omnibus appendiciis suis... et quidquid omnino ad 
supradictam villam pertinet. Testes sunt Wido, Radulfus, Siguinus 
canonici ; Rainerius de Pultariis, Raherius, Radulfus de Maiseio. 

Pontius de Salmasia (6), nepos ipsius supradicti Girardi, laudante 
Margarita matre sua, dédit quidquid ibidem habebat vel alius de 
illo tenebat. Testes sunt Barlholoiueus de Sombernon, Hugo de 
monte sancti-Joannis.Walo de Saliva, Odilo de Chuseio, Lebaldus 
de Sancto-Gervasio. Hoc vero laudaverunt Wido, Walterius, 
Herveius de Merligni de quibus ipse Pontius tenebat. Testes sunt 
cornes Theobaldus, Walterius de Bernon, Petrus Bursalz, Andréas 
de Firmitate Walcherii. 

I. Voir Pérard, 83, i8o, 204, 220,221.227, — Chifflet, 428, 429, 548, 
549; — E. Petit, I, 411-412, 4.36, 441, 463, 467, 46{<, 507 ; II, 2ri, 221, 
222, 246, 33o. 

2; Bagneux-la-Fosse, canton des Riceys (Aube). 

3. Montier-en-l'Isle, canton de Bar-sur-.\ube. 

4. Villemartin, lieu disparu sur le tinage d'Ftrochey, canton de Chà- 
tillon-sur-Seine. Voir Archives de la Cote-d'Or, H. 3o?, abbaye de Mo- 
lesme. 

5. Champigny, commune d'Autricourt , canton de Montigny-sur- 
Aube. 

G. Salmaisc, canton de Flavigny. 



ET ARCHEOLOGIQUES 21 

Bartholomeus, laudante matre sun Hersende et Aimone vitico 
suo, dédit quidquid habebat in supradicto tlnagio. Testes sunt 
Anno Rufus, Guiardus frater ejus, Milo Pinguis, Guiardus de 
Villa, Rainerius frater Annonis. — Simon de Brierio (i), laudante 
Gertrude uxore sua, dédit quidquid ibi habebat, présente 
Godefrido et Girardo monachis. Testes sunt Hugo de Thoria, 
Narjoldus de Castellione. — Laudavit htec dona Bartholomei et 
Simonis Willeliiiiis de Castellione de quo in feudo tenebant. Testes 
sunt Bartholomeus de Souibernon, Girardus de Castellione, 
Guido filius Ebrardi. 

Ego Godefridus Dei gratia lingonensis episcopus totam pre- 
sentis pagina; cartam laudo et proprio sigillo munio et Claraval- 
lensi monasterio in perpetuum confirme. Anno ab Incarnatione 
Domini M. G. quadragesimo septimo (1147). 

Aimon le Roux et Gérard son rtls ont des biens sur les 
mêmes territoires que Renier de Châti'lon et ses frères. 
Gérard est témoin des tils de ReHier {2\ Ces indices de 
parenté font présumer qu'ils se rattachent tous à la même 
souche. 

Ainsi faut-il voir, vers l'an iioo, dans Renier, Jobert le 
Roux, Hugues-Godefroi, Mathieu, Aimon le Roux les prin- 
cipaux représentants de cette famille, dite de Châtillon, 
parente des La Roche et de Tescelin le Saure. Les La 
Roche et Tescelin étaient cousins. Même lien les unissait à 
Renier, Jobert, etc. Un ascendant des La Laroche avait dû 
prendre femme dans cette maison châiillonnaise, et Tescelin 
devait en être membre. Des- chevaliers dits de Brémur, 
d'Aisey, de Bouix, de Pothières, de Belan, d'Autricourt, de 
Ville-sous-!a-Ferté, de Veuxhaulles, de Maisev,etc., tenaient 
à la même famille, et plusieurs en ligne directe. On trouve 
là le foyer principal de la ligne paternelle de saint Bernard. 

La maison de Châtillon dont nous parlons, a fourni à la 
cour ducale la plupart de ses grands officiers, pendant les 
XL et XIL siècles. Elle s'est alliée à presque toutes les autres 
maisons qui hantaient la même cour. Dans la branche des 
La Ferté. elle hérita delà vicomte de Dijon, et mêla son sang 

1. Briel, canton de Bar-sur-Seine. 

2. Voir la charte de Ciairvaux ici rapportée, et E. Petit, Histoire des 
Ducs de Bourgogne, il, 246. 

I 



22 NOTES HISTORIQUES 



à celui des Vergv ; — à celui des comtes de Champagne, par 
le mariage de Sibylle de l.a Ferté avec Eudes de Cham- 
pagne, tige de l'illustre maison de Champlitte ; — à celui 
des ducs de Bourgogne, par le mariage de Eudes III avec 
Alix de Vergy. Avant le XII^ siècle, les Chàtillon avaient des 
domaines jusque dans le Dijonnais, à Saint-Julien, à Chai- 
gnay, à Fontaines. 



3. — Le lieu de Gratoux (p. 146) dont les taxes turent 
contestées puis abandonnées aux chanoines de St-Nazaire 
par le duc Hugues II, n'est point Gratoux dans l'Autunois, 
mais une localité de même nom, aujourd'hui disparue, 
située jadis entre Chenôvc et Longvic, à peu de distance de 
Dijon. 



4. — Au sujet du véritable lieu de la vision de Noël 
(p. I 54-1 55), voir dans ce tome II. p. 8. 



5. — La remarque de Dom Thomas Leroy, louchant la 
translation des restes de la B. Alctte à Clarrvaux (p. i65, 
note 3), pourrait induire en erreur sur la date de ce fait, si 
l'on n'y ajoutait un commentaire rectificatif. 

Ce fut le 14'' jour, non du mois d'avril, mais avant les 
Calendes d'avril, c'est-à-dire le 19 mars, qu'eut lieu la trans- 
lation. Voir Migne, col. i7(")7, ou col. i555, au Livre des 
sépultures de Clairvaux. De plus, cette transhuion du 
19 mars fut seulement la déposition du corps de la B. Alette 
dans la chapelle du Saint-Sauveur. L'entrée du corps à Clair- 
vaux est fixée par Henriquez (i) au 18 octobre, jour auquel 
le calendrier cistercien porte en effet, comme au 1 <> mars: 
« Translatio B. Aleydis matris S. P. N. Bernardi {2). » 

Ainsi l'abbaye de Saint-Bénigne perdit les précieux restes 
de la mère de saint Bernard au mois d'octobre, Tan 1249 ou 
i25o, selon qu''on interprétera par le nouveau ou l'ancien 

1. Menol. cistcrc, 18 octobre. 

2. Kalendarium cisterc. seti Martyrol., Parisiis, Mariette, an. 1726. 



ET ARCHÉOLOGIQUES 2 3 



I 



Style la date assignée à la déposition par le Livre des sépul- 
tures : « anno Domini isSo, XIV kal. Aprilis. » 

Jean TErmite assure que, de son temps, l'on voyait à Saint- 
Bénigne, sur le tombeau de la B. Alette, la représentation de 
ses six enfants (i). On ignore quel fut le sort de ce monument. 
Tel ne devait plus être le cénotaphe dont parlent Dom Leroy, 
au XYII*^ siècle et Violet au XVIII% et que la tradition de 
l'abbaye désignait comme la sépulture de la mère de saint 
Bernard (2). 

6. — Nous avons essayé de préciser la date du voyage de 
saint Bernard à Grancey et celle de son entrée à Gîteaux 
(p. 178, 197). La question a besoin d'être reprise. 

Deux points se fixent aisément : le voyage de Grancey eut 
lieu en octobre, et l'entrée à Gîteaux vers le commencement 
du printemps de l'année suivante. En effet, lorsque saint 
Bernard revint à Grancey pour solliciter, mais en vain, la 
mise en liberté de Gérard, il lui dit, avant de s'éloigner : 
« Nous allons bientôt partir au monastère ; toi, mon frère, 
sois moine dans ta prison ». D'après ces paroles la 
phalange des convertis était alors sur le point de quitter 
Ghàtillon. Or. Gérard fut délivré peu de )ouvs après, pendant 
le carême, et il put accompagner ses frères à Citeaux. Ge fut 
donc vers le commencement du printemps, un peu avant 
Pâques, plutôt qu'après(3),que s'effectua le départ. Et comme 

1. Migne, col. 53q, B. — Malabaila, p. 17. 

2. Violet, chantre de la Sainte-Chapelle, a laissé cette note dans ses 
mémoires manuscrits datés de 1789: n Avant de descendre dans la Ro- 
tonde (inférieure, par l'escalier de la tour du nord), on lit au-dessus de 
la porte de l'escalier. Solvc calceamenta de pedibus tuis, locus enim 
in quo stas, terra sancta est. 

« On voit en entrant un cercueil de pierre, qu'on dit être celui de la 
mère de saint Bernard. » — Biblioih. de Dijon, fonds Baudot, ms. 142, 

p. 23. 

Aujourd'hui, un des cercueils, replacés dans la Rotonde par intérêt 
archéologique, occupe, côté du nord, à peu près le même emplace- 
ment. 

3. Les anciens auteurs cisterciens n'ont pas uniformément daté les 
faits selon l'ancien style. Dans V Exordium magnum (Migne, col. iooq), 
la date ofticielle de la fondation de Gîteaux, le n dies natalis» de l'or- 
dre est marqué n en l'année iog8, au XII des calendes d'avril (21 mars), 
jourdela fête de saint Benoît, qui coïncidait cette année-làavec le diman- 
che des Rameaux ». Cette coïncidence désigne l'année ioq8 nouveau 
style. On lit le même millésime dans VExordium parviim. L'auteur de 
la Chronique de Clairvaux commence l'année à Nocl (Migne, col. 1247). 
— Dès lors, un fait que les biographes de saint Bernard datent du prin- 
temps de iii3, par exemple, peut s'être accompli avant Pâques. 



24 



NOTES HISTORIQUES 



il s'était écoulé prés de six mois depuis le voyage décisif de 
Grancey, ce voyai^c remonte ainsi aux premiers jours de 
l'automne. 

L'année de ces événements est plus difticile a fixer. 

Suivant la chronologie adoptée, saint Bernard est entré 
à Cîteaux âgé d'environ 22 ans, l'année i i i 3 de .I.-C, et la 
i5° du monastère. La première recension de la Vita donne à 
saint Bernard 23 ans, la seconde 22: Ton s'en tient avec rai- 
son à celle-ci, qui est plus exacte Nous ne connaissons point 
de variante et ne croyons pas qu'il v ait lieu d'hésiter 
à propos de « la i 5'' année de Cîteaux » ; mais il n'en est 
pas de même pour le millésime de iii3, comme on va le 
voir. 

Ce inillésime, disons-le de suite, soulève plusieurs diffi- 
cultés. D'abord peut-il se concilier avec l'entrée à Citeaux en 
la 1 5" année du monaftère, et six mois environ après le 
voyage de Grancey? Une circonstance notée par les biogra- 
phes a ici son importance. Lorsque saint Bernard eut groupé 
autour de lui les convertis de la première heure, un matin, 
entrant avec eux à l'église, il entendit lire ce passage de l'épitre 
de saint Paul aux Philippiens : « Dieu est fidèle, et assuré- 
ment celui qui a commencé en vous la bonne œuvre, la mè- 
nera à sa perfection jusqu'au jour de Jésus-Christ. » Ce sont 
les premiers mots de l'épitre liturgique d'un des derniers 
dimanches après la Pentecôte, du 22'' dans nos livres actuels, 
du 23*" dans le bréviaire manuscrit de Cîteaux (i). Cet inci- 
dent, dont l'a propos providentiel accrut le prosélytisme de 
Bernard, ne peut avoir été bien éloigné du voyage de Gran- 
cey (2'!. En 1112,16 23" dimanche après la Pentecôte était le 
17 novembre ; ce qui donnerait, pour date approximative du 
voyage de Grancey, le milieu d'octobre. Or, puisque saint 
Bernard est entré à Citeaux la i5° année du monastère, c'est- 



1. Biblioth. de Dijon. 

2. V'oici comment débute le récit de cet incident, dans la Vita u, re- 
cension B, ms. de Cîteaux (XII'' siècle), Biblioth. de Dijon, n" 3984/4, 
fol. 6 recto : « Cuin autem ccteri, tit diximus, fvatres prima die in eodem 
essent cum Bernardo spiritu congregaii, mane intrantibus eis eccle- 
siam, illud apostolicum Icgcbaïur : Fidelis est Deus... » — Si le mol 
« fratres u manque dans les éditions imprimées, si Alain, dans sa re- 
touche purement liiiéraire, devient moins précis (Migne, col.476, B;, il 
n'en reste pas moins évident, croyons-nous, qu'on est presque au len- 
demain du voynqe de Grancev. 



ET ARCHKOI.OGIQUES 25 

à-dirc avant le 21 mars 11 i3. premier jour de la i (i'', on 
voit la difficulté de trouver les six mois passes à Châtillon. 

Vin second lieu, il sera toujours quelque peu e'tonnant que 
les biographes aient donné 22 ans à saint Bernard au prin- 
temps de iii3,et63, quarante années plus tard, dans l'été 
de I I 53. Aussi Mabillon, frappé sans doute de celte anomalie, 
avaii-il préféré la leçon qui donne à saint Bernard 23 ans. 
Mais cette leçon appartient à la recension A, non à la recen- 
sion B, comme il vient d'être dit. 

Troisièmement, puisque Cîteaux dépérissait faute de moi- 
nes avant d'avoir reçu les trente novices, comment fut-il obli- 
gé d'essaimer dès l'arrivée de ceux-ci ? L'installation des re- 
ligieux à La Ferté eut lieu le iS mai 1 i i3. 

Si l'entrée de saint Bernard à Citeaux date de i i 12, toute 
difficulté s'évanouit, tout concorde. Alors, en effet, le ca- 
rême de I I 12 commençant le b mars et la 1 5'' année du mo- 
nastère le 21, saint Bernard n'aura quitte la maison pa- 
ternelle qu'au mois suivant. D'un autre côté, le 23" dimanche 
après la Pentecôte de l'année précédente était le 29 octobre. 
On trouve donc facilement les six mois de séjour à Châtillon. 
De même il n'y a plus d'anomalie entre Tàge de saint Ber- 
nard quaiiil il entre au cloitre 122 ans, en i i 12), et celui qu'on 
lui donne à sa mort '63 ans, en 11 53). Enfin, un an s'écoule 
avant la fondation de La Ferté, ce qui permet aux recrues d'af- 
tluer, au point de rendre nécessaire la création d'établis- 
sements nouveaux. 

L'année i i 1 1> n'a pas semble inacceptable au P. .lanaus- 
chek (1). .\ussi bien, l'examen des plus importants manuscrits 
de la recension B et l'étude de quelques autres textes concer- 
nant la question inclinent fort a préférer ce millésime. 

La ville de Troyes possède les Vitac manuscrites qui pro- 
viennent de Clairvaux : quatre exemplaires de la /■' , recen- 
sion B ; un de la 2' . Les cinq manuscrits portent 1 1 i 3 pour 
la date de l'entrée à Citeaux. Mais les deux plus anciens, qui 
sont de la deuxième recension, dont la leçon authentique 

I. Oriffin. cisterc. p. I\'. 



NOTES HISTORIQUES 26 



serait si intéressante à constater, portaient primitivement — 
la chose est manifeste — : 

C( m. G. XL » 

Les deux derniers chiffres qui ont fait de cette date 
di. Q.XIII, sont de seconde main (i).— L'année de Cîieaux 
(xv) et l'âge de saint Bernard (annos natus circiter xx duos) 
sont de première main. 

La seule Vita manuscrite qui nous reste de Cîteaux 
(Vita I ' , recension By ,est à la bibliothèque de Dijon. Dans le 
passage relatif à l'arrivée de saint Bernard, on lit cette date : 

« m. G. XII. » 

Mais une seconde main, voire même une troisième v ont 
touché. Le velin offre les traces bien visibles d'un grattage, 
et il semble, d'après certains indices, que l'on ait d'abord 
écrit CÛ. Cf. XI-, puis CD. Ô. SIII. , et enfin la leçon ac- 
tuelle (2). — L'année de Giteaux (xv) et le nombre des an- 
nées de saint Bernard (xxii"^) sont de première main. 

Gagnerait-on à étendre cet examen aux autres manuscrits? 
Ge n'est pas probable. Gomment fixer avec pleine certitude, 
quant au millésime, la leçon primordiale et authentique delà 
recension B ?Malgré cela, une conclusion s'impose: i i i i (a. 
st.) c'est-à-dire i i i 2 (n. st.) semble avoir été la leçon originale; 
l'examen des plus importants manuscrits ifonne un résultat 
qui non seulement n'est pas contraire, mais qui est même 
très favorable à l'adoption de cette date. 

Quelques textes des deux /T.vorcïn/^n et de la Vila ./,,, joints 
à la charte de fondation de La Ferté, jettent encore un peu 

1 . lîiblioth. de Troyos, ms. n. (') (.XII' siùclc), fol . 7 ; — n. i i83 (.KIP— 
XIII'), fol. 22. IJ'excellentcs photographies des textes nous ont été 
obligeamment envoyées par le K. P. Pernin, oblat de S. François de 
Sales, résidant à Troves. — Les compilateurs ont rencontré decesms. por- 
tant tiii. Témoin Vincent de Beauvais, qui écrit Specul. histor. lib. 
XXVI, cap. 24, en parlant de saint Bernard et de Hugues de Pontigny: 
« Intravcrant cniin pariter doinum (>istercii anno domini i 1 i 1, sicut 
scribit Guiilelmus abbas a S. Theodorico. » 

2. Biblioth. de Dijon, ms. n. 3984/4, fol. 9. 



ET ARCHEOLOGIQUES 27 

de lumière suria question. « Ciim per continuos quatiiordecim 
annos — lii-on dans VExordiwn viagnum — paucitatis sua- 
tiudio tam ipse (Stephanus abbas) quam fratres ejus vehemen- 
ter afflicti fui^'sent, quinto decimo demum (a constitutione 
doniùs cisterciensis ) anno, beatissimum Bernardum cum 
turba fratrum et sociorum ejus... suscipere meruit. « (i) 
Iijcontestablement , cette manière de dire n'insinue pas 
que, dans la pensée de l'auteur, saint Bernard soit arrivé 
à Cîteaux quelques jours seulement avant le 21 mars iii3. 
Car alors, de bon compte, Tépreuve du Nouveau-Monastère 
eiît dure i5 ans et non 14. L'auteur ajoute qu'aubout'de quel- 
ques années, post aliquantos annos, saint Bernard et ses frères 
furent envoyés pour fonder Clairvaux. Ce peut donc être au 
bout de trois ans. — D'après l'un et Vanne Exordium la fon- 
dation de La Ferté ne semble pas avoir eu pour cause la seule 
présence des trente novices, mais une plus grande affiuence 
due à des recrues successives et nombreuses, qu'entraîna leur 
exemple (2). Ainsi cette fondation n'aurait pas immédiatement 
suivi l'arrivée du futur abbé de Clairvaux. Là dessus, d'ailleurs, 
Jean l'Ermite est assez formel. Après avoir rappelé l'entrée 
de saint Bernard à Cîteaux et quelques traits édifiants de son 
noviciat, il ajoute : « Post non miiltum vero temporis abbas 
Stephanus. . . de fructu quem sibi Deus dederat cwn nnilti- 
plici augmenta oblationem Deo facere decernens, transmisso 
conventu, incohavit abbatiam Firmitatem dictam, duas quo- 
que alias in brevi. Pontiniacum scilicet et Vallem-Absinthia- 
lem, quit nunc Claravallis dicitur (3) » Jean l'Ermite parait 
donc mettre un intervalle d'une certaine importance entre 
l'arrivée de saint Bernard et la fondation de La Ferté, et 
donner aussi pour cause à cette fondation l'accroissement 
considérable du nombre des moines. Plus formelle encore 
est la charte de fondation de La Ferté. Quelque large part 
que l'on accorde à l'emphase, on verra toujours dans le début 
de cette pièce : Tantus erat numerus fratrum apiid Cister- 
cium. . . autre chose qu'une allusion à la présence de 
trente novices (4). 

1. Migne, col. 440, C. — Cf. col. 1014, B. 

2. Les monuments primitifs de la Règle cistercienne, Di)on, 1878, 
p. 74.— Migne, col. 1014-1017. 

3. Miene, cr\. 540, C. 

4. L'aobé Jobin, Saint Dcnuird et sa famille, p- .^04. 



28 NOTES HISTORIQUES 



Cet ensemble de rai-sons permet donc de conclure que 
saint Bernard est entré à Cîteoux dès l'année 1112, plus pro- 
bablement, et dans la première quinzaine d'avril. 

Il y a un corollaire à déduire. 

Sur cette donnée que saint Bernard serait entré à Cîteaux 
en iii3,àgéde 22 ans, on a conclu c[uMl était né en loqi. 
Mais, d'après ce qui précède, il est plus sur de placer sa nais- 
sance en lOQO (i). 



7. — A la liste des convertis delà première heure (p. 184), 
il faut ajouter Geoffroi d'Aignay. Le nom de ce religieux a 
été mal interprété par les chroniqueurs et les hagiographes(2i. 
Mais on lit dans la Vita 3-' : « Nec multo post etiam 

1. La date de 1090 n'est pas en opposition avec l'âge de saint Ber- 
nard à sa mort. Le saint abbé mourut le 20 août 11 53. Geoffroi, dans 
le récit adressé à Eskil, et devenu le livre V de la Vita, semble avoir 
écrit d'abord: « Consunimatis ergo féliciter vitae suas diebus et annis 
circiter LX.UL expletis... » Le ms. latin ~bb\ de la Biblioth. nat., qui 
passe pour l'autographe de Geoffroi, contient, p. 81 : « Annis circiter 
I.X.lll.l » ; mais M. Léopold Delisle est « porté à croire que le J final a 
été ajouté après coup ». (Lettre du 28 nov. 1893.' Cette retouche vient- 
elle de Geoffroi? Pourquoi l'a-t il faite? Peu i'mporte, car dans la rc- 
cension B, qui fait loi, il maintient la leçon : 63 ans, annis circiter 
LKlII/'us expletis (ms. de Dijon, 3o8, fol. 70 verso). Doit-on entendre 
que saint Bernard n'aurait eu 63 ans révolus qu'en i i 54 ? On recourait 
à semblable interprétation afin de concilier deux données communé- 
ment admises: saint lîernard entré à Citcaux l'an iii3, âgé d'environ 
22 ans, et mort l'an ii.53, âgé d'environ 63 ans. .Mais si la seconde de 
ces données est ferme, la preinière ne l'est pas, on la vit. 11 est donc 
plus simple et plus naturel de mettre le 63'' anniversaire natal de saint 
Bernard en ii53, et sa naissance en 1090 

Dans ce conflit des variantes, il est "facile d'entrevoir comment plu- 
sieurs se sont produites. La leçon : • .\nno ab i-icarnatione Domini iiii, 
a constitutione domûs cistercicnsis i5,.. Bcrnardus annos natus circi- 

lei' 22 remonte au XI 1" siècle, à l'époque même où s'achevait la 

coinposition des Vitœ. Le texte, mal compris, aura fait porter de <)3 à (J4 
le nombre des années de saint Bernard à sa mort. De même, quand on 
voulut substituer à 11 11 un inillésime plus clair, on prit iii3. soit 
qu'on l'ait simplement emprunté à la recensionA, soit qu'on ait regardé 
l'année iii3 comme la uVde Citeaux, parce qu'en cette année tombe 
le ib" anniversaire de la fondation de l'ordre. C'était dépasser le but. 
Toutefois, mais rarement, une révision plus attentive finit pardonner la 
vraie date, i 112 'Ms. de Dijoni. 

2. Henrique^:, Mânologe, 21 janvier: La notice brève mentionne 
« Gaufrcdiis de Aniovo », et le passage de la Vita 3", dont nous avons 
cité quelques lignes, est reproduit intégralement dans les notes, d'après 
le ms. d'OrvaL — Journal des Saints de l'Ordre de ('iteaux, 2C janvier, 
p. 40: Mention de « S. Geoffroy d'Amaye ». — .lanausche'x, Orig-. cist., 
p. 37: En II 32, le monastère de l'ontaines en Angleterre fut fondé par 
des religieux sortis de Sainte-Marie d'York, " impetrato a S. Bernardo 
Clarevallensi, cujus disciplinae se submittebant, Galfrido de Amayo 
monacho, qui eos formam ordinis cdoceret ». 



t 



KT AUCHHOI.OGKJUKS 29 

magniis ille Gaiifridiis de Ainai desideratam longo tempore 
in Clnravallc meruit dormhioncm... Fuit enim vir ille de pri- 
mis nionachis Clarevallensibus, et multas tam in Francia 
quam in Anglia Flandriaque ludihcavit abbatias (i). » Ainai 
ou Aiuay est l'ancienne graphie la plus commune du nom 
d'Aignay-le-Duc, bourgduChàtillonnais (2'. On la rencontre 
dans beaucoup de chartes desXIPet XI 11° siècles. Que Geof- 
froi d'Aignay soit Tun des trente novices conduits par saint 
■ Bernard à Cîteaux, c'est ce qui résulte du passage du livre IV 
delà Vita : « Apparuerunt aliquando viro Dei (Bernardo) in 
Trecensium urbe posito venerabiles ejus Hlii, jam quidem 
corne soluti.Galdricus et Gerardus, quorum etiamsccundum 
carnem alter germanus, alter avunculus ejus exstiterat. Cum- 
que valut accélérantes ocius pertransirent, revocanti et reti- 
nere volenti respondebant eundum sibi pro fratre Gaufrido 
monacho, qui eirimidem a prima conversione sociiis, strenue 
satis in multis cœnobiis exstruendis militaverat Deo (h] ». 

Nous avons rangédansla même liste Milon, oncle maternel, 
et Robert, cousin de saint Bernard. Non pas cependant sur 
la foi de quelque document nouveau et formel. On peut tou- 
jours se demander s'ils étaient des trente ou s'ils n'entrèrent 
qu'après eux à Cîteaux. 

La première grande charte de Fontenay fait de Milon un 
moine de Clairvaux. En effet Renard de Montbard donne 
une terre » in prima fundatione novœ abbatia: Fontaneti... 
propter amorem domni Bernardi abbatis Clarevallis, nepo- 
tis sui, et fratrum suorum Waldrici monachiet Milonis con- 
versi, quiejusdem abbatiœ cum domno Martino heremita jci/'/- 
mi œdificatoies fucrunt (4) » . D'après ce texte Gaudri et Mi- 
lon vinrent donc de Clairvaux dans l'ancien domaine du sei- 
gneur de Touillon, afin d'amènagerrermitage du frère Martin 



1. Biblioth. nat. latin 17639, fol. 12 verso. = Cf. HûlTer, Dec /iei- 
li^e Bernard von Clairvaux, i«8ù, p. 35, note. 

2. On voit combien il a éic facile de détigurer l'une des formes lati- 
nes de ce nom, Ainavxim, et d'en faire, "par une mauvaise lecture, 
Amayum, Amoyum. 

3. Migne, col. 327, C. 

4. Migne, col. 14G1, D. — L'abbé Jobin, Saint Bernard et sa famille, 
p. 641, 



3o NOTES HISTORIQUES 

pour la fondation nouvelle. D'autre part, suivantia chronique 
de Glarius (i), Milon était déjà moine. à la tin de i i i 3 (a . st.) 
De là cette glose fort vraisemblable insérée par ChifHet dans 
le texte de Glarius, que Milon dut entrer à Cîteaux avec saint 
Bernard, « ..Milone.. jam monacho (hoc scilicet anno iii3 
inter S. Bernardi socios Cistercium ingresso)..» On hésite, il 
est vrai, en voyant Glarius dater delà même année i i i 3/4 
la vente faite par Milon à son départ. Mais ici le chroniqueur 
est-il exact ? On voudrait aussi ne pas chercher en vain, dans- 
les anciennes biographies, le nom de Milon à côté de celui de 
Gaudri son frère. Mais le silence des auteurs à son sujet 
peut s'expliquer par le rôle moins accentué qu'il aura eu dans 
sa conversion même. N'est il pas l'un de ces «proches pa- 
rents >' gagnés par le prosélytisme de Bernard après la journée 
de Grancey ? 

Rien de plus explicite pour Robert. On peut s'en tenir aux 
conjectures de Mabillon dans ses notes à la Lettre i'" de. 
saint Bernard, lors même que l'on fait daterde 1 i 12 l'arrivée 
des trente gentilshommes à Gîteaux, sauf à mettre la pre- 
mière demande de Robert en I I I 2, son admission en 11 14 et 
sa profession en iii5. Get arrangement n'est pas inconci- 
liable avec le récit de VExordium magnum (2). Sans doute, 
il faudrait conclure autrement, si la lettre adressée au moine 
fugitif insinuait avec netteté qu'il eût fait son noviciat sous 
saint Bernard. Mais le passage le plus favorable à ce senti- 
ment : a et verbo et exemplo m.eo in religionem ego te 
genui (3| », est interprété par Mabillon d'une autre manière. 
Saint Bernard rappellerait ici à son cousin que celui-ci lui doit 
sa vocation. G'est ainsi, en effet, que le fervent apôtre de la vie 
religieuse est maintes foisappelé père spirituel de ses frères, à 
raison de la conquête qu'il en a faite. On voit, par le numéro 
8 de la lettre, que saint Bernard assista aux premières phases 
de la conversion de Robert. Il est à Cîteaux quand le jeune 
néophyte s'y présente ; il y est, deux ans après, au jour de 
Tadmission. N'est-il pas encore témoin de sa persévérance 
pendant l'année de probation, témoin de ses vœux et de sa 

1. Migne, col. iSgg, B, C. — Bibliotlicqiie de l'Yonne, II, p. 528. 

2. Migne, col. 1060, B. 

3. Epist. I", n. 10. 



ET ARCHKOf-OGIQUES 3l 



vêture? On peut le croire ; mais rien n'indique qu'il lui ait 
donné lui-même, à Clairvaux, l'habit religieux. 

En un mot Robert a pu venir d'abord à Cîteaux avec 
saint Bernard, puis, après sa profession dans ce monastère, 
suivre ou rejoindre un peu plus tard son cousin à Clairvaux. 



8. — Le tableau synoptique (p. : qoI demande les additions 
et les rectifications suivantes : 

Première colonne. Gui, frère ainède saint Bernard, mourut 
à Pontigny, le r novembre i 141 ou i 142. Geotfroi dit, en 
effet, dans les l'raginenla, que la mort de Gui arriva ipsa 
nocte qua smictorum omnium feslimlas agebalur, et peu de 
temps avant que la discorde n'éclatât entre Louis le Jeune et 
le comte de Champagne. Or, l'incendie de Vitry, qui signala 
le commencement des hostilités entre les deux princes, eut 
lieu au plus tard dans les premiers mois de l'année 114?. 
D'autre part. Gui apparaît encore dans une charte datée de 
I 141. C'est donc en cette année même ou la suivante qu'il 
faut placer sa mort . ( i ) 

Troisième colonne . Saint Bernard, plus probablement, 
naquit en 1090, et entra à Cîteaux en 1 1 i 2. 

... A l'assemblée d'Etampes (1 i3o) il fait reconnaître l'au- 
torité du pape légitime Innocent II, à qui la tiare était dis- 
putée par l'intrus Pierre de Léon. Après avoir porté un nou- 
veau coup au schisme, en réconciliant Guillaume d'Aquitaine 
avec l'évêque de Poitiers, il assiste peu après au concile de 
Pise (3o mai 1 135), où Pierre de Léon fut excommunié... (2) 

Cinquième colonne. André mourut peu de temps après 
Gui, à l'époque où saint Bernard, absent de Clairvaux, s'ef- 
forçait de réconcilier Louis Vil et Thibaut de Champagne 
^1143-1 144). Le saint abbé connut immédiatement la mort 
de son frère par une vision, où celui-ci lui apparut accom- 
pagné de Gérard, et lui donna le baiser de paix. (3) 



1. Revue des Q. H., avril 1801, page 388, note 3; avril 1892, 
p. 587. 

2. Revue des Q. H., janvier 1889, pp. 27, note i, et 32, note 3. 

3. Revue des Q. H. , avril 1892, p. 587. 



LE NOM DE LA BIENHEUREUSE ALETH 



MERE DE SAINT BERNARD 



Par la quantité extraordinaire de ses variantes, le nom de 
la B. Aleth donne lieu à un problème d'onomastique dont 
rélucidation peut présenter quelque intérêt. 

L'auteur de la Vita 3*, — seul, il est vrai, — appelle la 
mère de saint Bernard Elisabeth, que la copie Bouhier, Bibl. 
nat.,cod. lat., n" 17639, écrit Elisabeth ci Helisabsth. — 
Dans le texte publié par Waitz, d'après des ms. de la Vita i", 
recension A, on lit : « mater Aale:; ». (Mon. SS., xxvi, p. 96!. 
Les ms. suivants, appartenant à la recension B de la même 
Vita, donnent à la Bienheureuse le nom LVAelcth : Biblioth. 
nat., n° 17638, du xii'^ siècle, autrefois de Saint-Martin-des- 
Champs; n" 5369, du xiii*" s. ; n" 1804, du xiv'^ s. selon Waitz, 
du XIII'' d'après Huffer; n" 38og A, du xiv* s. (Waitz. 1. c, 
note;. La bibliothèque de Dijon possède un ms., n° 398, 
du xii-xiii" ^>iècle, appartenant également à la recension B de 
la Vita 1" : ce manuscrit porte fol. 3 au v" : « mater Aale^ ex 
Castro cui nomen Mons Barrus. » — Mabillon, édit., 1667, 
t. I,p. VII, a donné la Vita2^ « ex ms. codice San-Victoriano i. 
On lit dans le texte imprimé : « mater ejus Aalaidis ex Castro 
cui nomen Mons Barrus ». Telle est aussi la leçon du ms. 
de Fontaines : ce ms. de la Vita 2* vient de Chàtillon ; M. 
Guignard le croit du xiii" s. et M. Garnier peut-être du xiv*^. 
— Les textes imprimés de la Vita 4* portent Aalays, Aelai^ 
(Migne, P. L.,t. CLXXXV, col 535, D ; 537 C; i39i,D). 
SuTÏus, De probatis SS. Vitis, Coloniae, 1618, donne au 
20 août : Vita S. Bernhardi authore Wilhelmo, etc. ; c'est, au 
jugement des critiques, la Vita i^ mixte : le texte porte : 
mater Aleth ». Voilà pour les Vitae latines. 

Guillaume Flameng(xvi'= s.), dans sa Vie de Saint Bernard, 



PL. II 




lTOQiSDKI(D0Q.8Br[TWH 



Tû^œB DE GALON DE SAULX seigneur de fontaines 



NOTKS HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES 33 

écrite en français, et dans sa complainte ou Epitafe de Dame 
Aelis ou Aelel, emploie simultanément Aelis, Aelet, Aalet, 
Aeleth (Migne, 1. c, col 1403-1408), mots qu'il fait de deux 
svUabes. — 11 faut signaler aussi les nécrologes de Saint- 
Bénigne que cite Chifflet en les appelant vetera (dans son 
Genm illustre. Migne, 1. c, col. 1394. B; col. 145 i, A) et où 
on lit : « Kalendis septembris obiit Alasya laica ». Dans un 
nécrologe plus récent, Alaysa, dit encore Chitflet. — On 
trouve, d'autre part, dans les listes des Sepulcra de la crypte 
de Saint-Bénigne, dont on a des copies du xvii* s., mais la 
confection des listes peut remonter plus haut : « Sepulcrum 
Alavsae seu Alj'dis ». — Enfin au xvw s. apparaît, sous dif- 
férentes orthographes, un nom qui se distingue des précé- 
dents par une phvsionomie à la fois plus française et plus 
nettement féminine : dans l'Inventaire des titres des maisons 
de Saffre et de Fontaines (i632), Migne, 1. c, col. 1485 et 
siu'iv., Ailette ; dans l'Histoire de Chàtillon, du P. Le Grand 
( i65 i), Alette ; dans un Sommaire de la Vie de Saint Bernard 
(Dijon, i65 3), Alethe. C'est ce nom que la Vie italienne de 
Malabaila (ib34) traduit par Aletta, ChifHet par Aletha, une 
inscription delà crypte de Saint-Bénigne par Aleta {Saint 
Bernard et le château de Fontaines, t. I,p. 167, note). Baillet 
(20 août) dit : « la B. Alette ou Alix « ; Courtépée (II, 98) : 
« Alette de Montbard. » 

Ce n'est pas tout : la mère de saint Bernard n'a pas eu le 
monopole du nom qu'elle a porté. Ce nom est très commun 
au moyen âge. C'est celui de toutes les femmes nobles qui 
s'appellent Aalais, Alais, Alis, Alix {Saint Bernard et le 
château de Fontaines, x. I, p. 140-14? .) C'est celui de la mère 
de Hugues, comte de Troyes, appelée en 1093 Alaydis, en 
1097 Adhelaidis (Migne, 1, c, col. 1460, D ; 1447, ^) • '^f* 
dans le Cartulaire de Molesmes, t. I, p. 72-73, une « domina 
Adelaidis, mater Rainerii et Gosberti de Castellione ». C'est 
celui de la duchesse de Bourgogne Alix de Vergy (xii-xiii*" s.), 
nommée, en outre, dans les chartes, Alais, Haale\, Alaiseth, 
Alaydis, Aleydis, Aleidis, et de son aïeule Alix de Beaumont, 
qu'on trouve nommée Alais, Aale\ (E. Petit, Histoire des 
Ducs de Bourgogne). C^esi celui des dames nommées Alasia, 
Aalasia, Alesia, dans des titres des xii*, xiii' et snv" siècles 
(Cartul. de VYonnc, Tome II, p. 400; Bibl. nat. Collection 



34 NOTES HISTORIQUES 

Joufsanvault, tome XX, ïo\. 55; Archiv. de la Côte-d'Or, 
B. 1 i2S5),Alayseta,Alavsona, Alayson, Alaisenot, Ataiso:^, 
dans des titres du xiii* siècle (Archiv. de la G. -d'Or, Cartul, 
de Bon vaux, H, 27, n" 228, fol. 21, 27, 28, 63 ; de S. Etienne, 
n° 22, fol. 4g. C'est celui d'une Atheleidis (Chiffiet, Opiiscula 
quatuor, Paris, 1679, p.2o5) qui est désignée dans une autre 
charte sous le nom de Aylide (ablatif), (ibidem, p. 212), etc. 

Cette collection de variantes, — dont je dois déclarer que 
tout l'honneur revient aux recherches de M. Chomton, — 
peut elle être ramenée à un même type ? Quelles lumières 
peut-on y puiser sur l'origine et l'histoire, depuis le xn^ s. 
jusqu'à nos jours, du nom de la B. Aleth? 

Ecartons d'abord Elisabeth, comme une erreur de Geof- 
froy, l'auteur de la Vita 3^, trompé sans doute par une vague 
et superticielle ressemblance de mots. Le vrai nom de la 
Bienheureuse n'a rien de commun ni avec Elisabeth, ni avec 
Elisa, Elise, que mettent en avant quelques hagiographes 
modernes, soit qu'ils considèrent ce dernier vocable comme 
une réduction du mot hébreu Elisabeth, soit qu'ils y voient 
le nom païen gréco-romain Elisa. L'origine du nom de la 
B. Aleth n'est ni hébraïque ni grecque, mais germanique, 
comme celle de tant de noms contemporains, Bernard, Ni- 
vard, Mathilde, etc. Il remonte, comme Waitz (1. c.) le re- 
marque expressément, au primitif 

qui existe encore actuellement en allemand, et dont nous 
avons fait Adélaïde. L'élément principal de ce mot est Adel, 
noblesse, qui se retrouve dans les noms propres allemands 
Adelbert, Adela, Adelgiinde, Adelhard, dont nous avons tiré 
Albert, Adèle, Adeline (nom de la première petite-fille d' Aleth, 
équivalent à celui de son aïeule, comme Hombeline équiva- 
lait à Humberge), Aline, Aldegonde, Adélard, etc. 

Avec Adelheid COUT pôle, rien déplus facile que de s'orien- 
ter parmi toutes les formes ci-dessus, à la condition : 1" de 
distinguer soigneusement les formes latines des formes fran- 
çaises, et les formes françaises modernes des anciennes ,•2° de 
tenir compte des règles de la phonétique romane et de la 



FT ARCHÉOLOGIQUES . 33 



demi-déclinaison des noms au moyen âge; 3" de faire la part 
des caprices de l'orthographe. 

Formes romanes. — En devenant roman, Adelheid de'- 
pouillc le costume germanique, et subit toutes les exigences 
de la nouvelle phonétique qui le régit ; h disparait, d tombe 
entre a et t', e se change en a sous TinHuence de- la première' 
svllabe, et aa se contracte en a, d'où successivement ade^ 
ae, aa,a\ la diphthongue germanique ei passe tantôt à ai, è, 
tantôt à i\ d posttonique, à t. Enfin, suivant la grammaire 
du moyen âge, le nouveau nom roman a double cas, cas- 
sujet caractérisé par l'addition de 5, et cas-régime. Or, d o\x t 
-\-s = ;:j ou S. Delà les formes suivantes, toutes très régulières, 
sauf les incorrections orthographiques par emploi abusif des 
lettres h, y, :[ : 

Cai%-su]ex:Aelai\tAalaist\. fausse gra^hxQ Aalays,— Aale:{ 
et f. gr. Haale^, — Aalis,Ale:i ; — Aelis, Ali^, Aliset fausse 
graphie Alix (ïx a influé dans la suite sur la prononciation 
de ce mot). 

Cas-régime : Aelet et fausse graphie Aelet, Aalet, Alet et 
f. gr. Aletli; — Haalit et Aalith t. gr. de Aalit. 

J 'explique. l/af.sé?/^/i par une fausse graphie de Alaiset . dimi- 
nutifde Alais.Alayson et /l/aj'5o:j, fausses graphies de Alaison 
et Alaiso^ ou Alaisot, sont également des diminutifs de y4/a/.î; 
Alaisenot est un diminutif de Alaison. 

Transcriptions latines. — Les formes romanes que nous 
venons de rappeler sont parfois entrées telles quelles dans le 
texte des auteurs qui écrivaient en latin. Il est à remarquer 
que, dans ce cas, l'écrivain a perdu la notion de la qualité 
romane du mot qu'il adopte et à plus forte saison de sa valeur 
casuelle : il écrit, par exemple, mater ejiis Aleth sans paraître 
se douter ni que .4/e^/2 est un mot français, ni que ce mot 
est une forme de régime. Il s'empare du mot usité, et l'insère 
sans y toucher, comme un mot barbare qu'il juge inhabile à 
porterlecostume latin. D'autres fois, au contraire, le nom pro- 
pre n obtient droit de cité dans le texte que costumé en latin, 
et les formes varient suivant la tournure d'esprit de l'écrivain 
ou de l'époque, suivant les connaissances ou les préjugés 
touchant l'origine ou l'orthographe des mots. C'est ainsi que 
l'on trouve pour le nom qui nous occupe : 

Adelaidis, Adelhaidis et Atlieleidis {nominaliis et génitifs), 



36 , NOTES HIS'IORIQUES 

qui attestent chez l'auteur la connaissance de la véritable 
origine du mot. 

Aylide (ablatif), traduction de Aelis. 

Aalaidis cl Aaladis (nominatifs), correspondant à ^<3/^/5. 

Alaidis (nom.), Alaide {ahXaxxï), ALaydis, Aleydis, Aleidis 
(nominatifs et génitifs), traduction dcAlais. 

Aalasia, Alasia ou Alasya^ Alesia, Alaysa, traduction de 
Aalais ou Alais féminise. 

Alydis {'^iiinùi), Allide (ablatif), traduction de ^/2;^-, Alis, 
sur le modèle des noms grecs féminins en is. 

Alayseta et Alaysona, traductions de Alaisct et Alaison 
féminisés. 

Epoque moderne. — Parmi les variantes parlées du nom 
appliqué à la mère de saint Bernard, celle qui paraît avoir 
supplanté toutes les autres à la fin du moyen âge, c'est celle 
qui se prononçait a-lè, dernière étape de l'évolution romane 
de Adelheid par la tinale é. Parallèlement, de toutes les for- 
mes ecr//e.ç du nom donné à la Bienheureuse, celle qui pré- 
vaut à la fin du moyen âge, c'est Aleth, qui se lit a-lè. L'/z 
de Aleth est parasite et témoigne du goût que les amateurs 
d'érudition ont de tout temps montré pour le groupe th. Le 
cas-régime par i, ainsi que tout cas-sujet, est mis en oubli, 
du moins comme nom de la mère de saint Bernard. C'est à 
ce moment, d'ailleurs, que le cas-sujet disparait de la langue 
générale : là où l'on disait, selon la fonction du mot, li vasle:[ 
ou le vaslct on ne dira plus que le vaslet ou valet. — Mais 
Alet, Aleth, subit, au xvii' siècle, une derrière transforma- 
tion, attestée et par notre prononciation actuelle, et par les 
traductions modernes yl/e^fl, ^^e^/îa. La physionomie du mot 
était trop masculine pour un nom de femme, dont l'usage, du 
reste, s''était perdu, et tout naturellement on est arrivé à le 
féminiser en le prononçant a-lè-t', soit simplement par Tad- 
dition au moins fictive de ïe muet, caractéristique du fémi- 
nin en français moderne (ainsi a-l-on fait de A.lis Alice), soit 
plutôt, vu la brièveté de la syllabe finale, par le changement 
de Alet en Alette, d'après la règle du féminin des noms en 
et, et sous l'inHuence de nos diminutifs de noms de femmes 
en ette. 

Une question pratique pour finir : Que penser de notre 
usage actuel relativement au nom de la mère de saint Bernard 



ET AUCHKOLOGIQUES 



que nous prononçons a-lè-t\ tout en continuant à 1 écrire 
Aleth I-* Il V a là une anomalie évidente, de>tinée, selon toute 
apparence, à disparaître tôt ou tard, ce qui ne peut arriver 
que d'une des deux façons suivantes : Ou bien, par amour 
de la tradition et de rarchéologie, nous garderons l'ortho- 
graphe du moven âge Aleth, — puisque c'est cette forme in- 
correcte qui a prévalu parmi nous ; — mais alors il faudra 
revenir à la prononciation du moven âge a-lè ; car avec ou 
sans h paragogique, il est inadmissible qu'un nom français 
en-ef se prononce autrement que è. Si nous écrivons Aleth, 
prononçons ce mot comme valet. Ou bien nous conserverons 
la prononciation actuelle a-lè-t\ mais avec Torthographe mo- 
derne, à la fois logique et analogique, Alette. Des deux par- 
tis, c'est, à mon humble avis, le second qui a tous les droits 
et, par ce temps de réformes orthographiques, toutes les 
chances de triompher. La prononciation actuelle, en effet, a 
pour elle une tradition de trois siècles : c'est un fait d'impor- 
tance, sur lequel il est impossible de revenir, et qui prime 
celui de la tradition graphique. Or, une prononciation nou- 
velle, et reposant sur une raison d'être nouvelle, ne peut s'ac- 
commoder longtemps d'une orthographe ancienne en contra- 
diction avec cette prononciation. Une articulation différente 
appelle une orthographe différente. Ecrire et prononcer 
la B. Alette, est le meilleur moven, pour ne pas dire le 
seul , d'accorder ensemble la tradition , le fait accompli 
et la logique. 



J. BOLRLIER. 



-^w 



LE NOM DE TÉCELIN 



Ce nom est certainement d'origine germanique. Il a pour 
thème ou radical le mot gothique thiiid, nation, gens, qui 
fait la base des noms de personnes germaniques commençant 
par Theod-, moderne Diet- : 

Theo-bald (brave pour le peuple, dit le Dict. de Sachs), 
Thiébaut, Thibaut. 

Theod-orich, Thierry 

Diet-erich, Diet-rich, même mot que le précédent 
Diet-bert, Theodebert 
Thod-ulf, (Saint) Thion 

Theod-lecheldis, première abbesse de Jouarre, 
etc., etc. 
et du mot deutsch lui-même signifiant allemand, gothique 
thiud-isks, latin barbare theodiscus (national). 

De plus, le nom du père de saint Bernard se termine par un 
suffixe très commun et sans grande signification -ling ou plus 
exactement -el-ing, précédé d'un autre suffixe -isch, non 
moins commun et exprimant une idée vague d'appartenance. 
On peut donc supposer, comme type primitif et complet : 
Theod- (i)sch - (e) ling 
susceptible de se modifier en : 

Teut — - 

Deut — — 

Diet - — 

Il y a là de quoi expliquer toutes les formes relevées dans 
les chartes : 

Theocelina 
Teotzelinus 



NOTES HISIOUIQUI'S El' AUCHEOI.OGIQUES 



jq 



Tetcelinus 

Thecelinus, Teicelinus, Tescelinus, Tecelinus, 

Tesselinus 
Tichelinus, Dichelinus 
Tuschelinus 



et même 

Turschilinus, 
qui représentera (s'il faut rendre compte de !'/•) un dérive de 
Theodorich. à l'aide du même suffixe ling. 

Theo(d) - (o) r(i)ch - e ling 

Quant à la signification du nom, elle est naturellement 
fort difficile à préciser : on sait du moins que le mot racine 
signifie « peuple ». 



Note de AI. l'abbé Bourlier. 




1 




IV 



LES ARRIÈRE NEVEUX DE SAINT BERNARD 



Notes Préliminaires 




glARMi les enfants de Tescelin le Saurc, Gui et Hom- 
beline seuls furent mariés. Nul document n'attri- 
bue de postérité à Hombeline. Le nom d'arrière- 
neveux de saint Bernard ne convient donc, strictement, 
qu'aux descendants de Gui: lesSombernon-Fontaines,ies 
Saulx-Fontaines et leurs alliés immédiats ou médiats de 
diverses maisons. Avant d'exposer ce qui les concerne, 
il faut voir en général quelles anciennes familles, avec 
les Fontaines et les Montbard, sont parentes de l'abbé 
de Clairvaux. Voici la liste des prétendants les plus 
connus : les Grancey, les Noyers, les Charny, les 
d'Avout, les Chàtillon, les Champlitte. les Chissey, les 
Berbisey, les Marey, les Seigny.les Cléron, lesSatTres, 
les Drées, les Fontette, les Karandefex.(i) Pour la plu- 
part de ces familles, il existe des preuves ou du moins 



1. On pourrait citer d'autres familles, mais elles se rattachent à celles- 
ci, et plusieurs seront n.entionnées dans la suite de ce travail. 



42 LES ARRIERE NEVEUX 

de graves indices de la parenté dont elles se glorifient. 
Mais pouvaient-elles échapper toutes à l'exagération? 
Plusieurs ont pris beaucoup trop haut leur point d'at- 
tache et fait hommage de leur nom patronymique aux 
auteurs mêmes de saint Bernard. Quelques-unes aussi 
se trompent de ligne. 

Ainsi les descendants d'une branche des Fontette 
reliéeaux Saulx-Fontaines, ligne paternelle, commencent 
leur généalogie par l'aïeul maternel de saint Bernard, et 
le qualifient « Bernard de Fontette. comte de Mont- 
bard » . Ailleurs, Tescelin devient « Tescelin de Saux » ; 
Gui, son fils aîné, est nommé « Gui de Ceigny ». On 
lit, dans Le Parlement de Palliot, que Edme de la Croix, 
abbé de Cîteaux, portait, dans ses armoiries, « sur le 
tout, de sable à une bande échiquetée d'or et de gueules 
de deux traits; qui est de Saffres, dont s'armait saint 
Bernard issu de cette maison de SaftVes. (i) » 

Il est nécessaire de faire bonne justice d'un document 
publié par Chifflet, qui n'a cessé d'être une source d'er- 
reurs. Il s'agit de l'Inventaire des titres de la maison de 
Cléron, par F. de la Place, Beaune, i632. Chifflet a 
dressé lui-même un second inventaire des titres de la 
même maison, en i6()0, et mainte pièce qu'il analyse, 
avait certainement passé sous les yeux du notaire de 
Beaune. Voici une confrontation qui permettra de 
juger de la valeur du premier inventaire : 

Inventaire F. de la Place Inventaire Chifflet 

migne, col. 1485-1488) (Ibid. col. 1489-1501) 

N» 16. a Traicté de mariage, N» 14. « Arverius miles, do- 

en latin, par lequel il appert minus de Saffris, uxor ejus 

que Arvier de Saffre a espousé Beatrix de Buxeria, die Jovis, 

Béatrix de Bourgongiie, au vigilia circumcisionis, 1299. » 

mois de décembre de l'an 1230.» — Cf. n°' 17, 20. 
Date inexacte, car Arvier cité 
n° 16 est le même que Arvier 
cité n» 19. 

I. Palliot, Le Parlement, i" partie, p. iio-iii. 



IJE SAINT BERNARD 



N* 19. >i Lettre en parchemin, 
contenant un partaf^e fait en 
l'an i277,entrcArvierctKstienne 
de Satire, enfana d'Othelin de 
CliJslillon et d Ailette de Mont- 
bar, seigneur et dame de Satire 
et de Fontaines. » 



N' S. n Partitio bonorum 
inter Herveum et Stephanum 
fratres, Guidoiiis niilitis domini 
Saffrarum Jilios, 1277. mense 
novembri.» — Cf. n" (j, — etn"2, 
où est nommée la femme de 
Gui : « Alvis, fille de Guillaume 
de Thianges. » 



N" 22. n Lettre en parche- 
min, en latin, de l'an i3i5 (date 
inexacte), veille de S. Laurent, 
par laquelle il appert que Jehan 
de Satire interpelle Alix Rolin 
sa mère, de luy monsjtrer en 
vertu de quoy elle s'immisse en 
sa terre de Saffre. -> 



N" 29. «Joannes filius Her- 
veri quondam domini de Saffris, 
ex prima uxore Joanna de Ga- 
seolo, tractât de suis juribus 
eu m noverca sua Aalixde de 
Gisseyo, patris sui relicta, in 

vigilia S. Laurentii i34(| 

Rursuscum noverca sua tractât 
anno 1349, sabbato post festum 
S. Dionysii ; et denique se- 
quente anno r35o, die Lunae, 
quae erat vigilia S. Laurentii. » 
— Cf. n° 25, 33. 



N" 20. « Lettre en latin qui 
est une dispense de Richard de 
Fontaines, pour espouser Ailette 
dé Saffre, en l'an 13S4. » — Date 
inexacte. 



N" 33. « Marie de Fontaines,, 
jadis fille de Richard de Fon- 
taines et de àcwao'iseWt Philippe 
de Saiilx, seigneur et dame 
dudit Fontaines. » 



N" 27. « Jehan de Saffre, sieur 
dudit lieu et de Fontaines, et 
Edme de Saigny, chevalier, 
gendre dudit Jehan de Saffre, 
I 384. " 



N° 3<S. « Traicté de mariage 
entre noble, homme Huot de 
Saigney, escuyer, et noble da- 
moiselle Isabel de Satires, fille 
de Jehan seigneur de Satires, 
chevalier, TiSi. » 



N» 29. « Lettre en parche- 
min par laquelle appert que 
Jehan duc de Bourgongne, 
Nantes, Nevers, etc., veut que 
Hue de Saigny et Ysabel de 
Saflrc soient receus légitimes 
héritiers de Bernard de Fon- 
taines, sieur de Marrey et de 
Chastillon : 20 juin, 1404. » — 
Cf. n" 32, où l'héritier de Ber- 
nard do Marey est exactement 
nommé « Pierre de Saigny, sei- 



N* 4S. « Isabel de Saffres, 
veuve de Hue de Saingney. re- 
prend ses fiels de Jehan duc de 
Bourgongne, comte de Nevers 
et baron de Donzi. A Dijon, 
20 juin, 1404. » — Cf. n" 63, où 
l'on voit que Bernard de Marey, 
seigneur de Fontaines, mourut 
en i4t')2/3. Or, Pierre de Seigny, 
petit-fils de Huot et d'Isabelle, 
récupéra ce que Bernard de 
Marey son oncle (n* 59) avait eu 



44 I-ES AKRIICIΠNEVEUX 

gneur de Saffre », mais Bernard dans la seigneurie de Fontaines, 
faussement appelé' « 50«/rère. » mais ce fut après 1464. En 
Cet acte, assez justement daté 1474, le fait était accompli. 
de 1473, n'a rien de commun 
avec celui du 20 juin 1404, 
d'autant mieux que l'alliance 
des Seigny avec les Marey-Fon- 
taines ne remonte qu'au 2 5 juin 
1418 (n° 5i du 2^ inventaire). 

Plusieurs autres numéros de l'inventaire de i6?i2 ré- 
sument des titres connus d'ailleuis, mais c'est partout 
la même confusion, partout les mêmes travestissements. 
Blanche de Navarre, comtesse de Champagne, devient 
« Blanche de France », comme Béatrix « de Buxeria » 
est devenue « Béatrix de Bourgogne » ; un Enguerrand 
de Fontaines, homme lige des Templiers, devient « Jehan 
des Temples », etc. D'un bout à l'autre, les noms patro- 
nymiques et les titres féodaux sont distribués avec une 
fantaisie parfaite. On est parti de ce principe que, dès 
l'origine, les Saffres, les Marey, les Fontaines devaient 
appartenir à une même maison : aussi chaque person- 
nage est-il généralement gratifié de ces trois noms., et de 
temps en temps l'on a varié avec Châtillon et Montbard. 
Il est donc impossible de rien baser sur ce seul docu- 
ment, il est même difficile d'en tirer quelque profit. 
Chifflet, malgré ses restrictions (i), lui a donné trop 
d'importance, et les conjectures qu'il émet d'abord dans 
son Advis au lecteur (2), puis dans sa dissertation fi- 
nale (3), sont erronées ou hasardeuses. 

Vérifions pour chacune des familles énumérées plus 
haut les titres de leur parenté avec saint Bernard. 

Gr.\ncey. — Il n'est pas plus facile aujourd'hui que du 
temps de Chitïiet d'établir la parenté des anciens Gran- 
ceyavec saint Bernard, telle du moins qu'on la suppose. 

1. Migne, col. i5o3, C. D., i53i, A. B. 

2. Migne, col. i4>jH-i489. 

3. Migne, col. i5i5, C ; i5i8, C • 



k 



OF SAINT BERNARD 46 



Dès le XP siècle, cette maison formait plusieurs 
branches dont les principales étaient les Grancey, sei- 
gneurs du lieu, les Grancey de Saulx (i) et les Grancey- 
Lucenay (2). L'arbre devint ensuite plus touffu. La pre- 
mière branche s'accrut des Grancey-Frolois (3) et des 
Grancey, seigneurs de Larrey-lès-Chàtillon ; la deu- 
xième, des Fontaines, des ^'ernot, des Courtivron, des 
Vantoux ; la troisième, des Grancey-Saint-Julien (4). 
Nous nous bornons à indiquer ces rameaux importants. 

Il est certain qu'un rameau de la deuxième branche, 
dite de Saulx, fut mséré dans la famille de saint Bernard 
par le mariage de Guillaume le Roux avec Belote de 
Sombernon-Fontaines. De là les Saulx-Fontaines, dont 
nous aurons à parler. Plusieurs d'entre eux épousèrent 
même des femmes de leur maison, appartenant à des 
.branches ou rameau.\ différents. 

Mais, de plus, on prétend que la maison de Grancey 
en général aurait pour parent saint Bernard, comme lui 
ayant fourni sa grand'mère paternelle. On invoque à 
l'appui le témoignage de la chronique de Grancey et une 
tradition plus ou moins vague à propos d'une tour ou 
chambre du château de Grancey dite « de saint Bernard», 
selon GliitHet. On emprunte au faux inventaire des 
titres de la maison de Cléron une « Eve de Chàtillon » 
que l'on transforme en « Eve de Grancey », pour en 
faire l'aïeule probable de l'abbé de Clairvaux.. Or il n'est 
pas possible de baserune assertion historique ni sur l'in- 

1. S;iulx-le-Duc, canton d'Is-sur-Tillc. Xotice sur le prieuré de C.hc- 
vigny-Sainte-Foy et les origines de la maison de Saulx, par M. d'Ar- 
bauniont. Mémoires de l'Académie de Dijon, tome V, année I878-l^7Q. 
— Pour établir que la maison de Saulx est une branche de celle de 
Grancey, au moins à paitir de la tin du xi" siècle, M. d'Arbaumont 
rappelle le texte formel du cartul. de Si-Ktienne plusieurs t'ois repro- 
duit, notamment par l'abbé Fvot, Preuves, p. 44 : « .. domnuni scilicet 
Widonem de Granciaco et eumdem comitem de Salicc. «. Cela signi- 
fie nettement : « Gui de Grancey, comte de Saulx». Les mots «et eum- 
dcui «, sont une simple locution conjonctive assez usitée pour lier le 
nom apposé au nom principal. 

2. Lucenay-le-Duc, canton de Montbard. 

3. Frolois, canton de Fiavign}'. 

4. St-Julien-lès-Dijon. 



^C) LES ARRIÈRE NEVEUX 



ventaire de 1 632, nous l'avons démontré, — ni sur l'opus- 
cule intitulé La roue de fortune et si improprement 
décoré du nom de « Chronique ». Ce roman généalo- 
gique, écrit au XIV*siècle, est l'assemblage le plus dispa- 
rate de légendes locales et étrangères, où pullulent 
les anachronismes, etoù l'on rattache aux Grancey toute 
noblesse et toute illustration civile et religieuse. Vi- 
gnier et Chifflet, les premiers, semble-t-il, ont étayé de 
ces mauvais documents non des assertions, mais de 
simples conjectures, auxquelles d'ailleurs ils ne tenaient 
pas fermement (i). 

Faut-il nier cependant qu'il y ait pu avoir des liens 
de famille entre les ancêtres de saint Bernard et les 
Grancey ? Non, car voici, peut-être, quelques indices 
de pareils liens. 

Renaud de Châtillon donne à Saint-Bénigne son hériiage 
de Saint-Julien (io38) : Gui de Grancey est son premier té- 
moin laïque. — Pérard, p. i86. 

Gérardde Grancey ayant donné à Saint-Etienne une famille 
d'Ahuy,sous révêqueHardouin(io5o- io65), Gui de Grancey, 
comte de Saulx, ratifie cet acte, sous le duc Eudes I (après 
1078) : Jobert le Roux de Châtillon est son témoin. — I bid. 

74- 

Les donations de Gui, comtede Saulx, pour la fondation du 

prieuré de Chevigny-Sainte-Foy (1086), sont confirmées par 
son épouse Ligiarde et son fils Eble (i i 10) : témoin Técelin 
le Saure. — D. Plancher II, pr. i et 2. 

Le sénéchal Hugues de Grancey — des' Grancey-Lucenay- 
fait une donation à Fontenay, sur Bussy le Grand (vers i i 20) : 
enprésencc du moine Gui, frère de Bernard, abbé de Clairvaux. 
-•- Migne, col. 1463, A. 

Le même Hugues deGrancey et Anne, sonépouse, abandon- 
nent à N. D. de Châtillon, après difficultés, des terres qu'ils 
tenaient à Chaumes (avant 11 25). L'arrangement est dû à 

I. Chifflet, Opuscicla Quatuor, p. 171. Ici Chitflet abandonne sa prc 
mière conjecture, ei applique à Humberge, aïeule maternelle de saint 
Bernard, ce que dit la chronique de Grancey. — Vignier, Biblioth. nat. 
fr. iSyiS.p. 9353. 



DK SAINT urRNAKM) 



l'intervention de Bernard abbé de Clairvaux, qui en donne la 
charte. — Archiv. de la Côte d'Or, H, i8, ms 2o5, fol. 
X-XI. 

La souche et les alliances d'une famille se recon. 
naissent d'ordinaire par les noms des enfants. Ces noms 
en effet sont pris dans la proche parenté. Ainsi, pour 
les fils de Tescclin, les noms de Bernard et d'André 
viennent des Montbard ; celui de Nivard, des Chàtillon. 
D'où viennent ceux de Gui et de Gérard, les premiers- 
nés? 

Ces deux noms sont plus communs. On peut obser- 
ver néanmoins qu'ils reparaissent à chaque génération 
dans les deux premières branches de la maison de Gran- 
cey, au XI" siècle. Comme preuve, nous joindrons aux 
analyses précédentes cette charte notice : 

Notum volumus esseposteris nostrisquod RciineriusSalvcJ- 
tor dédit Deo et S. Maria- Molismi presbiteratum de Solon- 
geio(i), cum filio suoGuidone, qui apud Molismum mona- 
chus effectus est : annuente Suavo presbitero poslea Molis- 
mensi monacho, necnon eiiam domno Roberto Lingonensi 
episcopo et Rainaido Granceiacensi^ Widotie qiioque comité 
Salceiacensi et Hugone Coblensi (2). 

Dédit euam supradictiis Rainaldiis pro anima matris sue 
diniidium atrii predicte ville cum omni justicia, et vineani 
matris sitam in eadem parochia et sex jugera sita prope 
atrium ; simul etiam quartam partem quam in curveta habe- 
bat cum omni consuetudine ad eam pertinentem, nec non 
etiam quidquid de casamento suo dabitur nobis in eadem 
villa. Dédit etiam in eodem loco servum unum Ebrardum 
nomine cum u.xore et infantibus suis et omni possessione sua, 
simul etiam usuarium in nemore ad quicquid necesse fuerit 
monachis ibidem commorantibus, ita ut etiam porci eorum 
proprii fructu nemoris absque pasnagio utantur. Donavit et 
insimul de terra-quam villani cum consuetudine non tenent, 
quantum monachi ibi commorantes ad propriam necessitatem 

1 . Solongeium paraît désigner une localité disparue, dans la région 
de Lonyua), .\ubi.ri\e. 

2. Coublanc, canton de Prauilioy, Hte-Marne. 



48 LES AKRIHRE NEVEUX 

excokrc potuerint , et quamdam donium juxta ecclesiam po- 
sitam. 

Concessit etiam suam tertiam partem alodii quod in villula 
habebat que vocatur Burismus (i), cujus loci duas partes 
habebamus a quodam milite, Hugone scilicet, qui apud nos 
monachus effectus est. 

Apud villam vero nostram que sancti Benigni (2) nuncu- 
patur, dédit servum unum nomine Rainaldum et ancillam 
quamdam. 

Hoc vero quod apud Novam villam (3) prava consuetudine 
solitus rapere erat, liberum reddidit. 

Hec omnia dona laudaverunt fratres siii Wido^ Girardus 
etiixor sua Letvildis eijiliiis ejus Rainai dus qui adhuc par- 
vulus erat. 

Hujus donaiionis testes sunt Calo miles de Granceio, Wal- 
terius de Minno (4) Teobaldiis de Ulmo (5) Girardus de 
Ruvro (6), Lecelinus et Heldebertus monachi. 

He vero littere sunt facte jussu ejusdem Rainaldi Gran- 
ceiacensis. 

Hoc etiam volumus esse notum quod idem Rainaldus et 
Wido Salceiacensis comes']ixm dederant S. Marie Molesmensi 
ecclesiam deGranceioet omnia ad eam pertinentia annuente 
domno Roberto Lingonensi episcopo. Hujus rei testes sunt 
Wido Ravineis, Herlebaldus de Camerriaco (7). 

(Cartul. de Molesme i, fol. 43.) 

Ces donations datent de l'episcopat de Robert de Bour- 
gogne, io85-i I 10. 

Cette charte fait également ressortir les étroits rap- 
ports de*s Grance}' avec les Châtillon, les La Ferté, aux- 
quels Renier kSalvator, Thibaut d'Ormoy et Gérard de 
Rouvres n'étaient pas étrangers. De même, à la fonda- 



1 . Lieu disparu. 

2. Saint-Broing, canton de Recey-sur-Ource. 
'i. Neuvelle, canton de Grancey. 

4. Minot, canton d'.\ignay-le-Duc. 

5. Ormoy-sur-Aube, canton de Cliâteauvillain, Hte-Marnc. 
(".. Rouvres-sur- Aube, canton d'Auberive, Hte-Warne. 

7. Chameroy, inOme canton. 



PL. 11^^^ 

c:t Gi: GissttnsitioBiresraiîevmiieRS 




SBîimÏÏÔdiïBmdÏÏBDBÏÏalBâÏB 



ua 



TOMBE D'Eudes sire de Domois 

ET D AALYS de SaULX SON ÉPOUSE 



DE SAINT BERNARD 4y 



tion d'Aubcrivc ii>'3). Renier de la Rcjclie est témoin 
du petit fils de Renaud de Grancey et de Letvide, 
Eudes (i), qui approuva la donation de son père Re- 
naud II, déjà ratitiée par Agnès sa mère et Renaud III 
son frère. Ce dernier tenait des fiefs à Lanty, à Villars- 
en-Azois (2). Aux portes de Chàtillon, maint fief appar- 
tenait aux Grancey. Ainsi Jobert , fils du sénéchal 
Hugues, après avoir encouru la peine d'e.xcommuni- 
cation pour ses méfaits envers la collégiale de Notre- 
Dame, reconnut sa faute, et passa un traité avec les 
chanoines : ceu.\-ci lui cédèrent ce qu'ils possédaient 
à Vannaires , et Jobert leur donna « la terre de la 
forêt des Jumeaux qu'on appelait l'alleu de Dame Ade- 
line avec une autre terre qu'on appelait l'alleu de Gré- 
pan (3) « Ci 176). 

Conclusion : l'alliance des Grancey avec les La Ferté 
est, l'on peut dire, certaine ; avec les Chàtillon, vraisem- 
blable -, mais on ne trouve rien d'assez catégorique sur 
leur lien particulier avec les ancêtres de saint Bernard. 

Il existe encore aujourd'hui — nous aurons à les signa- 
ler plus loin — des représentants de la branche des Gran- 
cey dite de Saulx. 



Noyers. — Cette maison s'est dite parente de l'abbé 
de Clairvaux du côté maternel. Le témoignage formel 
le plus ancien qui nous reste de ses traditions est tiré 
d'un document de même âge et de même valeur que La 

1. Eudes épousa Marguerite de Frolois, des Frolois seigneurs du lieu 
(E. Petit. Hist. des ducs de BoHrgoijne^ II, 25q; Archiv. de la rite-Marne, 
(^artul. d'.Auberive, Liber II, p. 2). Il faut compter parmi ses tils : 
Renaud IV, seigneur de Grancey ; Pierre, abbé de Saint-Bénigne (i 188- 
i2o3j; Ponce dit de Frolois, qui fut connétable [E. Petit, III, 321-32?). 
Eudes se tit templier à Bures (Ibid.) 

2. Lanty et Villars-en-Azois, canton de Châteauvillain, Hte-Marnc. — 
Biblioth. de Troyes, ms. 703, cartul de Clairvaux, 1 p. 211 et 243. 

3. Archiv. de la C6te-d"Or, H. 18, ms. 2o5, cartul. de N.-D. de Chà- 
tillon, fol. XV. — Crcpan eut jadis sa maison forte, remplacée aujour- 
d'hui par un château moderne, habitation de M. le comte de Cossé- 
Brissac et de son épouse Madame Marie-Caroline-.Ioséphine du Routet. 
Lcsdu Boutet se relient à la famille de saint Bernard par les Karandefex. 



5o l.KS ARKIKRU NI.VEUX 

roue de fortune. Ces documents ont vu le jour l'un et 
l'autre à l'époque à peu près où Eudes, seigneur de Gran- 
ce}', épousait Mahaut de Noyers. Le monument généalo- 
gique des Noyers est mis sous le nom d'Evrard, abbé 
de Fontenay, qui prononça l'oraison funèbre du père de 
Mahaut, Milon, maréchal de France, inhumé à l'abbaye 
de Marcilly (i). Ici du moins le nceud est plus facile à 
démêler. 

A la manière dont l'auteur de la généalogie rappelle 
la parenté des Noyers avec saint Bernard, on soupçonne 
de sa part une confusion . C'est seulement à propos de 
tt Milon VII )), aïeul du maréchal, qu'il en dit un mot. 
« Milon VII, dit-il, épousa Alixant d'Etampes, et amor- 
tit à l'Abbaye de Marcilly, fondée par Burot de Preys (2) 
et Marie d'Anglure sa femme, la seigneurie dudit Mar- 
cilly; et y gist avec sa femme. . . descendu du lignage 
du glorieux saint Bernard de Fontaines, abbé de Cler- 
vaux, descendu de la noble maison de Noyers par ligne 
directe. » La généalogie de la famille d'Avout renferme 
une donnée analogue, mais d'allure plus franche, quoi- 
que, probalement, un peu trop précise (3). D'après ce 
document « Bure de Prey — fondateur de Marcilly — 
était fils de Hugues et petit-lils de Landeric de Prey, 
cousin germain de saint Bernard, » et Landeric est dit 
cousin de saint Bernard, « comme né (d'une sœur) d'Alix 
de Montbard » et de Ithier de Noyers, seigneur de Prey. 
— Deux chartes ont un certain rapport avec ces tradi- 
tions de famille. L'une — de l'abbaye de Reigny (4) — 

1. \air cette généalogie dans les ins. de Vignier, liihlioth. nat. 
fr. 5t)()5, p. 241. Voir Les sires de Noyers \f m- E." Petit, Bulletin de la 
Société des sciences liistoriqucs et naturelles de l'Yonne, KS74. — L'ablja)e 
de Marcilly était située sur la commune actuelle de Frovency, canton 
de Lisle, Yonne. 

2. La tour de Prey, même commune. 

3. Cette ge'néalogie porte la date de ibqr). l'-lle fut dressée par ordre 
de Pierre d'Avout, époux de Marguerite de (^happes, seigneur de Tor- 
massin, Villers-Dompierre et Doiiîecy sur le Vaux. M. le baron Auguste 
d'Avout, résidant à Dijon, en possède une copie dans ses archives. Voir 
aussi Biblioth. île Dijon, (^ourtépée, notes préparatoires ms. 

4. L'abbaye de Reigny, fondée d'abord à l'^ontemoy, commune de 
Joux la-\'ille, Yonne, fut transférée en 1134 à Reigny, près Vermenton. 



DE SAINT BERNARD 5l 



est relative à Landri de Prcy. Celui ci, du consentement 
de sa femme Elisabeth et de ses fils Hugues, Artaud, 
Guillaume dit Grosbras, fait une concession dont est 
témoin Bernard, abbé de Glairvaux. Gui, autre lîls, 
n'ayant pas été présent à cet acte, donne ensuite son 
approbation « in manu domini Bernardi, abbatis Glare- 
vallis, et Girardi mpnachi fratris ejus, apud Divionem, 
présente Ducissa ))(i).Dans l'autre charte — de l'abbaye 
de Molesme — Renard de Montbard et Aenor. son épouse, 
prennent pour caution d'un engagement de famille 
Milon comte de Bar-sur-Seine, leur suzerain, puis Tes- 
celin le Saure et Milon de Noyers, avec tous leurs 
hommes liges et vassaux. (2). 

Or, de ces prémisses voici la conclusion probable. Une 
tradition désignait Bure de Prey comme parent de saint 
Bernard. Evrard de Eontenay (i3?o) ajuste maladroite- 
ment cette tradition à la généalogie qu'il compose. Le 
généalogiste de Pierre d'Avout (lôgc)) s'en tire mieux. 
Il connaît d'ailleurs la charte de Reign\\ Aussi est-il 
exact en donnant Hugues de Prey pour fils à Landri. Il 
l'est encore en faisant descendre de Hugues. Bure, héri- 
tier des mêmes seigneuries. C'est à bon droit qu'il con- 
sidère la charte de Reigny comme une preuve ou du 
moins un indice de la parenté attestée entre saint Ber- 
nard et Bure de Prey : cette double intervention de 
l'abbé de Glairvaux corrobore en effet la tradition. Mais 
Landri est-il réellement né d'une steur de la B. Alette ? 
Ithier de Noyers, seigneur de Prey, n'est-il pas em- 
prunté uniquement à la généalogie d'Evrard où il figure 
comme auteur de Landri ? Tout contrôle est impossible, 
faute de documents. Néanmoins, bien que le premier 
anneau de la chaîne reste dans l'ombre, on en découvre 



1. !•". Petit, Hist. des Ducs de Bourgogne, II, 22.?. 

2. L'abbé Jobin, Saint Bcnuird et sa famille, p. .^63. — La ratitica- 
tion promise ne fut donnée qu'en i i2(j'3o, après la mort de Reaard et 
l'entrée d'Aenor, deux fois veuve, à Jull)'. Saint Bernard intervint avec 
ses frères Gérard et Nivard. Ibid, p. .S74, bjb ; et Hist. du prieuré de 
Jully, p. 208, charte datée du jeudi 28 mars 1 128, c'est-à-dire 1 129 n. st. 



52 LES ARRIÈRE NEVEUX 

assez pour ne pas rejeter les traditions de parenté entre 
les seigneurs de Prey et saint Bernard. 

L'honneur de cette parente revient bien aux Noyers. 
Les seigneurs de Prey ont toujours passé pour être issus 
de cette maison. Au reste, Milon de Noyers, caution de 
Bernard de Montbard, était probablement parent ou 
allié de celui-ci, comme l'était Tescelin le Saure. 

En résumé, il est plus que vraisemblable que la maison 
de Noyers tenait de quelque façon à la ligne maternelle 
de l'abbé de Glairvaux, 



Charny. — Chez les Charny, les traditions de parenté 
avec saint Bernard sont un héritage des maisons alliées, 
principalement de celle de No3'ers. En effet, Ponce de 
Mont-Saint-Jean (i),tige desCharny, (2) épousa Sibylle 
de Noyers, vers l'an 1200. Les Charny sont continués 
par les Bauffremont. 



D' AvouT. — La famille d'Avout (3) se croit deux fois 
parente de saint Bernard, du côté paternel et du côté 
maternel. La parenté du côté maternel est seulement 
probable, d'après ce qu'on vient de lire au sujet des 
Noyers, Elle a en elfet pour origine le mariage, vers 
1394, de Jacques d'Avout, avec Jeanne d'Etaules (4), 
qui, par une de ses aïeules, Catherine de Prey, descen- 
dait du fondateur de >Lircilly (3). Du côté paternel, la 
parenté est certaine: les d'Avout font suite aux arrière- 
neveux de saint Bernard, les Saulx-Fontaines, ancêtres, 



1. Moiu-St-Jean, canton de Pouilly-en-Auxois. \'oir Généalogie des 
sires de Mont-St-Jean. E. Petit, Hist. des ducs de Bourgogne, Û, 448. 
— \'oir aussi l'intéressante Monographie du château .de Mont-St-Jean, 
par Emile Bobin, architecte. 

2. Charny, canton de Vitteaux 

3. Le tief patronymique est Avot, canton de Grancey-le-Château. 

4. Elaules, près d'Avallon, anciennement Estahlcs, Stabulce. 

5. L'abbé Jobin, Saint Bernard et sa famille, p. t)70-672. 



DE SAINT BERNAUn 



par les Marey et les Scigny, de Marguerite de Chappes, 
épouse de Pierre d'Avout, ib-3 (i). Cette famille, qui 
compte parmi ses illustrations le maréchal prince d'Eck- 
miihl, a encore aujouid'hui de très nombreux représen- 
tants (2). 



Chathxon. — Les Chàtiilon, certainement parents de 
saint Bernard, figurent avec leur descendance dans les 
tableaux généalogiques du tome I (p. 140- [4r)) et dans le 
Snpplcinent (tome II, p. i5-2i). Ils étaient collatéraux de 
Tescelin. Leurs principaux continuateurs sont les Cham- 
plitte dont il sera question tout à l'heure, les Vergy (?), 
les Duesme (4), les Marac (5). L'histoire des Vergy est 
connue. Les Duesme, qui partagèrent longtemps les châ- 
teau et seigneurie du lieu avec les ducs de Bourgogne, 
exercèrent des emplois à la cour de ceux-ci. et acquirent 
quelque notoriété dans les luttes féodales du XIIL siècle. 
Les Marac, seigneurs en partie de Marac, de Ghaumont 
en Bassigny et de Bricon (6), eurent la prévôté de Lan- 
gres et la sénéchaussée de l'évéché jusque vers i23o. Mais 
toutes ces familles disparaissent au W" siècle, éteintes 
ou absorbées par d'autres maisons. 

Les chevaliers, dits de Chàtiilon, fjui possédaient dans 
ce castrum la prévôté et la mairie, étaient-ils du même 
sang que les précédents ? Aucun document n'aide à 
trancher la question, surtout dans un sens aftirmatif. 

L'évêque de Langres, dit Robert de Chàtiilon (i2o3- 
1209) a été supposé parent de saint Bernard. Cette 

I . Ibid. p. 673-G7S. 

î. Nous avons déjà nommé M. le baron Auguste d'Avout, vice-prési- 
dent du comité de l'Œuvre de saint Bernard. ' 
■3. Vergy, commune de Le'tang- Vergy, canton de Gcvrey-Chanihcrtin. 

4. Duesme, canton d'Aignay-le-Duc. 

5. Marac, canton de Langres, Hte-.Marne. 

G. Bricon, canton de Ghàteauvillain, llte-Marne. 



54 I-RS AUIUKRI- NEVEUX 



parenté purement hypothétique n'a d'autre fondement 
que le surnom <■ deChàtillon ». Or ce surnom reste plus 
ou moins une énigme : il peut avoir pour origine une 
fausse graphie ou une mauvaise lecture. Robert appar- 
tient à la maison de Tilchâtel, comme le prouvent les 
titres suivants. 

Avant sa promotionù l'épiscopat, Robert fut successi- 
vement trésorier et doyen de Langres. Etant trésorier, 
il fit une donation aux templiers de Mormant : en voici 
la charte : 

Ego Gerardiis Dci gratia lingonensis dccanus notum facio.. 
quod Robertus de Tilicastro lingonensis thesaurarius dédit 
fratribus Tcmpli quidquid caluinniii; et juris habebat in 
Dominico de Praelis (i) et uxore ejus Gondrea et liberis 
eorum, et cos prefatis fratribus quietos clamavit.. Testes 
fuerunt Belinus, Ebraudus, Hunaudus presbiteri et canonici 
lingonenscs; Radulphus de Conflucnto (2), Hugo-RavincUus, 
diaconi; Milo-Malamanus, Renaudus,Bcrnardus,subdiaconi ; 
Acclinus capellanus de Wandelcncurte, Dodo lingonensis, 
Albericus major de Marcsco. Actum anno i 184. — Archiv. 
de la C(')tcd'Or, Ordre de Malte. Mormant, H. i 175. 

Evêque élu, Robert donne la charte suivante : 

Ego Robertus Dei gratia lingonensis clectus notum facio 
omnibus quod Hugo nepos meus dominus Tilecastri dédit., 
domui de Tart (3) unam eminam frumcnii in niolcndino 
Pontis de Valle singulis annis reddcndam. Hanc elemosi- 
nam laudavit Guida Jrater ejusdem Hugonis, et ego ad majo- 
rem confirmationem presentem paginam sigillo meoroboravi. 
Acium anno i2o3. — Ibid. abbaye de Tart, H. io55, lavette 
Tilchâtel. 

En 1206 et 1207, Robert, évéquc de Langres, signe 
d'autres chartes attestant des donations faites par « son 

1. C(. Ciirtiil. dit prieure de Vignory, par J. d'Aibaumont, Langres, 
1882, p. 190; Gall. clir. IV. col. 647. 

2. Coublanc, canton de Prauthoy, Iltc-Marne. 

3. 'l'art-l'Abbayii, canton de Genlis, premier monastère des religieuses 
Cisterciennes. 



DR SAINT lîRRN'ARD 55 



neveu Gui, seigneur deTilchatcl ». Celui-ci avait succédé 
à Hugues, son frère. — Ibid. K. i()7S. Titres de lamille. 

En 1214, Guillaume de Joinville qui avait remplacé 
Robert de Tilchatel sur le siège de I^angres, atteste l'ac- 
cord passé entre Gui, seigneur de Tilchatel, et l'hôpital du 
licu« super elemosynis et rébus aliis et precipue demo- 
lendinis qua^ sunt ad Pontem A'allis.. que omnia dictus 
Giiido, dominiis Tilecastri, dicebat fuisse acquisita dum 
ipse esset sub avœria domini Roherli lingonensis episcopi 
aminculisiii n. — Ibid. loc. cit. et G, 4. ancien III"^ cartul. 
de S. Etienne, actuel . n* 28, fol. 70 verso. Cf. Peincedé, 
XXIX, 708 ; l'abbé Jobin, S. Bernardet sa famille, 425. 

C'est peut-être uniquement par erreur que Robert est 
dit « deChâtillon». Ce surnom, dans les chartes, est par- 
fois écrit: « de Castell ». D'autre part voici les formes 
latines du nom de Tilchatel : » Castrum ou castellum 
ad Tilliam, castrum Tillense, Tilecastrum, Tilecastel- 
lum ». Dans ces noms composés le déterminatif est 
quelquefois omis : ainsi des chevaliers de Dijon sont 
dits «de Divione Castro ou castello » ou simplement «de 
castello ». L'omission de « Tile » ou « ad Tilliam » dans 
le véritable surnom de Robert ne serait-elle point toute 
l'origine de celui qu'on lui attribue? 

Il est vrai, les seigneurs de Tilchatel ne sont pas sans 
relation avec les La Eerté-sur-Aube, ni même avec les 
Châtillon. (i) Mais on ne découvre rien qui justifie le 
surnom donnéà Robert, rien qui fasse voir encet évêque 
un parent probable de saint Bernard (2). 



1. Voir Cartul. de Clairvaux, I (Biblioth.de Troyes), 107; II (.\rchiv. 
de l'Aube), 2; — E. Petit, Hist. des ducs de Bourgogne, II, 20g. 

2. Robert était frère de Gui, sire de Tilchatel, qui figure comme 
témoin dans la charte de commune Je Dijon. Leur père fut (Juiliaume, 
sire de Tilchatel, mort à Nogent (arrond. de Chaumont, Htc-Marne), 
vers ii.Sy-iifJS, et dont la veuve était dame de Clefniont (F)ot, Hist. de 
St-Etieiine, Pr. p. 106). C'est de cette dame de Clefmont que doit être né 
Robert, car il approuve des donations faites sur le domaine de Clef- 
mont par les seigneurs du lieu. Voir, Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. 
de Molesme II, fol. i35 recto; II, iiSy, commanderie de Bure, charte 
dei2(i3. — Analecta diviun. Cliron. de Bè/e, Dijon, 1875. p. 4q7. — 
V.. Petit, II, ?93, III, 476. 



56 LES ARRIKRE NEVEUX 

Une famille se rattachait certainement au saint abbé 
par les Chàtillon, celle des La Roche. Son fief patro- 
nymique n'est point Rochetaillée (Haute - Marne), 
mais, très probablement, La Roche-sous-Flavigny, dit 
maintenant La Roche-Vanneau (i), qui eut sa maison 
féodale, et où l'on voit encore quelques vestiges d'un 
ancien château. Les La Roche qui étaient vassaux de 
Flavigny, Renaud et Aganon, portaient sans doute le 
nom de ce château (2). Aganon fut sénéchal du duc 
Hugues n (3). On trouve ces La Roche à Fain-lès-Mont- 
bard (4). Ils sont en intimes rapports avec les Gurg}^ les 
Grésignv, les Rougemont. (5) Or, c'est dans les mêmes 
lieux, les mêmes circonstances, avec les mômes relations 
qu'apparaissent les La Roche parents de saint Bernard : 
Gauthier, connétable sous les ducs Eudesl et Hugues H; 
Renier, sénéchal de Eudes H ; Nivard, leur frère, che- 
valier ; leur autre frère, Godefroi, premier abbé de Fon- 
tenay, puis évêque deLangres, et enfin leur sœur Agnès, 



1. La Roche-Vanneau, Rupes ou. Roca Vannelli, est bâti dans une 
étroite vallée, sur le bord d'un ruisseau qui coule de l'est à l'ouest et 
tombe dans la Brenne, en amont de Pouillenay. Un quartier ou dé- 
pendance s appelait jadis le \'anneau. Archiv. de la Côtc-d'Or, H, 210. 
abbaye de Flavigny. Le château, construit au-dessus du village, à 
quelque distance des habitations, était adossé à des roches très élevées. 

2. Mon. SS. VIII, 476-471:). Les noms de lieux Pruiniacum — leçon 
à rétablir au lieu de Frumiacuni — Preugny ; Poliniacum, Pouillenay, 
marquent bien le voisinage de La Roche-Vanneau. 

3. Cf. Migne, col, 1402, B; Pérard, 221-222; Arch. de la Cote-d'Or, 
G, 204, Chapitre de Langres, layette : rentes sur les péages. Cette liasse 
des titres du chapitre de Langres contient le Xidimus d'une charte 
notice, datée de 1 142, rappelant plusieurs donations et traités faits par 
le duc Hugues II. Un de ces traités, passe sous l'épiscopat de Joceran, 
eut pour témoins : « Ex parte ducis, Wido de Vangionis rivo, Rene- 
rius Castellionensis, Walo abbas, Hugo dapifer, Aimo Chayne, ,4^''i.tîio de 
Ritpe, Hugo Chamlart, Hugo prepositus ; ex parte ciericorum,\Vilencus 
decantis, Airardus archidiaconus, Pagantis cantor, Radulfus de Lanfre- 
dicurte, Warnerius prepositus canonicorum (Sti Stephani)... » La pièce 
est publiée dans D. Plancher, I, Preuves, p. 48, mais les noms propres 
sont tronqués. Si l'on rapproche ce titre d'un autro de la même époque 
qui se lit dans Pérard, 1. cit., dansD. Plancher, I, Pr. p. 38, et où les 
témoins sont « Wilencus lingonensis decanus, Walo prior Sti Stephani, 
Arnaldus decanus. Agano dapifer ducis, Raynerius de Casteliione, 
Girardus de Casteliione, Josbertus vicecomes diyionensis, Aymo de 
Tilecastro. ., Hugo prepositus divionensis.. », on admettra sans peine 
l'identité de Aganon de la Roche et de Ag-anon sénéchal. 

4. Mon. SS. VIII, 476 (25). 

5. Ibid. 477-478. 



DE SAINT unRNARn OJ 



première abbessc du Puits d'Orbe. Le sénéchal Renier 
mourut à la croisade de 1147 ; Gauthier et Nivard 
l'avaient précède danshi tombe: aucun d'eux ne semble 
avoir laissé d'héritier direct dans le siècle (1). Un peu 
plus tard, de 1171 à 1204, paraît aux mèmeslieux etdans 
les mêmes circonstances un autre Renier de La Roche, 
qui est de La Roche-^^tnneau, comme le prouve une 
chartede Fiavignv dont voici l'anah'se : 



'!->' 



« Dominus Regneriiis de Rocha miles (i) dédit ecclesiiv 
Flaviniaccnsi quidquid habebatin Villafcrri xotm in dominio 
suo quam in his quac partiebatur cum domino Alexandre 
fratre ducis Burgundiic, exceptis Odone-Balbo et medietate 
Molendini et usuagio nemorrs, qu;u concesserat tratribus 
F'onlinetensibus. Concessit et eidem ecclesia.' Flaviniacensi 
Berardun-i.. et Morellum et heredes et tenementa ipsorum, 
excepte qued duvùmis de Rocha habebit terciasteri\e ipsorum. 

1. Parles pièces du jugement de Morct (ii.i3), on voit que Renier 
prit part à la croisade de i 147, et qu'il v mourut. Gall. clir. 1\', Instrum. 
col. 174. — Gauthier était mort avant le 2<S mars 1 1 20, n. st., et les 
deux tiUcs qu'il laissa, ne reparaissent plus dans la suite; les 
biens de famille turent recueillis par Renier. 1,'abbe Jobin, Hist. au 
prieuré de Julbj, 20S ; .\rch. de la Hte-Marne, cartul.de 1-onguay, p. 88, 
q3. — Nivard ne vit pas la tin de l'épiscopat de Guillencus (i l'ii)). 
Cartul. de Longuay, p. 8S, o3. — Quelque portion de l'héritage des La 
Roche a pu passera André I^suigneur dc»\lontbard. dont Gauthier avait 
épousé l'aieule, Aénor, et Renier la tante, Milscnde; car Renier mourut 
également sans postérité. L'ne charte publiée par K. J'etit, II, 273, 
pourrait taire croire à l'existence de quelque héritier direct des La 
Roche. Mais cette charte, sans date, est antérieure à ime autre, de 1 14(), 
publiée dans le môme volume, p. 238. Renier de la Roche, qui figure 
p. 273, est le frère de l'évéque de I^angres. Un titre qu'on lira plus loin, 
prouve clairement que Renier est mort sans hoir. 

2. Le texte porte - dus RegTi de Rocha •. .\u dos du parchemin on lit 
une double interprétation de ce nom. La plus ancienne est « Renerius». 
L'autre, tout à faii moderne, est» Renault ». Gelle-ci a été suivie dans 
les analyses de la pièce, mais bien évidemment à tort : l'interprétation 
exacte est « Regnerius », l'une des formes latines de Renier ou Régnier. 

Ce I' Renerius de Rocha » ou » de Rupc » parait dans plusieurs autres 
titres des Archiv. de la Cote-d'Or. En 1171 : H. .t74, Fontenay, publié 
E. Petit. II, 342 — En 1173 : ibid. — En iiq5 : H, 672, Oigny, publié 
E. Petit, m, 338. — En 1202 : H, 577, Foniena\-, layette GrignOn. 

Dans les titres i io5 et 1202 parait aussi un « Gauthier de la Roche », 
gendre d'Olivier de Grignon. Mais ce Gauthier doit être de la Rochc- 
en-Brenil, comme il semble résulter d'une charte de i25i, publiée E. 
Petit, IV, 395, et des testaments de Jean sire de la Roche et de Gui 
son frère, en i2Ô3 : Archiv. de l'Yonne, l'ontena\'. Voir encore E. 
Petit, III, 43o. Ces La Roche-en-Brenil, dont le sceau porte trois lions, 
se rattachent sans doute k la maison de Thil qui avait mêmes armes, 
et qui tenait de nombreux tiefs dans la région de Semurctde Montbard. 



58 LES ARRIERE NEVEUX 



Concessit et unum mansum apud Clireiiim et Lescheriam 
super molendinum de Liigneio etcampum juxta Lescheriam., 
Actum anno 1204. — Archives de la Côte-d'Or, H, 21 5, 
abbaye de Flavigny, layette Villeferry. 

Le doute n'est pas possible : il s'agit à coup sûr de 
La Roche-Vanneau, dont Villeferry est voisin, dont Clirey 
et Leugny sont deux dépendances. 

De plus, en i23i, « Dominus Galterus de Rocha 
Vannelli « — ici le déterminatif n'est pas omis — recon- 
naît en présence de Robert, archiprêtre de Vitteaux « se 
debere fratribus Longivadi viginti libras Divionenses, 
hoc addito quod nullam questioneni moveret adversus 
dictos fratres super partem pasturarum de Liice ». — Et 
en 1232, « Willelmus miles de Rupe Vannelli » déclare 
qu'il a reçu onze livres pour ses pâturages de Luce/ii). 
Or, les pâturages de Lucey semblent avoir appartenu 
également aux La Roche, parents de saint Bernard, 
d'après cette charte de l'évêque Godefroi : 

EgoGodefridus,episcopuslingonensis, notum facioquod.. 
concedimus ecclesia; Longivadi pasturas.. de Gurgeio (2), 
de Luxe, et de Calma (3) tam pasturas quam mineriam 
ferri, qua; partim episcopali, parùm pat riinonii jure possi- 
demus . . . » — Archiv. de la Hte-Marne, cartul. de Longuay, 
p. 142. 

Du reste. Renier de la Roche, frère de l'évêque, avait 
certainement des domaines sur lecours de l'Aube et dans 
les parages voisins, en aval d'Auberive, comme sur les 
bords de la Brenne, en amont de Montbard. A La 
Chaume, où l'église de Langres possédait un alleu, 
il établit le partage ou fusion de ses propres biens avec 
ceux des chanoines. Le traité, conclu sous l'évêque 

>. Archiv. de la Htc-Marne, cartul de Longuay, p" 16. — Lucey, 
canton de Recey-sur-Ource. 

2. Gurgy, canton de Reccy-sur-Ource. 

!i, La Chaume, canton de Montigny-sur-Aube, 



DE SAINT BERNARD 5i) 



Guillcncus, est rappelé dans la charte suivante donnée 
par le duc Eudes II, vraisemblablement après la mort 
de Renier. 



Dominis et amicis suis H. (i) Lîngonensi dccano et uni- 
verso capitulo Odo dux Burgundiiv salutcm. Noverit Vestra 
Dilectio quod Ranerius de Rocha, senescalcus meus, pactum 
quod intcr Ipsum et dominum Guilencum episcopum factum 
fucrat de covimunione de Chahna., in pr;vsentia nostri rcco- 
gnovit, ita vidclicet quod si de légitima uxore prolem non 
haberet, quidquid in Chalma habebat sive per editicium habi- 
turus erat, in jus et posscssioncm Lingonensis ccclesia; post 
ejus obitum totum rediret Hujus rei sum testis et ubi opor- 
tuerit, sive sacramento, sive alio modo, sicut justicia dicta- 
verit hoc probare paratus sum. — Biblioih. nat. cartuJ. de 
l'église de Langrcs, copie Bouhier, lat. 17100, p. 98. 



C'est sur cette terre allodiale de Saint-Mammès, mise 
en pariasse parle traité précédent que Renier de la Roche 
construisit le fort de La (chaume, dont le duc demandait 
la démolition à l'évêque, dans les débats du jugement 
de Moret {2). 

Une dernière remarque n'est peut-être pas à négliger, 
(rauthier de la Roche percevait annuellement du comte 
Thibaut de Champagne dix livres prélevées sur les 
foires de Bar-sur-Aube. Ce n'était pas sans quelque 
retour avantageux pour le comte qui avait donné cette 
rente « in casamentum », et qui en autorisa la cession 
à JuUy par la veuve de Gauthier. D'autre part, le châ- 
teau de La Roche-Vanneau figure dans un registre de 



1. Iluinbert, doyen de I.angres. 

2. L'cvéquc repondit au duc : « Calmani destruere noio, tum quia 
fiater meus eani a'diticavit, ipso duce juvante, et iiurus Jcrosolyniam 
in pncc ab eo liiscessit, utpote hoino suus; tuin quia in alodio S. 
Mamnielis facta est, et ad euiii nihil pertinet.. » — Gall. chr. IV, 
Instruni. col. 174. 

La conférence de ce texte avec la teneur du traité de pariasse tait voir 
que Renier n'a pas laissé de postérité. 



66 LES ARRIÈRE NEVEUX 



1 181-1 186, parmi les châteaux jurables et rendables au 
comte de Champagne. (1) 

En résumé, il y a lieu de croire qu'au XI'^ siècle un 
La Roche-Vanneau épousa une Châtillon-La Ferté, et 
que de cette alliance sont issus l'évêque Godefroi et ses 
frères : ainsi s'expliquent les liens de consanguinité de 
ceux-ci avec saint Bernard. Ces liens, d'ailleurs, pou- 
vaient avoir une multiple origine : sur les bords de la 
Brenne, au dessous de Grignon, on voit ensemble les La 
Roche, les Epiry également parents de saint Bernard et 
un Tescelin le Saure qui est très probablement, nous 
l'avons dit plus haut, le père du saint abbé. 

Cette branche des La Roche allait de pair avec les 
Grancey, les Châtillon, et toute la haute noblesse de la 
cour ducale. Mais, après avoir jeté quelque éclat au 
XP-XIP siècle, elle s'éteignit aussitôt. 

Par les Châtillon encore, l'abbé de Clairvaux avait des 
liens de parenté avec des seigneurs de Belan, d'Autri- 
court, de Ville-sous-La Ferté, etc. En ces parages, 
trois domaines, morcelés à l'infini, avaient, pour tenan- 
ciers, surtout des parents de saint Bernard. C'était 
Champigny, Beaumont, près d'Autricourt, et Perrecin 
(lieu détruitj entre Clairvaux et Bar-sur-Aube. Parmi 
ceux qui se partageaient ces fiefs, nous citerons seulement 
les La Ferté-Bricon, certainement unis à saint Bernard 
par quelque lien de famille. L'un d'eux, Hugues de 
Bricon, frère d'Erlebaud de La Ferté, est l'ancêtre des 
évêques de Langres, Gui et Jean de Rochefort. Voici 
une charte le concernant, ainsi qu'un de ses fils. Gui ou 
Guiard. 

« Ego Godefridus, lingonensis episcopus, notum facio.. 
quod Hugo de Brecons, laudante Guiardo filio siio, cui 



I. Ueibhé5oh\n,Hist.de Jidly-les-N., p. 208; d'Arboisde Jubainville, 
Hist. des comtes de Chanipagne, II, Jocuments, p. XIV, n" 201. 



DE SAINT liERNARD bl 

tcrram illam dcderat, quidquid habebat in suo dominio in 
tinagio terraj Delfec et quidquid acquirere possenl de suo 
casamento, donavit Sancta^-Mariic et fratribus Clarevallen- 
sibus, per manuvi ineam et pcr maniim domni BernarJi Cla- 
rcvallensis abbatis. Testes sunt Garnerius arcliidiaconus et 
Raineriusde Puitcr.iis et Bartliolomeus Goquilla. » — Cartul. 
de Clairvaux, i , 243. 

Un autre (ils de Hugues de Bricon, Simon, l'un des 
témoins de la charte de commune de Dijon (1 187), dont 
le nom paraît dans beaucoup d'autres titres avec celui 
de son frère Gui ou Guiard, dit Moreir, épousa Mathilde 
de Rochefort-sur-Brevon (1), nièce de l'évêquc Gar- 
nier de Rochefort (2). Simon et Mathilde eurent de nom- 
breux enfants, dont l'un fut marié à Marguerite du 
Puiset, lille de Hugues du Puiset, vicomte de Chartres 
et comte de Bar-sur-Seine. De ce mariage naquit Simon 
de Rochefort-du Puiset, père des deux évêques Gui ei 
Jean de Rochefort (3). 

1. Rochefort-sur-Brevon, canton d'Aignay-le-Duc. 

2. Cf. Gall. chr. W. col, .Sqi ; — Archiv. de la Hîe-Marne, cartul. 
d'Auberive, Pars VH, p. 1 1 ; ca'rtul. de 1 Longuay, p. 107; — Biblioth. 
de Troyes, cartul. de Clairvaux, I, 219. 

3. E. Petit, III, 276, 290,42(1, 462. — Hiblioth. nat. ms. de \'ignier, 
5c)g5, p. i3i, 141. — E. "Petite IV, 184, 388 où il faut rectitier ainsi 
l'iuialyse : « Gui cvêque de Langres notifie qu'il approuve, et confirme 
comme bon héritier, le don que son père Simon de Rochefort a fait aux 
chartreux de Lugnv.. » \'oici d'ailleurs le texte de cette charte, d'après 
copie : « Nos Guirfo miseratione divina lingonensis episcopus notuni 
facimus .. quod nos laudamus et confirmanuis. quasi bonus et rectus 
htcres, elemosinani patris nostri domini Simonis de Rupeforti.. de 
prato S. Medardi quod situm est subter stagnum d'Essaroi.. Hanc 
elemosinain laudaverunt domina Beatrix mater'nostra et fratres nostri 
Johannes canonicus lingonensis et Gaucherus domicellus, promittentes.. 
portare coram omnibus legitimam garantiam.. secundum quod conti- 
netur in carta domini Guillelmi quondam lingonensis episcopi qui 
postea Remensis fuit archiepiscopus. . Actum anno i25o. « — Archiv. 
de la Côte-d'Or, H. 892, chartreuse de Lugny, layette Essarois. — Voir, 
même liasse, une charte originale de 1288, par laquelle n Johannes 
dominas Ruppisfortis et Essareti et thesaurarius lingonensis » concède 
à Lugny les pâtures voisines d'Essarois, et « Galch'erus de Ruppeforti 
miles, dominus de Pusato in Bessya (Le Puiset en Beacce) ac vicecomes 
carnotcnsis, frater dicti thesaurarii » approuve cette donation. Suivent 
d'autres chartes {i?4i, i345) de Pierre sire de Rochefort, du Puiset en 
Bcaucc et d'Essarois. — Voir enfin, Pcincedc, \'lll, 4, 5 plusieurs actes 
(1296, i3i)o, i3oi) de Robert seigneur de Rochefort, « neveu de .lean 
évûque de Langres, comme fils' de .Monseigneur Gaucher seigneur du 
Puiset et vicoiute de Chartres, frère dudit évOquc. » \'oir aussi les titres 
originaux H. 10487, cote 2.^; B. 1048S, cote 20; B. 10489, cote ly. 



02 I-ES ARRIERE NEVEUX 

Cette famille avait des biens à Brion, Mosson, Chau- 
mont-le-Bois, Cunfin, et sans doute à Châtillon même. 

LesRochefort-sur-Brevon marquèrent longtempsdans 
la haute noblesse de Bourgogne. Ils s'allièrent aux de 
Saulx, Tilchatel, Saint-Seine-sur-Vingeanne, Rouge- 
mont de Franche-Comté. 



Champlitte. — Les Champlitte (i) ont pour auteurs 
Eudes de Champagne, fils du comte Hugues, et Sibylle 
de La Ferté-sur-Aube, nièce de Jobertll de Châtillon. 
Ils se rattachent donc originairement à la même souche 
châtillonnaise que saint Bernard. Dans la suite, deux bran- 
ches de cette maison s'allièrent aux vSaulx-Fontaines ou 
à leurs continuateurs: au commencement du XIV*^ siè- 
cle, Simonne de Champlitte-Pontailler (2) épousa Hu- 
gues de Saulx-Fontaines ; au siècle suivant, Jean de 
Champlitte-Vonges (3) se maria avec Odotte de Marey, 
née de Guillaume de Marey, et de Marie de Saulx-Fon- 
taines. A partir de cette époque les Champlitte-Vonges 
furent insérés dans la famille proprement dite de saint 
Bernard, et nous aurons à en parler. On peut voir la 
généalogie de la maison de Champlitte publiée par E. 
Petit, II, 476. 



Chissey. — Ils'agit des Chissey-Buirard(4), famille de 
Franche-Comté qui se propagea dans le duché, et dont 
une branche est connue sous le nom de Chissey-Varan- 
ges(5). Dans la seconde moitié du XIV siècle Agnès, 
fille de Jean de Saulx-Fontaines, dame en partie de Ruf- 



1. Champlitte, arrond. de Gray, Hte-Saône. 

2. Pontailler, arrond. de Dijon. 

3. Vonges, canton de Pontailler. 

4. Chissey, canton de Montbarrey, Jura. — Bullard, canton de 
Quingey, Doubs. 

5. Varanges, canton de Genlis. 



DE SAINT BERNARD 63 

fcy-lès-Dijon, cpousa Henri Petitjean de Troulians (i). 
Les descendants de Henri et d'Agnès prirent surtout le 
nom de RulTey, et contractèrent de multiples alliances 
avec les Chisse}-13uirard. Nous ferons connaître ces 
alliances. 



Bekbisey. — Les Berbisey, famille dijonnaise ennoblie 
au X\"r' siècle et d'un renom mérité , se sont dits 
parents de saint Bernard. Voici l'explication tradition- 
nelle de l'origine de cette parenté. Des titres provenant 
des Berbisey et passés auxmainsdes Bouhier, contiennent 
cette note : « En iSjS, Perrenot de Berbisey, fils de 
Guv, écuyer, capitaine de la ville de Dijon, épousa Ou- 
dette de Mourmant de la famille des Clairon, illustre 
par saint Bernard ; ce fut elle qui en 1400 à l'âge de So 
ans ala à Rome à pié pourgaigner son jubilé » (2). Cette 
note est jointe à la copie d'une charte donnée, au mois 
de mai 1 378, par Jean deMarigny, abbé deSaint-l'ltienne, 
à « Perenoto de Berbisey de Divione nobili et Odetas 
ejus uxori, quondam filial Perini de Mourmant dicti 
loci ». La copie fut délivrée le 6 avril 1699, avec une 
attestation qui la déclare «autorisée à valoir l'original », 
en vertu d'un arrêt du 2 avril, rendu à la requête de« noble 
homme Thomas Berbisey ». 

Ces traditions des Berbisey se transmettaient aux 
famillesalliées. Aiméede la Michodière, abbessedes Ber- 
nardines de Dijon en 1699, époque où fut posée la pre- 
mière pierre de l'église du couvent, est déclarée dans 
l'inscription lapidaire « ex inclyti divi Bernardi orta 
sanguine ». La pierre fut posée par Jean de Berbisey, pré- 
sident à mortier au Parlement de Bourgogne. Or, Aimée 
était parente du président, car, un siècle auparavant, 



1 . Trouhans, canton de St-Jean-de-Losne. 

2. .\rchiv. delà Côte-d'Or, E, 109, titres de famille, Bouhier. 



64 



I.HS ARRIKRE NEVKUX 



Henri de la Michodicre, trésorier de France, avait 
épousé Anne Berbisey. 

De même sainte Jeanne de Chantai, qui eut pour mère 
Marguerite de Berbise}', est mise au nombre des parents 
de saint Bernard. Cette assertion, plusieurs fois répétée, 
se lit encore dans une édition récente de la vie de la 
sainte fondatrice, publiée par E. Pion, 1874 : « Mar- 
guerite de Berbisey — est-il dit dans une note — était 
d'une des maisons les plus nobles et les plus anciennes 
delà Bourgogne, alliée à la famille de saint Bernard par 
Perrenot de Berbisey, qui avait épousé en iSjSOudette 
de Norniant, de la maison de ce saint». 

La part de l'exagération et des inexactitudes est ici 
facile à reconnaître. La copie de iSqq donne un texte 
falsifié. Perrenot Berbisey n'était homme ni d'épée — 
ni dérobe, comme ses arrière petits-fils ;il était « bour- 
geois de Dijon, clerc et marchand (2) »,mais de ces per- 
sonnalités actives qui émergent des rangs ordinaires. Par 
le titre de clerc, dit M. d'Arbaumont, certaines familles 
cherchaient à se rapprocher de la classe des lettres, pour 
jouir de divers privilèges, et la côtoyaient pour ainsi dire 
pendant quelques générations afin de se ménager, à un 
moment donné, un moins brusque passage de la bouti- 
que au palais. « Odotte, femme de feu Perrenot Ber- 
bisey, >' paraît avec son fils Etienne dans un acte du i i 
septembre i4iq. Elle devait s'appeler Le Normant. C'est 
le nom d'une famille que Ton rencontre alors en Bour- 
gogne, à Dijon même, et dont plusieurs membres sont 
qualifiés écuyers. Odotte avait-elle originairement quel- 
que lien, non avec les Cléron devenus seulement depuis 
1487 continuateurs des Saulx-Fontaines, mais avec 



1. Sainte Chantai, sa vie et ses iViivres, Paris, K. Pion, ï<^74, tome f, 
P-7- 

2. Archiv. de la Côte-ci"Or, E, loq; B. ii33i, registre, foi. 238 recto. 
Mém. delà Commission des antiquités de la Càte-d'Or, tome XI, p. l^q. 
Voir dans ce vol. Origines de la famille Berbisey, p. M. Jules d'Ar- 
baumont. 



PL.ll ter. 



4 Gi.6i6.mesismes 




® iXTnnTDDTlTBDHÏÏÔTBa 



TOMBE DE JEAN DE FONTAINES 



DK SAINT UliKNAUI) bO 

ceux-ci par exemple ? L'absence de document empêche 
de rien affirmer. Détail à noter cependant, qui prouve 
au moins la dévotion de ces familles envers saint Ber- 
nard : les listes — années 142? et 1426 — des membres 
delà confrérie de saint Bernard érigée à Fontaines com- 
prennent « Etienne Berbisey », fils de Perrenot et de 
Odotte, « (luillaume Le Nonnant et Belot sa femme », 
de la paroisse Notre-Dame de Dijon ( i). 

Maiœv. — ^'ers i38o, le mariage de Guillaume, tils de 
Philippe de Marey (2) et de Jeanne deThianges (3), avec 
Marie de Saulx-Fontaines inséra les Marey-sur-Tille 
dans la lignée des arrière-neveux de saint Bernard. 
Guillaume et sa postérité viendront à leur rang dans le 
travail qui suivra ces notes préliminaires. Avant i38o 
on ne découvre aucune trace d'alliance entre les Marey 
et les Fontaines, et ce qu'on a pu affirmer à cet égard 
est uniquement basé sur l'analyse de F. de la Place. 



Seigxy. — La fille ainée de Guillaume de Marey et de 
Marie de Fontaines, Amyotte, épousa en 1418 Antoine 
de Seigny (4). Celui-ci était fils de Huot de Seigny et 
d'Isabelle de Saflres (5) ; il hérita de sa mère cette der- 



I . Archives de l'église paroissiale de Fontaines, Comptes de la con- 
frérie de S. Bernard. 

Le mari de sainte Jeanne, le baron de Chantai lui-même est dit 
parent de saint Bernard, par sa ir.érc Françoise de Cossay ou Cossaye 
(Nièvre), née de Charles de Cossav et de Anne d'Anlezy. En remontant 
les ancêtres de Charles de Cossav, on rencontre Jean Rreschard, sei- 
gneur de Sautronne. — aujourd'hiii Sauturne (Saône-et-Loire) — époux 
de Marie de Beauvoir (Yonne). Marie de Beauvoir descend de Simon- 
nette de Vcrgy, mariée avec .\nséric de Montréal, et par là même de 
Jobert le Roux de Chàtillon-La-Ferté. \'oir tome 1, p. 140. Mais de plus 
il est probable que les Cossay ou les d'.-Vnlezy tenaient à l'une des 
familles qui étaient réellement ou que l'on croyait être de la famille de 
l'abbé de Clairvaux. — Voir Inventaire des titres de Xerers. p. de 
Marolles, G7, 2o3, 219, 220, 243. 

2. Marey-sur-Ti!le, canton de Selongev. 

3. Thianges, canton de Decize, Nièvre. 

4. Seign)-, canton de Montbard. 

5. Satires, canton de \'it'.eaux. 

5 



bb LES ARRIERE NEVEUX 



nière seigneurie. Les Scigny-SaftVes auront donc aussi 
leur place dans l'étude subséquente. 



Gléron. — En il'Sy, Othcnin de Cléron (i) épousa 
Marie de Seigny, petite fille d'Antoine, héritière de SaiTres 
et de Fontaines en partie. Leur descendance figurera plus 
loin parmi les arrière-neveux de saint Bernard. Elle 
s'est propagée jusqu'à nos jours par les Cléron-d'Haus- 
sonville et plusieurs autres maisons alliées à celle-ci. 



Saffres. — Les seigneurs de Salfres du lignage de 
Gui, frère aîné de saint Bernard, sont d'abord, nous 
venons de les nommer, les Seign}' et les Cléron. 

Mais, si l'on en croit l'opinion généralement reçue, 
les anciens Saffres eux-mêmes sont des plus proches 
parents de saint Bernard; ils sont de race châtillonnaise, 
ils se confondent avec les Fontaines dans une même ori- 
gine, un même sang, la jouissance des mêmes seigneu- 
ries; depuis s'aint Bernard, de multiples alliances ont 
renouvelé et accru les liens de parenté entre les deux 
maisons. 

Ce qu'il faut avouer après les recherches les plus mi- 
nutieuses, c'est qu'il n'y a là, très probablement, qu'un 
ensemble d'exagérations rétroactives, à la façon de F. 
de la Place. 

A l'origine, XL-XIL siècle, les SafiVes paraissent abso- 
lument étrangers aux Châtillon. A aucune époque ils 
n'ont part à la seigneurie de Fontaines, ni ne partagent 
avec les Fontaines leur propre seigneurie. Le premier an- 
cêtre connu d'Lsabelle de Saffres est Robert, Robcrtiis 
Saffrediis^ lit-on dans Chifflet (2), leçon qu'il faut sans 
doute ainsi corriger : Rohertns Sajfre dus, c'est-à-dire 

1. Cléron, canton d'Ainancey, Douhs. 

2. Migne, col 1421 et t53o. 



DE SAINT BERNARD 67 



Saffrae dominiis. En ii54, Robert, « Abba ? » son frère, 
avec l'assentiment de leurs rils Etienne, Jean et Gauthier, 
garantissent par serment aux religieuses de Prâlon une 
donation sur Corcelottc-cn-Montagne (i), dont Barthé- 
lémy de Sombcrnon est auteur pour la tierce partie. C'est 
le seul rapprochement significatif qui apparaisse entre les 
Sombernon-Fontaincs et les Safi'res ; mais dansl'hypo- 
thèseoù les Satires interviendraient ici à titre de parents, 
le lien de famille serait à l'égard des Sombernon et non à 
l'égard des Fontaines. 

On rencontre un peu plus tard Hervé et Othon de 
SalTrcs (2), le premier, seigneur du lieu; le second, sei- 
gneur de Beire (3) ; tous deux, sans doute, petits-fils de 
Robert. 

Lalignéedcs Satires, seigneurs de Beire, où reparais- 
sent fidèlement de génération en génération les noms en 
quelque sorte patronymiques de Robert, Jean, Othon, est 
facile à suivre jusqu'au X^''' siècle. Beaucoup d'entre eux 
avaient jadis leurs pierres tombales à l'église Saint-Béni- 
gne de Dijon (4), et lescartulairesattestent encore les dons 
qu'ils ont faits àl'abbaye (3). L'on n'a élevé pouraucun la 
prétention d'une parenté avec saint Bernard. Ils n'assis- 
tent pas les seigneurs de Fontaines dans leurs actes, bien 

1. Corcelouc. dépendance de St-Mesmin, canton de N'itteaux. 

2. Migne, col. 1449; Piirard, 335 ; E. Petit, II, 412. 

3. Beire-Ic-Cliâtel. canton de Mirebeau. Archiv. de la Côte-d"()r. 
H, 528, abbaye de la Bussièro, Agcy : voir plusieurs chartes de i23o, 
1236, concernant les Satïres, seigneurs de Beire. Dans l'une d'elles, datée 
de i2 3<), mais où sont relatés des faits antérieurs k cette date, on lit : 
Otho de Sjffreis, miles domiiiiis de Beic, et il s'agit bien de Othon de 
SaflVes, témoin de la charte de commune de Dijon (1187). On le 
retrouve parmi les vassaux de dm de Saulx, appelé en iiq6 « Hoton de 
Bère «(Archiv. de la Cote-d'Or: Analyse ducartul. de St-Se'ine, Peincedé, 
XX'III; Inventaire des titres de S. Seine, ms. n' 08, p. loo;, et en 120S 
« Odo de Saffre • (D. Plancher I. Pr. CLXI). Les exemples ne sont pas 
rares où le nom « Otho « est travesti en « Ocilio, Oddo, Odo. » 

4. Kpigraplue Bourguignonne, église et abbaye de St-Bénigne de 
Dijon par Gabriel Dumay, 1882. 

5. Voir spécialement Archiv. de la Côte-d'Or, le ms. H, iig A 
(copie d'un cartul.de St-Bénignc conserve à la Biblioth. nat.), 1" partie, 
ch. 195,232,317. 340 ; 2" partie, ch. I 1 1, 112, 113,114.— Voir aussi 
Fyox, abfayc de St-F.ticnnc, Pr. n'202; Pérard, }.')'>■— l'v a d'ailleurs, 
aux Archiv. de la Cote-d'Or. de très nombreux documents sur les des- 
cendants de Othon de Satires, seigneur de Beire. 



68 LES ARRIÈRE NEVEUX 



qu'ils soient leurs proches voisins par Hauteville, (i) 
annexé alors au domaine de Beire. 

Quant aux Saftres seigneurs du lieu, jamais non plus 
témoins des Fontaines, rien ne laisse voir qu'ils aient eu 
quelque alliance immédiate avec eux. Hervé eut de son 
épouse surnommée Comtesse, dont le vrai nom et la 
famille sont inconnus, Hervé II et Gauthier (2). Hervé H, 
seigneur de SafFres, épousa Gillette de Tilchatel, nièce 
de Robert, évêque de Langres (3). Le 6 juin 1246, il fit 
son testament, pièce curieuse au point de vue de la trans- 
mission de la propriété féodale, où le domaine entier 
des Satfres est pour ainsi dire inventorié. Chifflet a résu- 
mé en deux mots ce testament, mais les Archives de la 
Côte-d'Or en conservent la copie intégrale (4). Il n'y est 
question d'aucune terre dépendant de Fontaines, de 
Marey ou de Châtillon ; aucun tenancier des fiefs énu- 
mérés n'appartient à l'une de ces maisons ; Galon de 
Saulx-Fontaines est nommé dans ce document, comme 
suzerain des Saffres pour une part de ce que ceux-ci pos- 
sédaient dans la seigneurie ou le domaine de Somber- 
non, mais point comme copartageant du domaine de 
Saffres. N'est-ce pas un argument sans réplique contre 
l'analyse de F. de la Place ? 

Laveuve d'Hervé II, Gillette, « grant damede Saffres^, 
fit elle-même son testament en décembre 1262. Ici encore 
rien qui trahisse une alliance entre les maisons de Saffres 
et de Fontaines (5). 

L'acte du 6 juin 124!) instituait, à la mort d'Hervé, 

1. Hauteville, canton de Dijon. 

2. Migne, col. 1449. 

3. Dans son testament, cité plus loin, Gillette agit comme tenancière 
de Pichanges, dépendance dt la seigneurie de Tilchatel ; elle parle de 
(( son neveu le bon seignor de Trich'atel », qui, alors (12G2;, était Jean, 
fils de Gui : or Gui était neveu de l'évéque Robert, comme on l'a vu 
précédemment. Voir encore le testament du mari de Gillette, Archiv. 
de la Gôte-d'Or, E, titres de Famille, 34 bis; E. Petit, IV, 414. 

4. Archiv. de la Cô'.e-d'Or. E, 34 bis, titres de famille. 

.S. Archiv, de la Cote-d'Or, H, 532, abbaye de la Bussière, layette 
Pichanges, titre du samedi avant Noël 1262. 



DE SAINT BERNARD Ôf) 



Gui, son fils aine, seigneur de Saffres et les autres fils, 
Hervé III, seigneur d'Eguilly (i) ; Jean, seigneur de 
Champrenaud (2) ; Etienne, seigneur de Vellerot (3) : 
Hugues, clerc, avait aussi une part de l'héritage mais 
réversible, après sa mort, sur les seigneurs de Safl'res et 
d'R!guilly. Ainsi aux deux branches déjà existantes de 
cette maison, IcsSaffres etlesBeire, s'ajoutèrentles trois 
autres branches d'Eguilly, de Champrenaud, de Vellerot. 
Un seigneur d'Eguill}', vers i3oo, épousa Marguerite 
d'Arc-sur-Tille (4), maison alliée à celle de Saulx, d'où 
un lien médiat avec les Fontaines. 

Gui I, seigneur de Saffres, eut pour femme Elvidc de 
Thianges {?). Ce mariage dut être le principe d'une pa- 
renté entre les Satfres et les Marey, lorsque, vers le mi- 
lieu du XIV^'" siècle, Jeanne de Thianges s'unit à Philippe 
de Marey, qui eut d'elle Guillaume, seigneur de Fon- 
taines (6). 

Hervé IV, fils et successeur de Gui I, épousa Béatrix 
« de la Boixière », nièce par sa mère de Gui et Jean de 
Rochefort, évéquesde Langres (7). Elle apporta en dot 
à son mari la seigneurie de Mosson en partie, qui rele- 
vait de Rochefort. (8) C'est alors que lesSaftVes hantent 

1. Eguilly, canton de Pouilly-en-Auxois. 

2. Champrenault, canton de Vitteaux. 

3. \'eIlerot, dépendance de St-Pierre-en-\'aux. canton d'Arnav-Ie-Duc. 

4. Epigrayliie Bourguignonne, p. Gabriel Dumay. p. 72. — Cf. 
Peincedé. XXV'II. 33, ou B, 1122S. Othc et Thomas d'Eguilly, à qui les 
ducs conlièrent d'importantes missions, au xiv* siècle, étaient petit fils 
de Marguerite d'Arc. 

3. Migne, col. 1480, D. — Elvide était d'une famille autre que les 
Damas de Thianges. 

6. Peincedé XXVIl, 221, ou B. 11:88. — Cf. Inventaire Jcs titiesde 
Nevers, p. 12g. 

7. Migne, col. 1490. D; 1491, G. — Béatrix est dite sœur de Simon 
« de Buxeria ", chanoine de Langres et archidiacre de Dijon, col. 1491, 
G. Or, Jean, évoque de Langres, Vend (129b) à « Simon de /d Boixic're. 
chantre de Langres, son chier neveu_", ce qu'il avait à .Mosson. Peincedé 
VIII, G, ou B. 10487, cote 25. Xolv aussi Aeowaus. p. 209. où l'cvèquc 
Jean de Rochefort appelle (129(3) son neveu (son arrière-hêveui Jean de 
Saffres. chanoine de Langres, 'tils d'Hervé IV et de Béatrix. .Ne sachant 
à quelle famille appartient Béatrix, nous lui appliquons l'appellation 
« de la Boixière » employée pour désigner son trère. dans le titre fran- 
çais de i29(). 11 y a beaucoup de La Boissière et de La Bussière. 

8. .\rchiv. de la Gote-d'Or, Peincedé VIN, 3, ou B. 10488, cote 20: 
B, 10489, cote 19. 



yO LES ARRIHRF NEVEUX 



le Châtillonnais et les régions voisines appartenant à la 
Champagne, où les avait déjà conduits l'alliance avec les 
Tilchâtel fi). Hervé et sa femme furent inhumés à Châ- 
tillon, dans l'église des Cordeliers, où l'on voyait gravées 
sur leurs tombes les armes deSalïres : de . . à cinq Saffres 
de. .posés 2, 2 et /, et celles de La Boixière : de . . à 
trois tierces feuilles de . . La tombe d'Hervé portait la 
date i3o6, celle de Béatrix, i3i8. (2) 

De leurs trois fils, Gui H, Jean, Hervé V, les deux 
derniers furent chanoines de Langres (3) ; le premier, 
chevalier, mourut avant son père (i3o5), laissant plu- 
sieurs enfants, Hervé VI, Simon, etc (4). On ne sait de 
quelle maison était la femme de Gui H, mais ce n'était 
point de la maison de Fontaines. 

Hervé VI, seigneur de Saffres, épousa en premières 
noces Jeanne de Choiseul, qui par Alix sa mère se rat- 
tachait aux Grancey (5). Il en eut Jean, époux d'Alix du 
Bled , et père d'Isabelle , qui porta la seigneurie de 
Saffres aux Seigny (6). Un partage de i35i entre Jean et 
Alix de Gissey, seconde femme d'Hervé VI, ne mentionne 
toujours aucune parcelle de la terre de Fontaines ou de 
ses dépendances (7). 

Cet aperçu généalogique, malgré ses lacunes inévi- 
tables, fait assez voir que l'on ne peut se fier aux asser- 
tions courantes sur la commune origine des maisons de 
Saffres et de Fontaines et sur les mutuelles alliances 
qu'elles auraient contractées du XIl" au XV" siècle. 
Quelles sont, d'ailleurs, les sources de ces assertions ? 

:. Hist. des comtes de Champagne, p. d'Arbois de Jubainville, V. 
n" 1442; II, annexe C, p. LXXIX, n" 242. — Migne, col. 1433, B. 

2. Biblioth. de Dijon. Mémoires gcnéal . de Palliot, I, ii5G. 

3. Migne, col. 1491, A, C; 1493, A. 

4. Mcm. gén. de Palliot, I, 998; Migne, col. 1491-1493. — Gui II de 
Satires fut inhumé au cloître'de l'abbaye de Theuley, 'devant la porte 
du Chapitre. -Son écusson présente cinq Saffres s'cssorants et poses en 
sautoir. Biblioth. nat., collection Clairainbault, vol. 942, pièce 202. 

5. Migne, col. iSgi, C, D. 

6. Migne, col. 1492, C, D. 

7. Ar'chiv. de la Cote-d'Or, E. 34 bis, titres de familles. 



DE SAINT ni-RNARD 7I 



Guillaume Paradin dit en parlant de saint Bernard : « Il 
fut extrait de la noble maison des seigneurs de Chatillon- 
sur-Seine. Desquels sont aussi les nobles seigneurs de 
SalTres (c'était alors les Cléron), tous lesquels Dieu 
veuille inspirer d'être imitateurs de ce sacré docteur 
leur ancêtre (i) ». Palliot (2), Dom Leroy (3), Gourté- 
pée (4) affirment soit la communauté d'origine, soit 
l'alliance des Saifres et des Fontaines, dès le XIP siècle. 
Or, ces trois derniers s'appuient sur l'analyse de 'F. de 
la Place ou quelque document semblable. Le fait est 
certain pour Dom Leroy et Gourtépée, qui renvoient à 
cette analyse ou en citent des extraits. Palliot paraît 
s'être inspiré du même document, qu'il ne pouvait guère 
ignorer. Paradin dut être, en général, le complaisant 
écho des généalogistes à procédés rétroactifs. Ici néan- 
moins veut-il dire plus que son contemporain Saint- 
Julien de Baleure, dont voici le texte : Les seigneurs 
de Gléron-Salfres « se disent issus des seigneurs de 
Fontaines-les-Dijon qui est iin partage de Ghàtillon-sur- 
Seine, et maison paternelle de saint Bernard abbé de 
Glairvaux, instaurateur de l'ordre de Gîteaux (5). » Rien 
ne prouve qu'il faille interpréter autrement les expres- 
sions peu précises de Paradin. 



Drées — La famille de Drées a encore de nombreux 
représentants, la plupart hors de Bourgogne. Elle des- 
cend de Barnuin, contemporain de Barthélémy de Som- 

1. Paradin, Annales de Bowgongne, p. 189. — Paradin dit encore dans 
son ouvrage De antiquo statu Burgunaia.\ p. cfi : « Habetis igitur Gas- 
tellionei ac SiitVrenscs qui) jure gloriari possitis, qui tani rutilum reli- 
gionis solcrn (S. Beniardum) e vesiro corpore edideritis Rcipublicce 
christianae. « 

2. Y'd\\\ox, Le Parlement, i" partie, p. iio-iii. 

3. Arcliiv. de la Cote-d'Or, nis. de la Biblioth. n° 124, p. 5i. 

4. (Gourtépée, Description du Duché de Bourgogne, édit. 1848, 111, 
379. Le début de la notice sur Satires est emprunte à l'analyse de F. de 
la Place. 

5. S. Julien de Raleure, Mélanges liistoriales, Lyon, Benoist-Rigaud, 
iSSg, p. 47S. 



LES ARRIERE NEVEUX 



bernon. Barnuin, seigneurde Drées, (i) tenait des Som- 
bernon-Fontaines un tief à Blaisy (2) ; il figure avec eux 
dans le titre déjàcité de 1 154 (3) et dans plusieurs autres 
de iigo, portant donation à Saint-Seine d'une partie 
des dinàes de Turcey (4) ; il est, avant cette date, témoin 
des Sombernon, seigneurs du lieu (5). Il peut donc être 
parent des Sombernon, mais Ton ne voit pas qu'il ait 
rien de commun avec Fontaines et saint Bernard. 

Marie, petite-filie de Barnuin, mariée d'abord à un 
Sombernon, épousa en secondes noces Gauthier de 
Saffres, frère d"Hervé II (6). Héritière de la seigneurie 
deDrées, elle la transmit aux enfants qu'elle eut de Gau- 
thier, et ceux-ci échangèrent leur nom patronymique 
pour celui de Drées, Ainsi les seigneurs de Drées furent. 
à partir du XIII'-' siècle, une branche de la maison de 
Saffres. Plusieurs d'entre eux épousèrent des femmes 
de cette même maison. Les généalogistes qui rattachaient 
les Saffres à la famille de saint Bernard, ont naturelle- 
ment vu dans les Drées des parents du saint abbé. Nous 
avons dit ce qu'il faut penser de cette opinion. 

Au XVP siècle, seconde moitié, Guillaume de Drées, 
seigneur de Gissey-le-Vieil, tige d'une branche cadette, 
épousa Antoinette de Rochechouart-Chandenier, petite- 
fille de Suzanne de Blaisy (7). Les Blaisy, on le verra 
dans la suite, entrent en ligne directe dans la série des 



1. Drées, canton de Sombernon. 

2. Blaisy, canton de Sombernon. — Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. 
de St-Seine, charte XXXII, publiée par l'abbé Jobin, S. Bernard et sa 
famille, p. bzS. 

3. Migne, col. 1421 , C. 

4. Turcev, canton de St-Seine-l'Abbaye. Archiv. de la Côte-d'Or, 
cartul. de St-Seine, chartes XXXIII, XXXIV. 

5. Archiv. de la Côte-d'Or, H. iiôq. Templiers, Avosne : vidimus 
d'une charte donnée par Godefroi, év.' de Langres, et charte du duc 
Eudes III, datée de 1197. Voir E. Petit, II, 276; III, SSg. 

6. E. Petit, III, 359. —Archiv. de la Côte-d'Or, H. 533, abbaye de la 
Bussière, Echannay, charte de Gui, év. d',\utun, datée de 1246?; H. 526, 
même abbaye, charte de i25o donnée par Hugues, abbé de St-Seine. 

7. P. Anselme, IV. 658 et suiv. — Biblioth. de Dijon, Mém. gén. de 
Palliot, I, i58-i5q. .\rchiv. de la Côte-d'Or, titres de familles, E, 1240, 
162Q. 



nn SAINT lîFRNARI) 7 3 



arrièrc-ncveux de saint Bernard. La descendance de 
Guillaume s'y rattache donc aussi. Mais cette branche 
s'est éteinte avant la lin du XVIT siècle . Elle compte 
parmi ses gloires Jeanne de Courcelles de Pourlans, 
née de Jacques de Courcelles et de Louise de Drées. 
Jeanne, dernière abbesse de Tart, réformatrice de son 
monastère, fonda la maison des Bernardines de Dijon, 
où elle mourut en ibbi.Klle aimaità lappelersa parenté 
avec le grand cistercien (i). 



FoNTETTE — En 1545, Jean de Eontctte (2), seigneur 
du lieu et de Remilly, (3) épousa Claire d'Hallewin de 
Rochequin, lîlle de Pierre d'Hallewin et de Marguerite 
de Montigny. CesMontigny. dont il sera question plus 
loin, tiennent en ligne directe aux Seigny-Saffres, et sont 
parents de saint Bernard au même titre que les Cléron. 



Karandefex — Une semblable alliance réunit aussi 
les Karandefex à la famille de saint Bernard : en i555, 
Jean de Karandefex épousa Charlotte de Montigny, et 
le nœud se resserra encore par le mariage de Jean-Pierre, 
fils de Jean et de Charlotte, avec Jeanne d'Hallewin, 
petite-fille de Pierre d'Hallewin et de Marguerite de 
Montigny. 

Nous terminons ces notes préliminaires par quelques 
données succinctes sur les Montbard. Bien que la ligne 
paternelle de l'abbé de Clairvaux nous occupe seule 
spécialement, il y aurait peut-être une trop grande la- 
cune dans ce travail s'il ne contenait rien au sujet de la 
ligne maternelle. 

1. La vie de madame de Courcelle de Pourlaii, Lvon, lôqq. Voir p. 3, 
4, 142, i65, 270. 

2. Fontette, dépendance de St-Mcsmin, canton de \itteaux. 

3. Remilly-en-Montagnc, canton de Sombernon. 



74 



LES AURIERr: NEVEUX 



Deux auteurs viennent d'étudier avec soin la question, 
M. l'abbé .Tobin (i) et M. E. Petit (2). 

L'une et l'autre étude, accompagnées de tableaux généa- 
logiques et de pièces justificatives, renferment un en- 
semble considérable de documents sur lesMontbard (3). 
Malgré quelques erreurs de détail, soit dans l'anah^se 
des titres, soît dans les inductions, ces travaux érudits 
sont consultés avec fruit par les chercheurs. Aussi nous 
en avons profité pour rédiger les notes suivantes et pour 
dresser un tableau généalogique, où n'entrent que des 
données certaines. 

L'ombre plane toujours sur les origines de la maison de 
Montbard ; on n'est pas sorti des conjectures. M. Petit, 
comme Chifflet, essaie de rattacher cette famille aux 
comtes de Tonnerre, et, par ceux-ci, aux ducs de Bour- 
gogne antérieurs à Robert L Le côté neuf de l'exposi- 
tion de M. Petit est que le point de suture pourrait se 
trouver dans la lignée des comtes de Tonnerre qui étaient 
en même temps comtes de Bar-sur-Seine. Toutefois, ce 
n'est qu'une hypothèse, à certains égards plausible. 

Bernard de Montbard, aïeul de l'abbé de Glairvaux, 
figurait parmi les principaux barons de la cour ducale, 
lorsqu'elle se tenait à Chàtillon ou dans le voisinage (4). 
Humberge, son épouse, est dite de Ricey par pure con- 
jecture, suivant la juste remarque de M. Petit. Mais ce 
n'est que par conjecture non plus que l'on pourrait donner 



1. Saint Bernard et sa famille, p. XXI-XXXVIII, XLI-XLIII. 

2. Hist. des Ducs de Bourgogne, IV, p. 435-477. 

3. On trouve aussi d'autres documents sur le même sujet dans tous 
les volumes de VHist. des ducs de Bourgogne, par E. Petit, et dans les 
deux ouvrages de M. Tabbé .lobin : S. B. et sa famille. — Hist. de 
Julh--les-Xonnains. 

4. E. Petit, I, 391, 398, 426. La charte publiée, p. 3()8, n* 62, 
doit ctre ainsi complétée pour la liste des témoins que le duc Eudes, I, 
appelle « optimates ineos >>.. . » scilicet Ansericum de Insula, Milonem 
filium suum, Rainaldum de Granciaco, Bernardum de Montebarro, 
Rainerium senescalcum, Hugonem Gothefridum... » Les trois noms 
soulignés se lisent dans le texte ms. : Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. 
de Molesme, 1, 5. 



DE SAINT BERNAUM) 



à Bernard plusieurs femmes. Ses enfants connus sont 
Alerte, mère de saint Bernard; une autre tille, mère de 
Robert, abbé de la Maison-Dieu ; Renard, seigneur de 
Montbard ; Gaudri, seigneur de Touillon, puis moine 
cistercien; Milon, religieux convers du même ordre ; 
André, grand maître du temple. D'autres chevaliers, dits 
de Montbard, hommes liges des seigneurs du lieu, inter- 
viennent souvent avec eux ; mais sans qu'il y ait motif 
de les ranger dans la même famille. 



'O" 



Une charte du cartulaire de Molesme publiée par M. 
l'abbé Jobin, dans son ouvrage Saint Bernard et sa fa- 
mille, mentionne un Gaudri de Touillon dont l'identité 
avec l'oncle de l'abbé de Clairvaux paraît tout d'abord peu 
admissible (i). Cependant la conférence de cette charte 
avec d'autres du même recueil atténue suffisamment la 
première impression de doute pour qu'on accepte, au 
moins comme probable , l'identité mise en ques- 
tion (2). Ainsi, la famille de Gaudri tout entière serait 

1. L'abbé Jobin, S. B. et sa famille, 558. 

2. Cette charte, non datée, rappelle deux donations successives. La 
première donation a pour auteur Gaudri, seigneur de Touillon, et 
pour objet l'église Saint-Germain de Crais, la chapelle du château de 
Touillon, son annexe, le presbvtérat, des droits sur « la terre et les 
hommes de Saint-Germain », c'est-à-dire de l'église de Crais, etc. La 
seconde, faite par Gauthier, tils de Gaudri, a pour objet principal 
l'ermitage du trére Martin, situe dans le voisinage et le domaine du 
château de Touillon. — Le cartulaire de Molesme contient deux copies 
de cette charte, dont le texte varie quelque peu. Dans l'une d'elles le 
récit de la deuxième donation commence par ces mots ; « Post mortem 
vçro domni Gaudrici. » Cela veut dire que Gaudri dont il est question, 
mourut dans le siècle. 11 ne s'agit donc pas de l'oncle de saint 13ernard. 
— Faut-il s'arrêter à cette conclusion .'C'est ce qu'ont fait certains moi- 
nes de -Molesme au xvir-xviii" siècle. La double donation leur a paru 
antérieure à l'abbé Gui (i 1 1 i-i l'.îi), et ils ont inscrit la date 1180 dans 
les marges du cartulaire, vis-à-vis la charte qui fait difficulté. — Cepen- 
dant, comme une seule copie présente ces mots : « Post mortem domni 
Gaudrici », n'est-ce pas une interpolation ? L'important est de recon- 
naître si les donations datent du xii^ siècle plutôt que du xi". Car alors 
on peut identifier Gaudri, père de Gauthier, avec Gaudri, moine de 
Citeaux. — Or, les personnages cités dans la charte qui aident à en 
tixcr l'époque: Gui de Touillon, Galon d'Eringes — lisez en eflet Galo 
de Ariiif;!}-. — Hugues de Montigny, n'excluent pas le xu" siècle com- 
mençant, co:nme le prouve la conférence avec d'autres titres. De plus, 
Etienne, évcque d'Autun (i 11 2-1 140), ayant acquis le château de 
Touillon avant le 14 mars 1 1 it), n. st. {cartiil. de réalise d'Autun, p. M. 
de Charmasse, 5), confirma aux religieux de Molesme, à, la prière de 



76 



LES ARRII-RE NEVEUX 



entrée en religion. Lui-même, avant son de'part pour 
Cîteaux, aurait placé à Molesme son jeune lils nommé 
Lambert. Précédemment, ses deux filles avaient pris le 
voile. Gauthier, son fils aîné, auquel il laissa le château 
de Touillon, fit d'abord admettre sa mère parmi les pré- 
bendées de Molesme, et donna, dans ce but <f la foret du 
Châtelot où demeurait l'ermite Martin ». Ensuite Gau- 
thier, épris à son tour du désir de la vie monastique, 
vendit le château de Touillon à Etienne, évêque d'Au- 
tun, et rejoignit son frère. 

Au reste, il y a là une preuve du courant qui entraî- 
nait alors à Molesme les vocations religieuses du voisi- 
nage, et ce courant explique le rôle précis de saint Ber- 
nard dans la conversion de son oncle. Gaudri aspirait 
de lui-même à quitter la milice du siècle pour celle du 
cloître. Mais peut-être, laissé à son propre conseil, il eut 
mieux aimé s'abriter à l'ombre du tombeau de saint 
Robert. Cependant, nature austère et généreuse, dès qu'il 
vit son jeune neveu choisir résolument le Nouveau-Mo- 
nastère, il promit de l'y accompagner. Bernard avait vu 

Gui, leur abbé, la possession de ce qu'avaient donné auparavant les 
seigneurs dudit château, • ea quae antecessores castri TuUionis bénéficia 
ecclesice Molismensi prius concesserant, ecclesiam scilicet de Cras et 
presbyteratuni, etc. « (Cariul. de Molesme, I, 112; E. Petit, I, 452). Ni 
la charte délivrée par l'évcque, ni aucun autre titre ne mentionnent une 
confirmation antérieure : chose étonnante, si l'on admet un premier 
Gaudri, seigneur de Touillon, avant l'oncle de saint Bernard, et auteur 
avec son fils des donations rappelées. Il semble même, à bien lire la 
charte de l'cvéque, qu'il ratifie, quant à l'église de Crais, une concession 
peu ancienne, /jr/i/5 tenuerant ; car, à propos de l'église de Frolois, dont 
la possession est également confirmée parce titre, on emploie une autre 
expression, diu tenuerant. L'église de Frolois avait été donnée, entre 
1075-1097, par Gaudin, seigneur du dit lieu avec l'approbation immé- 
diate de l'évéque Aganon (cartul. de Molesme, I, 61.) — 11 est donc per- 
mis de présumer, avec M. l'abbé .lobin, que les mots : Post mortem, 
etc », sont une addition du transcripteur, qui aura mal interprété le 
texte original. 

Le village de Crais ou Cras était le chef-lieu primitif de la paroisse 
dont dépendait le château de Touillon, avant que les évèques d'Autun, 
devenus acquéreurs de ce château, n'en eussent transformé la chapelle 
en église paroissiale, siège d'un archiprêtré. Crais a entièrement dis- 
paru, et aucun lieudit du territoire n'en conserve le nom. Toutefois son 
emplacement doit être marqué par le cimetière de Touillon, qui est 
ancien et hors du village. On voyait encore dans ce cimetière, il y a 
quelques années, une antique chapelle de Saint-Germain. Des sarcopha- 
ges, des subsiructions, que l'on découvre alentour, sont une preuve qu'il 
V eût là un centre d'habitation. 



UE SAINT BERNARD 77 

de près Fabbaye de Molesme, bâtie au sein des fiefs de 
sa famille maternelle et gratifiée de divers biens par son 
aïeul : il savait que, si Molesme possédait le corps de 
saint Robert, l'àme du saint fondateur était restée à 
Cîteaux. 

Le château de Touillon ne parait pas avoir fait partie 
du domaine des seigneurs de Montbard : Gaudri le tenait 
soit par acquisition, soit du chef de sa femme. Le patri- 
moine de famille s'étendait surtout de Montbard aux 
Riceys, comprenant Plana}', Verdonnet, Cestre, Fon- 
taincs-les-Sèches, Marcenay, ^'illedieu, Pouilly-les-Mo- 
lesme (i). 

On peut admettre comme certain le mariage d'André I 
de Montbard avec Elvide de Montréal. C'est en effet 
du domaine de Montréal que devaient provenir les biens 
donnés à Fontenay par Elvide, sur Vassy-lès-Pizy (2). 
De plus, dans les chartes de 1 166 à i 200, les seigneurs 
de Montréal et ceux de Montbard se prêtent une mu- 
tuelle assistance qui dénote une alliance contractée alors 
entre les deux familles. Un petit-fils d'André reçut 
môme le nom d'Anséric, qui revient dans chaque géné- 
ration cliez les Montréal. Elvide paraît dans la généa- 
logie de cette maison : elle était sœur ainée d'Anséric, 
époux de Sibylle de Bourgogne (3). 



1 . Ce village de Pouilly, détruit depuis longemps, ne formait qu'une 
même paroisse avec celui de Molesme, où s'établit saint Robert. L'église 
de Fouilly était primitivement le chet'-lieu paroissial. Noir Migne/col. 
1399, Bj ^^ Archiv. de la cote-d'Or, H. 2i(), ms. n" i56, fol. 53 verso, 
où on lit celte note écrite au xvii° siècle par un moine de Molesme : 
« La cure de Molesme autrefois appelée ecclesia S. Pctride Poliaco, de 
Pouilly, qui était située hors de .Molesme et dont on voit encore des 
vestiges en allant à lestang de Suri... a été depuis transférée auprès de 
l'abbaye dans la chapelle des domestiques, capella famulorum, sous le 
titre de Ste-Croix. » Cf. Diction, topographique de l'Aube. 

2. Migne, col. 1468, B. 

3. Cartul. de l'Yonne, par Quantin, IL 174, 4612; E. Petit, II, 415, 
III, 290, 389; Migne, col. 1467, C. — \'oici l'abrégé d'une copie, datée de 
1739, de la charte où paraissent André et Anséric, his de Bernard, sei- 
gneur d'Epoisses : • Ego Bernardus de Montebarro, dominus Espissiae.. 
notum facio.. quod ego., dedi.. canonicis ecclesiae S. Symphoriani 
Espissiae, laudante uxore mea cum fjins meis Andréa et Ànserico, in 
molendino de Montgcson très modios bladi ad mensurani Rovrei.. 



78 



LES ARRIERE NEVEUX 



Aux chartes publiées sur ce point il faut ajouter la 
suivante, dont M. Tabbc JobinetM. Petit ne donnent 
qu'une analyse cmprunte'e à Villevielle. 

« In nomine sancte et individue Trinitatis. Noverit tam 
presens quam futura posteritas quod donnus Andréas de 
Monbar conqucrebaïur de canonicis Sancti Mauricii qui Si- 
nemuri morantur, dicens eos lenere quasdam possessioncs 
ad feudum suum pertinentes. Tandem donnus Andréas ver- 
pivit hanc calumniam canonicis et ecclesie Sancti Mauricii 
de Castro Sinemurensi, et nominatim decimationem quam 
habebant a domino Hugonede Turre apudCavaniacum et si 
qua alla possidebant feuda ad ejus jus pertinentia, et fecit eis 
pacem. Hoc autem factumest ipso donno Andréa laudante et 
uxore ejus Elvide eifiliis ejus Andréa et Bernardo. Huic rei 
interfuerunt et testes sunt Hurricus ejusdem ecclesie clericus, 
Obertus et Humbertus sacerdotes, Ansericus de Montréal, 
Ranaldus vicecomes de Tornure, Symon de Coltenge, Guil- 
lelmus de Rubeomonte. Hoc etiam factum est régnante Lodo- 
vico rege Francorum, tempore Galterii lingonensis episcopi 
et Hugonis ducis Burgundie et Marie matris ejus, ducisse, 
que ducissa rogatu predicti Andrée hanc cartam sigillo suo 
signavit. Anno ab Incarnatione Domini M. C. LX. VI » 1 166. 
— Original, Archiv. de la Côte d'Or, H. 769, Prieuré de S. 
Jean de Semur, Chevigny. 

A partir des dernières années du XIP siècle les Mont- 
bard furent dits d'Epoisses (1), et ce nom nouveau pré- 
Item dedi.. décimas segetum mearuni.. scilicet in agro juxta spinetum 
subtus viam desuper, in campo Des Fourciies, in campo de la Mcise 
subtus viam et desuper.. Praeterea concessi jam dictis canonicis quid- 
quid juris habebam in terris et praiis quae dicta ecclesia antc constitu- 
tionem eorum acquisierat.. Item dedi decem libras.. etc., etc. Prœs'en- 
tem paginam sigilli Helduini Lingonensis episcopi et sigilli Odonis 
duc^s Burgundiie et inei munimine' teci corroborari. . Testes Joanncs 
Rutînacensis [lise:^ Reigniacensis) abbas. Hugo Fontenetensis cellarius, 
Guillelmus Reomensis abbas, Haymo Flaviniàcensis abbas, Tlieobaudus 
Reomensis decanus.., Straiio de Chastelus. Harverius de Foniani.-;. 
Gifardus de Roche, milites; .loannes de Vincis et Petrus frater ejus, 
Garnerus de Conromble et Bernardus, homines servientes mei. Actum 
est hoc apud Espissiam anno Incarnati Verbi i2o3, mense martio, tertio 
Kalendas aprilis. » Archiv. de la Côte-d'Or, G. 465, collégiale d'Epoisses. 
I. Epoisses, canton de Semur. Il faut abandonner les conjectures 
émises par Chitiiet, Migne, col. 1471, B; i52i, D. 



DE SAINT liERNARD 79 



valut peu à peu sur leur nom patronymique. Alors en 
effet par une voie et pour des motifs ignorés — M. 
Petit croit à un échange — le château de Montbard 
passa aux ducs de Bourgogne, et celui d'Epoisses aux 
seigneurs de Montbard. Le fait remonte au delà de 
1190, époque à laquelle Milon du Puiset, comte de 
Bar-sur-Seine, succéda à Hugues son père (i). Par une 
charte de l'an l'ioo, Milon abandonne au duc Eudes III 
« tout ce que les seigneurs de Montbard avaient tenu 
des comtes de Bar-sur-Seine ses prédécesseurs a cruce 
Villa' Dei in supej-iiis » (2). Puisque, suivant ce texte, les 
seigneurs de Montbard n'ont pas été tenanciers de Mi- 
lon, mais de ses ancêtres, Montbard appartenait déjà au 
duc en iic)3. L'acquisition peut dater de ii8e). comme 
le pense M. Petit. 

Mais de la même charte on tire une fausse conséquence 
en concluant que Milon a cédé « la mouvance de Mont- 
bard ». Cettecharte se lit dansPérard (3) avec un déficit, 
l'omission du mot P'ilLv [ a cruce Dei in superius) ; dans 
D. Plancher (4) avec une leçon inexacte (a cruce villte 
dictœ superius). De là en partie l'erreur. D'après le 
texte original, Milon renonce simplement, en faveur 
du duc, à sa suzeraineté sur un ou plusieurs fiefs en- 
clavés dans le domaine des Montbard. Il serait intéres- 
sant de pouvoir relier à Bar-sur-Seine le château de 
Montbard ; ce serait un appui à l'opinion qui tient les 
ancêtres maternels de l'abbé de Clairvaux pour une 
branche des comtes de Bar et de Tonnerre. Maisya-t-il 
un document qui classe ce château dans la mouvance de 
Bar-sur-Seine ? 

Les Montbard ont eu pour principaux continuateurs 
les Mello d'Epoisses et les seigneurs de Vignes, répan- 
dus dans l'Avallonnais e?le Nivernais. 

1. Coûtant, Histoire de Bar-sur-Seine, p. 3Sg. 

2. Archiv. de la Cutc-d'Or, B. :2Gi. 

3. Pérard, p. 272. 

4. D. Plancher, tome I, pr. n- CLIV. 



8o 



i.KS arkii:re neveux 



En expliquant l'alliance des Mello avec les Montbard, 
on a émis force conjectures encombrantes. Il n'y a plus 
lieu de tenir compte des données hypothétiques qu'on 
trouve dans Chifflet, et M. Petit les a justement aban- 
données. 

Dreux de Mello le Jeune — milieu du XIII'" siècle — 
hérita des seigneuries d'Epoisses, de Lormes(i)et de 
Chàtcau-Chinon (2). Il eut Epoisses, en vertu de son 
mariage avec Elvide, fille unique d'André III de 
Montbard (3). L'époque delà conclusion du mariage doit 
être antérieure à la mort d'André III, i232 ou i233 (4). 
C'est d'Elvide de Montbard et non d'une autre femme que 
Dreux de Mello le Jeune dut avoir pour enfants : Dreux, 
seigneur de Lormes et de Château-Chinon ; Guillaume, 
seigneur d'Epoisses ; Isabelle, mariée à Gui de Mau- 
voisin, seigneur de Rosny, garde des sceaux du comte de 
Nevcrs, dans la prévôté de Moulins-Engilbert (5). 

Mais comment Dreux devint-il seigneur de Lormes et 
de Châtcau-Chinon ? 



1 . Lormes, arr. de (>lamccy, Nièvre. 

2. Château-Chinon, ch.-licu d'arr., Nièvre. 

3. L'abbe' .lobin, Hist, de JuUij-les-N.. p. 270, 273. 

4. L'abbe' Jobin, op. et loc. cit. — E. Petit, IV, p. 214, 472. 

5. L'aîné des fils de Dreux de Mello leJeuve n'était pas encore marié 
en 1243 (E. Petit, IV, 35 1). Rien ne s'oppose donc à ce qu'il ait pu 
naître d'Elvide de Montbard-d'Epoisses, fille d'André III, citée en 1224 
(ibid. 214), sinon comme déjà mariée, du moins comme approuvant une 
donation de son père. D'ailleurs, en 1245, quand on traite du tutur mariage 
du fils aîné de Dreux le Jeune avec A. de Montréal, une dispense est 
demandée en cour de Rome, les deux fiancés étant parents au 4'' degré. 
Or, on ne connaît aucune alliance des Montréal avec les ancêtres de 
Dreux de Mello, mais sa femme, Elvide de Montbard-Epoisses, eut pour 
bisaïeule Elvide de .Montréal. De plus, en 1204 — suivant une analyse 
qui semble résumer fidèlement le titre original — Alixande de Marigny 
en Champagne, dame de Bourbilh', n faii vente à Guillaume de Mello, 
chevalier, seigneur d'Epoisses, son cousin ■■ de trois villages ou hameaux, 
annexes d'Epoisses (Biblioth. de Dijon, Notes de Courtepée. \'I, 234). Or 
Alixande de Marigny est petite nièce d'André III de Montbard, et 
Guillaume de Mello, fils ou petit-lils de Dreux le Jeune. Enfin, rien ne 
fait présumer que Dreux le Jeune n'ait épousé qu'en 2'"°' roces la fille 
d'André III, et ceux qui ont émis cette hypothèse, — dont il sera parlé 
plus loin — ont pensé que la première femme se rattachait elle-même 
à la maison de Monibaid. En somme, il faut regarder les Mello- 
d'Epoisses comme les continuateurs de hi ligne maternelle de saint 
Bernard. 



PL. 11 quater 
+0i:6iS5:noBLe:DRfne : idhrg 




SBH2: iDD:Briio>i:9a:5B:sBUiB9 



TOMBE DE MARIE DE REMILD/ 



nn SAINT UERNARD Si 

Au commencement du XlIP siècle ces deux seigneuries 
appartenaient à Hugues de Lormes, époux d'Elvide dont 
les chartes ne désignent pas la famille (i). Elvide survécut 
à son mari : le dernier acte de celui-ci porte la date de 
1235, et le dernier d'Elvide la date de 1242 (2). Pendant 
sa viduité, Elvide conserve le titre de dame de Lormes, 
et Dreux de Mello joint alors le titre de seigneur de 
Chàteau-Chinon à celui de seigneur d'Epoisses (3). 
Après la mort d'Elvide, Dreux réunit les trois seigneuries 
d'Epoisses, de Chàteau-Chinon et de Lormes. 11 y a 
évidemment là une succession. Or, comme on ne 
découvre aucun lien de consanguinité entre Hugues de 
Lormes et Dreux de Mello, c'est du chef des femmes qu'il 
faut chercher la laison de l'héritage ; ainsi Elvide, dame 
de Lormes, était certainement de la maison de Montbard, 
et, très probablement, sœur d'André HI, par conséquent 
tante d'Elvide épouse de Dreux de Mello (4). 

Néanmoins, en l'absence de document formel, nous 
nous abstenons d'attribuer, dans le tableau généalogique, 
une filiation à Elvide, dame de Lormes. (3) 

Saint Bernard a écrit ces paroles: k Parmi nos con- 
naissances et nos parents qui prend soin de nous ? 
Amis, proches, voisins, tous nous considèrent comme un 
vase brisé que l'on rejette ». Il faut ne voir qu'une hyper- 
bole dans ce début de la lettre CXVIII qui rend hom- 
mage à la munificence d'une main étrangère. A vrai dire, 

1. E. Petit, IV, 470,473; Gall. chr. IV, Instr. coI.qG. 

2. E. Petit, IV, 473, 474; Cartul de Vcglise d'Autun, par M. de 
Charmasse, 162. 

3. E. Petit, I\', 474; Cartul. de l'Yonne, Itl, p. 211, n" 467. 

4. E. Petit, IV, 47.S. Invent, des titres de Seners, col. 157, 491, 3i3. 
3. L'historiographe Du Bouchet avait écrit à ChiHlct (Migne, col. 1484): 

<i (Certainement la terre d'I-Cpoisses vint à Dreux de Mello.. par son ma- 
riage avec Helvis de l'Orme, qui l'avait eue de sa mère, nommée aussi 
HeTvis. » C'était trop at'rirmatif pour une simple conjecture, due à 
l'ignorance du mariage de Dreux avec la tille d'André III de Montbard. 
L'archiviste Bridât, auteur de {'Inventaire d'Epoisses, connut le vrai 
mariage. Mais au lieu d'expliquer la première donnée par la seconde, 
il les assembla toutes deux, sans motif sérieux, semiMe-t-il (Biblioth. 
de Dijon, Sotcs de ('oiirtcpee, I\', p. ic)3 et suiv.). 

(> 



82 LES ARRIÈRE NEVEUX 

saint Bernard ne fut pas délaissé par ceux de sa famille 
qui restèrent dans le siècle. Si l'abbaj^e de Clairvaux 
devait Trois-Fontaines, sa première fille, à l'amitié de 
Guillaume de Champeaux, elle devait Fontenay, sa 
deuxième fille, pour beaucoup, à l'attachement des .sei- 
gneurs de Montbard (i). 

Des anciennes constructions de Fontenay l'église et 
le cloître se voient encore presque intacts, aménagés 
maintenant pour les services d'une grande usine. Le 
cloître, construit après saint Bernard, dévie un peu de 
cet art sévère, né du génie cistercien, que l'on aime à 
personnifier dans le iondateur de Clairvaux. Mais l'église 
consacrée par Eugène III, olfre le vrai type de la basili- 
que cistercienne primitive (2). D'une extrême simplicité, 
d'une beauté mâle et robuste, elle porte bien l'empreinte 
de cette rigoureuse ascèse qui fut le cachet de l'institut 
naissant. Là, en effet, rien d'un monument élevé pour 
embellir une cité tranquille, pacis ornamenta ; mais, 
plutôt, je ne sais quoi de l'atelier, du magasin utilitaire, 
belli nnniiiiwiita [3) : si bien qu'aujourd'hui, arrivant à 
Fontenay et voyant la haute cheminée accolée au vieil 
édifice, c'est à peine si l'on remarque une désaffectation. 

On ne peut bien apprécier de pareilles églises qu'en y 
évoquant leurs premiers hôtes, comme on ne juge bien 
d'un habit que lorsque le destinataire en est revêtu. Des 
cénobites austères, qui livraient à leurs sens une guerre 
sans trêve ni merci, qui tenaient leurs paupières baissées 
devant le pape et les magnificences de sa cour, qui avaient 
fui le monde afin d'être plus près du ciel et d'y parvenir 
plus vite : voilà les vocations spéciales à qui servaient 
ces églises. Aussi voulait-on que l'aspect rigide du mo- 
nument, ses grandes surfaces nues inspirassent surtout 
le recueillement, une sorte de terreur religieuse, plus 

j. Migne, col. 1461, C, D, 1466, C; L'abbé .lobin, S. B. et sa famille, 
641-643. 

2. Voir V'iollet-le-Duc, Diction, de l'arcliitecture, 1, 179, 274. 

3. S. Bernardi opcra, Epist. II, n" 12. 



DE SAlNr IlEKNAUl) <S3 



favorable à la méditation. Ne convenait-il point d'ail- 
leurs que le livre de pierre, par sa pauvreté, répétât partout 
la devise du moine: dépouillement et pénitence? Et si 
la terre était un lieu d'exil que l'on avait hâte de quitter, 
éprouvait-on le besoin de tant décorer l'église elle-mê- 
me, réduite à n'être plus pources captifs que le meilleur 
coin de leur prison ? 

C>e puritanisme n'impliquait pas un mépris absolu des 
arts plastiques. Il ne pouvait prétendre à devenir la règle 
générale des constructions religieuses, surtout des églises 
cathédrales ou paroissiales, destinées aux vocations 
séculières, et ouvertes aux lîdèles de tout rang et de 
tout âge. Si saint Bernard et les autres premiers pères 
de Cîteaux en ont voulu faire une loi univer- 
selle, il faut les blâmer. Mais l'ont-ils voulu ? Ont- 
ils pu le vouloir ? En prescrivant l'application de ces 
principes ne s'adressaient-ils pas uniquement aux 
monastères Bénédictins, qu'ils se proposaient de ramener 
à la stricte observance ? 

La fondation de l'abbaye de Fontenay dut oll'rir à saint 
Hernard maintes occasions de revoir le château où était 
née sa mère. Une seule charte y mentionne expressé- 
ment sa présence, en i i2i)-3o. Il s'agissait d'accomplir, 
au profit de Molesme, un acte dont Tescelin, son père, 
avait jadis été constitué garant: l'abandon définitif du 
village de Pouilly cédé par Milon de Montbard, lors de 
son entrée en religion. Cette circonstance réunit pour 
un moment au château de Montbard Bernard II, sei- 
gneur du lieu ; Milesende, sa sœur; Renier de la Roche, 
époux de Milesende ; André, frère de la B. Alctte, le 
futur grand maître du temple ; Bernard, abbé de Clair- 
vaux, les moines Gérard et Nivard, ses frères ; Codefroi 
de la Roche, naguère abbé de Fontenay, redevenu sim- 
ple moine de Clairvaux ; Nivard, chevalier, frère de Go- 
defroi. La donation de Pouilly à Molesnie fut ratifiée ( i ). 

1. L'abbii Jobin, .S', B. et sa famille, 074. — Les autres témoins qui 
figurent dans cette charte, sont des vassaux : Narjold ou Nori^aud de 



84 



LES ARRIERE NEVEUX DE SAINT BERNARD 



Saint Bernard ne manqua aucune occasion de te'moi 
gner sa bienveillance à l'égard de Molesme, et parmi 
les motifs qu'il eut d'agir ainsi, il faut compter sans 
doute le souvenir de ce que cette abbaye avait fait pour 
Fontenay, qui lui devait son premier emplacement (i). 



Montbard, neveu d'Hugues de Planay, dii ailleurs (ibid. 564) tils de 
Bernard de Ricey ; Eudes de Cernois (dépendance de Vic-de-Chassenay), 
lisez en effet Odo de Sarneio; Renier de Pothières ; Hugues de Duncey 
(lieu disparu, près de Belan), lisez Hugo de Deinciaco. 

I. L'abbaye de Fontenay a été construite sur un territoire dépendant 
du château de Touillon. Le premier emplacement fut celui de l'ermi- 
tage du frère Martin, au sein de la vallée entre Touillon et Marmagne, 
dans la forêt dite Le Chdtelot, nom commun à beaucoup de climats 
particuliers. L'ermitage était bâti au-dessus d'une roche, d'où jaillissait 
une fontaine. On l'appelait vulgairement Fontenctum. Molesme l'avait 
acquis, par donation, lorsque Gaudri, oncle de saint Bernard, était entré 
en religion avec toute sa famille, et Etienne, évéque d'Antun, devenu 
propriétaire du château, en avait confirmé la possession à l'abbaye. 
D'où est venue la première initiative d'une fondation cistercienne en 
ce lieu ? Les documents ne l'indiquent pas. L'évêquc Etienne députa 
un de ses clercs à l'abbé de Molesme pour lui demander la cession de 
l'ermitage avec ses dépendances, afin d'y établir une abbaye de l'institut 
de S. Benoit. La démarche devait avoir été concertée avec Clairvaux. 
Gui et ses religieux concédèrent gracieusement. « Quia vestre pie 
peticioni — écrivirent-ils à l'évêquc — que nobis in presenti B. Marie 
Assumptione per cicricum vestrum in nostro capitulo dévote oflertur, 
resistere nec volumus nec debemus, sancte vestre voluntali quod petitis 
concedimus, ut locus ille videlicet in quo frater Martinus heremita 
morabatur, pro voto et desiderio vestvo abbatia fratrum regularium juxta 
instituiionem almi Patris Benedicti viventium fiât. Ut autem et nos 
eorum beneîiciis congaudcndo remuneracionis quoque participes vobis- 
cuminveniri mereamur, hac presenti paginula concessionem nostram 
tirmamus.. Hoc igitur in prédicta festivitate in commune tirmavimus. 
Sed.. etiam locum ipsum nostre concessionis denominamus. Concedi- 
mus vobis locuni fratris Martini cum omnibus appendiciis suis, nemus 
videlicet quod Cliatelun vocatur. . » Ù. Plancher, I, pr. n° L. Cette charte 
n'est point datée, et le millésime approximatif, iii6, qu'on lit en marge 
dans les Preuves du tome I de D. Plancher, est une faute d'impression 
pour iiiS, comme il résulte du texte de l'auteur, ibid. p. 3i3. Etienne 
remit l'ermitage à saint Bernard : « Ego Stephanus, Heduensis episco- 
pus, et nostrae ecclesias conventus domno Bernardo. abbati de Claris 
vallibus, locum quem vulgo Funtanetuin appelant, in abbatiam cons- 
truendam dedimus.. » Migne, col. 1463, C. Gaudri et Milon furent 
envoyés de Clairvaux, pour préparer l'installation des moines — ibid. col. 
1461, D. — communément rixée par les tables cisterciennes au 
29 octobre 11 19. .lanauschek, Orig. Cist. p. 8. Godefroi de la Roche fut 
le premier abbé. Au bout de quelque temps, les religieux, se trouvant 
trop à l'étroit, reportèrent les constructions à plat dans la vallée et un 
eu plus en aval du ruisseau, dans un lieu concédé par l'évéque 
Etienne. D. Plancher, I, pr. n" LIX et LXI'V. C'est l'endroit où l'on voit 
aujourd'hui les restes de l'abbaye. 



I' 



TABLEAU GENÉALOGIQU 



1065-1105 
(Migne, col. 1399) / ^,,„^,,^, 



Bernard /, seiirneui' de Montbard. 



ylW/e, mère de S. Bernard. / X, n\hve ào Robert, 

\ ahl)é de la 

Tcscelin le Satire, seigneur / Maison-Dieu (Cher), 
de Fonlaiiios-lés-Dijon. i X. 

(Migne, col. ij37, D.) 



iio3-ii:;o i Renard, seigneur 
Monlbard. 
Aenor, remariée 
I 125 à Gaiithie 
la Ruche, religi 
à JuUy le 28 I 
1129 n. st. 
{Hisl. Ji- jH//r-/cs-.V., '208 ; S, 
et sa famille, 570 ; Mi 
col. I461, D.) 



/ Bcr)iard II, .seigneur di; Montbai'd. 

av. 1129 [Hist, de Jully-les-N., 208 ; 

( X S. B. et sa famille, 370, 574.) 



Milesctidc dite Comte 

Renier de la Roche. 
(Migne, col. 1463, 

146G, C ; S. B. et sa 

mille, 570, 574.) 



1142 / André I, seign. do Monlbard. 

1 \m \ 

Elvide de Montréal. 



'■■■{"■' 



(K. Petit, II. 2i0; Migne, 
col. Ii06,.(:.) 



av. 1179 I André II, seign. de Montbard. 

1189 1 (S.B.etsafamille,(,{'^,(. 

Mabille d'Arcy-snr-Curc, remariée Cartiil. de l'Yonne, 11,: 

en 1196 à Bartliélemy de Polisy. Reomaus, 230) 



.Etvt.icde Mo,ilh.uJ 
'Huf'ucs de 1. ormes 



1213 I André III, lils de Bernard 111 et. comme son pèr<', 
1232 seigneur d'Epoisses. 

(K. Petit, IV, 214, 470-47:.'.) 
IIuîTOtte. 



.inséric. 



1237 ) 
1249 



Elvide d'Epoisses. 

I Dreux de Mello, le Jeune, seign. d'Kpoisses, de Cliàteiiu-lllii- 
' et de Lormes. 



(Hist. de Jully-les-N., 
E. Petit, IV, 47:;'i70.) 



^^^ M^ 



Di: LA FAMILLE DE MONTRARD 



pomaines: Montbard, Les Riceys et dépendances : Lannes ; Pouilly-lès-.Molesine (lieu 
di'li-uit sur le liiiage actuel de Molesnie) et dépendances : La Mazii>re ; Villedieu, 
Marcennay, I*'ontaiaes-les-Sèches, (Icstres, Verdonnet, Planay, Montl'oi-t, (ihevi- 
i,Miy-10!s-Semur, Vassy près Pizy, (^oi's.iinl. Kpnisses, Vlirnes. 



I Gjiidri, seigneur de 
I 'rouillon, religieux 
cistercien. 



Milon, relifrieux cis 
Icrcieii. 



.l»!<frt',irraiid maitre 

(lu Tenijjle. 
(Mi-ne. col. 310, .V; .S. /{. et sa 
famille, (i()7, »i09.) 



Miloii, inhumé au Puits Eliontc, arcliidiacn^ de 

d'Orl.c, av. 112'.>. l.angres, 1147. 

(.S. B. et sa famille, iiîd; (i\ B. et sa famille, .iTÔ ; 

nist. de JHlly-les-N.,A>S.) Cartul. de Molcsme, 11, 42, charte (!.■ 1147, 

éilit. Cartul. de l'Yonne, 1, 424.) 



liyG . Bernard III, seii;n. d'Kiioisscs. I Aénor. (Gall. clir. \11. col.SlXl; 

liKt ' (Mi-ne, cnl. I4()S. H. Ii7i, A : | ' 5. B. et sa famille, A31 ; 

, K. Petit, IV, 4t;9.) i K. Petit. IV, 4(57.) 

' Arcmbu<-ge. Bouchard de Seignelay. 

De ce mariage sunt nér; GuiUjumc. év. dWiixerre 
1207-1220, puis lie Pari». 1220-1:3;% et Mjiijsscs, 
I év. aOrleans, 1207-1221. 



Jean, dit de Vignes, seign. de 
Vignes, (;hevigny-l.-Semur. 
Marguerite. 
(E. Petit, IV, 234, 473.) 



Bernard, seign. de \'ic- 

de-Chassenay. 
(K. Petit, IV, 472.) 



Gui, chanoine 
de Lanjrres. 



^9&!^m». 



§ I. 



LES SOMBERNON - FONTAINES 



La famille qui tenait Sombernon au commencement 
du XIP siècle, avait des racines ou des attaches à 
Salmaise et à Blaisy, importants châteaux, alors divisés 
entre plusieurs possesseurs. A Salmaise on remarquait 
Milon de Frolois, qui avait épousé Marguerite de 
Châtillon, fille d'Aymon le Roux et parente de saint 
Bernard. 

Garnier, seigneur de Sombernon, avait pour frère 
Barthélémy ; on ne peut lui en assigner d'autre avec 
certitude. Ils étaient fils de Gui (ij, mort vers l'an i loo. 

Barthélémy épousa une petite-fille de Tescelin le 
Saura, qui lui apporta en dot Fontaines-lès-Dijon. Ainsi 
l'atteste une tradition bien établie et appuyée de raisons 
solides. Voici la série des témoignages avec les raisons 
qui les corroborent. 

Vers la fin du XV* siècle, la maison de Cléron et 
plusieurs autres s'allièrent aux descendants des Marey- 
Fontaines. De ce chef elles prirent le titre de parents de 



I. E. Petit, III, p. 496. 



go 



LES ARRIERE NKVEUX 



saint Bernard, qu'elles réputèrent la plus pre'cicuse part 
de leur héritage. 

Cette parente, Bernard de Marey, fils de Guillaume et 
de Marie de Saulx, l'avait fait valoir dans son testament 
de 1463, où, parlant de la famille de saint Bernard et de 
la seigneurie de Fontaines, « d'icelle seigneurie et ligne, 
dit-il, je suis issu et descendu ». (i) 

Un peu avant le mariage de Guillaume de Marey et de 
Marie de Saulx, une cousine de celle-ci, Agnès de Saulx- 
Fontaines, dame de Ruffey-lès-Dijon, s'était unie à Henri 
Petit-Jean de Trouhans. Il y eut alliance entre leur 
descendance et les Chissey-Bufîard, de Franche-Comté. 
Or les Chissey se sont fait gloire d'être de la famille 
de saint Bernard (2). 

Ainsi les familles alliées à la maison de Saulx-Fon- 
taines, immédiatement ou médiatemcnt, croyaient en 
avoir reçu le sang de saint Bernard. 

Les Saulx-Fontaines eux-mêmes ont revendiqué 
l'honneur de cette parenté. Au milieu du XIIF siècle, 
Etienne de Bourbon vint à Fontaines, attiré par le grand 
souvenir de ce village. Là, suivant son récit, il s'entretint 
avec le seigneur du lieu, nommé Galon, qu'il appelle 
arrière-neveu, pronepos, de l'abbé de Clairvaux (3). 
C'était Galon de Saulx. Tl faut se défier des anecdotes 
d'Etienne de Bourbon. Mais'il n'y a, certes, rien d'anec- 
dotique dans l'appellation pi'écédente, et en ce point 
Etienne doit être tenu pour un écho fidèle des traditions 
de la maison de Saulx. Ainsi encore la branche de cette 
maison qui posséda Fontaines aux XIII'' et XIV"" siècles, 
se disait continuatrice de la lignée de Tescelin. 

Auparavant Fontaines était aux mains des Sombernon.* 
Les documents n'affirment pas d'une manière aussi 



1 . Mignc, col. 1454, C. 

2. Gall. chr. IV, col. 848 et suiv., n"" XX, XXI. — Journal des saints 
de l'ordre de (liteaux, p. 99, 143, 25<), 499. 

3. Migne, col. ()68, B. — Anecdotes historiques d'Etienne de Bourbon, 
p. A. Lecoy de la Marche, Paris, 1H77, p. 29. 



DE SAINT BERNARD i) 1 



expresse la parente de ceux-ci avec Tabbé de Clairvaux ; 
mais ils en fournissent la preuve certaine. D'abord, si les 
Marey et les de Saulx, leurs prédécesseurs, tiennent en 
ligne directe à Tescelin, c'est quel3elote de Sombernon, 
qui porta la seigneurie de Fontaines à Guillaume de 
Saulx, e'tait petite-nièce de saint Bernard. Cette assertion 
est renfermée dans les témoignages qui précèdent. 

De plus, l'abbaye de Pràlon possédait la grange de 
Changey, bâtie à un quart de lieue de Fontaines, dans le 
domaine du château. Suivant la tradition des relisieuses, 
cette grange leur avait été donnée par les seigneurs de 
Fontaines « pour l'assignai d'une sœur de saint Bernard 
lors abbesse en leur monastère (i). » Chitïïet, avec beau- 
coup de vraisemblance, voit dans cette sœur de saint 
Bernard, l'épouse de Gui, qui a pu passer de Larrey à 
Pràlon. Mais peu importe, le fait essentiel ici impliqué est 
la parenté des Sombernon-Fontaines avec saint Bernard, 
car la donation eut certainement pour auteur Barthélémy 
de Sombernon ou ses fils (2). Cette attestation aurait plus 
de valeur assuréinent, si, au lieu de la relever sur un 
titre du XV^-XV!'' siècle, on la lisait dans une charte du 
XII^ 

Mais voici un indice absolument sur. Les enfants de 
Barthélémy de Sombernon reçurent les noms de Galon. 
Tescelin le Saure II, ^^ii^ard, Gérard. Cette réapparition, 
dans les trois derniers, des noms portés par le père et les 
frères de saint Bernard est une preuve convaincante du 
mariage de Barthélémy avec une petite-fille de Tescelin. 
Quiconque s'est livré à des recherches généalogiques 
admettra sans hésiter cette conclusion. Au reste Barthé- 
lémy paraît en relation avec saint Bernard lui-même, à 
la fondation de Pràlon (3), et, en d'autres circonstances. 



1. Migne, col. 1408, A. 

2. Celte donation fut en ettet conhrniée, Tan i23o, par Garnier de 
Fontaines, petit-lîls de Rarthciemy. Migne, col. 1424, D. 

3. Migne, col. 1409, B. 



y2 LES ARRIKRE NEVEUX 

avec des parents du saint abbé, Guillaume et Gérard de 
Châtillon (i). 

Tout se réunit donc pour appuyer la tradition, aucun 
doute n'est possible, Barthélémy de Sombernon fut, par 
alliance, arrière-neveu de l'abbé de Clairvaux. 

Gui, frère de saint Bernard, a laissé de son mariage 
plusieurs filles. On ne connait pas de postérité à 
Hombeline. Dès lors on présume à bon droit que 
l'héritière de Fontaines était fille de Gui. 

L'époque du mariage ne saurait être précisée : les filles 
de Gui furent nubiles vers i 120-1 125. 

Barthélémy de Sombernon figure sous le nom de 
Barthélémy de Fontaines, dans une charte où le duc 
Hugues II mort en 1 142 fait une donation à l'abbaye de 
Tart (2). Parmi les religieuses de cette abbaye se trouvait 
probablement alors Adeline, soeur de la dame de 
Fontaines. Adeline, en effet, fille de Gui, devint abbesse 
de Poulangy, vers i i5o, lorsque ce monastère adopta la 
règle cistercienne et s'affilia à celui de Tart. Vraisem- 
blablement la nièce de saint Bernard avait dû se former 
aux observances nouvelles dans l'abbaye-mère. Elle fut, 
comme on sait, une fervente émule de son oncle, et sa 
cousine, Asceline, i§sue des La Ferté-sur-Aube, vint avec 
sa mère se placer sous sa conduite. 

Barthélémy de Sombernon paraît jusqu'en 1154. Il fut 
donc seigneur de Fontaines tant que vécut saint Bernard, 

Une charte de Molesme nous a montré l'abbé de Clair- 
vaux de retour au château de Montbard. Aucun docu- 
ment ne le fait réapparaître cà Fontaines, sinon le récit 
légendaire d'Etienne de Bourbon sur la conversion de 
Tescelin, dont il faut retenir, peut-être, que saint Ber- 

1. Voir précédemment, p. 21. 

2. Migne, col. 141 1, A. 



DE SAINT BERNARD Ç)0 

nard, poussé par l'amour filial et son ardent prosélytisme, 
sera venu voir son père au château natal, afin de l'en- 
traîner dans sa solitude. 

Maintes fois cependant le saint religieux passa au pied 
de la colline de Fontaines. La tenue annuelle à Cîteaux 
des chapitres généraux de l'ordre, diverses circonstances 
qui l'amenèrent à Dijon, lui offrirent l'occasion de 
reporter ses regards sur le lieu de sa naissance, et d'avoir 
plus présents à la pensée les hôtes du château paternel, 
qui égalaient sans doute leur vénération et leur amour 
à la sainteté et à la renommée du grand moine. 

En T 126 très probablement, il était à Dijon, avec son 
frère Gérard, témoin de l'entrée d'Aremburge, fille du 
duc de Bourgogne, au monastère de Larre3'(i). Avant 
1 12(), dans le même monastère, il donna le voileàErmen- 
garde d'Anjou, veuve d'Alain de Bretagne (2). Les lettres 

1. Chifriet, Opuscula Quatuor, p. 17G. — L'abbé Jobin, S. Bernard et 
sa famille, p. 572. Voir Archives de la Côte-d'Or, H. 24, layette S. 
Germain de Larrey, titre original. 

La letirc C.XXI de saint Bernard à la duchesse Mathilde aide peut- 
être à fixer 1 époque de l'enirce d'Aremburge à Larrey. Cette recom- 
mandation finale « erogate vestrum frumentum paupcribus Christi u 
sent bien une allusion à la famine de 1127, et ce qui précède « ecce 
nunc tenipus acceptabile, ecce nunc dics saiutis », t'ait songer au temps 
du carême, pendant lequel le tléau sévissait cruellement. Or, au début 
de la lettie, l'abbé de Clairvaux parle de son dernier voyage à Dijon 
« dudum Uivione cum essem ». Ce voyage pouvait remonter à l'année 
précédente, et avoir été accompli pour la circonstance dont nous 
essavons de préciser la date. D'autre part saint Bernard aura-t-il quitté 
Clairvaux dans l'été ou l'automne de 1127, malade comme il le fut 
durant la saison qui précéda le concile de Troyes, ouvert le 14 janvier 
1128? Voir les lettres XXI et XC. Enfin la présence d'Herbert, abbé de 
Saint-Etienne, installé le 20 mars 112?. et d'Hugues-'i^éraud, abbé de 
baint-Bénigne, dont le gouvernement cessa en 1129, exige qu'on cher- 
che entre ces deux dates. 

Une charte publiée dans Pérard. p. iS3, pourrait ici induire en 
erreur. Elle introduit simultanément Pierre, abbé de Saint-Bénigne, 
successeur d'Hugues-Béraud.et l'évéque Jocerand, mort le i7avril 1726. 
Mais enlisant attentivement cette charte, on reconnaît que le nom de 
Jocerand s'y est glissé par interpolation. Ilugnes-Béraud va jusqu'en 
1129. L'abbé .lobin, S. Bernard et sa famille, p. bj6, publie une Bulle 
adressée à IIugues-Béraud, de 1120 n. st. comme le prouve i'indiction. 

2. L'abbé Jobin, 5. Bernard et sa famille, p. 378. 

Dans la lettre CX\1I, saint Bernard dit à Ermengarde, alors religieuse 
à Larrey, qu'elle a généreusement renoncé au bonheur de vivre dans 
son pays, près de son frère et de son tils, « fratris, tilii patnaeque des- 
tituta solaiio ». Il lui avait donc donné le voile avant 1 129, année où son 
frère l'oulques d'.Vnjou, dit le Jeune, passa en Terre sainte, et épousa 
Mélisendc, fille de Beaudoin II, auquel il succéda en ii3i comme roi 
de Jérusalem . 



()4 I-li^ ARRIERE NEVEUX 

du saint à Ermengarde prouvent qu'il venait avec plaisir 
dans cette maison où des âmes l'intéressaient particuliè- 
rement. L'épouse de Gui s'y était retirée, en quittant le 
château de Fontaines. Larre}^ d'ailleurs relevait de Saint- 
Bénigne, et l'abbé de Clairvaux avait des sympathies pro- 
fondes pour la vieille abbaye dijonnaise. Suivant la re- 
marque d'Albéric, une circonstance le liait intimement 
à Saint-Bénigne, et l'invitait à y demander l'hospitalité, 
quand il séjournait à Dijon : il retrouvait dans l'église 
la tombe de sa mère, (i) L'abbé de Saint-Bénigne, Hu- 
gues-Beraud, ( 1 1 ii-i 12g), était pour saint Bernard un 
ami (2). En i 129, le saint abbé, de passage à Dijon, fut 
mêlé comme pacificateur aux débats survenus entre les 
abbayes de Saint-Etienne et de Saint-Seine (3) . En 11 3o, 
Albéric nous le montre à Saint-Bénigne, et raconte un 
fait merveilleux : saint Bernard, pendant la nuit, aurait 
entendu les anges chanter dans l'église le Salve Re- 
gina (4). Un peu plus tard, on le trouve encore à Dijon 
témoin avec son frère Gérard pour des parents de leur 
ligne maternelle, qui ratifiaient diverses donations en 
faveur de l'abbaye de Reigny (5). 

Si les relations que le saint a pu avoiravcc ses arrière- 
neveux à Fontaines même, sont restées inconnues, on 
ne le trouve pas cependant sans aucun rapport avec eux. 
Les seigneurs de Sombernon, après avoir fondé La 
Bussière, monastèred'hommes de la filiation de Cîteaux, 
établirent à Prâlon un monastère de femmes, dépendant 
de Saint-Bénigne, qui avait des prieurés dans le voisi- 
nage, à Sombernon etàMesmont. Saint Bernard et l'évé- 



1. J/o«. SS. t. XXIII, p. 828, ad an. ii3o. « (^uam abbatiam, écrit 
Albéric. seniper 'iilexit, eo quod mater sua ibi sit sepulta ». 

2. Voir Saint Bernard, p. le D' Hûffer, p. 214, Lettre Viil. Cette lettre 
fut e'crite k la fin de l'année 1127, puisque l'abbé de Clairvaux y parle 
de sa maladie. 

3. L'abbé Fyot, Histoire de Saint-Eticnne, i'reuves, p. 87 et suiv. 

4. Mon. SS. T. XXIli, p. 828. — -Mignc, col. 932. 
3. E. Petit, II, p. 223. 



DE SAINT liKKNAKl) gS 



que de Langres. GodetVoi, intervinrent en personne 
pour cette nouvelle fondation. Elle eut pour auteurs 
Garnier, seigneur de Sombernon; ses fils, Hervé et Gui; 
Barthélémy, frère de Gainicr, seigneur de Fontaines ; 
enfin deux de leurs parents, Garnier d'Agey et Gui 
Garrcau, celui-ci probablement seigneur de Saint- 
Victor (i). Pràlon commença après ii38, date de 
l'intronisation de l'évêque Godefroi, et avant le milieu 
de l'année i i4(), époque de la mort de Garnier de Som- 
bernon (2). 

Saint Bernard fut en relation très intime avec ce mo- 
nastère, et nulle abbaye bénédictine ne lui a gardé plus 
fidèle souvenir. Les religieuses croyaient avoir eu pour 
abbesse, en leurs débuts, une de ses proches parentes, sa 
sœur, disaient-elles. L'épouse de Gui, en effet, a pu être 
envoyée de Larrey à Pràlon, un peu après 1 145. On con- 
serva comme des reliques, dans ce couvent, un calice et 
des ornements sacerdotaux dont s'était servi saint 
Bernard en y célébrant les divins mystères. Sa fête y fut 
toujours solennisée avec beaucoup d'éclat. .Jusqu'à la fin, 
il fut « regardé comme institutL'ur et second patron du 
monastère ». La disparition de l'abbaye n'a pas éteint 
chez les habitants du village ce culte traditionnel. Une 
fontaine du pays, appelée fontaine de saint Bernard, 
est aujourd'hui encore réputée miraculeuse, et le 20 août, 
les fidèles, agenouillés à la Table sainte, boivent avec 
dévotion l'eau decette source que le prêtre leur présente. 

La prédication de la croisade n'eut-elle pas quelque 
retentissement à Fontaines? Barthélémy de Sombernon 
ne suivit-il pas en Orient l'évêque Godefroy, Renier de 
la Roche, Jobert delà Ferté et d'autres parents de l'abbé 
de Clairvaux ? Les deux neveux de Barthélémy, Hervé 
et Gui de Sombernon, prirent la croix. Hervé succomba 
dans l'expédition et Gui revit seul le toit paternel. Au 



1 . Migne, col. 140g, B. 

2. E. Petit III, 496. 



96 LES ARRIÈRE NEVEUX 

moment du départ, lorsque les croisés de nos régions, se 
rendant au point de ralliement, s'arrêtèrent en passant 
à Langres, un accord fut conclu dans cette ville entre 
Hervé et l'abbé de Saint-Seine, au sujet des possessions 
de l'abbaye à Saint-Mesmin. Approbation fut donnée par 
Gui, frère d'Hervé ; par leur oncle, patrmis, c'est-à-dire 
Barthélémy de Sombernon, désigné nommément à la fin 
de la charte qui contient ces détails ; enfin par un neveu 
d'Hervé. A cet acte assistaient aussi Garnier d'Agey, 
Gui-Garreau déjà vus à la fondation de Pràlon ; Guil- 
laume de Marigny-sur-Ouche, connétable du duc de 
Bourgogne. Tous ces chevaliers marchèrent-ils contre 
les infidèles .' La charte l'insinue, sans l'affirmer pour 
chacun d'une manière catégorique. (1) 

Avant de se mettre en route, les croisés du même^ 
sang que saint Bernard aimaient à se munir d'une lettre 
du saint abbé. Celui-ci cédait volontiers à ce désir, et 
recommandait ses parents à la bienveillance des rois de 
Jérusalem. Nouveau trait qui prouve la vivacité des 
affections de famille dans l'àme tendre de l'austère cis- 
tercien (2). 

Le 20 août I ir>3 saint Bernard mourait dans sa solitude 
de Clairvaux. Vingt années plus tard il était canonisé. 
Quelles impressions de deuil d'abord, de joie ensuite 
ces événements produisirent-ils au château de Fontaines 
et dans les monastères voisins où le souvenir du saint 
était si fidèlement gardé ': Tout cela reste enseveli dans 
l'ombre et le silence. 

Le nom de Barthélémy de Sombernon est inscrit dans 
les cartulaires des abbayes de Tart, Saint-Etienne, La 
Bussière, Pràlon, Saint-Seine, Fontenay, Clairvaux. 
Deux seulement de ces monastères furent l'objet de ses 
libéralités: La Bussière et Pràlon (3). Mais aucun 

1 . E. Petit, ibid. 

2. Lettre CCVI. 

3. Migne, col. 1420, D ; 1422, B. 



PL. 12 



^,ai:6i5: CD esisiaes; g a u a^ 




BDTOOiBaiQVailY^ 



TOMBE DE GUILLAUME DE FONTAINES 



DE SAINT BERNARD 97 



titre ne lui reproche, comme à beaucoup de seigneurs 
de l'époque, voire même à son frère et à ses neveux, 
quelque méfait à l'égard des églises. Il amodia des cha- 
noines de Saint-Etienne un journal de terre en friche, si- 
tuéà Fontaines, devant la porte du château, moyennant 
une rente annuelle, dont l'échéance fut fixée au premier 
septembre, fèie de saint Ambrosinien, « in Kalendis 
septembris, die natali sancii Ambrosiniani, qui ibidem 
colitur « (1). On le rencontre quelquefois à la suite du 
duc de Bourgogne, son suzerain. 

Barthélémy eut pour fils Galon, Tescelin le Saure II, 
Gérardditle Breton. Les chartes l'attestent formellement. 
Nivard, abbé de Saint-Seine puis de Saint-Bénigne, 
doit être compté aussi parmi ses fils. En effet, Nivard 
était oncle, ai'iDiciilus, des enfants de Tescelin le Saure II, 
et voici ce qui permet de préciser le sens du mot. Dans 
plusieurs chartes de l'abbaye de Saint-Seine, datées de 
1190 ou environ, paraît un personnage du nom de Gé- 
rard, assurément le même : c'est Gérard le Breton, plu- 
sieurs fois désigné par son surnom, « Girardus Brito » 
ou en langue romane, « Gérard li Brez ». Or dans une 
de ces chartes, Gérard est déterminé par ce qualificatif 
« frère de l'abbé (Nivard)», Girardus^ miles, frater 
abhalis {-z). Dès lors Nivard est^ fils de Barthélémy de 
Sombernon et de la nièce de saint Bernard. 

Barthélémy eut aussi une fille mariée à Osmond, 
seigneur de Venarey, comme il résulte des faits suivants. 
Le fils d'Osmond, Gui, seigneurde Venarey lui-même, 

1 . Migne, col. 1417, D. 

2. Archiv. de la Cote-d'Or, cartul. de Saint-Seine, chartes XXXIl, 
XXXllI, XXXIV. — L'abbé Jobin, S. Bernard et sa famille, p. Ô23-627, 
62q. 

Dans la langue française actuelle, le surnom de Ge'rard doit se tra- 
duire par « Le Breton u. Les variantes sous les luellcs il parait, • Bret, 
iJrez, Broz » et « Brito, Breto » ne sont que des formes dirt'ercntes, 
celles-ci latines, celles-là romanes, d'un seul et même mot qui signilîe 
Breton. Le mot latin exact est « Brito u ou « Britto », suivant une 
orthographe autorisée par les classiques et le poète Ausone. La forme 
romane correcte est « Bret », dont le féminin « Brette » est resté long- 
temps dans la langue usuelle. « Nous vinies une basse brette », dit 
quelque part M"" de Sévigné. Note de M. l'abbé Bourlier. 



gS LES ARRIÈRE NEVEUX * 

est appelé neveu de Gérard le Breton, qu'il assiste et 
approuve dans ses actes (i) ; il hérite de quelques biens 
provenant des Sombernon (2) ; enfin il figure comme 
témoin approbateur avec tous les enfants de Tescelin le 
Saure II, dans une donation faite par l'aîné de ceux-ci 
à Saint-Seine (3). Ces raisons sont concluantes. Un point 
cependant voudrait être éclairci . L'épouse d'Osmond 
est-elle née de la nièce de saint Bernard, ou d'une autre 
femme que Barthélémy aurait eue auparavant ? Gui de 
Venarey n'intervient pas en efï'et dans les actes relatifs 
à Fontaines. 

L'héritage des enfants de Barthélémy comprenait, 
avec Fontaines, hoirie de leur mère, le patrimoine de 
leur père à Sombernon, à Blaisy, etc. La maison de 
Sombernon avait des possessions dans toute la région 
qui s'étendait de Malain et Blaisy à Salmaise. On verra 
tout à l'heure Garnier, fils de Tescelin le Saure II, avec 
le titre de seigneur de Blaisy en partie. Ce titre lui 
venait de son aïeul, car ses dispositions par rapport à la 
terre de Blaisy sont approuvées de Gui de Venarey, son 
cousin. 

Fontaines semble avoir été partagé entre les trois 
frères Calon, Tescelin et Gérard, le premier gardant la 
suzeraineté. 

Calon conserva doncletitre de seigneur de Fontaines; 
Tescelin dut avoir celui de seigneur de Blaisy ; Gérard 
prit celui d'Asnières-en-Montagne, terre qu'il possédait 
du chef de sa femme, Marguerite. 

Sans les chartes des abbayes, les noms mêmes de ces 
chevaliers seraient mconnus. 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 1018, abbaye de Prâlon, charte de 
1210; H, 570, abbaye de Fontenay, ch. de 1202; cartul. de Saint-Seine, 
ch. XXXII. — Migne, col. 1423, A. — L'abbé Jobin, 5. Bernard et sa 
famille, p. 63 1. 

2. Migne, col. 1422, D. 

3. Cartul. de Saint-Seine, ch. XXXII. — L'abbé Jobin, S. Bernard et 
sa famille, p. 623. 



DE SAINT BERNARD 99 



Galon de Fontaines, en ii54, assiste et approuve 
Barthélémy, son père, donnant à Pràlon la terre de 
Gorcelotte (i). Kn i 164, à Dijon, en présence de la du- 
chesse Marie et du jeune duc Hugues III, il est té- 
moin d'une concession faite à Gîteaux par son cousin 
Gu! de Sombernon (2). Vers 1180, se voyant sur le 
point de mourir, il lègue sa terre de Mesmont aux 
moines de Saint-Bénigne, par acte passé à Fontaines, en 
la maison du chapelain Vivien (3). Il avait fait quelque 
tort à ces religieux, mais peu considérable, surtout bien 
réparé, et son obit fut ainsi marqué au Nécrologe : 
(( XVl Kalcndas septembris — • u) août — obiit Galo, 
dominus de Fontanis, iiostei- ainiciis, qui dédit nobis 
partcm suani de Magnomontc » (4). 

La charte qui atteste ce legs nomme l'épouse de Galon 
« Aalai/. », mais n'indique pas sa famille. 

Galon laissa une fille unique, Belote, qui épousa Guil- 
laume le Roux de la maison de Saulx. Ge fut l'origine 
de la branche des Saulx-Fontaines, objet du § 4. 

L'existence de Tescelin II est entièrement effacée. Il 
figure seulement dans l'acte de 1 1 54, et dans celui de son 
frère Galon, cédant Mesmont à Saint-Bénigne. En cette 
dernière circonstance, il était accompagné de ses deux 
fils, Garnier et Barthélémy. Il eut aussi deux filles. Pé- 
tronille et Giertrude (3). Il mourut avant i iqo. Sa pos- 
térité se propagea sous le nom de Blaisy. 

Nature plus ardente, plus aventureuse, comme semble 
l'indiquer son surnom, Gérard le Breton survécut à ses 
frères. Il existait encore en 1210. Il paraît pour la pre- 

1. Mignc,col. 1420-1421. 

2. Archiv. de la Cote-d'Or, cartul. de Cîteaux, n" idô, fol. 54 verso. 
— Duchesne, Hist. de Vcrp;y, Preuves, p. iSo. 

3. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 70, abbaye de S. -Bénigne, Mesmont, 
layette Infirmier. — L'abbé Jobin, .!>. Bernard et sa famille, p. 621. 

4. Migne, col. 14.10, D. 

5. L'abbc Jobin, i'. Bernard et sa famille, p. 62'3. 



100 LES ARRIERE NEVEUX 

mière fois dans l'acte de 1 164. Témoin assidu, l'an ijgo, 
des chartes délivrées en faveur de Saint-Seine, il a peut- 
être suivi en Terre-Sainte son frère, l'abbé Nivard. qui 
s'y rendit sur la fin de la Croisade. Il fit du bien et du 
mal aux églises, mais surtout du bieïi. Son père avait 
abandonné à La Bussière le droit de pâture sur tout le 
finage de La Chaleur, Vieil-Moulin, Geligny. Gérard 
refusa d'abord aux religieux la jouissance de ce droit, 
mais ensuite il ratifia la donation paternelle, demanda 
et obtint l'absolution. En définitive, bienfaiteur de La 
Bussière, il le fut aussi de Prâlon, de Fontenay (i), du 
Puits d'Orbe (2). de Jully (3). On ne lui connaît pas de 
postérité. La part qu'il avait pu avoir du château et delà 
seigneurie de Fontaines, revint à sa nièce. Belote, épouse 
de Guillaume de Saulx. 

Nivard. abbé de Saint-Seine et de Saint-Bénigne, est 
le personnage le plus saillant de cette génération. Encore 

I. Avant la donation de 1202, dont la charte a été signalée, Gérard 
le Breion avait donné à Fontenay quelques biens situés à Fain-les- 
Montbard, comme on le voit au canul. de i'abbaye, n" 201, Sy recto, 
2"" partie du vol. — Archiv. de la Côte-d'Or. La charte est datée de 
1195, mais le don t'ait par Gérard remonte un peu plus haut. \'oici le 
texte de cette charte : 

« Ego Odo, archipresbyter Tullionis, notum facio tam futuris 
quam prtesentibus quod Tescelinus de Nojent et t'raterejus Guido 
quittaverunt ecclesiae Fontenetensi in manu Huberti abbatis, 
quidquid calumpniabant ei apud Fanium ex donoGirardi Britoiiis, 
hoc tantum excepto quod duo homines quos eadem ecclesia apud 
Fanium possidebat prœdicto Tescelino concessi sunt tantum 
in vita sua et unum mansum similiter tantum in vita sua. 
Hujus rei testes sunt Bernardus de Grinione, Andréas de Buxi, 
Hugo de Quinciaco, monachi ; Symon et Sauvegius, conversi ; 
Hugo, presbyter de Buxi. Quod totum ut ratum habeatur in 
posterum sigilli mai impressioneconfirmavi. Anno ab incarnatione 
Domini M. G. XC. V. » 

Les fréqtientes relations de Tescelin deNogent avec Gérard le Breton, 
seigneur d'Asnières, prouvent qu'il s'agit de celui-ci dans cette charte. 
On ne voit d'ailleurs à cette époque dans la région de Montbard aucun 
autre Gérard le Breton. Voir Migne, col. 1422, C. — L'abbé Jobin, 
S. Bernard et sa famille, p. 63 1. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 1026, abbaye du Puits d'Orbe, charte 
de i2o5,vidimus de i362. 

3. L'abbé Jobin, Hist de Jully les-Nonnairs, p. 243. — Cartul. de 
l'Yonne, par Quantin, II, p. 400. 



DE SAINT liERNARD 10 I 

ne pourrait-on esquisser siàrement son caractère, vu 
l'insuffisance des détails de sa trop courte .histoire. Il 
gouverna Saint-Seine de 1186 à 1204. Le 2 novembre 
I K)o, il forma avec Pierre de Grancey, abbé de Saint- 
Bénigne, et Ponce, abbé de Bèze, une association spiri- 
tuelle pour la célébration d'offices et d'anniversaires 
communs dans les trois abbayes. « Ces associations, dit 
M. Chabeuf, étaient fréquentes au moyen-âge et fort 
étendues ; on conserve encore quelques uns de ces par- 
chemins que l'on portait d'église en église, et qui reve- 
naient au point de départ chargés d'acceptations. Deux 
de ces curieux monuments, dits Rouleaux des morts, 
existent encore aux Archives départementales de la Côte- 
d'Or, mais nous n'avons trouvé aucune trace, dans les 
documents, de l'association sans doute plus étroite, 
qui réunit dans une communauté morale trois des qua- 
tre abbayes mérovingiennes du diocèse de Langres (i). » 
Nivard fit aussi un règlement pour la célébration plus 
solennelle, le samedi, de l'office journalier de la Sainte- 
Vierge. Avant et après son voyage en Palestine, il se 
montra administrateur zélé des biens de rabba3'e, et ne 
connut pas les faiblesses du népotisme. Si quelqu'un 
de ses parents violait les droits des moines, l'injustice 
n'était point tolérée. Ainsi Gauthier de Sombernon, fils 
et successeur de Gui, cousin de l'abbé, ayant à se repro- 
cher quelques torts de ce genre, fut mis en demeure de 
les réparer, et, selon l'usage du temps, il vint au chapitre 
demander et recevoir l'absolution, l'an 1194. Gauthier, 
du reste, ne fut pas récidif, et plusieurs chartes subsé- 
quentes relatent ses bienfaits envers l'abbaye (2). 

A une si grande distance, avec des idées et des mœurs 
si difiérentes. nous avons peine à apprécier équitable- 

1 . Monographie historique et descriptive de l'église de Saint-Seine- 
l'abbaye, Mém. de la com. des Antiquités de la Côte-d'Or, an. 1884-85, 
p. 139. 

2. Arçhiv. de la Côte-d'Or, cartul. de Saint-Seine, ch. XLVI, XLVIl, 
L, LUI.— E. Petit, III, p. 332, iyb. 



102 I.ES ARRIERE NEVEUX 



ment ces faits. II. faut cependant se rappeler des consi- 
dérations fort justes. En maintenant haut et ferme les 
droits des églises, les abbés étaient mus par d'autres sen- 
timents que la fierté et l'amour du privilège, et si, à cer- 
taine époque, ces défauts se sont trop souvent mêlés aux 
sentiments légitimes, ce ne saurait être une loi univer- 
selle. Rien n'indique que Nivard y ait cédé. Mais, plutôt, 
il défendait en conscience une cause à plus d'un titre 
sacrée. Il s'agissait de biens destinés à la religion et 
placés, sous sa garde. L'antiquité, même païenne, a tou- 
jours eu pour cette sorte de biens un respect profond. 
Ce n'était pas seulement le patrimoine des religieux, 
mais encore celui des pauvres nourris par l'abbaye, des 
voyageurs qui y recevaient l'hospitalité, de toutes les 
infortunes qui trouvaient dans ces asiles secours et pro- 
tection. Beaucoup de monastères, même aux plus mau- 
vais jours de leur histoire — ce fut le fait de Saint-Seine 
— sont demeurés fidèles à la distribution des aumônes, 
à la loi de l'hospitalité. Comme si Dieu, pour honorer 
jusque dans leurs fils dégénérés la sainteté des fonda- 
teurs, avait voulu rendre ineffaçable en ces instituts 
l'empreinte chrétienne par excellence, la charité. D'au- 
tre part, les seigneurs, les princeseux-mêmesqui,audire 
de saint Bernard, s'abandonnaient à des excès sans nom, 
incrcdibilem exercent inalitiam, ont-Us toujours su rache- 
ter par quelque bienfait envers leurs semblables leurs 
défaillances ou leurs crimes ? 

Nivard reçut de son neveu, Garnier de Fontaines, fils 
aîné de Tescelin II, une donation sur Blaisy, Pasques et 
Turcey (i). 

Abbé de Saint-Bénigne de 1204 a j20(j, année où il 
démissionna, son gouvernement eut ici trop peu de durée 
pour être marqué par des actes importants. 

Il vivait encore en i 2 1 3. Son obit est inscrit au Nécro- 
loge de Saint-Bénigne le VI des calendes de mai, 2G 

I. L'abbé Jobin, S. Bernard et sa famille, p. 623. 



DE SAINT BERNARD 10^) 

avril. Il fut inhumé dans l'église de Saint-Seine, où 
l'on voyait encore sa tombe du temps de Palliot. Elle 
portait « deux crosses en pal aux volutes adossées et 
cette inscription : Hic divionensis abbas fuit et sequa- 

NICUS (i). » 

Osmond de Vcnarey, gendre de Barthélémy de 
Sombernon, cité comme témoin dans les cartulaires de 
Fontenay et d'Auberive, comme bienfaiteur dans celui 
d'Oigny, fonda en cette dernière abbaye son anniver- 
saire et celui de ses parents (2), Les droits cédés par lui 
aux religieux étaient assis sur Venarey, Les Laumes et 
Billy-lès-Chanccaux. Osmond tenait aux Grignon par 
origine ou par alliance. Il n'avait qu'une partie de la 
seigneurie de Venarey. alors divisée, et il était homme 
lige de Mathilde, comtesse de Nevers, à qui appartenait 
le château ducal de Grignon. Il comparait dans les actes 
de I I 35 à 1 187, et mourut avant 1 196. 

(jui de Venarey, son fils et successeur, cité déjà dans 
la deuxième grande charte de Fontenay, par conséquent 
avant 1 [b{, vécut jusque vers 12 18. Il est peu de person- 
nages qui apparaissent plus souvent que lui dans les 
chartes de l'époque, tantôt à la suite de la comtesse 
Mathilde, tantôt avec ses parents les Sombernon, les 
Grignon, les La Tour de Semur, ou les seigneurs de son 
voisinage. Mais les titres qui enregistrent ces fréquentes 
assistances, ne signalent pas d'autre fait de la vie de Gui 
de Vcnarev. La collégiale Notre-Dame de Semur, les 
abbayes de Fontenay et d'Oigny reçurent ses services ou 
ses libéralités (3) Il donna à Fontenay la part qu'il avait 



I Monograp!iie de l'église de Saint-Seine, 1. c. 

2. Cartul. de Fontenav, n° 201, fol. 3, 2'"' partie du vol. — Gall. clir., 
IV, Inslrumenta, p. iô5. — K. Petit, III, 338. — Archiv. de la Côte-d'Or, 
II, t')72, abbaye d'Oij;ny, ch. originale de iif|5, et dossier d'uii procès 
dont sentence rendue le 14 juillet lyik». 

3. Archiv. de la Coie-d'Or, G, 5ii, collégiale de Semur, charte de 
12 14; cartul. de Fontenay, n° 202, fol. i63, 16S; H, 673, abbaye 
d'Oigny, 1. c. 



104 LES ARRIERE NEVEUX 

dans les dîmes des Granges et de Grignon, avec une 
rente sur son moulin des Laumes. 

Gui de Venarey épousa plusieurs femmes, dont la 
dernière, Adeline (i), était veuve d'Urric de Luccnay, 
des Grancey-Lucenay, mort en 1 199. Adeline avait eu 
de son premier mari deux enfants : Galon de Lucenay et 
Agnès, mariée à Gauthier de Roocourt (2). Elle donna 
aussi des fils à Gui de Venarey : Hugues, Gui, 
Guillaume, celui-ci mineur encore en 1224 et confié à la 
tutelle des La Tour de Semur (3). 

En 1288, Marguerite, dame des Laumes, veuve de Jean 
de Grignon, des Grignon de la Motte, était héritière des 
Venarey (4). Alixant, sa fille, épousa Eudes de Rans, fils 
de Poinsard (5). En 1297, Jean, fils de Marguerite et 
frère d'Alixant, accusé du meurtre de Huot de Seigny, 
prit la fuite, fut condamné par contumace, et le château 
de la Motte dut être remis au duc de Bourgogne (6). 

La postérité de Tescelin II offre plus d'intérêt. 

Garnier, fils aîné, seigneur en partie de Fontaines et 
de Blaisy, figure dans les documents sous l'un ou l'autre 
de ces titres. Sa donation à Saint-Seine a déjà été rappe- 
lée. Elle date de 1 190 : « Seigneur Garnier de Fontaines, 
avec l'assentiment d'Agnès, son épouse, de Barthélémy, 
son frère, de ses sœurs Pétronille et Gertrude, de Gui, 
fils de seigneur Osmond, donna en aumône à l'église de 
Sainte- Marie et de Saint-Seine » des redevances sur 
Blaisy-le-Chàteau, Blaisy-la-Ville, Pasques et Turcey. 



1. E. Petit, III, 345, 367. — Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de 
Cîteaux n" i66, fol. 80, charte de 1182 où paraissent Agnès dame de 
Lucenav, veuve de Galon de Lucenaj, et ses tîls Rémond, Hugues, 
Urric. Calon, époux d'Agnès, était his d'Hugues de Grancey, sénéchal 
du duc Hugues II. 

2. Cartul. de Fontenay, n° 202, fol. 168. 

3. Cartul. de Fontenay, n" 202 et H. 672, abbaye d'Oigny, 1. c. 

4. Cartul. de Fontenay, n" 202, fol. 177. 

5. Archiv. de la Côte-d'Or, Peincedé, I, 208; B. 1044, cote 3i. — 
Bibl. de Dijon, Fonds Baudot, familles de Bourgogne, II, p. 283. 

6. Peincedé, IX, 42 ; B. 10488, cote 144. 



DE SAINT BERNARD 105 



« Garnier et Barthélémy, son frère, jurèrent sur le maitre- 
autel de réi^'lise de maintenir fidèlement cette concession: 
en présence de l'abbé Nivard, leur oncle, » et de tous les 
moines, parmi lesquels Aimon de Blaisy. Ceux-ci accor- 
dèrent aux donateurs la participation aux biens spirituels. 
A cet acte assistaient les chevaliers Gérard le Breton, 
André de la Hictenière (i), Garnier et Gui de Blaisy. 

Saint-Seine a\ait un prieuré à Blaisy. Garnier de 
Fontainçs fit construire, dans sa maison, à Blaisy-Ie- 
Chàteau, un four pour son usage et celui de ses gens. Le 
prieur Gauthier se plaignit, et revendiqua, comme son 
privilège, le droit de four en cette localité. On fit une 
transaction. Le four construit par Garnier lui fut concédé, 
uniquement pour son propre usage. En compensation, 
il abandonna au prieur une rente de deux setiers de grain 
sur un autre four qu'il avait à Blaisy-la-Ville. L'affaire 
fut conclue, en i ujo, au chapitre de Saint-Seine, devant 
l'abbé Nivard. les chevaliers Gérard le Breton, André 
de la Bretenière, Renaud de Pasques, etc., et avec 
l'assentiment dAgnès, épouse de Garnier, et de Barthé- 
lémy, son frère. Hugues, doyen de Saint-Seine, délivra 
une première charte attestant cet accord, puis Gauthier 
de Sombernon, à cause de son droit de suzeraineté, en 
délivra une seconde (2). 

Garnier, avec Gérard, son oncle, avec Barthélémy, son 
frère, est le plus assidu témoin des donations faites à 
Saint-Seine en i 190 et 1200. 

Le célèbre pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle 
attirait alors les chrétiens presque autant que les Lieux- 
Saints. En 1201, Garnier et Agnès, son épouse, prirent 
le chemin de l'Espagne, après avoir, à cette occasion, 
donné à Fontenay divers biens sur Munois-Darcey. 
L'acte de donation fut passé à Grignon, en présence 



1. La Bretenière est un lieu disparu, dans 'le voisinage de Ranges. 

2. Biblioth. nat., cartul. de Saint-Seine, lat. 0874, p. 38-40, ch. 
C.XII et CXV. — L'abbe Jobin, S. Beruard et sa famille, p. 025. 



I06 LES ARRII'RE NEVEUX 

d'Olivier, seigneur du château de la Motte, et du frère 
de Garnier, Barthélemv. Les deux frères sont ici désignés 
sous le nom de Blaisy, au lieu de celui de Fontaines (i i. 

Une partie des biens concédés à Fontenav appartenait 
en propre à l'épouse de Garnier. D'où l'on peut induire 
que la famille de celle-ci était de la région des Laumes. 
Il semble, d'ailleurs — la remarque en a déjà été faite — 
que Tescelin le Saure I ait eu des attaches domaniales et 
parentélaires en cette contrée. Du moins on le constate 
pour ses arrière petits-fils. Ainsi — nouvel indice — 
Garnier est témoin, en i:io3, de la donation faite à Fon- 
tenay par Bure de Buss_v-le-Grand (2). 

Bienfaiteur de plusieurs abbayes, Garnier de Fontaines 
fonda sur ses terres le prieuré de Bu.ivaux, de l'ordre du 
"N^al des Ecoliers, récemment institué par quatre profes- 
seurs des écoles de Paris. L'amour de la prière, de la 
pénitence et des autres pratiques de la perfection 
chrétienne avait conduit ces hommes dans la solitude. 
La maison mère était bâtie dans le diocèse de Langres, 
à peu de distance de Chaumonten Bassigny. Le premier 
essaim qui en sortit, vint se fixer à Bonvaux (3). On 
ignore comment Garnier de Fontaines fut mis en rapport 
avec le ^^al des Ecoliers. Peut-être par l'évêque de 
Langres, Guillaume de Joinville. si dévot à saint 
Bernard. Qiioiqu'il en soit, l'an 1 2 i ?, Garnier donna aux 

1. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de Fontenav, n" 20 r, fol. 37, 
2"" partie du volume. Voici le texte de la charte : 

« Ego Robertus nrchipresbyter Tullionis presentibus et futuris 
notum facio quod Garnerius de Blaseio et .\gnes uxor ejus, pro- 
rtciscentes ad sanctum Jacobum, dederunt in elemosinam ecclesie 
Fomenetensi XIX solidos et obolum in perpetuum. in finagio de 
Muneix (Munois). Verum si contigerit eam in isto viagio mori, 
ipsa donavit et concessit eidem ecclesie sua prata de Muneis et 
pasturas suas. Si vero predicta Atones redierit de predicto viagio, 
pasturas redimet cum ipsa voluerit de G solidis divionensibus, et 
prata sua habebit in reditu quitta. Testes sunt Oliverius de Gri- 
nione et Robertus li sas et Bartholomeus de Blaseio, milites. Ac- 
tum est hoc apud Grinionem anno in:arnationis .lesu Ghristi 
M. ce. I. » 

2. E. Petit, III, p. 392. 

3. Bonvaux tait partie du territoire de l'Iombières-lùs-Dijon. 



DE SAINT BERNARD I 07 



religieux « le petit vallon situe entre Changey et 
Chammoron (i), qui commence près de la route de Dijon 
à Saint-Seine et aboutit au finage de Plombières, afin d'y 
construire un prieuré en l'honneur de Dieu et de la 
B. \'ierge Marie. » Agréèrent cette concession Gertrudc. 
seconde femme de Garnier, Barthélémy, son frère, 
Guillaume de Saulx et Belote, son épouse. de qui relevait le 
territoire cédé aux religieux. Quelques autres dons furent 
ajoutés par Garnier lui-même, sur sa terre de Changey ; 
par Guillaume de Saulx. sur la (lime de Rouvres, du 
consentement de Belote, de leurs hoirs et de Richard de 
Dampierre-sur-Salon, seigneur du fief-('2). 

Telle fut l'origine de ce monastère, aimé et soutenu 
des seigneurs de Fontaines comme une fondation de 
famille, choisi pour lieu de sépulture par plusieurs 
d'entre eux. La Révolution n'a pas renversé les édifices. 
Maison de ferme auiourd'hui, Bonvaux est encore visité 
avec quelque intérêt. L'on y voit la chapelle du XIIL-Xn'= 
siècle, à peu près intacte, mais dépouillée de ses curieuses 
pierres tombales, que lui a ravies le mercantilisme. Heu- 
reusement ces pierres n'ont pas toutes quitté la Bour- 
gogne. Si l'une d'elles est au musée du Louvre, sept, dont 
plusieurs assez bien conservées, les autres émiettées 
mais restituables, viennent d'être acquises par l'Œuvre 
de Saint-Bernard, afin d'être déposées à Fontaines, dans 
la nouvelle église du Centenaire. Les tombes de Bon- 
vaux sont reproduites en lithographie dans cette publi- 
cation, et font l'objet de l'Appendice A au § 4. 

En 1224, Garnier, appelé dans le document « Garnier 
de Blaisy », ou simplement « le seigneur de Biais}' », 
passa un accord avec Saint-Seine au sujet des pâturages 
d'Ancey, de l^aulme la Roche, de Panges, et de la terre 
de La TrémoUe située entre la Croix de Baulme et 



1 . Chammoron dérive de Charmeron'irorthographe commune actuelle 
« Champnioron » est donc injustifiable. 

2. E Petit, m, p. 434. — Essai historique sur le prieure tic Bonvaux, 
par Henri Marc, Dijon lëgo, p. 42. 



I08 r.HS ARRIÈRE NEVEUX 



Charmo_v (i). — Sa maison de Blaisy-le-Château, évi- 
demment comprise dans l'enceinte fortifie'e, était sa 
résidence ordinaire. Le castel se dressait sur une roche 
élevée, d'un dessin triangulaire, au sommet de la mon- 
tagne que traverse à présent le tunnel de Blaisy., Du 
haut des tours, le regard plongeait dans toute la vallée 
de rOze, jusqu'à Darcey.Garnier dut souvent y promener 
sa vue, car son foyer, sans enfants, ne pouvait l'absorber. 
Blaisy cependant n'était point pour lui une solitude : au 
même castel demeuraient Barthélémy, son frère, et leur 
sœur, Pétronille, mariée à Gui, autre seigneur de Blaisy 
dont il sera parlé au § 2. Barthélémy et Pétronille avaient 
donné des neveux à Garnier. 

Celui-ci sentit bientôt sa fin approcher, et il com- 
mença à prendre des dispositions testamentaires. 

En i22(), il fonda son anniversaire à Saint-Seine, 
moyennant la cession de trois journaux et demi de 
vigne, sur le fi nage de Fontaines, lieudit «esPresles (2) », 

En i23o, il assura aux religieuses de Pràlon la tran- 
quille possession dece qui leuravaitété donnéàChangey, 
c'est-à-dire la terre où elles avaient chapelle, pressoir et 
grange ; aux largesses de ses prédécesseurs, il ajouta les 
siennes : une vigne, un champ, etc., enfin un setier de 
blé, à prendre sur les tierces de Blaisy, pour l'entretien 
de la lampe du dortoir des religieuses (3). 

Une des dernières pensées de Garnier de F'ontaines 
fut pour saint Bernard et Clairvaux. Au mois de février 
i23i, n. st., il donnaà saint Bernard etaux religieux de 
Clairvaux, Beato Bernardo et fralribiis Clarevallensihiis^ 
la troisième partie de sa terre de Changey, des droits 
sur tout le finage et sur celui de Fontaines, un homme 
de Fontaines nommé Humbelin avec toute sa famille. 
L'acte, rédigé en présence du duc de Bourgogne, 



1. Biblioth. nat., cartul. de Saint-Seine, lat. 9874, p. 20, charte L 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, Peincedc, XVIII, p. i33, n° i56. 

3. Migne. col. 1424, D. 



DE SAINT BERNARD I Og 



Hugues IV, fut approuvé de l'épouse de Garnier, 
Gertrude, et de ses neveux, nepotes ipsius Garnerii, 
Garnier de Blaisy et Ponce, son frère ; Guillaume le 
Busenet, damoiseau, et Garnier le- Busenet, son frère; 
Jean, damoiseau (j). 

La teneur de la charte le fait voir, cette donation 
était au profit de la maison de Dijon, que l'on a appe- 
lée le Petit-Clairvaux, et qui fut bâtie afin de rece- 
voir les abbés lorsqu'ils se rendaient à Cîteaux, pour 
le chapitre général. Le duc Hugues III avait octroyé à 
cet établissement les mêmes franchises qu'à d'autres, 
déjà construits dans la ville ducale par plusieurs abbayes 
de l'ordre, sauf, pourtant, que ces privilèges n'égalaient 
pas ceux du Petit-Cîteaux. Hugues III avait encore fondé 
au Petit-Clairvaux son anniversaire et celui de son fils 



I. Archiv. de la Gôte-d'Or, H, 348, abbaye de Clairvaux, ch. de 
février i23o, vidimus. — Archi\ . de l'Aube, cartul. de Clairvaux, II, 
p. 275. 

Voici l'abrégé de la charte de donation : 

Ego Hugo dux Burgundie notum tieri volo universis. . quod dilec- 
tus et fideiis meus Garnerius de Fontanis dédit. . pro salute anime 
sue et antecessorum suorum, Beato Beniardo et tratribus Clare- 
vallensibus totam tertiam partem Changeii et finagiorum ejusdem 
loci,.. atque perpetuum usagium, noctu diuque, ad omne genus 
animalium et pecorum eorumdem fratrum, in pasturis ville et 
finagiorum de Fontanis, et in pasturis duarum partium quas ipse 
sibi retinuit in dicto Changeio et finagiis ejusdem loci. . Habebat 
autem dictus Garnerius, sicut ipse coram me asseruit die qua pre- 
sens instrumentum fieri fecit. tertiam partem in dominio et justitia 
ville et finagiorum Fontanarum. Deditque prefatus Garnerius 
dictis fratribus Clarevallensibus Humbelinum de Fontanis homi- 
nem suum et uxorem ejus cum hercdibus, rébus et tenementis 
eorum. Ita quod Gertrudis, uxor ipsius Garnerii, possidebit medie- 
tatem ratione dotis sue, quamdiu vixerit, in dictis Humbelino et 
uxore ejusdem. ., que medietas post mortem ipsius Gertrudis ad 
prefatos fratres Clarevallenses revertetur. . Hec omnia laudave- 
runt et rata habuerunt prefata uxor dicti Garnerii et nepotes ipsius 
Garnerii. Nomina nepotum sunt hec ; dominus Garnerius Blaseii 
et dominus Pontius frater ejusdem Garnerii, et Willelmus li Bui- 
senez domicellus et Garnerius li Buisenez frater ejusdem Willelmi, 
et Johannes domicellus.. Et ut hoc totum ratum et firmum in 
perpetuum habeatur.ego Hugo dux Burgundie, ad petitionem pre- 
i'ati Garnerii de Fontanis, presentem paginam sigilli mei muni- 
mine roboravi. Actum anno gralie M. CC. tricesimo, mense 
februario. 



IIO LES ARRIERE NEVEUX 

Eudes, moyennant cent setiers de froment sur ses gre- 
niers de Rouvres et dix muids de vin sur ses vignes de 
Pommard (i ). i 

On aime à recueillir, si bref soit-il, le témoignage de 
vénération pour saint Bernard, exprimé dans la formule 
plus haut rapportée, Bcato Beniardo et fratribus Clare- 
vallensibus. Après sa canonisation, le saint fondateur de 
Clairvaux devint en effet le second patron de l'abbaye, 
et désormais on lit dans plusieurs titres de donation : 
« Notum facio me dédisse Deo et B. Marias et B. Beniardo 
et fratribus.. ». Ainsi sont libellées spécialement des 
chartes d'Eudes III, duc de Bourgogne, de Thibaut de 
Champagne, de Milon du Puisct, comte de Bar-sur- 
Seine, de Gauthier de Vignory (2). Il plait de rencontrer 
cette formule dans la charte que fit écrire Garnier de 
Fontaines, assisté de cinq de ses neveux, tous de la 
ligne paternelle de saint Bernard. C'est, malheureuse- 
ment, la seule attestation qui nous reste, du culte que 
dut avoir pour le grand moine, cette famille de Fontaines 
et de Blaisy. 

Enfin, Garnier prit soin d'assurer un douaire à sa 
femme, comme l'indiquent plusieurs documents, un 
entre autres du mois de mars i23i, n. st. (3) 

Aucun titre ne précise l'année de sa mort : mais, en 
mars 1204, n. st., Gertrudc est dite « veuve de seigneur 
Garnier de Fontaines, et remariée à Pierre Baraut, 
chevalier » du Chàlonnais (4). 

Garnier fut-il inhumé à Bonvaux ? A l'époque de sa 
mort, le prieuré avait-il une église déjà capable d'abri- 
ter des sépultures? Voici la seule donnée que l'on trouve 
à ce sujet. C'est une note conservée à la bibliothèque 
nationale et intitulée : « Tableau qui est en l'église du 
Prioré de Nostre Dame de Bonvaux sous Talent, conte- 

1. Archiv. de l'Aube, cartul. de Clairvaux, II, p. i53. 

2. Ibitl. p. IIO, i36, i54, 235, 239. 

3. Ibid. p. 27Ù. 

4. J.'abbé Jobin, .S'. Bernard et sa famille , p. 637. 



DE SAINT HERNARD I I I 

nanties épitaphes de ceux qui y sont enterres. » Suivent 
plusieurs cpitaphes, et on lit à la fin : « sous les cloches... 

l'an MCC et quinze noble GARNIER de lONlAINFS FONDA 
CE PRIORÉ DE 150NVAI. NOSTRE DA.ME, PRIEZ DIEU POUR SON 

AME. » (i) Ceci est une inscription comméniorative plu- 
tôt que funéraire. Toutefois, étant au seuil de l'église, 
elle occupe la place ordinairement réservée aux sépul- 
tures des fondateurs. 

Barthélémy , frère de Garnier , accompagne géné- 
ralement celui-ci dans les chartes du temps, ou il paraît 
sous les noms « de Fontaines » et « de Blaisy ». En 
deux circonstances, i! n'est point à la suite de Garnier. 
Une fois, avec Aimon, seigneurde Marrigny-sur-Ouche, 
il est témoin des libéralités de Gauthier, seigneur de 
Sombernon, à la collégiale de Saint-Denis de Vergyi2). 
Une autre fois, en 1202, avec Guillaume de .Mont-Saint- 
Jean, Jean de Chaudenay, seigneur de Chàteauneuf, 
Garnier de Sombernon, seigneur de Montoillot, il assiste 
à un arrangement conclu entre Guillaume de Marrigny, 
fils d' Aimon, et Nivard, abbé de Saint-Seine (3). 

Selon une charte de i23i, un « Barthélémy de Blaisy, 
chevalier, » approuvé de sa femme Gertrude, donna à 
Saint-Seine « pour le remède de l'âme d'Hugues de 
Blaizy . chevalier, leur fils, » du consentement de 
Jean et Gertrude, enfants de celui-ci, tout ce que le dit 
Hugues et ses hoirs avaient à Bussy-la-Pesle(4) . S'agit- 
il ici du frère de Garnier de Fontaines ? Il y a quelque 
raison de le croire. C'est, en effet, sous le nom de « Bar- 
thélémy de Blaisy, chevalier » que le frère de Garnier 



1. Biblioth. nai., français, 4600, p. 3oo. 

2. E. Petit, III, 309. 

3. Ibid. p. 382. — « Joannes dominus de novo Castro » qui figure 
dans cette charte, est certainement Jean seigneur de Ciiàieauncuf. 
Dans les noms composes : castrum novum, montem Barrum, etc., les 
exemples ne sont pas rares où la leçon commune est intervertie : 
Barrum montem, novum castrum, etc. 

4. Archives de la Côte-d'Or, Inventaire des titres de l'abbaye de 
Saint-Seine n» 98, p. 619. 



I 1 2 LES ARRIERE NEVEUX DE SAINT BERNARD 

est ordinairement désigné. D'autre part, « Jean damoi- 
seau » figure parmi les neveux de Garnier, et en admet- 
tant l'identification présumée, Jean petit-fils du Barthé- 
lémy de cette charte se trouve être le petit neveu de 
Garnier de Fontaines. Néanmoins, il ne peut }' avoir 
certitude. 

Pétronille de Fontaines et Gui de Blaisy, son mari, 
^ont l'objet, avec leur descendance, du suivant para- 
graphe. 

Dans la charte en faveur de Clairvaux, defévrier 1 23 1 , 
on a remarqué deux neveux de Garnier de Fontaines 
ainsi nommés « Guillaume le Busenet, damoiseau, et 
Garnier le Busenet, son frère ». Guillaume et Garnier 
étaient seigneurs de Venarey, fils, non pas de Gui, cou- 
sin de Garnier de Fontaines, mais d'un autre seigneur 
du lieu qui a pu épouser Gertrude, dernière fille de Tes- 
celin le Saure II. Guillaume fut adoubé chevalier avant 
son départ — en juin i23i — pour un pèlerinage dont 
le but n'est pas indiqué (il. Il figure comme bienfaiteur, 
ainsi que son frère Garnier et Agnès, épouse de celui-ci, 
dans les cartulaires de Fontenay, d'Oigny et des Tem- 
pliers de Bures(2). Ces seigneurs avaient pour héritière, 
en 1288, Marguerite, dame des Laumes, déjà citée plus 
haut (3). 

Les Sombernon, après un siècle, disparurent donc de 
Fontaines, laissant cet héritage à leurs descendants par 
les femmes, du nom de Saulx et du nom de Blaisy (4), 



1. Archiv. de*la Côte-d'Or, cartul. de Fontenay, n- 202, fol. 164. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de Fontenay, n- 202, fol. 164, 
173; H, 672, abbaye d'Oigny. layette Venarey, Les Laumes; H. 1260, 
Templiers de Bures, layette Les Laumes, Venarey. 

3. Ibid. H. 672, et cartul. de Fontenay, n* 202, fol. 177. 

4. Les descendants de Barthélémy II ne paraissent pas avoir rien 
conservé à Fontaines. 



PL.12 bis 






o 
a 




BSUIHSOTiSBHdEtia^ 



TOMBE D^AGNES DE DAMPIERRE 

épouse de Guillaume de Fontaines. 



GÉNÉALOGIE 



/ Barthélémy de Somberiton. 

1140 I X. Nièce de saint Bernard, dame 
1154 <le Fontaines. 



Calon, seigneur de Fontaines. 



1154 

1164 j 

1180 ( Aalais 



I Belote, dame de Fontaines. 
1215 Scuillaume de Saulx. dit 
1-J20 j le Roux, seigneur de Van- 

( toux en partie. 



Voir la descendance, 

Tableau gén. 
des Saulx-Fontaines. 



1154 
1180 



Tescelin le Saure II, seigneur 
de Blaisy 



1180 \Gar)uer , 
1190 \ seign. de 
1201 l Blaisy. 
1215 U'' Agnès. 
1231 \2'> Gerttude 



Barthélémy II] .Pétromlle 



1190 \Gui, seign. 
( de Blaisy. I 



Voir la descendance, 

Tableau gén. 

des Vergy-Blaisy. 



DES SOMBERNON-FONTAINES 



Domaines : Fontaines 



laines, ChanKoy, Sombei-nou, .\ubigny-lès-Somberuon, Corcelotte- 
en-Montagne, Blaisy. 



[Gérard le Breton. 



11G4 r"""" "•■ ""'""-l Nivard , abbé de i X. Fille. 

llyO I 1'*'^ Saint-.Seine, puisi 1135 1 

1202 */'r^"^'-''^' ''^'"« '213 de Saint -Béni- 1186 j Oimo«rf, seigneur 

ene. ( de Venarev. 



1202 Y*^^>'^"erttt 

•1210 / 'l'A^"'^™: 

' Montagne 



Gcrtrude, fille de 
Tescelin II. 



Guillaume le Busenet, 
Gantier le Busenet, 
frères , neveux de 
Garnier de Fontai- 
nes, coseigneurs de 
Venarev. 1230, 1231. 



du i'i- lit. 



Osmond. 

1179 

(E. Petit, II, 404.) 



1154 I Gui, seigneur de Venarev 

lla5 \ . 

1202 / 10 X. 

i2iO I 2" Adeline , veuve de Urric de 

1216 I Luconav. 



lu 2" lit. 



Hugues. 
1218 



Crui. 
1212 



Guillaume. 
1224 






S 2. 



LES VERGY-BLAISY 



L'an 1204, Nivard, abbé de Saint-Bénigne, attesta 
ft que noble homme Gui de Blaisy, du consentement 
de Pétronille , son épouse , de Garnier , Ponce et 
Nivard, leurs fils, de Gertrude et Jacquette, leurs filles, 
cédait aux chanoines de Langres, moyennant cent qua- 
rante livres, tout ce qu'il avait dans la dîme de Noiron 
(lès-Cîteaux) ». Gui n'ayant pas de sceau, Nivard, à sa 
demande, apposa le sien sur le titre qu'il remit aux cha- 
noines. (1) 

L'épouse de Gui de Blaisy est Pétronille de Fontaines, 
sœur de Gui et de Barthélémy, déjà citée au paragraphe 
premier, dans une charte de i igo. 

En effet, Gui de Blaisy et Garnier de Fontaines, étaient 
beaux-frères ; Garnier et Ponce, fils du premier, sont 



I. Dom Plancher, |[, 35o, signale cette charte. En voici le texte 
d'après le cartul. de l'e'glise de Langres, copie Bouhier, Bibl. nat. latin, 
17100, p. g3 : 

(( Ego Nivardus Dei gratia abbas sancti Benigni Divionis omni- 
bus notum facio quod nobilis vir Guido Je Blaseio, laude Pétro- 
nille uxoris sue et laude Garnerii, Pontii et Nivardi, filiorum suo- 
rum, et laude Gertrudis et Jaoquete, tiliarum, obiigavit ecclesie et 
canonicis l.ingonensibus, pro centum et quadraginta libris, quid- 
quid habebat in décima de Noiron, tam in grossa décima quam in 
minuta.. Et quia sigillum non habebat, ad preces ipsius, présentes 
litteras sigiilo nostro sifiillatas in hujus rei testimonium ipsis ca- 
nonicis tradidimus. Acium anno Domini M. CC. 1111. » 



l8 LES ARRIÈRE NEVEUX 



appelés « neveux» dusecond, nepotes ipshts Gariierii. Il 
s'agit de constater qui des deux épousa la sœur de l'autre. 
Or ces expressions « nepotes ipsius Garnerii » signifient 
plus naturellement que Garnier et Ponce sont du même 
sang que Garnier de Fontaines, nés par conséquent de sa 
sœur, (i) C'est ainsi que Garnier de Fontaines lui-même 
et Gui de Venarey, fils des frère et sœur de Gérard le 
Breton, sont dits nepotes ipsius Girardi. De plus Garnier 
et Ponce approuvent les dispositions prises par leur oncle 
à l'égard de ses terres patrimoniales de Fontaines et de 
Change}^ : ils sont donc héritiers certains, aN^antdroità la 
succession, dès lors du même sang. De fait Ponce hérita 
d'une partie du château de Fontaines. Enfin Garnier a 
une sœur nommée Pétronille, et tel est le nom de l'é- 
pouse de Gui. La femme de Garnier s'appelait Agnès, 
et les sœurs de Gui ne portaient pas ce nom, comme on 
le verra plus loin. Agnès, avons-nous dit. paraît être 
d'une famille de la région des Laumes. Il faut donc le 
conclure sans hésiter. Gui de Blaisy épousa Pétronille 
de Fontaines. Ainsi s'expliquent ses relations avec l'abbé 
Nivard, dont Pétronille était la nièce. 

Cette alliance est d'ailleurs admise par les historiens 
Bourguignons, et, on le voit, leur sentiment est fondé. 

Mais quelle est l'origine de Gui de Blaisy ? 

L'habitation féodale de Blaisy remonte bien au delà 
du XIP siècle. A une époque reculée, un chevalier nom- 
mé Erard s'empara d'une serve de l'abbaye de Saint- Bé- 
nigne. Cette femme et son mari, fidèles aux devoirs du 
servage, refusaient d'êtrecomplices des rapines d'Erard, 
et celui-ci voulait vaincre leur résistance. Il conduisit 
la serve, avec son jeune enfant, au château de Blaisy, et 
les jeta au fond d'un cachot. Dans sa détresse, la pauvre 
prisonnière invoquait avec larmes le saint patron de 
l'abbaye. Une nuit, soudain il se fait une brèche dans 
les murs du cachot. La femme sort avec son enfant, et 

I. Il t'aut se reporter au texte Je la charte donné p. 109, note i . 



DE SAINT BERNARD IIQ 



aperçoit dans la cour les gardes endormis. Les grandes 
issues paraissent libres. Cependant, toute tremblante, 
elle prend un petit passage détourné, qui la conduit hors 
de l'enceinte, au dessus d'une roche élevée. Elle se 
laisse tomberavec son (ils. L'un cl l'autre sont préservés. 
Aussitôt, en remerciant son protecteur, elle se dirige 
vers Longvic, lieu de sa résidence. Elle y parvint heu- 
reusement . 

Ce récit, emprunté au TJvrc des miracles de saint Bd- 
nigne, (i), montre bien l'antique château de Blaisy dans 
son assiette première, à la pointe du promontoire ro- 
cheux, qui domine la vallée de l'Oze. 

L'an 800, Betto,évêque de Langres, donnait aux cha- 
noines de Saint-Etienne les églises et les dîmes de plu- 
sieurs villages ou châteaux, parmi lesquels était Blaisy, 
«in castris Tile castello et Blasiaco, tam in villa quam 
in castello » (2). 

Le treizième abbé de Saint-Etienne, Garnier, qui 
démissionna en 1125, pour permettre l'élection d'un 
abbé régulier, appartenait à une famille dite de Blaisy. 
Etaient-ce ses propres neveux qui, avec les Sombernon- 
Fontaines, habitaient le château quelques années plus 
tard ? On l'affirmerait difficilement, vu la rapidité avec 
laquelle les demeures féodales passaient d'une famille à 
une autre. 

Une charte non datée,qui doit être d'environ 1 i3o-i 140, 
fait connaître Ponce de Blaisy et son fils, Garnier (3). 



1. Acta SS. T. prim. nov., p. 177, n- 20. 

2. L'abbé Fyox, Hist. de St-Etienne, Preuves, p. 76. 

3. F'. Petit, I, 442: — La conférence de cette charte avec d'autresia fait 
rapporter assez sûrement à ii3o-ii4o. — Nous croyons qu'il s'agit du 
même Ponce de Blaisy dans ce passage d'une autre charte, éditée ibid, 
p. 477 : « Pontius de Castro Brasiacensi et mulier ejus et tihi ac Hlie. 
pacem fecerunt cum monachis (cistercii) de clamore qucin de fundo 
Gerguliaco ((îergucil) habuerunt, et terrant illam liberrimani cis dinii- 
serunt, et hii suiit testes : Rlisabeth, domina Virziacensis castri, dom- 
nus quoque Garnerius de Sumbcrnum et Albertus.. « Les transcrip- 
teurs ont souvent confondu les lettres I et r, et la leçon originale du 
nom de lieu souligné devait être Blasiacensi. 



120 LES ARRIERE NEVEUX 

Ponce n'a pu être seigneur de Blaisy qu'en partie, avec 
Barthélémy de Sombernon. 

En 1 1 52, Emeline de Mont-saint-Jean était dame de 
Blaisy, et sa sœur, dame de Chaudenay. L'une et l'autre 
étaient, parleur mère, petites-filles de Gui de Saulx. (i) 
Emeline fut, probablement, l'épouse de Ponce. 

Dans la seconde moitié du XIP siècle, Garnier parta- 
geait la seigneurie de Blaisy avec Tescelin le Saure II 
et ses hoirs. Garnier paraît n'avoir laissé qu'une fille, 
Marguerite, mariée à Guerric de Vergy. De ce mariage 
naquirent Gui, Guillaume, Guerric, Aimon, Emeline 
et Flore (2). Duchesne, en son Histoire de la maison de 
Vergy. donne l'abrégé du titre où figurent tous ces en- 

1. E. Petit, II, 257. 

2. La charte originale fournissant ces détails existe, Archives de la 
Côte-d'Or, H, 424, Cîtcaux, layette Ancey. En voici le texte : 

« Notum sit quod Warnerius de Blaiseio et Margareta filia 

ejus, uxor Werrici de X'ergiaco, et filii eorum Guido et Willelmus 
laudaverunt ecclesie Cisterciensi in perpetuum quidc^uid calump- 
niabant apud Ro&erias (Rosey, près Lantenay) vel in pasturis de 
Blaiseio \el de Anceio, et «mnes elemosinas quas dederat Wer- 
ricus de Vergiaco ubicumque essent, in manu Arnaldi cellarii. 
Hujus rei testes sunt Haimo de Miratorio et Guido de Fangi, mo- 
nachi Cisiercii ; Hugo, magister de Voget, et Petrus, conversi ; 
Paganus, presbyter de Savoges ; Girardus Cornerius et Symon 
filius ejus, Nicholaus de Cambela (Chambolle,) Arnaldus de Chi- 
mino (Quemigny), Johannes Petrarius de Marrigniaco, Petrus An- 
glicus et Landricus (^uadrigarius, Stephanus de Marre f Marey les 
Fusey) filius Humberti et Herveius de Bresco (Brochon). 

« Item alia vice supradictus Warnerius de Blaiseio et iMargareta 
filia ejus, et duo filii prenominati ejusdem Margarete Widoet Wil- 
lelmus laudaverunt in manu domni Alexandri abbatis Cistercii 
hec omnia supradicta et insuper omnia quibus vestiti eramus vel 
per emptionem, vel per donationem, vel per elemosinam, sive 
apud Destagnum (Détain), sive apud Roserias, sive apud Tarsullam 
(Tarsul, près Citeaux), sive in aliis quibuscumque locis. Hujus 
rei testes sunt Ado cellarius, Wido de Fangi, Audoenus, Wil- 
lelmus subcellarius. monachi Cistercii : Walterius de Destagno, 
Stephanus de Coquina, conversi ; Hugo presbyter de Bresco et 
Herveius, Leobaldus Rebustel, Girardus Cornerius, Johannes 
f'rater Martini conversi et Robertus de Curcellis, 

« Item alia vice apud castnim de Blaiseio, Werricus et Haimo, 
filii Verrici de Vergiaco, sororesque eorum Amelina et Flora 
laudaverunt quidquid mater eorum Margareta et predicti fratres 
Wido et Willelmus ante laudaverant ecclesie Cistercii, que vel 
pater eorum Verricus prefate ecclesie quoquomodo contulerat. 
autetiamavus eorum Warnerius dédisse simili modo dinoscitur. 



DE SAINT BERNARD 12 I 



fants avec leurs père et mère et leur aïeul maternel. 
Mais il déclare qu'il n'a plus trouvé aucune trace de cette 
lignée. L'auteur de la chronique manuscrite de Saint- 
Vivant, qui écrivait après Duchesne , parle de « ceux., 
de Hlaisy, descendus., de Raoul de Vergy » (i). Il s'agit 
évidemment de la postérité de Guerric, que Duchesne 
essaie en effet de rattacher à Raoul de Vergy. Or, le 
sentiment de l'auteur de la chronique de Saint-Vivant 
est fondé : le mariage de Guerric avec la fille de Garnier, 
fut l'origine d'une maison de Blaisy, dont Giiicst la tige. 
Naturellement, l'héritage de Garnier de Blaisy passa 
à ses petits-enfants. Gui était l'aîné. Aucun des fiefs de 
Guerric, son père, n'égalait, au point de vue de l'hon- 
neur féodal, la part du châtel et seigneurie de Blaisy. 
Gui, suivant l'usage du temps, dut en porter le nom. 
Voici, d'ailleurs, un texte où il est équivalemment dési- 
gné de la sorte : « Gui fils de la fille de seigneur Garnier 
de Blaisy, donne à Saint-Etienne le territoire de Che- 
vrey. , Wido ftlius fîliœ domini Garnerii de Blascio, 
territorium de Chèvre, cum nemore et pratis et suis 
appendiciis, sicut predictus Garnerius avus suus eccle- 
siœ sancti Stephani Divisionensis ante dederat, et ipse 
concessit et dédit, ctsuper altarc sancti jam dicti Stephani, 
in prœsentia domni Milonis abbatis, per quemdam 
librum posuit (2). » Milon de Grancey, des Grancey- 
Lucenay, fut abbé de Saint-Etienne de i 178 à 1 i()8. — 



Hujus rei testes sunt Eugenius, Wido. monachi Cistercii ; Ni- 
cholaus, magister de Roseriis. Warnerus, maçistcr de Gergulio, 
conversi ; F<ainaldus de Urci, Petrus Beri, Johannes de Turci 
(Turcey), Hugo filius niajoris, Wido dispensator, Petrus de Ursuns 
Orsans), Josbertus de Pasciies 'Pasques). 

« Hec omnia suprascripta ego Galterius Dei gratia Lingonensis 
episcopus attestationis mee auctoritate corroboravi, et ut in per- 
petuum rata permaneant sigiili mci impressione confirmavi. » 

Oautliicr, qui signa cette charte notice, fut livcque de iiô3 à 1179. — 
.Mcxandre, abbé <it Cîteaux, cite au second alinéa, gouverna l'abbayê de 
I 168 à I 175. 

1. Archives de la Cotc-d'Or, ms. 122 de la Biblioth., Chron. de S. 
Vivant, p. i63. 

2. Pcrard, p. 140. — Il s"agit du territoire de Chevrey près Meuillcy. 



122 LES ARRIERE NEVEUX 

Dans la charte de Garnier de Fontaines, donnée en 
1190, on voit, parmi les témoins, « Garnier et Guide 
Blaisy, Garneriun et Vido de Blaseio ». Tout porte à 
croire qu'il s'agit des mêmes que les précédents. 

En résumé, Gui, fils de Guerric de Vergy et de Mar- 
guerite de Blaisy, hérita du nom et de la seigneurie de 
son aïeul maternel. Or, Gui, époux de Pétronille de 
Fontaines, était seigneur de Blaisy en partie. Nul docu- 
ment n'insinue qu'il y ait eu simultanément dans ce 
château deux seigneurs du même nom. Gui, seigneur de 
Blaisy, cité dans les chartes de 11 go à 1222, paraît un 
personnage identique. La conclusion logique est donc 
que l'époux de Pétronille est le fils de Guerric de Vergy. 

Plusieurs observations importantes corroborent cette 
conclusion. D'abord les descendants de Gui de Blaisy 
et de Pétronille de Fontaines — on le verra tout à l'heure 

— possédaient des biens considérables aux alentours de 
Vergy, et dans lazôneoù lescartulaires de Saint-Etienne 
et de Cîteaux représentent les fiefs deGuerric de Vergy et 
de Garnier, son beau-père. — En second lieu, les 
mêmes descendants ont pour assesseurs et cautions de 
leurs actes les seigneurs de Saulx et de Chàteauneuf, 
parents des ancêtres de Marguerite, épouse de Guerric. 

— Troisièmement, le nom de Ponce, qui revient pério- 
diquement dans cette lignée, rappelle bien l'aïeul de 
Marguerite de Blaisy. — Enfin, si l'on en croit D. 
Plancher, Simon — lisez : Aimon — de Blaisy, reli- 
gieux de Saint-Seine, était parent de Gui, époux de 
Pétronille. Or, Gui, fils de Guerric, eut un frère nommé 
Aimon. 

Tels sont les motifs qui ont fait donner pour titre au 
présent paragraphe : Les Vergy-Blaisy. 

Guerric de Vergy, désigné en ces termes dans les car- 
tulaires : « Werricus de Vergiaco, Guerricus miles ver- 
giacensis, etc. », appartient très probablement à une 
branche cadette de l'illustre maison de ce nom. Duchesne 
eri fait un descendant de Raoul, le Gros fils d'Elisabeth. 



DE SAINT BERNARD 



23 



Mais toute cette partie de l'Histoire de la maison de Vergy 
n'est pleinement justifiée ni parles chartes que rapporte 
l'auteur, ni par les chartes inédites des cartulaires de 
Cîteaux et autres. Le lien que Guerric peut avoir avec 
les seigneurs de Vergy reste donc ignoré. 

Il y a peu à dire sur Gui de Blaisy. Cîteaux, Saint- 
Etienne de Dijon, le chapitre de Langres bénéficièrent 
de ses donations. Les Sombernon, seigneurs du lieu, et 
surtout les Sombcrnon-Fontaines le choisirent pour 
témoin de leurs actes. 1190, ii()4, 1200. Il apparaît 
deux fois en 1208, d'abord parmi les tenanciers de Gui de 
Saulx, dans un traité de celui-ci avee le sire de Grancey, 
où les deux contractants prirent pour arbitres leurs vas- 
saux respectifs (i); ensuite, dans une affaire des 
Templiers de la Madeleine de Dijon, concernant les 
villages de Magny et de Crimolois (2). En 1222, il 
approuve les concessions faites à Cîteaux par son fils 
Ponce, sur Corcelles et Bévy, et son nom ne se trouve 
plus (3). Il était mort en 1 229. 



1. Dom Plancher, T, Preuves, p. g6. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, H, 1206, Commanderie de la Madeleine, 
Crimolois. 

3. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de Cîteaux n- 167, fol. 44 verso. 
Voici l'abrégé de la charte : 

« Ego Aalaydis, ducissa Burgundite, notum facio de pace qu£e 
facta est inter abbatem et conventum Cistercienses ex una parte et 
dominum Poncium de Blaseyo ex altéra, quod recordata fuit co- 
ram nobis a domino Joanne de Castro novo pâtre et a domino 
Gerai'do de Salio (Saulx) super quos hinc inde se posuerant et 
compromiserant : ecclesiiE cisterciensi rémanent omnes res quas 
dominus Poncius habebat apud Corcellas, et hoc quod habebatin 
nemore' de Vevres ; item dominus Poncius et dominus Guido pater 
ejus dederunt tertiam partem pasturarum de Bevi. Omnia supra- 
dicta laudavit dominus Guido de Blaseio, et dominus Poncius dé- 
bet facere laudari hoc totum ab uxore sua et a domino Garnerio 
fratre suc, bona fide. Actum anno 1222, mense maio. — Anne 
sequenti Ii223) decimo quarto Kal. januarii, dominus Garnerius 
et Nivardus clericus. fratres prœdicti Poncii, et domina Alavs, 
uxor dicti Garnerii, hœc omnia supradicta acceptantes laudave- 
runt. » 

Voir le texte connplet, Mcm. delà société Eduennc, n"' série, tome XII : 
Les Forêts de Vabbaye de Cîteaux, par E. Picard, i883. 



124 LES ARRIERE NEVEUX 

On lit au martyrologe de Saint-Denis de Vergy, le 
12 août : « La veille des Ides du mois d'août mourut 
Pétronille, épouse de seigneur Gui de Blaisy, qui donna 
à cette église un huitième de la dîme de Meuilley » (i). 

La liste complète des enfants de Gui de Blaisy et de 
Pétronille de Fontaines est fournie par la charte citée 
au début de ce paragraphe : Garnier, Ponce, Nivard, 
Gertrude, Jacquette. 

Garnier, dans sa part de succession, eut Blaisy. Com- 
me il en fut d'abord seigneur avec son oncle Garnier de 
Fontaines souvent appelé Garnier de Blaisy, les rédac- 
teurs des chartes le distinguèrent par cette désignation : 
« Seigneur Garnier de Blaisy, neveu de Garnier de Fon- 
taines » (2). Au décès de son oncle, sa seigneurie s'ac- 
crut de l'héritage de celui-ci. 

Garnier tenait Chevannay, en partie de l'abbé de Saint- 
Seine dont il reprit le fief l'an 1229, au mois de mai, et 
en partie du duc de Bourgogne (3). 

L'abbaye de Saint-Seine et le prieuré de Trouhaut, qui 
en dépendait, reçurent ses libéralités (4). Il fonda son 
anniversaire à Saint-Seine (5). 

Cette mention du martyrologe de Saint-Denisde Vergy 
doit aussi le concerner : u La veille des Ides d'avril — 
12 avril — -mourut Garnier seigneur de Blaisy, qui donna 
à cette église dix quartauds de grain, moitié froment, 
moitié avoine, mesure de Sombernon , à prendre annuel-, 
lement sur les tierces de Blaisy-la-"Ville, pour son anni- 
versaire et celui de son épouse » (6). 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, G, Fonds 19, chapitre de S. Denis de 
\ergy , Martyrologium, fol. 67. 

2. Archiv. delà Côte-d'Or, Peincedé, XVIII, 12Û, 129. — Bibi. nat. 
lat. 9874, p. 3i, 39, 40. 

3. Bibi. nat. lat., 9874, p. 39, 40. 

4. Ibid., p. 21, 3i. —Archiv. de la Côte-d'Or, Inventaire de Saint- 
Seine, n" 98, toi. 5()0 verso. 

5. Ibid. 

6. Archiv. de la Côte-d'Or, G, Fonds ig, i;hap. de S. Denis de Vftrgy 
Martyrolog. , toi. 37. " ^ " ' i ' ' 



DE SAINT BERNARD 125 



On ne le rencontre plus après 1239. 

De sa femme Alais, d'une maison inconnue, il ne laissa 
que deux filles: Pétronille et Agnès. Pétronillc, héritière 
de Blaisy, fut mariée à Gui, seigneur de Chaudenay ; 
Agnès, à Gauthier, seigneur deMontoillot (i). Garnier 
avait choisi ses deux gendres dans sa parenté. Le sei- 
gneur de Montoillot était un Sombernon . Celui de 
Chaudenay se rattachait, comme Garnier lui-même, aux 
Mont-Saint-Jcan et aux de Saulx. 

Ainsi la seigneurie de Blaisy ne fit que passer entre 
les mains des descendants de Guerric de Vergy. Gui, 
époux de Pétronille, la réunit à celle de Chaudenay, et 
dans sa postérité, l'aîné prit le titre de seigneur de Blai- 
sy, tout en conservant la mouvance de Chaudenay. De 
là les Chaudenay-Blaisy, illustre maison, qui fera l'ob- 
jet du I 3. 

Les Vergy-Blaisy se propagèrent par Ponce, frère de 
Garnier. Mais ils ne furent mêlés, avec quelque éclat, à 
aucun événement de leur âge. Leur histoire est donc tout 
intime et domestique, ignorée par conséquent. On ne 
peut s'en faire une idée que par les ouvrages qui peignent 
la vie et les moeurs des familles nobles aux XIIP etXlV* 
siècles, familles dont lesmembres passaient Icurexistence, 
les uns derrière les créneaux de leurs castels ou dans 
les combats de la chevalerie, les autres à l'ombre des 
cloîtres et des églises. 

Ponce élut pour centre d'habitation les environs de 
Vergy. Il possédait une maison à « Breschon » (2). Ses 
fiefs étaient situés sur Bévy, Détain, Meuillcy, Mes- 

1. L'abbé Jobin, Saint Bernard et sa famille, p. 638. — Le texte de 
la charte à laquelle renvoie cette note, donne «Garnier, Garnerus, sei- 
gneur de Montoillot » pour époux à Agnès de Biais}-. Il y a là une erreur 
de copiste; le véritable nom est « Gauthier, Galterus », on le voit par 
beaucoup d'autres titres, dont plusieurs seront cités dans la suite. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de Cîteaux n. i68, fol. 109. — Il 
s'agit sans doute de Brochon. 



I 2b LES ARRIERE NEVEUX 

sanges, Vosnes, Nuits, Corcelles, Epernay, Izeure, 
Noiron (i). Il avait aussi une part du château de Fon- 
taines, héritage de Garnier, son oncle, plutôt que de 
Pétronille, sa mère (2). Tenancier et donateur de l'ab- 
baye de Cîteaux et des deux couvents de Vergy, la col- 
légiale de Saint-Denis et le prieuré de Saint- Vivant, 
Ponce eut quelques démêlés avec ces communautés, 
mais il resta finalement leur bienfaiteur (3). Il favorisa 
aussi l'abbaye du Lieu-Dieu (4}. Sa mort arriva de i253 
à 1260. 

Nivard, son frère, était entré à la collégiale de Saint- 
Denis. Déjà chanoine en 1223, ilfut honoré dans la suite 
du titre et des fonctions d'archidiacre de Beaune(5). Il 
paraît avec cette qualité en 1249, i25i, i252. Son inter- 
vention est motivée, d'ordinaire, par ses liens de pa- 
renté avec les auteurs des donations ou transactions 
relatées dans les chartes. Ainsi, en février i25i n. st., il 
atteste que Gauthier, seigneur de Montoillot, veuf d'A- 
gnès de Blaisy, a reconnu le don fait par celle-ci à La 
Bussière, sur son gagnage de Chevannay (6). Agnès de 
Blaisy était nièce de Nivard. 

Gertrude, sœur des chevaliers Garnier et Ponce et du 
chanoine archidiacre Nivard, est probablement « dame 
Gertrude, épouse de seigneur Henri de Salives, cheva- 
lier », qui, en i 239, donna à Saint-Etienne le moulin de 

1. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de Cîteaux n. 167, fol. 44, 48 ; 
id n. 168, fol. 70, io<i; H. 44G, Cîteaux, layette Epernay, ch. de i235; 
H. G97, prieuré de S.' Vivant de \'ergy, layette Messanges. ch. de 124Ô ; 
H. 700, même prieuré, layetie \'osnes, ch de 1246; H. 1062, Lieu-Dieu, 
layette Fussey, ch. de 1234. — Bibl. nat. cartul.de S. Denis de Vergy, 
lat. 5529 A, p. 3i . 

2. On verra en effet plus loin Hugues, fils de Ponce, possesseur d'une 
partie du château de Fontaines. 

i. Les preuves sont indiquées au renvoi précédent n. i. 

4. Id. 

5. Archiv. de la Côte-d'Or, G, 479, Saint-Denis de Vergy, layette 
Gevrey, ch. de 1240 contenant ratification par les chanoines de la col- 
le'giale du partage fait «inter venerabilem hominem Nivardum conca- 
nonicum noslrum et archidiaconum Belnensem ex una parte, — et ex 
altéra parte Guillelmum Guarus » et autres. — H, 1060, Lieu-Dieu, 
layette Anciens titres de Chaux. 

6. Bibl. nat. cartul. de La Bussière, lat. 17722, p. iSg. 



DE SAINT BERNARD 1 27 



Saucey, situé à Blaisy-la- Ville, du consentement des 
seigneurs de Blaisy : Garnier, sa femme, ses deux filles 
et ses gendres, de qui relevait ce moulin (i). Le mariage 
de Gertrude de Blaisy avec Henri de Salives est d'autant 
plus vraisemblable que Garnier, père de Gertrude, avait, 
de son chef ou de celui de sa femme, quelque chose à 
Préjelan et à Salives même. 

11 faudrait pouvoir suivre la descendance de Ponce de 
Blaisy, pour dresser la liste des Vergy-Blaisy, arrière- 
neveux de saint Bernard. Ce chevalier paraît en i233, 
avec son épouse, Guillemette, de maison inconnue, leur 
fils, Hugues, qui devint chevalier à son tour, et leurfille, 
nommée Guillemette, comme sa mère (2). D'après dif- 
férentes chartes, Ponce eut encore pour enfants : Gui, 
chanoine de Vergy ; Alais, épouse de Gui du Fossé ; 
Simonne, épouse de Robert Bigot, seigneur de Broindon; 
une quatrième fille, appelée Yolande (3). 

Hugues, aîné de la famille, fut marié à Jacquette, qui 
possédait en franc alleu, au village d'Ancey, un four, 
des terres, etc. Au mois de février 1260, n. st, Hugues, 
Jacquette et Garnier, leur fils, reçurent ces biens à titre 
d'inféodation de l'abbaye de Saint-Seine, moyennant 
soixante livres (4). Hugues semble avoir eu Noiron-les- 
Cîteauxpour résidence habituelle. Ses domaines s'éten- 
daient du côté de la Saône, sur Echigey, Heuilley (5). La 
part du château de Fontaines possédée par son père lui 
était échue ; il la vendit, en 1272, aux Saulx-Fontaines, 



1. L'abbc Jobin, S. Bernard et sa famille, p. 638. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de Cîteaux n. i68, fol. 109. 

3. « Yolendis lilia quondam domini Poncii de Blayseio militis » est 
citée plusieurs fois en 1269, 1270, 1280. Archiv. de la Côte-d'Or, G, 
481, S. Denis de Vergy, layette Meuilley. — Les titres qui mentionnent 
les autres enfants de Ponce, sont indiqués plus bas. 

4. Archiv. de la Cote-d'Or, Inventaire de S. Seine n. 98, loi. 109: 
charte de février 1259 par laquelle «Hugues dit de Blaisy, chevalie"r, 
fils de feu Ponce de Blaisy, chevalier» reconnaît avoir reçu à titre 
d'inféodation d'Hugues abbe de S. Seine tout ce qu'il a à Ancey ... 

5. Peincedé, VU, 49. 



128 LES ARRIÈRE NEVEUX 



qui étaient maîtres du reste (i). L'année précédente, il avait 
fondé, dans l'église du Val des Choux, l'anniversaire de 
feu son fils Garnier (2). De concert avec Jacquette, son 
épouse, en 1274, il vendit au chapitre de Langres ses 
hommesde Noironet plusieurs meix (3) ; et, avant i285 
il donna aux religieuses de Tart, cinqéminesde blé sur 
les dîmes du même village (4). Les deux concessions 
furent ratifiées par les enfants d'Hugues et de Jacquette, 
mais la seconde, seulement après la mort des donateurs, 
en 1285. Ces enfants étaient Pierre," Jean, Hugues et 
Jeannette. 

Gui de Blaisy, frère d'Hugues, est cité après celui-ci, 
l'an 1246, dans un accord réglé entre Ponce, leur père, 
et les chanoines de Vergy (5). Etait-il déjà membre de 
la collégiale? La charte n'en dit rien. Il mourut l'an 1275, 
ayant fondé par testament son anniversaire à la Sainte- 
Chapelle. En effet, le 26 décembre 1275, « en la fête de 
saint Etienne, premier martyr, Pierre, doyen de la col- 
légiale de Vergy, et André, archiprêtre et chanoine de 
la même église », délivraient aux intéressés copie de la 
charte relative à cette fondation : « Vidimus.. hanc 
clausulam in legatobonae mémorisa Guidonis de Blaseyo 
quondam concanonici nostri Vergeii : Item do et lego 
capellœ Ducis Divionis duas minas bladi per médium, 
ad mensuram Divionensem, in prœdicta décima mea de 
Noreio (Noij'on), proanniversario meoannuatim in dicta 
capellafaciendo (6). » L'anniversaire du même chanoine 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, E. i23, titres de famille, ch. orig. de mars 
1272. 

2. Peincedé, XXVIII, n56. 

3. Archiv. de la Côte-d'Or, G, 218, chapitre de Langres, layette Noi- 
ron-les-Cîteaux, titres de 1271, 1273, 1274; E, 55o, titres de famille, 
copie du titre de 1274. 

4. Archiv. de la Côte-d'Or, H. io5i, Bernardines, layette Noiron-lès- 
Cîteaux, titre de i285. 

5. Bibl. nat. cartul, de S. Denis de Vergy, lat. 5529 A, p. 3i. 

6. Archiv. de la Côte-d'Or, G. 291, Sainte-Chapelle de Dijon, Noiron- 
lès-Cîteaux, Procédure de 1740; cartul. de la Ste-Chapelle n. 46, non 
folioté; H. 476, Cîteaux, layette Noiron, original du Vidimus. 



PL 15 




TOMBE DE JEAN DE FONTAINES 



DE SAINT BERNARD I 29 



I 



fut également fondé à Saint-Etienne de Dijon par 
Hugues, son frère, et Alais leur sœur, dame du Fossé (i). 

Alais de Blaisy avait épousé Gui, seigneur du Fossé, 
fief et château-fort situés près d'Is-sur-Tille. Les Du 
P'ossé tenaient aux Tilchàtel, et il y avait longtemps que 
cette maison étendait les limites de son domaine au 
delà de Dijon, dans toute la banlieue. Un frère de Gui 
du Fossé, Aimon, tenait alors en fief de Guillaume de 
Champlitte la maison forte de Chammoron (2). Il était 
marié à Alix de Minot, petite-fille d'une sœur de 
Guillaume le Roux, seigneur de Fontaines, Sibylle de 
Saulx (3). Aimon et Alix furent bienfaiteurs du prieuré 
de Bonvaux, voisin de leur résidence féodale (4). On 
voit combien étaient faciles, nécessaires même lesrela-. 
tions des familles de Blaisy, de Saulx, du F'ossé. De là 
entre elles, par conséquent, des alliances matrimoniales. 

Veuve en 1266, la dame du Fossé se dessaisit en 
faveur de Saint-Bénigne d'une maison que son mari 
avait construite à Is-sur-Tille et de tout ce qu'ils avaient 



I. Archiv. de la Côte-d'Or, G, E'onds 4, n. 36 bis \ecrologium S. 
Stcphani Divinnensis : « VI idus Augusti. Kt Guido de iilai.scio, cano- 
nicus de Virgeio, pro çujus anima dominus Hugo de Biaiseio, tratcr 
cjus, dédit conventui duas eininas bladi medictatem tVumenii et iiiedie- 
tatciii avene super decimani de Noiron, et soror ejus domina de l'os- 
sato duas eininas, niedietatem de meliori yvernagio (sègle) et niedieta- 
tem melioris avene, décime de Chalnia de Ycio (Is-sur-Tilic) ir.oventis 
de suo proprio alodio.» — Cf. cartul. de S. Etienne n. 22, fol. 108: 
« Universis présentes litteras inspecturis ego Alidis, quondani uxor 
domini Guidonis de Kossato niilitis defuncti, notuni facio quod ego pro 
remedio anime mee et aniire Guiotti fratris mei et animarinn omnium 
antecessorum meorum, do et concedo ecclesie B Stephani Dyvionensis 
duas eminas bladi yvernagii et avene per médium, ad mensuram de 
Ycio, quas assedi supra totam partem meam décime de la iJliaume, ler- 
ritorii de Vcic. » — Cf. H, ôi, Saint-Bénigne, layette Fénay, ch. de 
1290. 

2. E. Petit, IV, p. 212. — Archiv. de la Côte-d'Or, H. 1210, La 
Madeleine, layette Mirebeau, ch. de 1224; Inventaire de Bonvaux 
n. 285, titre 20- du cahier, daté de juillet 1240, où il faut lire « .\inie, 
c'est-à-dire Aimon «, au lieu de « Anne » leçon évidemment fautive. — 
L'abbé Fyot, Hist. de S. Etienne, Preuves, p. 2S4. 

3. Archiv. de la Cote-d'Or, cartul. de Gîteaux n. 16S, fol. 64 verso: 
ch. de 1239; — cartul. ne S. Seine, ch. XXXN'l. 

4. Inventaire de Bonvaux, 1. c. 



t3o les arrière neveux 



acquis en ce lieu (i). Elle donna à la même abbaye, en 
1282, la moitié qu'elle avait dans la dîme de la Chaume 
entre Is-sur-Tille et Le Fossé, mais chargée d'une rede- 
vance envers Saint-Etienne, par suite de la fondation en 
cette église de l'anniversaire du chanoine de Vergy, son 
frère (2). 

A sa dévotion pour -l'Apôtre de la Bourgogne, Alais 
de Blaisy ne joignait-elle pas un particulier souvenir 
pour la mère de saint Bernard, elle qui était son arrière 
petite-fille, qui portait le même nom et qui avait pu 
assister à la pieuse exhumation de ses restes, ravis à 
Saint-Bénigne par Clairvaux? L'association de ces sen- 
timents est si naturelle en pareilles circonstances que 
l'affirmative est permise. 

Gui du Fossé et Alais de Blaisy n'ont pas dû laisser 
de postérité. 

Plus heureuse qu'AIais, Simonne, sa sœur, donna de 
nombreux enfants au seigneur de Broindon : Guillaume, 
Clarembaud, Gauthier, Gui, Jeanne, Laure. Le père de 
ces enfants, Robert Bigot, appartenait sans doute à 
l'ancienne famille dijonnaise qui portait ce nom, et dont 
plusieurs membres furent inhumés à Saint-Bénigne (3). 
Les Bigot de Dijon et ceux de Broindon se prêtaient, en 
effet, une mutuelle assistance dans leurs actes. En 1261, 
Simonne était veuve, mais on la rencontre encore avec 
tous ses enfants, en 1279, vendant à Saint-Etienne un 
bois, près de Quetigny (4). C'est avec cette abbaye et 
celle de Cîteaux que ces seigneurs de Broindon eurent 
affaire le plus souvent. Mais dans les contrats, ils ven- 
dent plus qu'ils ne donnent, et les religieux leur accen- 
sent leurs terres : signes de déchéance, au point de vue 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de S. Bénigne, H. 1 19 A, Première 
partie, ch. 200, 201 ; Cf. ch. 170. 

2. Ibid., Deuxième partie, ch. 121. 

3. Epigraphie Boiirgiiignoyine, p. G. Dumay, p. 106-107. 

4. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de S. Etienne n. 22, fol. 38 verso. 



DE SAINT BERNARD l3l 

du rang et de la fortune. Des documents de diverses 
catégories : cartulaires, protocoles, titres du fisc ducal, 
font connaître, en partie, les descendants de Robert 
Bigot et de Simonne de Blaisy, pendant quelques géné- 
rations. Nous citerons seulement deux de leurs arrière 
petits-fils, Pierre et Kticnne de Broindon, assez en 
relief parmi les hommes d"armes de la fin du kiy*" siècle. 
Ils étaient « amis charnels », c'est-à-dire liés par le sang 
et l'amitié, avec les autres Blaisy, auxquels est consa- 
cré le paragraphe suivant (i). Etienne épousa Isabelle 
de Seigny, née de Huguenin et de Marguerite de Salîres, 
et il maria sa fille, Jeanne de Broindon, à Fouquet de 
Montigny, dont les descendants multiplièrent leurs 
alliances avec la famille dite de saint Bernard (2). 

La descendance d'Hugues de Blaisy, frère d'Alais et de 
Simonne, perpétua le nom de cette maison pendant quel- 
que temps. xMais il faudrait des éléments plus complets 
pour en dresser la lignée. Pierre, qui apparaît jusqu'en 
i32o, tenait sa maison d'Agencourt du duc de Bourgo- 
gne. Sa fille fut mariée à Guillaume de Cissey (3). On 
ne peut, en terminant, que citer plusieurs personnages 
du nom de Blaisy, issus des Sombernon-Foniaines, mais 
dont la filiation est impossible à établir. 

Guillaume de Blaisy, damoiseau — Il était fils de Jean 
de Véronnes, damoiseau, et il vendit au duc de Bourgo- 
gne, en i'25q, une part qui lui était échue de la terre de 
Changey, ancien domaine du fondateur de Bonvaux (4). 
Il est peut-être le même que Guillaume de Blaisy, da- 



1. Peinccdé, XXVII, p. 104, 243. 

2. Arcliiv. de M. le Conite de Brissac et Je Mme Marie Caroline 
.loséphine du Boutet son épouse, château de Crépan, par Chàtiiion sur- 
Seine : titres relatifs aux Moniigny et aux Karandctex. 

3. PeincedO. II, 5i3; X.W, 3-b. 

4. D. Plancher, II, Preuves, p. 24. — Archiv. de la (J!6ie-d'Or, B. 
i35o, cote 5. 



l32 LES ARRIÈRE NEVEUX 

moiseau, que l'on trouve à Arcenant, en 1266 et 1266, 
dans les titres de Saint-Denis de Vergy (i). 

Eudes ou Odet de Blaisy, damoiseau. — Il est cité 
l'an 1287, avec sa femme Isabelle, qui donne à Cîteaux, 
pour l'âme de feu Messire Etienne Boion, chevalier, in- 
humé dans l'église de l'abbaye, une rente de trente sols, 
assise sur un pré voisin de Noiron et Corcelles (2). 

Ponce de Blaisy. — Damoiseau en 1272, 128g ; che- 
valier en 1294, Ponce avait fief à Barges, Arcenant, 
Bévy, Vosnes, Epernay, Tarsul-lès-Cîteaux (3). Epoux 
d'Odette de Perrigny, il eut pour enfants Amiot et Jean- 
nette (4). Il mourut en i3o8ou iSog, après avoir élu 
sépulture à Cîteaux, « devant l'autel de Saint-Nicolas, 
près de la chapelle de feu seigneur Philippe de Vienne ». 
L'abbaye reçut de lui, pour son anniversaire, une rente 
de huit émines de blé qu'il percevait sur la grange de 
Tarsul. Il légua aussi au monastère « son cheval avec 
ses armures, son lit garni, son meilleur habit de vair, 
etc. (5) » Amiot, son fils, était mort, l'an i3o8, le ven- 
drediavant l'Ascension f6). Jeannette, safille, dut lui sur- 
vivre, mais peu de temps, car, en i3i4, on leva copie 
d'une clause de son testament, où elle donnait à Cîteaux, 
pour sa sépulture, deux émines de blé que les religieux 
lui devaient annuellement sur leur maison de Fixin, puis 
pour son luminaire et tous autres frais, quinze livres, 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, G, 474, S. Denis de Vergy, layette Arce- 
nant. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de Cîteaux n. 169, fol. 64: « Anao 
Incarnationis M. CC. ociogesimo septimo, mense Marcio, ego Ysabellis 
domicella uxor Odeti de Blaseyo domicelli, notum facio. . quod ego, 
considerata salute anime domini Stephani Boion miliiis quondam se- 
pulti in ecclesia Cystercii.. » 

3. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 687, Prieure' de S. Vivant de Vergy, 
layette Arcenant; G, 107, S. Etienne de Dijon, layette Barges; G, 475, 
collégiale de S. Denis de Vergy, layette Bévy ; H. 460, Citeaux, layette 
Izeure ; H, 446, Citeaux, layette Epernay; Peincedé, VIT, 18. 

4. Archiv. de la Côte-d'Or, Peincedé XXVII, 6; cartul. de Citeaux de 
Jean de Cirey n. t88, fol. 56. — Bibl. de la ville de Dijon, Fatras de 
Juigné, II, 288. — E. Petit, V, p. 471. 

5. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 460, Cîteaux, layette Izeure. 

6. E. Petit, V, p. 471. 



DE SAINT BKRNARD l33 



« XV libras.. pro luminari meo et omnibus expensis et 
missionibus die obitus mei a dictis religiosis solvendis 
et faciendis » (i ). 

Robert de Blaisy — Son nom paraît, en maint docu- 
ment, pendant toute la première moitié du xiv^ siècle. 
Sa femme s'appelait Isabelle. Noiron e'tait une de leurs 
résidences. En i33q, le vendredi fête de saint Philibert, 
Girard de Champlitte, chapelain et procureur du cha- 
pitre de Langres, vint exposer ce grief à la femme de 
Robert : « Ysebeaul, vous avez pris ou fait pranre plu- 
sours hoies en la ville de Noiron, ou leu que on dit ou 
mes de Blaisey ». La justice et seigneurie de Noiron 
appartenant tout entière aux chanoines de Saint-Mam- 
mès, Isabelle devait donner satisfaction. Elle répondit 
qu'elle croyait avoir justice et seigneurie au meix de 
Blaisy, mais que devant l'assertion contraire du chape- 
lain de Langres, elle se désistait de son droit prétendu, 
et « en figure des dites oyes et en restitution d'icelles, 
je vous baille et restitue, dit-elle, ce baston blanc». Tels 
sont les minces détails que l'on trouve sur les derniers 
représentants de ces Blaisy. Robert, écuyer, n'eut qu'un 
rôle subalterne, parmi les hommes d'armes du temps. 
Il vendit son héritage d'Echigey (2). 

Jacques de Blaisy, dit vulgairement .Tacquot. — Il 
demeurait à Noiron, et mourut vers 1398, car le 16 avril 
de cette année, son héritage fut vendu aux chartreux de 
Dijon par Perrin, seigneur d'Onay, et Isabelle d'Onay, 
sœur de Perrin, mariée à Guillaume de Pierre, sans 
doute neveu et nièce du défunt. En 1404, les chartreux 
donnaient en amodiation « la maison Jacques de Blaisy» 
située à Noiron. Jacques paraît dans les revues mili- 
taires, comme simple écuyer : à Reims, par exemple. 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, cartul. de Cîteaux de Jean de Cirey 
188, fol. 56. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, G, 218, chapitre de Lan^^res, layette .Noi- 
ron-les-Cîteaux ; Peincedé, .\XVII, 18, 26. 



i34 



LES ARRIERE NEVEUX DE SAINT BERNARD 



le 17 avril i38b, dans la « montre de Jehan de Sainte- 
Croix, sire de Sauvigny » (i). 

En i23i, les Vergy-Blaisy étaient associés à Garnier 
de Fontaines, dans un témoignagne de vénération pour 
saint Bernard. Ont-ils pu, éloignés de Fontaines et de 
Blais3% oublier leur glorieux parent ? Ce n'est pas pro- 
bable : voisins de Cîteaux, le culte rendu dans l'abbaye 
au plus illustre patriarche de l'ordre leur rappelait, au 
besoin, ce grand souvenir de famille. 



I. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 836, Chartreux, layette Noiron-lès- 
Cîteaux. 




GÉNÉALOGIE 



1190 [ Gmi, seif,'ncur de Blaisy en partie. 

12CÛ 

1204 

1208 

1222 



Pétronille de Fontaines. 



1204- ( Garnier, seign. de Blaisy. 

1222 I 

1239 ( A lais. 



1204 I Ponce, de Blaisy. 

1222 

1233 

1246 

1253 f Guillemette. 



I Pétronille. 
1230 1 ' 

1239 J Gui, seigneur 

f de Chaudenav. 



Agnès. 

Gauthier, seiij'neur 
de Montoillot. 



Hugues , de 
Bluisv. 



1233 
1246 
1200 
1274 f Jacquette 



Voir la descendance. 

Tableau gén. 4 Garnier. 

des Chaudenay-Blaisv. 

1260 
1271 



Perreau. \ Jean. Hugues. Jeannette. 

X 

1272-1320. 



ûlle. 



Guillaume de Ciisey. 



Ponce II de Blaisy. 
Oaette de Perrigny. 



Amiot. 



Jeannette. 



DES VERGY-BLAISY 



Domaines : Blaisy, Bévy, Arcenant, Cbevrey, Meuilley, Détain, Messanges, Vosnes, 
Nuits, Corcelles, Kpernay, Izeure, Noiron-les-Cileaux, Echigey, Heuilley, 
Barges, Brochon. 



1204 1 Nivard, chan. de 

1223 ) S. Denis de Vergy, 

1246 j archid. de Bcaune. 
1275 



Gertrudc. 



Jacquette. 



Gui, flis de Ponce 
de Blaisy, chan. de 
S. Denis de Vergy. 



[Aalis.àe Blaisv. 



^, 



ui du Fossé. 



Simonne , 
Blonde. 



lite Yolande. 



1261 

1279 i ^°^"'' ^'f • 

I seigneur de 

I Broindon. 



Guillaume Bigot. 
Isabelle. 



Charambaud Bigot. I Gauthier j Gui j Jeanne I Laure 
Jeanne de « Valle- I ' I 

rot*, remariée à (Peincedé XXVII, 3. 9 ; Inventaire 
Etienne Chaperon de S. Seine n» 98, fol. 104.) 

de Belleneuve. 



1327 



Gauthier dit 
de Broindon. 
X. 



(Cartul. de Citeaux de 
Jean de Cirev, n" 188 
fol. 5.) 



1361 



Pien 



[Etienne de Broindon 



^Isabelle de Seigny 
(Peincedé VII, 79; XVII, 18.) 



jg/Ks a^ft âJKs oTKe ams aTKe igTKg g.'ivfi. gT.») g/ît jxaAg) gyKeg/K») gl^ft 



S3 
LES CHAUDENAY-BLAISY 



Tandis que les Vergy-Blaisy, revenus au berceau pa- 
ternel, dans le pays Nuiton, glissaient de jour en jour 
vers leur déclin, la nouvelle maison de Blaisy, née du 
mariage de Pétronille avec Gui de Chaudenay, s'élevait 
rapidement aux grandes charges administratives, mili- 
taires et ecclésiastiques. Deux noms surtout vont se 
rencontrer, qui reflètent particulièrement la gloire de 
cette famille: Jean, abbé de Saint-Seine — 139831439 — 
restaurateur de l'église du monastère ; Geoffroi, sire de 
Mauvilly, membre de la Chambre des Comptes, gruyer 
de Bourgogne et lieutenant du gouverneur, mort en 1372. 

Le fief patronymique des Chaudenay se divisait , 
comme Blaisy, en deux parties : Chaudenay-la-Ville, et 
Chaudenay-le-Château. Ces localités subsistent et ont 
gardé leurs noms. Les deux villages sont dans le canton 
de Bligny-sur-Ouche, au sein d'une petite vallée qui 
descend du Sud-Ouest au Nord-Est, et s'ouvre sur celle 
de la Vandcnesse, où passe aujourd'hui le canal de 
Bourgogne. Bâti à mi-côte, dans la partie Sud, Chau- 
dcnay-la-Ville a en face Chaudenay-le-Château, assis sur 
le versant méridional de la montagne opposée. Une roche 
escarpée, qui porte, plus ou moins en ruines, trois tours 



140 LES ARRIERE NEVEUX 

du XIV^-XV^ siècle, servait de base à l'habitation sei- 
gneuriale. 

A une bonne lieue au nord deChaudenay, à l'extré- 
mité d'un saillant contrefort de la chaine de montagnes 
qui s'aligne au delà du canal et de la rivière, l'on voit 
encore une autre demeure féodale, admirablement 
conservée, Châteauneuf. 

Au XIIP siècle, les deux forteresses appartenaient à 
la même famille. 

L'an 1239, Jean, seigneur de Châteauneuf, rappelle la 
lignée de ses ancêtres : Jean, seigneur de Chaudenay, 
son bisaïeul ; Jean, seigneur de Châteauneuf, son aïeul; 
Guillaume, son père (i). Celui-ci avait épousé Dameron 
deSaulx, sœur de Guillaume le Roux, seigneur de Fon- 
taines (2). 

A la même époque, le seigneur de Chaudenay était 
Gui, auquel Pétronille apporta en dot le double héritage 
du château de Blaisy et de la parenté avec saint Bernard. 
Gui était fils de Colin cité en 1214 et i 22q, et probable- 
ment arrière petit-fils de Jean, seigneur de Chaudenay, 
dont le nom vient d'être lu (3). 

Gui conserva le titre de seigneur de Chaudenay, mais 
Jean, son fils aîné, prit celui de seigneur ,de Blaisy. 
C'est alors que Chaudenay fut laissé aux frères et peut- 
être aussi aux cousins de Jean, mais celui-ci et ses suc- 
cesseurs retinrent la suzeraineté sur le château patri- 
monial. 

On ne connaît pas les armoiries des Vergy-Blais}'^, ni 
celles des Blaisy qui les précédèrent. Celles des Chau- 
denay-Blaisy sont connues, et se blasonnent : D'or à la 
fasce de sable, accompagnée de six coquilles de même, trois 
en chef, trois en pointe. Ce sont les armes de la maison 
de Chaudenay. Le chef de la famille les conserva pleines, 



1. Archiv. delà Côte-d'Or, H. 53o, La Bussière, layette Châteauneuf. 

2. Ibid., H. 86, S. Bénigne, Villecomte, ch. de janvier 1222. 

3. Ibid., H. 53i, La Bussière, layette Chaudenay, Sainte-Sabine. 



DE SAINT BERNARD I4I 

selon l'usage, et comme il porta le nom de Blaisy, ses 
armoiries reçurent également ce nom adventice. 

Les seigneurs de Chaudenay, n'étant plus que les 
puînés, brisèrent d'un lambcl à quatre pendants Técus- 
son de leurs ancêtres. Le fait est certain. Les tombes 
des deux femmes de Guillaume, sire de Chaudenay au 
commencement du XIV* siècle : Reine d'Ancy-le-Franc 
et Simonne de Grancey (i); les empreintes du sceau 
de Guillaume lui-même, du sceau d'Eudes son deuxième 
fils, de celui d'Agnès de Chaudenay, fille de son aîné, 
en fournissent la preuve irrécusable. Partout figure le 
lambel à quatre pendants (-2). 

Les seigneurs de Châteauneuf avaient brisé aupara- 
vant, d'une façon plus simple, les armoiries patrimo- 
niales : ils avaient supprimé les trois coquilles en pointe, 
gardant la fasce et trois coquilles en chef (3). 

Gui de Chaudenay approuva, comme seigneur du 
fief, des donations faites aux Templiers de Beaune, sur 
Vernusse, et à ceux de Dijon, sur Thoisy-le-Désert. Il 
traita avec la collégiale de Beaune pour le rachat des 
tierces de Chaudenay, que les chanoines possédaient, et 
qu'ils lui abandonnèrent, moyennant la rente de trente 
boisseaux de blé (4). 

L'héritage delà femme de Gui avait plus d'importance 
que celui de son époux ; Blaisy était l'un des premiers 
fiefs de Bourgogne, et relevait immédiatement des ducs; 
Chaudenay était un arrière fief, dépendant de la baronnie 



1. Ribl. de la \ille de Dijon, ms. dits de Palliot, Mé»i. généal. , I, 
p. 102S, io'3o. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 357, cote 08 bis, cote i3ô ; B. 11374, 
cote 96 ; B. 1 1827, cotes 10 et 27 , B. loSJg, cote i3o, — Armo<ial de la 
Chambre des Comptes, p. 107. 

3. Ibid. B. 1256, cote 10; B. 10604, cote 4(1. — Les tombes des sei- 
gneurs de Châteauneuf, dans l'église de V'andenesse, présentent exacte- 
ment ces armoiries. 

4. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 1226, commanderie de Beaune, lavette 
Vernusse, ch. de i236; H. 1 173, commanderie du Petit Temple de 
Dijon, lavette Thoisy-le-Désert, ch. de 1243; G. 436, Collégiale de 
Ik-aune, layette Chaudenay, ch. de mars i23(j. 



142 LES ARRIERE NEVEUX 

d'Antigny. Aussi est-ce surtout, à propos de Blaisy, ou 
du moins des terres annexes, que l'on voit intervenir 
Gui, Pétronilie et leurs fils: Jeun, Philippe, Golin, 
Alexis (i). Nous transcrivons avec hc'sitation ce dernier 
nom, foiuni par V Inventaire de Saint-Scinc. Ce pourrait 
être une fausse graphie d'Alexandre, nom très fréquent 
dans la lignée des C^haudenay-Blaisy. Les trois pre- 
miers se lisent sur un titre, publié par Pérard. En no- 
vembre 1255, Gui, assisté de son épouse et de ses qua- 
tre fils, reprit de fief de l'abbé de Saint-Seine la partie 
de Chevannay qui relevait de l'abbaye. Quelques années 
auparavant, sa belle sœur, Agnès de P»laisy, de concert 
avec son mari, Gauthier de Montoillot, avait cédé au 
duc son gagnage de Chevannay. Gui eut soin de le ra- 
cheter (2). Il dut aussi faire hommage à Hugues W pour 

1. Ihid., Inventaire de S. Seine, n" q8, fol. io2-io3. — Cf. PcrarJ, 
p. 325. 

2. Ibici., H. 538, La Bussiére, ch. de février i25o, autre ch. de i258. 
Gauthier, seigneur de Montoillot, époux d'As^nès de Blaisy, doit être 

i tils aîné ou le fils du fils aîné ilo Garnier de ï" 



le tils aîné ou le fils du fils aîné ilo Garnier de Sombernon, seigneur de 
Montoillot et de Cominarin, 1188-1220. Voir Migne, col. 1421-1422, 
1423 I), 1424 li ; i'.. Petit, 111, p. 5()8. 11 avait un frère ou un oncle du 
même nom que lui, mais appelé « Gauthier de Commarin ». Celui-ci 
seul paraît dans les titres et généalogies publiés par Chililct (Migne, 1 c.) 
et par M. Petit (1. c ). Mais tous les deux ligurent dans une charte 
inédite de La iUissière : H 33 1, layette Commarin. 

« Kgo Hervcius, Sumbernionis domines, notum facio quod G'a/- 
terits domicelliis de Conimarcin, filiusavunculi mei Garnerii militis, 
domini de Montoillot, in mca presentia constitutus, laudeet assen- 
su uxoris sue Ameline et Agnetis sororis sue sanctimonialis de 
Praalum, vendidit abbati et conventui de Ruxeria duos sextarios 
Irumenii. . quos dicta Agnes, soror sua, in tertia parte décime de 
Commarein quam dictus'abbas et conventus de Buxena possident, 
in vita sua habebat. Qui duo sextarii predicto G.iUero de Corn- 
viarein post obitum antedicte Agnetis sanctimonialis de Praalum, 
redire debcbant. . Hanc autem venditionem laudavit G.iltcnis do- 
micelltis dominiis de Alonloillot, de cujus feodo dicta décima de 
Commarein movet. Actum anno t2?7, mense junii. « 

Gauthier est cité comme époux d'Agnès de Blaisy en 1239. De concert 
avec elle, il vendit au duc, en novembre 1247, ce qu'elle avait à Pré- 
jelan, vers Salives : « Galtcrus miles dominus de Montoillot recognovit 
se vendidisse Ilugoni duci Burgundie quidquid habebat apud Préjelan, 
laude et assensu sue uxoris Ag'netis, de cujus capite illud movebat. » 
B. 10472, cote 38. C'est vers la même époque que dut avoir lieu la 
vente du gagnage de Chevannay, Agnès était décédée en i25o. 

Gauthier donna, en 1273, à La Bussiére, plusieurs terres dans la cha- 
tellenie de Sombernon. 11 mourut peu après, car une charte de 1275 



DE SAINT BERNARD 1^3 



les hommes du même village et leurs meixqui étaient du 
fief de ce prince. Mais, parmi les terres éloignées de 
Rlaisy, il se défit de ce quePétronille avait à Salives (i), 
et le vendit au duc, en décembre i258. 

Gui de Chaudenay fut l'un des exécuteurs testamen- 
taires de son suzerain immédiat, Philippe d'Antigny, 
qui testal'an 1248, à la veille de partira la croisade, où il 
mourut. On voit, en juin 1260, Gui et les autres exécu- 
teurs accomplir leur mandat et investir un délégué de 
Cîteaux de ce que le testateur avait légué à l'abbaye, 
sur Volnay (2). 



Jean, fils aîné de Gui de Chaudenay, eut en majeure 
partie l'h^itage maternel : Blaisy, Chevannay, Tarsul- 
lès-Saulx, etc. Ses frères se partagèrent Chaudenay et 
quelques autres seigneuries voisines de Dijon. Toutefois, 
comme on l'a déjà fait remarquer, le sire de Blaisy retint 
la mouvance du château patrimonial : ceux qui en furent 
seigneurs désormais, reprirent de fief du sire de Blaisy, 
et celui-ci du sire d'Antigny. 

L'on a sur Jean I de Blaisy de rares documents, où il 
paraît, tantôt avec son seul nom patronymique, tantôt 
avec l'apposition de son titre seigneurial. Damoiseau 
encore l'an 1 275, on le rencontre à Prâlon, qui avait 
alors pour cellerière une de ses parentes, Poincettc de 



rappelle la confirmation par Alexandre de Montaigu, sire de Sombernon, 
du don fait par » Messires Gautier cal en arriés sires de Montoillot. » 

La charte de tcvrier i25o lui donne pour fils Jean, né d'Agnès de 
Blaisy. Les documents que l'on possède sur les MontoiUot-Blaisy ne 
sont pas assez nombreux pour qu'on puisse dresser la généalogie de cette 
branche des arrière-neveux de S. Bernard. Nous nous bornerons à citer 
dans cette lignée Pierre de Montoillot, chevalier, châtelain de Pontailler, 
Saint-Seine-sur-Vingeanne, etc. , mort en i334 ^^ inhumé à Saint- 
Julien, près Dijon. Dans le dénombrement de i328 du seigneur de 
Blaisy, il est cité comme un de ses tenanciers à Blaisy-la-\'ille : 
Peincedé, VIII, 97. A la même date, il fut exécuteur testamentaire de la 
dernière femme de Jean I de Blaisy. 

1. Pérard, p. 325. — Peincedé' IX, p. 12. 

2. Archiv. de la Côte-d'Or, H, 493, Cîteaux, layette Volna\-, titres de 
1248 et de i25o. — E. Petit, IV, 37f-372. 



144 TES ARRIERE NEVEUX 

Chaudenay (i). L'an 1804 et l'an iSoy, a. st., « Messire 
Jehan de Chaudena)^ seigneur de Blaisy », agit, en 
qualité de mandataire ducal, pour la réception et déli- 
vrance de certains châteaux de l'Auxois (2). D'après 
Palliot, il mourut le 3i août i3io, et fut inhumé dans 
l'église de Prâlon, où l'on voyait," devant le balustre 
du grand autel, une tombe portant : Ci-git Jehanz 
de Chaudenay, chevaliers, sires de Blaisy, quitrespassa 
l'an i3io, le dernier jour du mois de host » (3). 

Jean I de Blaisy laissait veuve « Marguerite d'Oigny» , 
sa dernière femme, la seule connue. — Elle lui survécut 
jusqu'en i328, et fonda, par testament, son propre 
anniversaire à Prâlon. Ses exécuteurs testamentaires 
furent : d'abord ses deux fils, qu'elle avait eus d'un 
premier mari, « Gui, moine de Cluny, prieur de Mont- 
SaintJean, et Raoul Chainsot, prieur de Couches » ; 
ensuite deux représentants des Blaisy, « Perrin de 
Montoillot, chevalier, et Poincet de Chaudenay » que 
Marguerite appelle « mon nevoul » (4). Celui-ci en effet 
était fils de Colin, frère de Jean I de Blaisy. 

Parmi les frères de Jean, Colin est le seul dont la 
trace puisse être suivie. De Philippe et d'Alexis ou 
d'Alexandre on ne sait rien. Colin eut une part du 
château de Chaudenay avec quelques autres fiefs, 
notamment Chevigny-Fénay. Ses enfants furent (5) 
Poincet, Agnès, abbesse de Tart, et Alexandrine, reli- 
gieuse à Larrey. 

Poincet, héritier de son père vers i3io, avait épousé 
Isabelle de Latrecey, dont les biens propres étaient à 
Is-sur-Tille, Aubepierre, Bar-sur-Aube(6).'Le Dijonnais 

1 . Archiv. de la Côte-d'Or, H. 1018, Prâlon, copie d'un titre de 1275 

D. Plancher, II, p. 61 . 

2. Archiv. delà Côte-d'Or, Peincedé, I, i83 ; B. i323, cotes 2 et 4. 

3. Bibl. de la ville de Dijon, Fatras de .luigné, IV, fol. 247. — Cf. 

E. Petit, V, p. 473. 

4. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 1018, Prâlon, vidimus de 1346. — 
Biiîl. de la ville de Dijon, Fonàs'RaLudo^i, Familles de Bourgogne, 11,282 

5. Peincedé, XXVII, 6. 

6. Ibid., I, 27-28; XXVII, 2. 



PL.15 bis 




TOMBE DE HUGUES DE FONTAINES 



DE SAINT liERNARD 146 

semble avoir été plus que TAuxols son séjour habituel. 
Du moins, la personnalité dominante du château de 
Chaudena}' à cette époque n'est pas Poincet, mais 
Guillaume, qui partageait avec lui cette forteresse. C'est 
celui-ci qui est « le sire de Chaudenay. » 

Guillaume apparaît comme chevalier (i), en i3og. Il 
déploie son activité au service des ducs Hugues V et 
Eudes IV. Après la mort de sa femme, Reine d'Anc}'- 
le-Franc, de la maison de AIont-Saint-.Tean, il épousa 
en secondes noces Simonne de Grancey (2), qu'il laissa 
veuve prématurément, l'an i32i. « Hui^uenin, écuyer, 
fils de Monseigneur Guillaume de Chaudenay, trépassa 
l'an I 327, le jour de la Sainte-Cédle ». et fut inhumé à 
La Bussière (3). Ses autres enfants, nés de Simonne, 
furent : .Tean, sire de Chaudena}-, époux de Marguerite 
de Lignières (4) ; Eudes, capitaine de Frolois ; Margue- 
rite, mariéeen 1324a Guillaume de \'ienne, seigneur de 
Roulans ; Jeanne, épouse de Jean de Traînel, seigneur 
de Soligny-les-Etangs (5). Guillaume de Vienne eut de 
Marguerite de Chaudenay l'amiral Jean de Vienne, et 
Guillaume, abbé de Saint-Seine, mort archevêque de 
Rouen. Ces deux personnages, le premier surtout, ap- 
partiennent à l'histoire. Les deux femmes de Guillaume 
de Chaudenay, Reine et Simonne, avaient leurs tombes 
à La Bussière . 

Les documents ne font pas connaître la filiation de 
Guillaume. Serait-il, comme Poincet, pctit-fils de Gui 
de Chaudenay et de Pétronille de Blaisy ? Gtii, en effet, 
paraît avoir possédé seul, en totalité, le château patri- 



1. Aixhiv. Je la Côlc-d'Or, II. loiS, Pràlon. ch. de l'kn). 

2. l'einccdd Vil, i5; IX, II. 

. 3. liibl. de la ville de Dijon, ms. de Palliot, I, p. uto'i. 

4. Lignières, canton de Chaource (.\ubc). 

5. Archiv. de la Cotc-d'Or, Peincedij XIH, 201 ; XXV, 400, 535 
XXVIl, ^75, i3i. — II. 1201), La Madeleine, Criinolois, titre d'oc- 
tobre i33(|. 



14^ Liis akrii;re nhvkux 

monial. Ni les nombreuses chartes de La Byssière con- 
cernant Chaudenay et Chàteauneuf, ni les titres d'une 
autre origine sur le même objet ne mentionnent un par- 
tage de Chaudenay avant latin du XIIP siècle. Puisque 
Gui eut des héritiers directs, et Guillaume une part de 
l'héritage, on est tenté de ranger le second dans la 
postérité du premier. On constate d'ailleurs, et d'une 
façon formelle, une étroite parenté entre les enfants de 
Guillaume et les petits-fils présumés de Jean I de Blaisy. 
Toutefois, Guillaume peut être fils d'un frère puîné de 
Gui de Chaudenay, 

Jean I, mort en i3io, eut pour successeurs « Alexan- 
dres de Chaudenay, sires de Blaisy >■> et Geoffroi, son 
frère (i). Il n'existe, à notre connaissance, aucun titre 
indiquant la filiation d'Alexandre et de Geotfroi. Comme 
leurs cousins de Chaudenay n'entrèrent point en partage 
avec eux, il y a lieu de les croire fils, plutôt que neveux, 
de Jean I, et c'est le sentiment que nous adoptons. 

Alexandre I, sire de Blaisy, était déjà un personnage 
marquant à la mort de son père. En 1 3 14, il siège à l'assem- 
blée des nobles de Bourgogne, confédérés pour résister 
à Philippe le Bel, qui voulait prélever une subvention 
sur le pays (2). En i3iG, il assiste au traité de mariage 
entre le duc Eudes IV et Jeanne de France, à Nogent- 
sur-Seine (3). Chevalier du duc^, il reçut, en récompense 
de ses services, des fiefs à Minot et la maison forte de 
Mauvilly avec ses dépendances. Ces maison et fiefs en 
trèrent ainsi dans la mouvance de Blaisy, qui compre- 

1. Archives de la Côie-d'Or, P>. 357, '^'^^^ ^^^ '■ "■''-' Alcxandrcs de 
Chaudcnav, sires de Filaisey, chevaliers lou duc de Borgongne et je 
Thiebauz Forniers de Semur, clerg dou dit duc, façons savoir.. » La 
pièce, datée de i322, porte le sceau d'Alexandre, où l'cciisson présente 
tinefascc et six coquilles, trois eu chef, trois en pointe. — Peincedé VIII, 
yy: Dénombrement de i328 oit est cité « Geotl'roi l'rère d'Alexandre ». — 
G. 107, S. Etienne de Dijon, layette Blaisy. 

2. Duchcsne, Hist. de Vergy, p. 233. 

3. D. Plancher, II, i65 et 35o. 



DE SAINT liKKNARD 14'; 



I 
i 



nait déjà Chaudena}'-le-Cliàtcau, avec partie de Chevan- 
nay, héritage de Jean I. 

Alexandre régla avec les abbayes des intérêts relatifs 
à son chàtel de Blaisy. L'an iImj, il acquit des religieux 
de Saint-Seine tous leurs hommes de Blaisy-le-Chàteau 
et de Blaisy-la-Villc [i). L'an i32o, il prit à cens de 
Saint-Etienne la dîme et tous les autres droits que les 
chanoines avaient au tinage de li!aisy-le-Chàteau (2). L>a 
maison du four de lilaisy-le-Chàteau, dépendante du 
prieuré, fut, en i333, l'objet d'un nouveau règlement 
avec Saint-Seine (3). Ainsi la vieille habitation féodale 
ne fut point délaissée par Alexandre. L'avait-il franche 
en partie, ou n'en avait-il qu'une part? Le dénombre- 
ment qu'il donna >< le sabmedi après l'Apparition 
N. S. (Epiphanie), l'an de grâce 1828 », fait voir qu'il 
la tenait en fief du duc pour une moitié seulement (4). 

Les Templiers d'Epailly achetèrent de lui, en i332, 
tout ce qu'il avait à Louesmes (6), et les moines de 
Cîteaux possédaient, en janvier 1341, une de ses terres à 
Gergueil (6). 

Alexandre I fut inhumé à Blaisy-le-Chàteau, où l'on 
voit encore, dans le sanctuaire de l'église, sa tombe 
mutilée, portant le millésime de 1341. Un reste d'une 
autre dalle tumulaire de la ménie église présente le 
nom de « madame Aaliz » décédéc l'an i335. A en juger 
d'après les armoiries et les dates gravées sur les deux 
pierres, « Aaliz », certainement dame de Blaisy, était 
l'épouse d'Alexandre et de la maison de Drécs. Il sera 
parlé plus longuement de ces tombes et de quelques 
autres dans V Appetidice au présent paragraphe. 



1. Arcliives de la C'Ue-d'Or, Inventaire de S. Seine, n" 98, fol. 194- 
195. 

2. Ibid., G. 107, Saini-Eticnne, layette Blaisy. 

3. Ibid., Inventaire de S. Seine, n" 9S, fol. 629. 

4. Ibid., li. i()5(u, cote i. 

5. Ibid., H. 1 18O, Comnianderie d'Epailly. 

'). Ibid., G. 479, S. Denis de Vergy, layette (iergueil. 



148 ITiS ARRIÈRE NEVEUX 

Dans les empreintes du sceau d'Alexandre, on 
reconnaît, comme sur sa tombe, les armes pleines de 
Blaisy. 

Son frère, Geoffroi I, « chevalier, bailli de Dijon et 
gouverneur de la mairie dudit lieu », fut seigneur en 
partie de Villecomte (i). Cette terre paraît avoir été 
un apport dotal plutôt qu'un bien provenant des Blaisy. 
Marié d'abord à Huguette de la Perrière, qui mourut en 
i3 16 et fut inhumée à Pràlon (2), Geoil'roi, jeune encore 
à l'époque de ce décès, ne sera pas resté veuf; mais, 
selon les mœurs du temps, il aura contracté un second 
mariage, et ce dût être avec la fille d'un seigneur de 
Villecomte. Le fief de Villecomte relevait du château de 
Saulx, devenu alors château ducal. 

Alexandre I et Geofïroi I ont eu l'un et l'autre une 
longue et nombreuse postérité. Les documents sont 
d'une extrême abondance à propos des deux branches. 
Ce serait développer outre mesure le paragraphe troi- 
sième et s'éloigner trop du but poursuivi que de vouloir 
donner de ces documents une anal3'se complète, si 
sommaire qu'elle pût être. On trouvera, dans un tableau 
généalogique, les noms et la filiation de la plupart des 
membres de cette famille. Mais nous nous bornerons, 
en terminant l'exposé critique, à élucider quelques 



I. Ibid., Peincedii, VU, 22; XXVIJ, i.S, 21; B. 11227; H. 619, 
Maizières, layette Serrigny. litre de t'tivriei" 1327. 

■1. Ibid., H. 1018, Prâlon, ch. de i33() — Bibl. de la ville de Dijon, 
Fatras de .luignc, 11, 289. — Bibl. nat. Pièces originales. Dossier 7773, 
pièce 3(). Cette pièce est un dessin, simple croquis, de la tombe de 
Huguette de La Perrière, tombe posée « devant le balustre du grand 
autel », comme celle de Jean I de Blais)-. Le nom de Huguette est" tra- 
vesti, dans l'èpitaplie de ce dessin, en celui de « Lugotte ». Deux 
écussons de chaque côté de l'ettigie, à la hauteur des épaules, repro- 
duisent les armoiries de Geoffroi I et celles de Huguette. A dextre ce 
sont les armes de Chaudenay-Blaisy avec une fascc fi-ettcc : à sènestre: 
de. à une fascc th'.. accimipas;ncc de irai:: tctes de Icopard cnuronnces, 
en chef. Ces dernières sont les armes de la famille nivernaise de La 
Perrière, et se blasonnent : d'argent à la fascc de gueules, accompa- 
gnées de trois têtes de léopard de même, couronnées d'or, rangées en 
chef. — \oii- Ln'cntairc des titres de Xei'crs, p. 210 et 4^0. Cf. E. 
Petit, \', 487. 



DE SAINT liKRXARIî 1 4c) 



points obscurs, à mettre en relief deux personnages 
saillants : l'abbci Jean de Biais}-, et le sire de Mauvilly ; 
entin à signaler les maisons dans lesquelles se fondirent 
les Chaudenay-BIaisy. 

Nous suivrons d'abord la branche cadette, issue de 
GeollVoi I, seigneur de ^'illecomte. 

L'an i33i), Geoffroi mariait sa fille, Jeanne, à Jacques 
de Chazan (i). Jacques était né de Guillaume deChazan 
et de Marie de Byois (a). Chazan était un château et 
fief dont il reste un vestige dans la iei me du même 
nom, sur le finage de Chambœuf. Byois a disparu de 
la topographie moderne : c'était, sans doute, le nom de 
quelque arrière fief. Jadis il y avait à Villecomte « le 
champ Byoys », qui, en 1426, était de la seigneurie et 
justice d'un arrière petit-fils de Geotîroi (3). « Jean de 
Bio3's », en i352, donnait à amodiation plusieurs terres 
des finages de Dijon et de Pouilly-lès-Dijon ; « Guillau- 
me de Bvois». vers 1040, tenait quelque chose à Minot 
des Saulx-\'antou.\ (4). Marie de Byois eut sa tombe à 
Bonvaux, et il en sera parlé plus loin. — • Au traité de 
mariage de Jeanne de Biais}' avec Jacques de Chazan, 
assistaient Alexandre de Blaisy, frère de Geoffroi, et 
Poincet de Chaudenay, leur cousin. 

Veuve de Jacques de Chazan, Jeanne de Blaisy, 
dame de Flavignerot. épousa Geoffroi du Meix (5). 

Geoffroi I de Blaisy eut plusieurs fils, parmi lesquels 
il faut compter Philibert, seig'neur de Villecomte (ô), et, 



1. Peincedii, XX\II, 21, 

2. .Vrchives de la Côte-J'Or, R. 11248, fol. anc. XIX, nouv. i3. — 
Cf. épitaphe de Marie de Byois, dans les Tombes de Bonvaux. 

3. .\rchives de la Côte-d'Or, H. 86. S. Bénigne, Villecomte, titre 
original de 1426, rappelant un accord entre les religieux de S. Bénigne 
et « Jehari de Blaise\-, escuier, seigneur en partie de Mllecomte », 
au sujet d' « une certa'ine place ou champ dit le champ Byors », situe' 
dans les dessus de \'illecomte, près du chemin conduisante Dijon. 

4. Ibid. Peincedé, XXVH, 73; \1I, 22; B. 11254; P- io5o4, cote 
144 bis; B. 345, cote 28. 

5. Ibid., Peincedé, XXV, 041 ; XWII, 229: B. ii3o4, fol. 18. 

6. Peincedé, XXMI, 100. 



\?n LF.s .\RKii:Rr. nevrux 

pcui-êtrc, Guillaume de Blaisy, d'abord aumônier de 
Saii'it-Bénigne, puis prieur de Saint-Vivant de Vergy(i). 

Philibert, ccuyer, avait succédé à son père, comme 
seigneur de Villecomte, en 1357. Quelques années plus 
tard, chevalier, il figure dans la compagnie d'armes de 
Jean III de Blaisy, fils du sire de Mauvilly, son cousin. 
Sa femme fut Béatrix de Chàtillon-Guyotte (2) ; ses 
enfants : Eudes, Guillaume et Jean (3). Celui-ci est 
l'abbé de Saint-Seine. 

L'empreinte du sceau de Philibert semble donner les 
armes de Blaisy pleines, mais il y avait sans doute quel- 
que brisure par le changement des couleurs ou des 
métaux (4). 

Jean, fils de Philibert, vit s'écouler son enfance dans 
les maisons seigneuriales de Chcvannay et de Villecomte, 
habitées par son père et son aïeul maternel. On ne sait 
rien de sa jeunesse. En i3()i. il était moine à Saint- 
Seine (5). Quelques années plus tard, les Blaisv per- 
daient, à Nicopolis, l'élite militaire de leur maison, et, 
du même coup, le rang élevé qu'ils avaient tenu jusque 
là dans la politique et dans la guerre. Mais une gloire 
d'un autre ordre leur était réservée. Peu de temps après 
le fatal événement, dans les premiers mois de l'an i3()'S, 
Jean fut élu abbé de Saint-Seine. 

Au début de son gouvernement, il fut souvent absent 
de son abbaye, retenu à Paris par ses études. Un titre 
du 19 mars 1401, n. st., mentionne « Jean de Blaisy, 
abbé de Saint-Seine, étudiant en l'université de 
Paris » (6). Pendant son séjour en cette ville, l'hôtel 



1. Ibid,, XXVIl, 149, i63, 172. 

2. L'abhii Guillaume, Ilist. de Salins, I, p. 2.,, 

3. Peincedc,XVII, 5i. 

4. Archiv. de la Côte-d'Or. B. 10.S22, cote Sqo, 

5. Ibid., Peincedé, XVII, 5i. 

G. Ibid., Inventaire de St-Seine, n' ij8, fol. 88. 



DE SAINT BERNARD 131 

qu'y possédaient les archevêques de Rouen, lui ouvrit 
avec empressement ses portes. Le siège de Rouen était 
alors occupé par Guillaume de Vienne, frère de l'amiral, 
parent des lilaisy. Guillaume avait d'ailleurs gouverné 
l'abbaye de Saint-Seine de \3-jb à i38(S. Intelligent et 
hardi, il avait entrepris la restauration qu'attendait de- 
puis plus d'un siècle l'église du monastère, à demi ruinée 
par un incendie. Il y avait fait construire son tombeau, 
« un des plus magnifiques de la province après ceux de 
Champmol » (i). Evêque, loin d'oublier l'ceuvre pre- 
mière et préférée, il y veillait toujours, y instituait des 
fondations. Aussi l'élection de Jean de Blaisy dut-elle 
le réjouir, et peut-être y avait-il contribué. Il voyait dans 
le nouvel abbé l'instrument assuré de ses desseins. 
Quand Guillaume mourut à Paris, l'an 1407, Jean de 
l^laisy était près de lui, et assista à la dictée du testa- 
ment. L'archevêque lit plusieurs legs à Saint-Seine, et 
ordonna que l'on transportât ses restes dans le tombeau 
qu'il s'était préparé. Jean fut du nombre des exécuteurs 
testamentaires (2). 

P'idèlc aux désirs de son cousin, dont il partageait 
les vues, Jean de Biais}- a beaucoup fait et bien fait pour 
son église abbatiale. Cependant il n'en put terminer la 
reconstruction, son successeur non plus, et ce monu- 
ment « austère et grave, non sans beauté », resta ina- 
chevé. 

« Ce fut, dit y\. Chabeuf, un grand personnage que 
Jean de Blaisy : nous le trouvons en 1402 et 141Q au 
conseil de la duchesse ; en 1432 il prend part à ces con- 
férences d'Auxerre d'où sortira le traité d'Arras ; il siège 
plusieurs fois aux Fltats généraux de la province, où il a 
son rang le lo"" au banc des abbés; sa devise, nous ap- 
prend Palliot, était arise:^, et il semble l'avoir de tous 



1. Mcm. de la Cumniission des Antiquités de la Cote-d'Or, an. 1884- 
i885, p. 49. 

2. Ibid., p. 48, 54. 



l52 LES ARRIÈRE NEVEUX 

points justifiée. Cet exxellent abbé, optimiis abbas, ainsi 
qu'il est qualifié dans le Gallia clirisliana, mourut au 
mois de mai i43f) (i). » 

Il fut inhumé dans l'église de Saint-Seine. Sa tombe, 
une simple dalle funéraire, dressée maintenant contre la 
muraille, présente « en profonde et belle gravure ;>, un 
squelette, les bras croisés, tenant la crosse, volute en 
dehors ; au-dessus, rame du défunt enlevée au ciel dans 
un linceul ; à dcxtre, les armes de Blaisv. La bordure 
porte cette inscription en caractères gothiques du temps: 

Cy GIST FRERE JehAM DE HlAISY DOCTEUR EN DECRET ABBE 
DE CESTE EGLISE DE SAINT SeINGNE EN LAM MIL CGC IIIl'"' 
XVIIl. LEQUEL A EMPLOYE DE SON POVOIR SON TEMPS AU 
SERVICE ET REEDIFICATION DE CESTE DICTE EGLISE. QUI TRE- 
PASSA LAM M CCCC XXXIX EN MAY. PRIES POUR LUY. (2) 

Autrefois, visa vis cette tombe, placée devant la table de 
communion, on vo\'ait, au mur du sanctuaire du côté de 
l'épître, la statue de Jean de Blaisy, représenté à genoux. 
Cette statue faisait pendant au tombeau de Guillaume 
de Vienne. 

Jean de Blaisy a scellé deses armes tout ce que lui doit 
l'édifice reconstruit. Dans cette ostentation mondaine, 
alors trop commune, on ne reconnaît plus saint Benoit 
ni saint Bernard : le siècle a forcé la porte du cloître. En 
cela, néanmoins, Jean de Blaisy a peut être plus cédé au 
goût de l'époque qu'il n'a manqué d'humilité. De sa 
tombe s'échappe le parfum de cette vertu. Là, figuré sous 
forme de squelette, à l'étatde poussière, tenant l'insigne 
de sa prélature et ayant à côté de lui ses armoiries de 
famille, il proclame, dans une saisissante confession, la 
bassesse de l'homme et le néant des grandeurs. 

L'un de ses frères, Guillaume, tué à Nicopolis, ne sem- 
ble pas avoir eu d'héritier direct -, mais Eudes laissa une 



1. Ibid., p. Sg. 

2. Ibid., p. i56. 



DE SAINT BERNARD I 53 



postérité, qui continua la branche cadette des Blaisy(i), 
jusque vers 1460. 

Nous revenons à la brancheaînée, qui dura plus long- 
temps. Alexandre I eut pour successeurs Jean II, sire 
de Blaisy, et GeolTroi II, sire de Mauvilly. La filiation 
de Jean et de Geoffroi n'est fournie par aucun do- 
cument. Ils sont frères : le fils de Jean. Alexandre II, 
nous l'atteste (2). Mais rien n'explique, d'une manière 
expresse, s'ils sont fils ou neveux d'Alexandre I. Toute- 
fois, il est plus juste de les regarder comme ses fils , 
car ils héritent seuls de ses domaines, et paraissent des- 
cendre d'Aalis de Drées, épouse probable, avons-nous 
dit, d'Alexandre I. D'ailleurs, pas un titre n'insinue 
qu'ils soient nés de Geotîroi I. 

Au mois de juin i345, « Jehans sires de Blasey, che- 
valiers » passa une transaction avec « le couvent de la 
Boixière » relativement au messier chargé delà gardedes 
prés de Solle (3). 

Jean II épousa Jeanne de Jaucourt, dont il eut trois 
enfants: Alexandre II, sire de Blaisv; Marguerite, mariée 
à Gui de Pontailler, seigneur de Talmay ; Isabelle, 
mariée à Jean de Crecey (4). Jean II de Biais}' était mort 
en i35S. 

Alexandre II, sire de Blaisy, donna son dénombrement 
en 1364.11 est cité dans beaucoup de titres, pour affaires 
domaniales, mais il n'eut pas de rôle important dans la 
province. Ses plus intimes relations de famille sont avec 
Geoffroi II, son oncle, et le fils de celui-ci, Jean III, 



1. Peincedé, XXVH, 434; XXVIII. gSr; XXIII, j-Sb. 

2. Ibid., XXVII, 175, 179. 

3. Archiv. de la Côte-d'Or, H. 53i, La Bussière, Commarin, Solle. — 
Bibl. nat., coll. Joursanvault, XX, La Bussière, fol. 3o. 

4. Peincedé, XXVII, 175; XXVIII, 447; XXIX, 617 



I .->4 I-I^S ARRIERE NEVEUX 

« son cher cousin et frère ». Il eut de son épouse, Yo- 
lande de Thil-Saint-Beurry, Jean IV, qu'il maria l'an 
i386, à Marguerite, tille de Richard Bouhot, licencié es 
lois (i). 

Jean IV mourut sans hoir, et en lui tinit le premier 
rameau de la branche aînée. 

C'est au second rameau, dont GeoflYoi II est la tige, 
que les Blaisy doivent leur illustration politique. D'abord 
écuN'er du comte de Tonnerre, Robert de Bourgogne, 
frère du duc Eudes IV, et ensuite chevalier du duc lui- 
même, GeollVoi, sire de Mauvilly, cumula bien vite les 
charges : membre de la Chambre des Comptes, gruyer 
de Bourgogne, lieutenant du gouverneur (2). Ses do- 
maines s'accrurent en même temps des libéralités qui ré- 
munérèrent ses services. Sous Philippe de Rouvres, en 
i358, il conduisit une compagnie de nobles au combat 
de Brion-sur-Ource, énergique résistance vainement 
opposée aux progrèsde l'invasion anglaise. Il avait siégé 
aux Etats généraux de i352, i355, 1 356 ; il siégea en- 
core à ceux de [362. En t366, Philippe le Hardi le nom- 
ma gouverneur du duché en son absence. Ainsi fleu- 
rirent sa prospérité et sa fortune (3). 

Geoffroi contracta plusieurs alliances. Sa première 
femme fut Isabelle, fille de Gui de Prangey, seigneur 
de Beire. Isabelle mourut en i337 et fut inhumée à 
Prâlon (4). Quelques années plus tard, 1 341 , Geoffroi 
épousait Jeanne de Rupt, et avait pour témoins de ce 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, B. ic5ii, cote 2; B. 11268, fol. 16 bis; 
Peincedé, XXVII, 256. 

2. Ibid., Peincedé, XXV,563; XXII, 12, 43 ; XX\'II, 55.— D. Plancher, 
111, p. 17 et Preuves, p. 18. 

3. La noblesse aux Etats de Bourgogne. — D. Plancher, Il et III. 

4. Bibl. de la ville de Dijon, fatras de .luigné, II, 250. — L inscrip- 
tion de la tombe d'Isabelle est empruntée à une copie des notes de 
l'alliot,etle nom de cette femme est ainsi traduit: « Proigesou Praignev», 
double altération de « Proingi », ancienne graphie de Prangey. — Cf. 
L'abbé Bourgeois, Hist. de Beire le Chatel,^ p. ûg; K. Petit, V, p. 486. 



DR SAINT liFUNARD I 55 



second r.Kiiiauc ses cousins Jean et I^udcs de Chaude- 
denav (i). Jeanne, decédée en i358, reçut la sépulture 
dans la chapelle Notre-Danie-Saint-Georges, que son 
mari avait l'ondée en la Sainte-Chapelle de Dijon. Geof- 
froi convolaà de troisièmes noces, suivant un document 
de juin i363, où sont mentionnés les (îefs qu'il tenait à 
Bissey-la-Picrrc, « tant à cause de lui comme à cause de 
sa femme et des cnfents de sa femme » (2). 

C'est peu après son mariage avec Jeanne de Rupt 
que Geolfroi II fit ériger la chapelle dont il vient d'être 
parlé (3). Cette chapelle fut dite de Blaisy. Geoffroi }' 
fut inhumé près de Jeanne de Rupt, et, d'après Palliot, 
on lisait sur leur commune tombe cette double inscrip- 
tion : « Ci git messires JofiVoy de Blaisey, sire de Ma- 
voilley. chevalier, qui trespassa l'an mil ccc.lxxii. Ci 
git madame Jehanne de Rup sa femme, qui trespassa 
l'an mil ceci. vin (4). » Plusieurs membres de la famille 
y élurent aussi leur sépulture : Jeanne de Saint- Vérain, 
femme de Guillaume de Blaisy, écuyer, 1349 ; Isabelle 
de Blaisy, fille de GeolTroi II. i3'Si ; Jeanne de Blaisy, 
fille de Geoffroi I, i382. 

GeotlVoi II portait les armes de Blaisy, mais avec une 
fascc fvi'tlée, comme on le voit par les empreintes de 
son sceau (5). Telles sont aussi les armes de sa fille. 
Agnès, et de sa bru, Isabelle de Choiseul (1')) . 

Un fils de GeolTroi et de Jeanne de Rupt, Jacques. 



1. L'abbé Guillaume, ///i"/. i/f .S'a/(».v, I, p. 35 i. — Pcincedc, X.W'II, 74. 

2. Aichiv. de la Cote-d'Or, B. iodio, cote 124. 

3. Mêin. (le la Commission des Antiquités de la C.ole-d'Or, t. \'Ij 
p. I iS-i 19. 

4. Bibl. de la ville de Dijon, Fatras de Juignii, 11, p. 2(ii. — La copie 
des notes de Palliot, 1. c, donne une date inexacte pour le décès de 
Geollroi II de Blaisy « i362 ». GeotVroi n'est mort qu'en 1372. — Nous 
avons donc rétabli ja vc'ritable leçon dans l'épitaphe. — Cette inexac- 
titude du transcripteur a induit en erreur M. de ,Iui£;né dans son essai 
généalogique sur les P>laisv,: le personnage dont il a fait « Geoti'roi III », 
est le même que Geofïroi II. — Cf. Peincedé, X.W, 673, 676, 677. 

3. Archives de la Cote-d'Or, B. io3 12, cotes 74, iii,2()(3. — Cf. Fatras 
deJtiigné, II, 287. 
G. Ibid., B. 340, cote 102; B. io320, cote 423, 



l56 LES ARRIÈRE NEVEUX 

mourut jeune, et fut enterré dans l'e'glise de Mauvilly, 
Sur sa tombe étaient gravés deuxécussons. dont Palliot 
donne un croquis : on reconnaît dans l'un les armes de 
Blaisy et dans l'autre, chargé d'une bande accompagnée 
de plusieurs croix en chef et en pointe, les armes de 
Rupt, qui étaient : D'a^nvà la bande d'or, accompagnée 
de sept croix fleiironnées au pied fiché de même, quatre en 
chef et trois en pointe ( i ). 

Les autres enfants de Geolîroi II furent : Jean III, 
sire deMauvill}'; Agnès, mariée i" à Philippe de Mo- 
ncsto3% 2" à Robert de Florigny -, Isabelle, inariée à 
Huot de Seigny ; Guillaume, seigneur de Tarsul, époux 
d'Isabelle de Choiseul, dame d'Ormoy-sur-Aube (2). 

Non moins illustre que son père, Jean III, chambellan 
du duc et du roi, fut tué à Nicopolis. Il avait épousé 
Jeanne Damas de Marcilly (3). 

-Mauvilly et les autres biens de Jean III passèrent à 
ses fils Hugues et Alexandre III (4). Cet héritage com- 
prenait des droits sur le château de Chaudenay. En effet, 
par suite d'un arrangement entre les descendants 
d'Alexandre I, la moitié de ce château était restée un 
fief de Blaisy, et l'autre moitié était devenue un arrière 
fief, relevant immédiatement du sire de Mauvilly, et 
médiatement du sire de Biais}'. 

Les deux frères firent plus que de recueillir l'hoirie 
paternelle, ils rachetèrent des héritiers de leur cousin, 
Jean IV, mort sans enfants, le château de Blaisy avec 
ses dépendances ; la moitié de Blaisy-la- Ville resta cepen- 
dant aux Crecey, qui la reprirent de fief des nouveaux 
seigneurs. Cette acquisition impliquait la mouvance 
pleine et entière de Chaudenay, et le 28 juillet i-l-iS, 

1. Bibl. de la ville de Dijon, ms. de Palliot, I, p. ii33. 

2. Peincedé, XXV, 677; XXVII, 48, i3i, i?2, 241, 409. 

3. Ibid., II, 320. 

4. Ibid., XXIII, i3q. 



DE SAINT BI;KNAUI) I 57 



Alexandre III, en son nom comme au nom de son frère, 
rendait hommage pour ce château au seigneur d'Anti- 
gny, Louis de Noyers (i). 

Par Alexandre III, marié à Catherine de Montaigu, se 
continua la lignée des sires de Blaisy. Son fils, Claudel, 
épousa Jeanne de Grandson, fille de Jean de Grandson 
et de Jeanne de Vienne. De cette union naquit Claude II, 
baron de Blaisy, vicomte d'Arnay, seigneur de Couches, 
Brognon, Bellcvesvre, etc. (2). 

L'ccusson sculpté de Claude II a été trouvé parmi les 
ruines du château de Blaisy, et l'un des propriétaires 
actuels l'a placé au dessus de l'entrée d'un verger, qui 
couvre la pointe de l'ancienne assiette des constructions 
féodales. « Cet écusson porte : au /"'', de Blaisy plein ; 
au 2"", parti deBourgogne aucioi et d' {argent) àc'inq mou- 
chetures d'hermine posées en sautoir, qui est de Mon- 
taigu ; au S%pall-é d\argenti et d'{a:{U}^) de six pièces à la 
bande de {gueules) chargée de trois coquilles d\argent) 
brochant su?' le tout, qui est de Grandson ; au 4^, de 
(gueules) à Vaigle éployée d\or], becquée et membrée 
d'{a-ur), qui est de Vienne. » 

On voit ici les armes de Blaisy pleines : c'étaient en 
effet les descendants de Geoffroi II qui représentaient 
cette maison, depuis l'extinction du premier rameau de 
la branche aînée. La -i" partition renferme les armes de 
Bourgogne ancien, parce que les Montaigu étaient une 
branche puînée de la maison ducale, remontant à 
Alexandre, second fils d'Hugues III et d'Alix de Lorraine. 
Ce serait faire confusion à ce sujet, que de donner aux 



1 . Ibid., II, 3ûo. — Bibl. de la ville de Dijon, m s. de Palliot, I, p. 706- 
76g. — Les entanls de Hugues de Blaisy, trcrc d'Alexandre III, eureiit 
pour curateur .Jacques de (Jourtiainble, chevalier, seigneur de Gomma- 
rin, qui était marié avec Jacquette de Bluis}-, dont "nous ignorons la 
filiation. Archives de la Côtc-d'Or, Titres de famille, E. 647, litres de 
1417; Peincedé, XXV'II, 255, 467. 

2. Peincedé, XVII, 835; XXVII, 409. — Falras de Juigué, II, p. 21,4. 
— Inventaire de S. Seine, n" 98, fol. 202. 



1 



8 LES ARKI^Kli NEVHUX 



anciens Blaisy les armes de Bourgogne. On ne connaît 
point les armoiries des maisons qui précédèrent les 
Chaudenay à Blaisy, et l'on vient de dire à quelle époque 
ceux-ci, devenus seigneurs de Couches, ccartelèrcnt de 
Bourgogne-Montaigu leur antique blason. 

Claude II et son épouse, Louise de la Tour d'Auver- 
gne, ne laissèrent qu'une lille, Suzanne, qui, en i5o8, 
porta en dot le château et le fief de Blaisy à Christophe 
de Rochechouart, seigneur de Chandenier, Javarzay, 
etc. Suzanne de Blaisy mourut le 25 novembre i5'25. 
Ses biens furent partagés entre ses enfants : Philippe de 
Rochechouart, baron de Marigny-sur-Ouche ; René, 
seigneur de Couches et de Brognon ; Claude, seigneur 
de Blaisy et de Bellevesvre; Gabrielle, épouse de P'ran- 
çois Pot, seigneur de Chassingrinant ; etc. (i) 

A la fin du XVP siècle, la terre et seigneurie de Blaisy 
se trouvait tout entière aux mains de Christophe Pot, 
lils de Gabrielle; mais un arrêt du parlement adjugea 
ces biens à Jean Jacquot, trésorier général en Bourgogne : 
l'affaire se traita de iDyB à i(3o3. Jean Jacquot fît bâtir 
sur l'emplacement de l'ancienne basse cour féodale, le 
château qui existe encore, aménagé pour l'exploitation 
d'une lerme (■2). 

Ainsi les Chaudenay-Blaisy se fondirent dans les mai- 
sons de Rochcchouart-Chandenier, Pot de Roche- 
chouart, et par celles-ci dans beaucoup d'autres : la 
branche de Drées de Gissey-le-Vieil, à laquelle tient la 
Mère Jeanne de Pourlans, réformatrice de Tart ; les Fuli- 
gny-Damas ; etc. Par des alliances antécédentes se ratta- 
chent aux mêmes Blaisy les Chauvirey et les LeMairet, 



1. Peincedc, XVII,X35; XXVIII, ySg, 1099; VIII, 196, 218. — P. An- 
selme, IV, 658 et suiv. 

2. Archiv. delà Cotc-d'Or, 'ritrcs de lamilic, K. 1542, iSSS-iiJoy. — 
On trouve deux dessins des constructions modernes, datiis de 1699, Bibl. 
nat. Cabinet des Estampes, Va 33. 



DE SAINT BI-KNARD I 69 



seigneurs de Mauvilly; les Courtiamble de Commarin, 
les Pontailler-Talmay, les Crecey, les Monestoy, les 
Damas, Nesles, Chazan. 

Quel souvenir les ChaudenaN'-Blaisy gardèrent-ils de 
saint Bernard? Leurs rapports avec l'abbaye de Pràlon 
et avec la famille de Fontaines n'ont pu manquer de leur 
rappeler les liens qui les unissaient au saint abbé, et 
d'aviver leur dévotion envers lui. Du moins, parmi les 
maisons qui tiennent d'eux cette parenté glorieuse, en 
voit-on plusieurs, comme les Courcelles-Pourlans, les 
Damas, se montrer fièresd'un tel héritage. 




«. 



^^^ ■a^^'^^^'^>^^-^>^^^^ -^^-W"^ -^ -^s^-^^ \^>^'^•^^-<^'^^^>^-^^^^^'^^^^•^•^ 



APPENDICE 



LES TOMBES DE BLAISY-HAUT 



L église de B!aisy-Haut (i) renferme plusieurs tombes 
des Chaudenay-Blaisy. Ces tombes consistent en simples 
dalles funéraires, où le lapicide a grave, suivant le goût de 
l'époque, dans une arcature, le portrait des personnages, et 
en bordure, une courte inscription. Elles sont toutes plus ou 
moins mutilées; quelques-unes même, depuis longtemps 
foulées par les passants, commencent à devenir illisibles. 

I . 

Diins la nef au milieu 

i3'34 

'GARNEROT DE BLAISY 

Un jeune écuyer, tète nue, portant la cotte de mailles et la 
jaque, tient de la main droite une lance et de la gauche 
récusson de Blaisy plein. 

Epitaphe 

•f CI : GIT : GAKNEROT : DE : I Bi.AisE : DAMOSEAUX : 

QUI : TREspAssAi : Lou ! LUN... | | ... M : ccc : XXX : 

ET : I i i [ : DEx : hait : lame : de : lui : amen. 

Ce Garnicr de Blaisv n'est cité dans aucun document. Il 
doit être un des fils puînés d'Alexandre 1. 

I. Nom acuicl de Blaisy-lc-("hâteau. 



LES AUR|Î:RE neveux de saint BERNARD l()I 



Dans la nef, coté de l'évangile 

l32l| 

BEATRIX DE BLAISY 

Une fcir.mc en costume religieux et joignant les mains. 
Pas d'armoiries. 

Epitaphe 

CI : GIT : MADAME : BIETIUX : I DE : BLAISEY : NONNE : DE ; 
GUESIGNON : CLT : DEX : ASSOILLE : QUI : TUESI'ASSA : 1 LA : 
VOILLE : DE : SAINT : RERTH | OI.OMIEK : LAPOSTRE : LA : DE : 

Gi<\CE : M... PRIEZ : POR : Li : amen. 

Le millésime, effacé aujourd'hui, a été lu par Palliot (i), 
qui donne : i32q, L'ahbaye bénédictine de Crisenon, située 
près Sainte- Pallaye, au diocèse d'Auxerre, eut beaucoup de 
religieuses appartenant aux maisons de Bourgogne. Béatrix 
de Blaisy est probablement sœur de Garnier, qui précède. 

3. 

Dans le sanctuaire, devant l'autel 

1341 

ALEXANDRE SIRE DE BLAISY 

Cette tombe est d'une belle gravure. La partie supérieure 
de la dalle est détruite. On voit un chevalier, vêtu du hau- 
bert et de la jaque, ceint de l'épée, armé d'une lance et por- 
tant l'écusson de Blaisy plein ; sous ses pieds un lion tourné 
à sénestre. 

Epitaphe 

.... I . . ES : SIRES : DE BLAISEV : chevaliers I : QUI : 
TRESPASSAV : LAN : DE : | GRACE '. M : CCC : XL ! I : LEVÂRDI : 
APRES : LA : FESTE. . . 

Les lettres tinales du nom propre es et la date 1341 ne 
permettent aucun doute. Cette tombe est celle d'Alexandre 1. 

I. Bibl. de la ville de Dijon, Fatms de ,Iuii;né, II, p. 290. 



l62 LES AUKIÈIŒ NEVKUX 



4. 

Dans le sanctuaire, cote de Vévangile 

i335 

AALIS DAME DE BLAISY 

Une femme, la tête voilée, les mains jointes, portant robe 
et manteau à longs plis; de chaque côte, à la hauteur des 
épaules, deux petits écussons : à dextre, de Blaisy plein ; à 
sénestre, parti de Blaisy et de ... à trois oiseaux de . . . au 
chef de . . . 



CI : 


GIT . 


MA : 

. . M 


DAME : 
: CGC 


Epitaphe 

AALl. . . 1 . 

: XXX : ï : 




DEx : 


. Di : 

AIT 


DEVANT : 


I- . . . . 

AMEN. 


V 


: i.AME : 



Du moment que les armoiries de Blaisy se lisent dans 
récusson gravé à dextre et dans la première partition de 
Tautre, « Aalis » était dame de Blaisy. — Ses armoiries per- 
sonnelles, qui occupent la seconde partition de l'écusson 
gravé à sénestre, reproduisent celles des sires de Drées, telles 
qu'on les voit dans l'église de La Bussière sur la tombe de 
Jean, sire de Drées, mort en i3i4, et aux archives de la 
paroisse de Drée, sur la copie ancienne de l'épitaphe de Jean, 
sire de Drées, mort en 1453. L'antique blason de Drées ne 
portait pas de merlette, mais cet oiseau qu'en Bourgogne on 
appelait vulgairement sajfre, espèce d'aigle de mer ou d'or- 
fraie, représentée de profil, le corps droit et les ailes un peu 
levées. Les régies de l'art héraldique spécifient les mer- 
lettes par la suppression du bec et des pattes; mais ces 
règles ou du moins leur application absolue ne remontent 
pas bien haut. A Fontenay, sur une tombe des Mello, parais- 
sent des mcrlettes avec tous leurs membres. Par contre, 
plusieurs sceaux portant des safîres présentent ces oiseaux 
sans pattes. Dans l'écusson d' s Aalis », les oiseaux ont le 
port des saffres, corps droit, ailes légèrement levées, mais 
point de pattes. Ce déficit, d'après ce qui vient d'être dit, 
n'empêche pas de yoir ici les armes de Drées. 

C'est donc à la maison de Drées que devait appartenir 
Aalis, dame de Blaisy. 



DE SAIN'I' nnKNARb 1(33 



(k'ttc conclusion est appuycc par les relations de t'amillc 
qui existent entre les ChauJenay-BIaisy et les Drces, à partir 
d'Alexandre I. En i335, « noble homme Messire Alexandre, 
seigneur do Rlaisey «, chevalier, Jean de Drées, Jean de 
Blaisy, écuyers, participent à un même acte. Lorsque Robert 
ot Guillaume de Drées se partagent, en i3 58, le patrimoine 
de leur père et mère, ils le font devant Geoffroy de Blaisy, 
sire de Mauvilly, chevalier, et Hugues de Drée, écuycr. La 
Grange de Chevannay, tenue par les Blaisy, mouvait en i36(S, 
du fief d'Hugues de Drées. Enfin, l'an 1371. x\lexandre H 
de Blaisy et Robert de Drées règlent de concert un intérêt 
de famille, et sont tenus d'obtenir le consentement des enfants 
d'Hugues de Drées (i). 

Aalis de Drées, dame de Blaisy, décodée en i335, fut sans 
doute l'épouse d'Alexandre I. 



3. 

Diiiis le sanctuaire, cote de Vépltre 

1 567 

SUZANNE DE BLAISY 

Cette tombe, de plus petites dimensions que les autres, 
d'une gravure peu profonde, est déjà très effacée. Elle ne 
présente pas d'arcature ou de baldaquin. On distingue, enca- 
drée seulement par la bordure, une dame, costume XV1° 
siècle, avec une coiffure à larges ailes, en partie relevées. 

Epitaphe 

Cy est r.A. REPRESENTATION ] DE EXCKLI.ENTE DAME MADAME 
SVZANNE DE HLESY QVE A | FAIT FAIRE. . | . .MESSIRE FRANÇOIS DE 
POT CHEVALIER. iStij. 

Suzanne de Blaisy, épouse de Christophe de Rochechouart- 
Chandenicr, mourut en i525. C'est probablement par les 
soins de sa fille, Gabrielle, mariée à François Pot, que cette 



1. Hist. iic Drce, \^. l'abbc Kenct, Dijon, i8ijo, p. 4.>, 47. — l'cin- 
cedc, .K.WIi, 14(1, 177. 



164 



LES ARUlIiRE NEVEUX DE SAINT BERNARD 



tombe — peut-être un simple cénotaphe — fut posée, dans 
l'église de Blaisy, l'an 1 567. A cette date — 2q novembre — il 
y eut reprise de fief des deux tiers de la baronnie de Blaisy 
par « Jean et Christophe de Pot, fils et donataires de dame 
Gabrielle de Rochechouart, femme de messire François de 
Pot, chevalier, seigneur de Chassingrinant «(i ). Gabrielle, qui 
ne survécut pas longtemps à cet acte, aura voulu, avant de 
mourir, rendre à sa mère un dernier hommage. 



Les inscriptions reproduites sont gravées en lettres onciales, excepte 
celle de la cinquième tombe où l'on trouve des caractères romains. Sur 
cette même tombe la séparation des mots est peu marquée. Sur les 
autres les mots sont généralement séparés par deux points. Pour la 
tombe n" 'i, celle d'Alexandre I de Blaisy, il y a trois points entre chaque 
mot, bien qu'une difficulté typographique n ait permis que d'en repro- 
ilaire deux. 



I. Archiv. delà Coie-d'Or, B. 10600, cote 35. 




GÉNi-:ALOGIE 



1:^36 
1239 
1243 

1248 1 

i2a5 

1258 



Gui de Chaudeuay. seiijnour chi lieu. 

Pctronillc de Blaisy. 

(Voir p. 130, taliloau gén. 
des Vcrgy-lJlaisy. 



il'.W 1 Jean de Chaudenay, sire île Blaisy. 

12.';8 l 

iîTÔ 1 1" X. 

1304 ] 

1307 / 2° Marguerite « d'Oigny » 

1310 1328 



Philippe. 



1314 I Alexandre I. sire di- Blaisy. 

1310 

1317 

1320 

1328 

1332 [ Aalis de Drccs 

1341 ' 133r; 



1345 



Jean II, sire de Blaisy. 



Jeanne de Jaiicoiirt. 



135i j Geoffroi II de Blaisy, 

1337 [ sii-e de Mauvilly. 

1341 

1352 

1358 j 1" Isabelle de Prangey. 

1366 I t° Jeanne de liupt. 

1372 1 3° X. 



, Ak'xand)-e II, s.\ic i Marsueiitc. .Isabelle. 

«5M deBlaisy. \\ h 

î^^^ j Yo/jHrfe de r/n/- l Gui de Pon- Uean dcCrecey. 

1386 „ „ I t n 1>. 1 /O 

' S.-Beury. ' tn,lh>r \ i 



Voir la descendance 
de (ieoliVoi II, au 
tableau suivant > 



tailler. 



1384 
1386 



yeai! /K, sire de Blaisv . 



Marguerite Bouliot. 



; Sicolas de Crecey. soi^'n. de 
' l!lai.sy en partie. 
1 Jeanne du Tremblay. 



1411 Ouiioî de Crece)', ./ca»!, seign. de i Philippe. 
' seign. de Blaisy | Lantilly, I ' 



Isabelle. 



en partie. 



Perrenotte de 
Marev-Fonlaineg, 



DES CHAUDENAY-BLAISY, 1 



Armoiries : D'or à la fasce de sable, accompagnée de six coquilles de même, trois 

en chef, trois en pointe. 
Domaines : (;iiaudenay-le-(;iiâteau, (Uiaudenay-la-Ville, Tlioisy-Ie-Désert, Blaisy, 

Clievann.'iv. 



Alexis i 



1235 / Colir. de Chaudenay, seign. de Cliaudenay 
1258 ' en partie, (^hevigny-Fénay. 

1309 ' X. 



1316 
13i4 
1339 



Geoffroi I de Blaisy, 
frère d'.Vlexandre 1. 
1° Huguette de La Perrière. 
2" X, dame de Villecomte. 



iPoincet dit 

1311 ^ '!" '•"''"- 



1339 



denay. 
Isabelle de 
Latrecey. 



Agnès, \ Alexandrine, 
abliessel religieuse à 
de Tart Larrev. 



du 



2">'- lit. 



Philibert , seigneur de 
1339 1 ■^'•"""••- I ""'"■""■"'".' '. I "';'"' } Villecomte en partie, 

lotn \ 1° Jacques de Chazan. moine bénédictin. 1391 \ „ ■ ^ ■ j- -C, ^ ■,, 
138? j „. ^ \^ ■ J .,. .. .«„A ) Beatrix de ChatUlon- 

Guyotte. 



Jeanne. 



2" Geoffroi du Meix. 



Guillaume, ? 1357 



1400 



lit. 



Bertrand de 
Cha;an. 



Philippote. 
i° Oudot de 

Ncslcs. 

2" Guillaume 

Damas. 



1387 
1391 



Eudes, seign. 
ido Villecomte. 



Guillaume, 
tué à Nicopolis. 



Jean, abbé 

de S. Seine. 

1391 , 1398 , 

1439. 



iJean.^i'ign. de Villecomte.- 
(P. Anselme, IV, 823.) 
Jeanne de Choiseul. 



l Philippe, seign. de Villecomte. 
14,")3 1 (Invent, de S. Seine, 

1454 ] n" 98, fol. 37.) 

Bonne de • Champlevy «. 



PL 14 




TOMBE DE HUGUES DE FONTAINES 



GÉNÉALOGIE 



Voii' \e tableau prt'cédent, 
p. 166. 



1325 ( Geoffroi //de Blaisy, sire de Mauvilly. 

1337 1 1" Isabelle de Prangey. 

1358 \ 2° Jeanne de Riipt. 

1372 ( 3° X. 



1 Jean JII de Blaisy, sire de Mauvilly, 
1367 ) chambellan du roi et du dur. 
1396 I 

\ Jeanne Damas de Marcitlr. 



1372 
1373 
1381 



hab;llc. 



Huot de Seigny, remarié 
h Isabelle de Sallres. 



1398 I Hugues. 
1400 \ 

14:2 j Huguctte de 
1413 ( Chassenase. 



1398 



IU3 



Alexandre III de 1 Guillaume. 

Rlaisy. ' 

Catherine de Mon- 

taigu-Couches. 



Jean V I Agn^s 



1424 ,' 



Jean de Chau- 



j virey. 
|(Peincedé XXVII, 
I 457.) 



I Claude I de Alexandre IV. \ Jacquette. 
1424 1 Blaisy. | 

1448 j Jeanne de 

' Granson. 



Claudine de (Ms de Palliot, I, 
Chauvirey. 805, 810. — 

l'eincedé VIII, 
1453 ] J27.) 

Jean Le Mairet, seig. de 
Mauvilly,' et Chfiteau- 
Renaud (S.-et-L.) 



1483 



1473 
1479 
14S6 

ir,i)3 



Claude II, ie\a:n.\ Guillaume. 
de Blaisy, Couches,! 
Brog'non, etc. 

Louise de la Tour 
d'Auvergne. 



Guillaume 


Mlle. 


Charlotte. 


, Jeanne. 




Suzanne de Blaisy. 


Le Mairet. 




Guillaume de 


\ Guillaume 


i;;o8 , 




■ 




LaThieulUère. 


Poinceot, 
i seign. de 
1 Thenissev. 


1525 J 


Christophe de Roche- 
chouart-Chandenier. 



DES CHAUDENAY-P.L.MSY. Il 



Domaines: Mauvillv. Tarsul-lès-SauIx, Neuilly-lès-Dijon, Villars près Semur. 



1363 / Agnes. 

1374 

1379 

1390 , , 

1403 / ' "'"''/'/"' '^^ Monestoy. 

1424 I 2" Robert de Florigny. 
du I 1<" lit. 



Huguenin de Monestoy. 



i Guillaume. 
1350 ) 

1363 \ Isabelle de Clwiscul, 

' dame d'Ormov. 



IGarnier de Blaisy. 
(PeincedéXVII, 38o : 
D.Planclier,IlI,Pr. p.Sn.) 
\ Jacquette d'Angoulevant. 
'3*^'' i (PeincedéXVII. 38:j; 
[ XXVII, 76.) 



}i^}MMh}^r^hlhïh}Mhïh^J'^â^^^^ 



S4 
LES SAULX - FONTAINES 



Sur le plateau qui s'étend au Nord de la rivière de 
rignon, entre Is-sur-Tille et Moloy, s'élève, pareille à 
un cône volcanique, la montagne de Saulx. Au sommet 
était bâti le château-fort de ce nom, vrai nid d'aigle 
que le roi Henri IV qualirîait plaisamment le nid à rats. 
Démoli à la suite de la Ligue, il n'a laissé aucun vestige. 

La vallée de L'Ignon renfermait plusieurs dépen- 
dances de ce château : Courtivron, Tarsul, Villcomte. 
Plus loin, dans la direction de Dijon, d'autres maisons 
fortes en relevaient également : Vernot, au fond d'une 
combe sauvage ; Vantoux, habitation plus riante, déjà 
rapprochée de la cité ducale et voisine de Fontaines. 

Le château de Saulx mouvait, à l'origine, de l'évèché 
de Langres. Ce fut une branche de la maison de Grancey 
qui le tint jusqu'à la fin du XIIP siècle, époque où il fut 
acquis par la maison de France et entra dans le domaine 
de nos ducs. L'évcque Brunon avait constitué les sires 
de Saulx ses avoués et protecteurs, et leur avait donné 
en retour le titre de comte, sorte de fief nu qu'ils con- 
servèrent jusqu'en 117Q. Gui de Saulx le vendit alors au 
duc de Bourgogne Hugues HL qt-ii 1<^ remit à son oncle 
l'évéque de Langres (i). 

I. Mignc, col. 1435, C. 



174 l-ES AKRlEUli NUVIiUX 

De 1182 à 1193 le seigneur de Saulx fut le fils aîné 
de Gui, nommé Othon. Celui-ci ne porta donc plus, 
comme son père et tous ses ancêtres, le titre de comte : 
déjà commençait pour cette maison le déclin de la gran- 
deur féodale. Cependant les domaines étaient toujours 
nombreux et riches. A ceux plus haut énumérés s'ajou- 
taient, dans le voisinage de Saulx, Villey, Poiseul, Fré- 
nois, Léry; à Dijon, plusieurs maisons ; dans la banlieue, 
des terres ; aux abords de la plaine, à Quetigny, Rou- 
vres, Fénay, des terres ou des redevances. 

Othon laissa vers 1 i()3 1a seigneurie de Saulx à Gui, 
son fils aîné (i). Ses autres fils furent Guillaume le Roux, 
seigneur de V^intoux en partie ; Hugues, chanoine de 
Langres ; Girard, seigneur de Vernot. Il eut aussi plu- 
sieursfilles, entre autresSibylle, dame de Léry,etDame- 
ron, dame de Villccomte. Sibylle épousa d'abord Gau- 
tliier de Minot, et ensuite Jacques de Bigorne. Sont nés 
de ce double mariage Foulques et Gauthier de Minot, 
Jean de Bigorne. Dameron eut également plusieurs ma- 
ris : 1" Guillaume de Chàteauneuf, dont elle eut Jean ; 2" 
Guillaume de Marigny-sur-Ouche, dont elle eut Guillau- 
me et Alix de Marigny, celle-ci mariée à Huon de Ver- 
gy, puis à Milon de F'rolois. (2) 

Le deuxième fils d'Othon fut donc Guillaume le Roux, 
en langue romane «liRosset». Guillaume eut en héritage 
une partie de la terre de Vantoux (3), dont son frère 



1. E. Petit, m, p. 327, 328. 

2. D. Plancher, II, 414 et siiiv — Archiv. de la Cote d'Or, cartul de 
S.Seine, ch. XXW-XXXVIl ; cartul.de S. BJnii^nc H. 119 A, Première 
partie, ch. 283 et 2C,G. — E. Petit, IV, p. 10b, 3^22, 421, 438. 

3. Archiv. de la Côte d'Or, B. 11634, layette Saulx le Duc, chapitre 
collégial de N. D., cote 46 : 

«Nos Amedcus abbas sancti Stephai:ii divionensis et Johannes de 
Sauz decanus lingonensis notum facimus omnibus présentes litte- 
ras inspecturis quod, constitutus in presentia nostra, dominus 
Fulco de Migno miles crucc signatus recognovit, apud Divionem 
in itinere suo transmarino, quod ipse dédit et cuncessit in puram 
et perpetuam elemosynam Deo et canonicis de Sauz duas cminas 



DE SAIN 1 UKKNAKI) 175 



aîné garda la mouvance. Il épousa une petite nièce de 
saint Bernard, Belote de Fontaines, et de ce chef devint 
seigneur du lieu (i). 

Beloteéiait tille deCalon de Sombernon, car elle avait 
droit de suzeraineté sur la terre de Fontaines, comme 
on le voit, à la fondation de Bonvaux, qu'elle approuva 
en tant que dame du lief. Guillaume céda lui-même à 
ce prieuré, du gré de sa femme et de ses enfants, ce qu'il 
avait dans la dîme de Rouvres. Le cartulaire de Bon- 
vaux contient deux chartes (2) attestant la ratification 
de ce don d'abord par Richard de Dampierre-sur-Salon 
en i'220, et ensuite par l'évèque de Chàlon, en 1226 : 
dans la seconde, Guillaume est ainsi désigné RGuillelmus 
miles, frater domini Salii ». Belote mourut prématu- 
rément, vers 1220. Elle avait donné à son mari trois fils, 
Jean, Galon, Othon, et une fille, Aalis. Guillaume, cité 
encore en 1238, était mort en 1247 (3). 

Outre le prieuré de Bonvaux, les abbayes de La Bus- 
sière et de Saint-Bénigne reçurent les libéralités de Guil- 
laume le Roux. 

Héritiers de leur mère et peut-être aussi donataires 
de leur père, les enfants de Guillaume et de Belote par- 



bladi. mcdietatem consiliginis et medietatem tremisii, quas ifom/'- 
niis (iiiillclmus. Riiffus de Sciii:; ei dédisse dicitur percipiendas an- 
nuatim in bonis suis de N'antoux, pro aiiquo meffait qund timebat 
habcre de dicto domino Fulconeea ratione quod terram dicti do- 
mini Fulconis diu tenuit. De ipsis antedictis duabus eminis dicti 
bladi recognovit se investivisse canonicos supradictos, ita quod 
quicumque bona dicti doiniiii Guillelnii de r.7n/o».r tenebit, dictas 
duas eminas dicti bladi annuatim reddere tenebitur canonicis su- 
pradictis. In cujus rei testimonium, ad procès dicti Domini Ful- 
conis, presentibus litteris sigilla nostra apposuimus. Actum anno 
Domini M. CC. XI, octavo, mense aprilis. « ]'idimiis. 

Kn 124S ("luillaiiiiie le Roux était déjà mort, bien que la charte ne soit 
pas explicite à cet égard. — C'était pour sa terre de Vantoux et peut- 
être d'autres encore qu'il était vassal de son frère Gui, seigneur de 
Saulx. D. Plancher, 1, Pr., p. q6. 

1. .Migne, col. 1478, C. 

2. Archiv. de la Côte d'or, H. 27, n- 228, fol. i. 

3. Ibid.Peincedé, XVIII, 140; H. 82, S. Bénigne, layette Sombernon 
ch. de 1247. 



176 I.KS ARRIÈRE NEVEUX 



ticipèrent de bonne heure à la jouissance de leurs terres 
et seigneuries. 

Jean I est qualifié seigneur de Fontaines dans un titre 
de 1220. Il résulte de ce titre que Jean avait donné aux 
religieux de Bonvaux trois setiers d'huile de noix, pour 
l'entretien d'une lampe, et que cette redevance était 
assise sur Enguerrand de Fontaines, homme des Tem- 
pliers. Il semble en résulter aussi que Jean ou ses pré- 
décesseurs avaient encore donné aux Templiers deux 
journaux de terre près le château de Fontaines, deux 
autres au finage à'Echirey, une vigne sur le territoire de 
Chazeuil, et quelques sous de cens. Ainsi apparaît-il que 
la maison fortcdc Ruffeyavecses dépendancesà Echirey 
pouvait être déjà entre les mains des seigneurs de 
Fontaines, comme nous Vy trouverons plus expressé- 
mentpar la suite (1). D'où venait cet héritage? A quelle 
époque précise fut-il annexé à la seigneurie de Fon- 
taines? Nul document ne fournit la réponse à ces ques- 
tions. 

Jean I quitta le siècle et se fit religieux à La Bussière, 
où il célébra sa première messe, devant une nombreuse 
assistance, au mois de janvier 122b, n. st. Ces détails 
sont enipruntés à une charte dont voici le texte : 

Noverint univers! priusentes pariter et futur! quod Cala 
filius domin! Willelm! Ruffi de Sauz, die qua frater ejiis 
cantavit missam novam coram plurimis in capitula Buxeri;t', 
pro animabus omnium antecessorum suorum, dédit nobis 
(Deo ?) et fratribus Buxeriic in elemosinam perpctuam unum 
sextarium frumenti in tertiis de Aubigneo annuatim capien- 
dum. Hoc laudavit soror ejiis Aali:; domina de Bruce ; et ut 
ratum habcatur, ad pctitionem utriusquc partis, ego Herveius 
dominas Sombernionis prcesentem cartulam sigilli mei muni- 
mine roboravi. Actum esi hoc anno Domini m. ce. xxv, mense 
januarii (2). 

1 . Migne, col. i478-i47q. 

2. Bibl. nat. cartul. de La Hussière, lat. 17722, p. 147. 



DE SAINT BERNARD 



Hervc seigneur de Sombernon qui scella cette charte, 
était cousin de Jean I de Fontaines. Celui-ci n'est pas 
nommé dans la pièce, mais comme il ne reparaît plus 
désormais, il y a tout lieu de croire qu'il est réellement 
le « frère de Galon de Saulx » qui se fit moine à La 
Bussière. Un document ayant rapport à ce fait est ainsi 
analysé par F. de la Place : « Autre lettre par laquelle 
appert que Jean de Fontaines donne tout son bien à 
Guillaume de Fontaines, pour se mettre en religion. 
Datée de Tan mille deux cens (i). » La date a été lue 
incomplètement. « Guillaume » est-il l'exacte leçon ? 
N'est-ce pas à ses frères plutôt qu'à son père que Jean 
aura donné ses biens? Peu importe. 

Dans le partage primitif, lorsque Jean I devint sei- 
gneur de Fontaines conjointement avec son père, Galon 
eut le patrimoine de ses parents à Aubigny, Somber- 
non ; Othon eut Rutîev. Goyon ou Sainte-Marie semble 
avoir été partagé. Il v a motif de penser ainsi. 

En etïet, Guillaume et Belote ayant donné à La Bus- 
sière les pâturages d'Aubignv et de Sombernon, te don 
fut rappelé un peu plus tard, dans une charte de liai, 
portant qu'il y avait eu assentiment de Galon, à qui la 
terre d'Aubigny et de Sombernon était dévolue, « cui 
prœdicta terra jure haîreditario successit » (2 . On 
vient de lire la charte delà donation faite par Galon à la 
même abbaye sur les tierces d'Aubignv, en 1 2-26.De plus, 
en i23i. Galon, approuvé de son épouse, Dannot, de 
son frère, Othon, et d'Hervé de Sombernon, seigneur 
du fief, donna à Gîteaux droit de pâture sur Sainte- 
Marie (3). Galon avait donc fief à Sainte-Marie, Aubigny 
et Sombernon. 



1. Migne, col. i486, 15. 

2. Arclliv. de la Côte d'or, H. 326, La Bussière, ch. de 1222. 

'}. Ibid.. cartul. de Cîteaux n- 16p. fol. 87 : Hervé de Sombernon, 
seigneur du tiet. attes;e que •> Calo tilius domini Guillelmi Rosseth mi- 
litis de Sauz, laude et assensu uxoris sue Daiiinon et Othonis tratris 



LES AKKIEKE NEVEUX 



En second lieu, suivant une charte non date'e qui peut 
se rapporter à 1220 environ, « Odo Rosset de Sauz » 
engagea aux nioines de Gîteaux, pour liuit livres dijon- 
naises, sa portion des pâturages de Sainte-Marie. L'emploi 
de « Odo » pour « Otho » est assez fréquent ; le surnom 
du père était facilement attribué au fils : il est donc pro- 
bable qu'il s'agit ici d'Othon, frère de Galon (i). Ensuite, 
l'an 1235, paraît au cartulaire de Molesme Othon, sei- 
gneur de Ruiïey, qui doit être encore le frère de Galon, 
si cette terre appartenait aux Saulx-Fontaines. Nous 
rapportons la charte : 

Ego Otho dominus Ropheii notum facio presentibus et 
futuris quod ego et Amelina iixor mea laudavimus monachis 
ecclesie Molismensi venditionem de Sancto Bénigne et de 
Moytrum quam dominus Bartholomeus li Chanjonez fecit 
eisciem monachis, et nos cisdem monachis damuset concedi- 
musin elemosinam quicquid juris in antedictis villis habe- 
bamus ; et ut hoc firmum permaneat presentem paginam 
sigillo meo sigillavi. Actum anno domini M. CC. XXX, 
V. (2). 

Ainsi Othon était seigneur de Ruffcy, et possédait 
une part de la terre de Sainte-Marie. Gette assertion 
n'est pas sans probabilité. 



predicti Calonis, dédit Deo et B. Marie Cistercii et tVatribus ibidem Deo 
servientibus, usuagium per totarn pasturam de Coyon.. Cistercienses 
vero, respicientes bonam voluntatein ipsius, dederant cidem Caloni 
propter hoc decein libras divionensis inonete. Actuin anno i23i. » 

I. Ibid., fol. 86 : « Universis Christi fidelibus présentes litteras ins- 
pecturis Jacobus divionensis decanus salutem in Domino. Ad universi- 
tatis vestre noticiam volumus pcrvenire qiiod fratres Cistercii commo- 
daverunt Odoni Rossctli de Sau^ octo libras divionenscs super partem 
suam pasture de Coion quam eis pro jamdictis dcnariis pi^nori obli- 
gavit tali interposita pactione quod quum dominus Guido de (]oion de- 
vadiabit a monachis suam partem quam tenent nomine pignoris, pre- 
dictus Odo tencbitur persojvere memoratis Cistcrciensibus jamdicias 
octo libras infra mensem quo ab eisdem fuerit requisitus. Et sciendum 
quod ista devadiatio débet fieri mense Martii.Quod ut memoriam tencat 
hrmiorem, ad pcticionem utriusquc partis in scripto redegimus. » Jacques 
doyen de la Chrétienté de Dijon parait dans les titres durant les vingt 
premières années du XIII siècle. Gui de Coyon est cité encore dans 
une charte de 1222 : H. SaG, La Bussière. 

2. Cartul. de Molesme, il ,fol. jS-jù. Il s'agit des villages de Saint- 
Broing, et Moitron. 



DE SAINT BERNARD tjp 

Daniiot, épouse de C.alon, est d'une famille inconnue. 
Ameline, épouse d'Othon, était sreur de Barthélémy le 
Clianjon, seigneur de Saint-Julien, de la maison de 
Grancey, branche Luccnay-Saint-.Tiilien (i). 

L'entrée de Jean I en religion reporta sur ses deux 
frères le droit à l'héritage de Fontaines. Aussi les moi- 
nes du Petit-Clairvaux leur demandèrent-ils de ratifier, 
comme seigneurs du fief, la donation que Garnier de 
Fontaines fit à leur maison en février 123 1. .Vu mois 
de septembre de la même année. Othon et Galon. « Otho 
et Kalofratres, domicelli de Sauz, filii domini ^^^llelnli 
de Sauz », donnèrent l'approbation voulue devant Ro- 
bert doven de la Sainte-GhapcUe et Eudes doyen de la 
Ghrétienté , et s'engagèrent à la renouveler, à Noël, en 
présence du duc ou de l'évcque de Langres, si les reli- 
gieux le requéraient (2). Pareille précaution fut prise 
par l'abbesse de Pràlon, à propos de la grange de Ghan- 
ge\', et même approbation fut accordée, devant les 
mêmes témoins, en novembre i232. par Galon, alors 
adoubé chevalier, et Othon son frère « dominus Kalo 
miles, et Otheninus frater ejus » {3). 

Othon mourut sans postérité ; du moins le manoir de 
RulTey passa aux mains des fils de Galon, comme on le 
verra plus loin. 

Gelui-ci est cité le 6 juin 1246 dans le testament 
d'Hervé II de Satires. Hervé rappelle que les sires de 
Satires tenaient de « seigneur Galon de Saulx et de ses 
hoirs » plusieurs fiefs à Sombernon et dans le voisi- 
nage (4). Au mois d'août 1247, Jean doyen de la Sainte- 



1. Archiv.dcla Haute-Marne, cartul d'Auberive, Pars tcrtia : plusieurs 
chartes de ce recueil fournissent de précieux documents sur cette bran- 
che des Grancey. Aiiicline et Barthélémy étaient nés de Huyucs le 
Chanjon, fils de Calon de Grancey dit de Saini-.Iulien qui figure dans la 
charte de commune île Dijon. (lûSy). — Cf. E. Petit, 111,28(1,472; 1\'.'.^<SS . 

1. Archiv. de l'Aube, cartul. de Clairvaux II, p. 2-6. 

■J. Mignc,col. 142Ô, A. 

4. Ibid., col. 1489, D. — Arvhiv. de la Cote-d'Or, titres de tamillc 
E, 34 bis. 



150 r.KS ARRIERE NEVEUX 

Chapelle et Garnier doyen de la Chrétienté notifient que 
Calon de Saulx « dominas Kalo de Sauz, miles, filius 
domini Guillelmi Rufi de Sauz, militis, defuncti », a 
reconnu et approuvé la donation faite par son père à 
l'infirmier de Saint-Bénigne, donation qui était d'une 
émine de blé assise sur les tierces de Sombernon ( i ) . 

Vers cette époque, Calon reçut à Fontaines le domi- 
nicain Etienne de Bourbon qui hantait depuis quelque 
temps la contrée, et venait d'y prêcher. Dans le château 
natal de saint Bernard, Calon et son hôte s'entretinrent 
naturellement du saint abbé et de ses parents. Etienne 
était avide d'anecdotes, et il fut heureux d'entendre le 
seigneur de Fontaines lui conter le récit suivant. 

« Lorsque saint Bernard eut converti tous ses frères 
et en eut fait des moines, leur père, plus enraciné dans 
le siècle, y demeura seul. L'abbé de Clairvaux vint alors 
à Fontaines et y fit une prédication. Il parla en plein air, 
près du tronc d'un vieil arbre. Tescelin était parmi les 
auditeurs. Saint Bernard voyant son père rester endurci, 
commanda à des hommes qui attendaient ses ordres, de 
mettre le feu à des brindilles desséchées qu'il leur avait 
fait amasser autour de l'arbre. Les brindilles s'enflam- 
mèrent rapidement, l'arbre fut plus long à prendre feu, 
mais à la fin la flamme jaillit du tronc, et il sortit des 
branches comme une sueur noirâtre avec des tourbillons 
de fumée. Quand l'incendie fut bien allumé, le saint se 
mit à décrire les peines de l'enfer. Il dit à son père qu'il 
était pareil à ce tronc d'arbre, qu'il ne pouvait être em- 
brasé du feu de l'amour divin, ni pleurer ses péchés, ni 



I. Ihid., H. 82, S. Bénigne, layette Sombernon : « Nos Johatines de- 
canuscapelle Ducis et magister Garnerus decanus Christianitatis divio- 
nensis notum facimus quod, constitutus in presentia nostra, dominus 
KalodeSauz miles, filius Domini Guillelmi Rufi de Sauz militis defuncti. 
rccognovit quod dominus Guillclmus pater suus dédit et concessit, pro 
remedio anime sue et antecessoniiu suorum. Deo et inhrmario sancti 
Bcnigni divionensis unam cminam tVumenti percipiendam, singulis 
annis infra festum sancti Remigii, in tertiis suis de Sombonume... Ac- 
tum anno Domini M. CC. quadragesimo septimo, mense Auguste. » 



DE SAINT liF.RNAUD l8l 



soupirer vers Dieu; qu'à moins de faire pénitence, il irait 
en enfer, où e'ternellement il brûlerait, pleurerait et ré- 
pandrait une fumée fétide. A ces paroles, le père fut 
touché de componction, et ayant suivi son fils, il se fit 
moine ( i) ». 

Nous avons traduit le texte d'Etienne de Bourbon. 
Est-ce exactement le récit sorti de la bouche de Galon ? 
L'auteur n'y a-t-il rien ajouté ? Qu'importe, on aime à 
voir qu'au château de Fontaines on ne contait pas 
seulement les prouesses des chevaliers, mais aussi les 
faits et gestes d'un grand moine, dont on avait le sang 
dans les veines. Saint Bernard n'était point oublié, et 
une légende se formait autour de son nom. 

Galon de Saulx fut aussi témoin d'un événement de 
famille, auquel, sans doute, il ne put s'empêcher de 
prendre part. En 1249 ou 1260, lorsque les ossements 
de la B. Alette furent transférés de Saint-Bénigne à 
Glairvaux, le seigneur de Fontaines n'aura pas laissé 
exhumer ces précieux restes sans accourir, avec ses en- 
fants, près de la tombe vénérée qui allait devenir un 
simple cénotaphe. Ainsi se conservait le souvenir de 
saint, Bernard et de sa famille entière, parmi ceux qui, 
avec fierté, se nommaient ses arrière neveux. 

La fondation privilégiée des seigneurs de Fontaines, 
Bonvaux, attira spécialement l'attention de Galon. Par 
acte daté du mois d'août 1267, ■' }' fonda son anniver- 
saire et celui de son épouse, Dannot, moyennant la ces- 
sion de ses biens, situés à Daix et Hauteville, biens qu'il 
avait jadis achetés d'Hugues de Pateau et de Renier son 
frère. Pateau était un fief du finage d'Avosnes. Gette 
donation se fit du gré de l'épouse de Galon, et de leurs 
fils, Jean et Guillaume (2). 

Galon, décédé le 3i octobre 1270 ou le i^"" novembre 
1272, fut inhumé à Bonvaux. Sa tombe, élevée déterre 



1 . Migne, col. 067. 

2. Ibid., cjI. 1430. 



■l'S'i LES AllUlÈRE NEVEUX 



et posée sur quatre colonnettes, était dans la chapelle 
de Sainte-Catherine, attenante au chœur des religieux. 

Aalis, sœur de Calon de Saulx, épousa en premières 
noces Etienne, seigneur de Bresse}', dont elle eut plu- 
sieurs filles. Celles-ci étaient encore en bas âge quand 
mourut leur père, et Aalis ne tarda pas à se remarier 
avec Eudes de Domois. Une charte d'Hugues IV, duc 
de Bourgogne, datée de décembre i233, atteste « que 
Eudes de Domois, chevalier, et Aalis son épouse ont 
reconnu avoir engagé au chapitre de Langres, pour 
quarante livres stéphanoises,tout droit qu'ils avaient sur 
la dîme devin, à Fixin ». Ce droit était partagé par les 
filles nées de feu Etienne de Bressey et de ladite Aalis ; 
il fut stipulé que, si ces filles parvenues à l'âge légal 
refusaient leur consentement, le duc lui-même les dé- 
dommagerait (i). Aalis de Saulx eut de son second ma- 
riage, (Guillaume, Guiot, Guillemette dite Dannot et 
Adeline. Parmi les enfants des deux lits on ne retrouve 
la trace que de Guillemette et d'Adeline. 

Au mois de juin ribg, Aalis, « Aalydis soror do- 
mini Calonis de Sauz », donna aux Templiers de Cri- 
molois le droit de prendre une charrette de bois dans 
toutes ses forêts de Bressey. Agréèrent cette donation 
Eludes, son mari, et tous leurs enfants, « Odo de Domois, 
miles, maritus dicte domine Aalydis, et Guillelmus, 
Guiottus, Dannoz.. et Adelina, liberi dictorum domine 
Aalydis et domini Odonis » (2). 

1. Bibl. liât, cartul. de l'I'^glise de Langres, copie Bouhier. lat. 17100, 
p. Û7. 

« Ego Hugo dnx Burgundie nouim facio quod Odo de Deiuois 
miles et Aalis uxor ejus... recognoverunt se pignori obligasse in 
manu Capituli lingonensis pro XI. libris monete stephanicnsis 
quidquid juris dicti scilicet Odo et Aalis et fUiœ Stephani doiniui 
de Brece defiiucti et prLi'dictiV Aalis habebant in décima vini de 
Fixins... Si vero pra'dicttr filia;, cum ad legitimam ivtatem perve- 
nerint, laudare noluerint... ego pra^dictus Hugo dux teneor red- 
dere... Actum anno M. CC. XXXHI. mense Decembris. » 

2. Archiv.de la Cote d'Or, H. i2o5, La Madeleine, layette Crimolois 
et Bressey. Le passage de la charte énuniérant les enfants d'Aalii est 



DE SAINT lU-RNARO l83 



Aalis de Saulx et Eudes de Domois reçurent la sépul- 
ture à Bonvaux, mais la tombe commune qui recou- 
vrait leurs cendres, ne porte point de date. Eudes e'tait 
mort en i 2~6 ( i). 

Guillemette de Domois épousa Perreau, fils de Lambert 
de Rouvres. Lambert était un des principaux officiers de 
la cour ducale ; son fils fournit une carrière plus humble. 
Avec sa mère, Joyot, déjà veuve en 1257 et remariée à 
Falcon de Réon ; avec sa femme. plus ordinairement appe- 
lée Dannot, de son simple surnom, Perreau figure dans 
plusieurs titres, de 1267 à 1278. Ces titres notifient des 
ventes à Saint-Etienne, Saint- Bénigne, Bonvaux, sur les 
territoires de Bray, Domois, Genlis ; aucun ne donne à 
Perreau une postérité (2). 

Adeline, sœur de Guillemette, fut mariée à Henri dit 
le Larron, qui tenait fiefs à Tenissey, Bellenot-sur- 
Seine, Vaux, Origny et Cosne. P211e était veuve en 1292, 
et avait pour fils Jean de Bellenot, dit aussi le Larron 
ou le Larrenat, dont les armes étaient : de., à un sau- 
toir de., au lambel à trois pendants de.. Chevalier du 
duc Eudes IV, Jean fut châtelain de Brazey, deTalant, de 
Rouvres, et auditeur des Comptes. Il laissa des enfants, 
mais sa fille Alix eut seule une postérité, qui s'est pro- 
pagée par les seigneurs dits de Mypont, fief situé sur 
Puligny (3). 



ainsi conçu : « nosGûills, Guioitus, Dannoz Guiottus et Adelina liberi.» 
Dannot de son vrai nom s'appelait Guillemette : cartul. de S. Etienne 
n" 22, fol. L. Il semble donc que <( Dannoz Guiottus » la de'signe seule : 
il y aurait fausse graphie. 

1. Ibid. B. I 1620, cote 3 ; B. i lôjy, cote 4. 

2. Ibid. 1. c. et B. 10480, cote 263 : cartul. de S. Bénigne H. 1 19 A, 
Deuxième partie, ch. 21, 78-81 ; cartul. de Bonvaux H. 27 n- 228, foi. 
40; cartul. de S. Etienne n- 22, fol. XLI. et L. — E. Petit, IV, 418. 

3. Ibid. Peincedé, I, 207 : on lit dans l'original : a .Madame Adeline 
féme jadis monsei.îiior Henri lou Larron de Tenissy chevaliers et ,)e- 
hanz ses rils ; » 2()5 ; XXV, 180, 5o2, XXVII. 21, 3i. 87 147. — B. 357, 
cote iSi : sceau de .lean de Bellenot. — .-irmoiial de la chambre des 
comptes, p. io5 . 



184 I-ES ARRIÈRE NEVEUX 

A Fontaines, après la mort de Galon de Saulx, ses fils 
Jean II et Guillaume possédèrent chacun une part de la 
seigneurie, mais la mouvance du tout appartint sans 
doute à Jean, qui était l'aîné. Parmi les autres biens 
patrimoniaux, Jean eut la terre de Rulïey, et Guillaume 
celle d'Aubigny. Tels furent du moins entre les deux 
frères les partages définitifs. 

Dans sa portion du chatel de Fontaines, Guillaume 
eut l'héritage resté aux mains des Vergy-Blaisy. Ceux-ci 
ne continuèrent pas à tenir de lui ce fief, mais lui ven- 
dirent tout le droit qu'ils y avaient. Par acte daté de mars 
1272/3, Hugues de Blaisy et Perreau, son lils, cédèrent, 
moyennant quatre-vingts livres viennoises, à Guillaume, 
seigneur de Fontaines, écuyer, le meix qu'ils possédaient 
dans le dit château de Fontaines, plus le tiers de la grande 
vignerie, et tout ce qu'ils avaient depuis la porte Guil- 
laume à Dijon jusqu'au finagede Daix, et depuis le mou- 
lin de Chèvre-morte jusqu'à Ahuy » (i). Guillaume fut 
d'ailleurs préoccupé d'accroître son domaine de Fon- 
taines : en octobre 1277, il acheta une pièce de terre des 
héritiers de feu Humbelin, maire du lieu ; en avril 1 282, 
il acquit un jardin des enfants de Humbcrt (2). 

Jean II eut pareil souci pour la terre d'Aubigny, 
d'abord comprise dans son partage ; en décembre 127G, 
il racheta de Huguenin de Fleurey, au prix de seize 



1. Ihid. Titres de famille, E. i23 : « In nomine Domini Amen. Anno 
Incarnationis ejusdemM. CC. septuagesimo secundo, Mense Martii, 
ego Hugo de Blaiseio miles et ego Perrellus filins cjtis.. notum facimus 
q'uod,. vendidinius, concessimus et quittavimus in ha.'reditatem per- 
petuam Guillehno domino de l^'oiitaHis domicelio, pro se et cjus here- 
dibus, mansum unum quem habebamus situm in castre de Fontanis 
et tertiam partem magnas vigneriœ de Fontanis, et quidquid habemus, 
in Castro, villa, finagiis et territoriis de Fontanis, scilicet in fortherecia, 
mansis, domibus, fiirno, hominibus. vigneriis, justitia. domiiiio, nemo- 
ribus.vineis, terris, corveis, emendis, foresfactis, tailliis, censibus, tertiis, 
decimis, pastui .igiis, costumis, redditibus, exitibus, juribus, bonis et 
commodis quibuscamque. prout hsec omnia se ingerunt a Porta Guil- 
lelmi divionensis usque ad finagia de Dez et a molendino de Chièvre- 
morte usque ad Aqnaeductum, quae omnia tam nos quam praedeces- 
sores nostri a dicto Guillelmo et suis prœdecessoribus tenueramus in 
feodum et casamentum.. >> 

2, Migne, col. 1452, D, 1490, B. 



DE SAINT BERNARD IQD 



livres viennoises, trois setiers de ble' dûs annuellement 
sur les tierces de cette terre (i). 

La même année, en novembre « Jean de Fontaines, 
damoiseau >> était l'un des témoins de Guillaume de 
Saudon qui, assisté de sa femme, Lucie Bigot, vendit 
un quart de la dîme de Glénay, Bretigny et Ogny (2). 
Guillaume de Saudon, voisin des Saulx-Fontaines par 
ses possessions, pouvait avoir aussi, par sa femme, quel- 
que affinité avec eux. 

Un peu plus tard, au mois de juin i2f^4, « Jean sei- 
gneur de Fontaines » reprit de tîef de noble homme 
Alexandre de Montaigu, seigneur de Sombernon, une 
corvée du tînage de Fontaines (3). 

Jean II et Guillaume furent armés chevaliers vers 
1280. 

L'année suivante, l'épouse de Guillaume, Agnès de 
Dampierrc-sur-Salon, donna, relativement à ses partages 
de famille, une charte dont voici l'abrégé : 

In nomine Domini Amen. Anne Incarnationis ejusdem 
millesimo ducentesimo octogesimo primo, mense )unii, ego 
Agnes Jilia deffuncti domini Odonis domini d? Donnapetra 
super Salon, militis, notum facio.. quod ego partita sam 
penitus et divisa a domino Richarde domino de Donnapetra 
et domino Hiigor.e domino de Charge, fratribus meis.. in 
bonis omnibus paternis, maternis et acquisitis... Richardus 
mihi cessit... quidquid habebat de capite domine Clementie 
in villa et tinagiis de Gemellis.. et Hugo., quidquid habebat 
in villa et tinagiis de La Ghapele que est inter Blex et Charge., 
etin magna décima de Sancto-Juliano et alibi in ValleSancti- 
Juliani.. H.a;c autem omnia.. ego Guillelmus de Fontanis, 

1 . Ibid. col. 1453. C. 

2. Archiv. de la C6te-d'(.r, H. 53, S. Bénigne, layette Bretigny. ch. 
de novembre 1276 : « Ego Guillelmus miles, tilius defuncti domini Jo- 
berti de Saudon militis, et ego Lucia ejus uxor, tiiia dcfuncti domini 
Uominici Biguot militis dyvionensis.. Actum in prcsentia Boneiti no- 
tarii divionensis et domini Angevini presbiteri curati SEscliire et Ste- 
phani de Pruneto clerici divionensis et domini Guidonis curati de 
Plomberiis presbiteri, ac ./o/ijjdii's de FoiHanis domicelli. » 

3. .Migne, col. 1490, C. 



1 80 I.RS ARRIERE NEVEUX 



miles, maritus dicte Agnetis, laudo.. Testes : dominus Richar- 
dus de Montot, dominus Johannes de Fontanis et Guillelmus 
de Saudon, milites (i). 

Agnès était petite-fille de Richard, seigneur de Dàm- 
pierreet de Chargey, dont le sceau pre'sente : un lion. 
Des membres de la même famille portaient de., à deux 
poissons de .., niais ces secondes armes paraissent adven- 
tices, et les premières doivent être les anciennes ar- 
moiries patronymiques (2). Les Dampierre-sur-Salon 
étaient une famille considérable. Richard, aïeul d'Agnès, 
fut caution en 1 23o au traité de mariage d'Hugues fils de 
Jean, comte de Chàlon, avec Alix, fille d'Othe de Mé- 
ranie, comte de Bourgogne (3). Eudes, père d'Agnès, 
avait quelque lien avec les Grancey, branche Lucenay- 
Saint-Julien, car, en 1248, il réclama la moitié de la 
ville d'Asnières, que le duc Hugues IV avait naguère 
acquise de Barthélémy le Ghanjon et donnée ensuite 
à Saint-Etienne (4). On voit d'ailleurs ces Dampierre 
à Saint-Julien et au Val Saint-Julien. 



1. Archiv. de la Côte d'Or, G, i23, S. Etienne, layette Saint-Julien. 

2. Ibid., Peincedé, XVII, 234. Dans une analyse de titres provenant 
de l'abbaye de Theuley, Peincedé mentionne, I. c. « l'original d'une 
lettre de Richard seigneur de Dampierre et de Chargey — dominus de 
Donnapetra et de Charge — sous son scei, dont les armes sont un lion ; 
juin 1235. » 

En 1232, Richard seigneur de Dampierre vendit àGuillaumede l''rites 
ce qu'il avait à Rouvres, Bretenières, Saint-Phal et Thorey, et reprit 
de tief du duc tout ce qu'd avait à Denevres. La pièce est scellée du 
sceau de Richard, et l'empreinte porte tin lion avec celte légende : j S. 
Ricardi dni de Dôepetra, B. 10471, cote 11 3. 

Richard eut pour fils Eudes et Gauthier : Peincedé, 1. c. C'est d'Kudes 
sans doute que naquirent Agnès, épouse de (iuillaume de Fontaines, 
et ses deux frères, Richard, seigneur de Dampierre, Hugues, seigneur 
de Chargey. Les armoiries de Richard et d'Hugues portent deux pois- 
sons adossés : B. 1270, cote 44 ; B. 10481), cote 3 ; E. Petit, \', 436. Ce 
sont également celles d'Eudes sire de Dampierre, en 1348 : Peincedé 
XXIV, 388, 405 ; celles de Jeanne de Chargey, XIV siècle : Bibl. nat. 
collect. Joursan\ault, tome Xl>VIII, fol. 127. — Sur une tombe des Dam- 
pierre-Chargev, de i5q2, l'écusson présentait un lion : Peincedé, XVII, 
244. 

Il semble que primitivement cette famille ait eu un lion dans ses 
armes. 

3. Peincedé, II, 601. 

4 Cartul. de S. Etienne N" 22, fol. XXXVII. 



DR SAINT UltRNAKD 187 



Jean II de Saulx avait épousé Marie, sœur de Guil- 
laume de Rcaiilly, probablement Remilly-sur-Tille. 
Marie et son frère possédaient, à Dijon, une maison atte- 
nant aux Frères Mineurs, — les Cordeliers — récemment 
établis dans la ville ducale. Cette maison fut donnée aux 
religieux, comme le rappelle le titre suivant, d'octobre 
i'2S4. 

In nominc Domini Amen. Anne Incarnationis ejusdem, 
M" GC" octogesimo quarto, mensc octobris, nos Guillebnus 
de Remillc)'oJoannes de Fuiitanis p)-ope Tafentum, milites, et 
Maria, iixor dicti Joannis, soror videlicet prœdicti Giiillel- 
mi militis, notum facimus.. quod nos pro remédie animarum 
nostrarum, damus donatione irrevocabili facta inter vivos.. 
pronobis et nostris heredibus, Dec et conventui et fratribus 
divionensibus ordinis Fratrum Minorum quidquid.. habe- 
mus.. in domibus, mansis, pcrtinentiis, appenditiis et lene- 
mentis in quibus morabatur et qua\. tenebat et possidebat, 
Aalis dicta H Rossette, filia defuncti domini (Girardi) li 
Rosset, militis, die qua dicta Aalis viam universa; carnis fuit 
ingressa : qua; omnia, in pricsenti donatione contenta, sita 
sunt Divione, juxta mansum dictorum Fratrum Minorum ex 
una parte, et juxta mansum religiosorum virorum abbatis et 
conventus- Albœrip;t; ex altéra.. Actum in pra^sentia Ilugonis 
de Gabilone notarii divionensis, Joannis de Arcu, cannnici 
Capellx ducis et Joannis \\ Realet de Belna cicrici, testium 
ad hoc vocatorum, anno et mense pnedictis (i). 

Jean' II et son épouse dirigèrent leurs S3aiipathies, 
comme leurs aumônes, vers le couvent des disciples de 
saint François ; ils y choisirent leur sépulture, et leurs 
descendants imitèrent cet exemple. Guillaume, frère de 
Jean, et Agnès de Dampierre voulurent reposer à Bon- 
vaux. 

D'après les inscriptions jadis relevées sur les pierres 
tombales de l'église des Cordeliers, Jean, chevalier, 



I. Archiv. de la Côte d'Or. H, 919, Cordeliers de Dijon, layette mai- 
sons. 



i8S LES ARRIÈRE NEVEUX 

sire de Fontaines et de Ruffcy (i), mourut en 1297,1e 
jour de l'Epiphanie ou pendant l'octave, et Marie, sa 
femme, au mois d'août iSoy. 

La dalle tumulaire de Guillaume de Fontaines, sire 
d'Aubigny, porte la date de 1807, le dimanche après la 
Trinité, et celle d'Agnès, la date de i3i6, le jeudi après 
la Sainte Croix. 

Les Appendices au présent paragraphecontiennentsur 
toutes ces tombes des notes précises et complètes. 

Jean II eut pour enfants Gilles, qui hérita de ses sei- 
gneuries ; Marguerite, mariée à Hugues de Bulfon ; et 
Dannot, mariée à Aymonin deMontoillot (2). 

Guillaume de Fontaines et Agnès de Dampierre ont- 
ils laissé une postérité ? 

Il se pourrait que Robert, sire d'Aubigny. inhumé 
près d'eux à Bonvaux, fût leur fils. Robert semble être 
parent de Dannot, fille de Jean II, pour laquelle il se fait 
fort dans un démêlé avec le chapitre de Langres, relati- 
vement à des intérêtscommuns sur le territoire de Fixey. 
Aymon de Dampierre, chanoine de la Sainte-'Chapelle, 
est témoin du traité conclu à ce sujet (3). Plus tard, en 
1879, un petit-fils de Robert, Philippe de la Chaume, 
est pris pour arbitre dans un arrangement de famille 
entre des descendants de Jean II (4). Robert et ses deux 
filles, Guillemette et Marie, ont des terres aux mêmes 
lieux que les Saulx-Fontaines, et déplus, aux environs 
de Chargey et de Dampierre-sur-Salon. Guillemette et 
Marie s'allient à des seigneurs riverains de la Tille : cette 
région est leur centre, plutôt qu'Aubigny. Leur père 



1. Voir Appendice B la tombe de Jean de Fontaines. — Cf. Archiv. 
de la Cote-d'Or, H. 78, S. Bénigne, laj'ctte Ruftey et Echirey: en août 
1295, mention au tinage d'ICchirey du « pratum domini .lohannis de 
Fontanis ». 

2. Migne, col. 1490,0. D. 

3. Archiv. de la Côte-d'Or, G. 204, chapitre de Langres, titres de 
i332 et i333. 

4. Ibid., B. 11277, toi, 8(). 



DE SAINT UURNAKI) ' 189 



apparaît sur la scène de notre histoire locale, sans qu'on 
lui trouve d'ancêtres , à moins de ceux que nous sup- 
posons. Il est vrai, Robert ne porte pas les armes de 
F'ontaines : de., à unefascede. . avec trois saffres en cJief. 
La pièce qui figure sur les siennes, est un lion. Mais ne 
serait-ce pas le lion des Dampierre-Chargey ? Il faudrait 
néanmoins des documents plus explicites , pour donner 
du poids à cette conjecture. 

Gilles, fils de Jean II, épousa Agnès, qu'une analyse 
de Chifflet appelle « Agnès de Cliartrètes » (i). En mai 
129!^, Jean, seigneur de Fontaines, et Marie, sa femme, 
empruntèrent deux cents livres viennoises, dot de leur 
belle-fille, « AgncsotiU domicella^, uxoris Gileti domicelli, 
eorum filii ». En 1291», n. st., Agnès et son mari émanci- 
pèrent leur fille Marguerite (2). Depuis i2()7, Gillesavait 
succédé à son père : il prit intérêt à sa maison forte de 
Fontaines, et obtint du jeune duc Hugues \ l'autorisa- 
tion de la faire créneller. C'est pourquoi, l'an i3io, à 
raison de la permission obtenue, il reprit en accroissance 
de fief une grange, avec son mcix et dépendances, si- 
tués devant l'église. Il était alors chevalier (3). La mort 
ne tarda pas à le frapper, au milieu de sa carrière. Son 
testament est daté de novembre i3i2, et sa tombe du 29 
du même mois. Gilles avait élu sépulture aux Frères Mi- 
neurs, près de son père; il nomma pour principal héri- 
tier Huguenin son fils aîné, et à défaut sans hoir Guyot, 
son autre fils-, il pourvut à l'entretien de ses trois filles, 
religieuses, Agnès à Saint-Jean d'Autun, une autre à 
Larrey, et la troisième au Lieu-Dieu (4). 

Marguerite, s(cur de Gilles, fut mariée à Hugues de 
BulTon. Des membres de cette famille possédaient des 

1. Migne, col. i4()u. D. 

2. Ibid., C. 

i. Archiv. de ia Côte-ci'Or, B. 104(12, cote 45.— Miync. col. i5o2, B. 
4. Migne, col. 1491, A. 



IQO I.ES ARRIiaU' NKVKUX 



fiefs entre Sombernon et Nuits. En février 1^07, n. 
st.. Marguerite était veuve: elle vendit alors à Gilles, 
son frère, des terres qu'elle avait à Fontaines (1). 

Dannot, autre sœur de Gilles, s'était unie à Aymonin 
de Montoillot. Il y avait une branche des Montoillot à 
Saint-Julien, qui est proche de Ruffey, dont la seigneu- 
rie appartenait aux Fontaines. I^annot fut veuve avant 
sa s(eur, dès le niois d'août i3()2. Vers i3io ou un peu 
après, ayant acquis une rente de six boisseaux de blé, 
assise sur des terres du lînage de Chaux, elle donna cette 
rente à « Sceur Marguerite, abbesse du Lieu-Dieu, en 
reconnaissance du bien que cette religieuse lui avait 
fait et lui faisait encore journellement» (2). En i32.^ 
« Dannot de Fontaines » figure parmi les légataires de 
la duchesse de Bourgogne, Agnès, fille du roi saint Louis; 
elle est qualifiée « demoiselle de la duchesse » (3). Pen- 
dant les années i332, i333, elle chargea Robert d'Au- 
bigny de la représenter près du chapitre de Langres, 
pour régler le dillerend survenu avec les chanoines, au 
sujet de la justice de P'ixey, justice à laquelle partici- 
paient Dannot, Robert d'Aubigny, Guillaume de Racon- 
nay demeurant à Arc-sur-Tille, et Marguerite, dame du 
Brulley près Saint-Romain. 

A la mort de Gilles, ses deux fils étaient jeunes encore 
et leur mère administra la lerre et seigneurie de Fon- 
taines avec le reste de Thcritage. Agnès était active et 
énergique ; elle exerça jusqu'à la fin de sa vie un ascen- 
dant bien marqué, et fut, pendant une vingtaine d'années, 
« la dame de Fontaines n, arbitre de toutes les affaires. 
En i3i3, elle cautionna Hugues V, duc de Bourgogne, 
pour une somme considérable. En i3i3, elle fit son 



1 . Ibid., col. 1490, D. 

2. Archives de la Côte-d'Or, 11, loiu, Lieu-Dieu, layetio Chaux. — 
Les auieurs du Gall. chr. ont du av;ir une mauvaise copie de tcUc 
charte, tome I\', p. 504. 

3. D. Plancher, II, Pr. p. i83. 



DL SAINT liERN'AKI) lyi 

hommage à Volnay. L'année suivante, ses enfants. Hu- 
guenin et Gui, établirent le partage de leurs biens. 
Voici le résumé de l'acte où est déterminée la part de 
Gui. 

Guiotiis, filins defimcti domini Gillohis qiiondam domini 
de Fontanis. militis,asserit se.laudc et asscnsu domine Agne- 
tis niatris sue, esse partitum et divisum ab Hugonino fratre 
suo, in omnibus bonis que. ratione successionis et excessure 
dicte domine Agnetis, possent ad ipsum Guiotum et ad do • 
minum Hugoninum devenire in futurum.. Importât., vide- 
licet centum libras turonenses in pecunia légitime numerata.. 
Item decem libratas terre que annuatim debentur dicte domine 
Agncti apud Mercy percipiende et babcnde, et tenentur ab 
ipso Guioto. Item importât quicquid ad ipsum Guiotum et 
ad fratrem suum devenit apud villamet linagium de Gemellis 
et de Coigeyo.. Item quatuor secturas prati sitas in prateria 
de Roiffeyu. Item quamdam domum. videlicet saulam et tcc- 
titm pertinens ad ipsam, sitam intra fussatos domiis fortis 
eoriiin de Roiffeyo, juxta titrrim, cum medietate totius mansi 
siti intra dictos fossatos et cum medietate ipsorum fossato- 
rum a ponte ipsius domus cxistente. . . Hoc laudat dicta do- 
mina Agnes. Testes dominus Bernardus presbiter et Perro- 
netus de Corcellis (i). 

Ainsi la part de Gui comprenait, avec une somme 
d'argent, des redevances ou des terres à Merce\', Gé- 
meaux, Couchey, Rutl'ey, et, dans ce dernier village, la 
moitié de la maison forte. Huç;uenin eut donc Fontaines 
et Tautre moitié de la maison forte de Ruffey. Cette 
même année iSif), Agnès, en son nom et au nom de ses 
fils, porta plainte au bailli de Diion contre les maire et 
éciievins de cette ville, qui avaient forcé les prisons de 
P^ontaines et enlevé deux prisonniers; la ville fut con- 
damnée à réparer les prisons (2). La veuve de Gilles se 
défendit également contre les habitants de Talant, qui 
violaient son territoire, et obtint sentence favorable en 
i32i et i32t). Dan« plusieurs baux à ferme datés de 

1. Archiv. delà Cote-d'Or, B, 11222, fol. XN'll (une. pagin.) 

2. .\rchiv. municipales de Dijon, C. i5,cote2. 



192 LES ARRŒRE NEVEUX 

juillet et septembre 1327, paraissent « noble dame 
Agnès, dame de Fontaines, et Huguenin, son fils, da- 
moiseau, ». Agnès mourut vers Tannée i33o, et Hugue- 
nin lui-même en i334; il fut inhume' aux Cordeliers. 
Gui avait embrassé l'état ecclésiastique, et était chanoine 
de Langres. 

Huguenin laissait veuve Simonne de Pontailler avec 
cinq enfants, Jean, Robert, Richard, Isabeau et Jeanne. 
Ces enfants avaient reçu doublement le sang de saint 
Bernard. Car Simonne, fille de Gui I de Pontailler, sire 
de Talmay, descendait de Jobcrt le Roux de Chàtillon, 
dit de la Ferté, proche parent du saint et l'objet d'un de 
ses premiers miracles. Le chanoine de Langres prit en 
mains les intérêts de ses neveux, héritiers pour moitié 
du patrimoine de leur père. En i33(), il prêta deux cents 
livres tournois à sa belle-sœur (i). Celle-ci mit fin à son 
veuvage, au mois d'août de la même année, en épousant 
Hugues de Prange\', écuyer, seigneur de Beire en par- 
tie (2). Simonne s'engagea l'annéesuivante, en présence 
de Gui son beau-frère, à partager entre les enfants nés 
de son premier mariage, au moment où ils la quitteraient, 
la somme de cent vingt livres tournois représentant leur 
droit de moitié sur les biens meubles. Au bout de quel- 
que temps, veuve une seconde fois, elle se remaria eu 
troisièmes noces avec Jean d'Arc, seigneur de Chargey, 
de la maison d'Arc sur Tille (3). 

Cependant les enfants de Huguenin de P^ontaincs 
atteignaient leur majorité. Aumoisd'août 1347, Jean HI, 

1 . Migne, col. 1492, A. 

2. Archiv. de la Cote-d'Or, R, 1 1 23o, fol. 02 (anc. pagin.) : n Je Iluguc- 
ninz de Proingcy cscuyers, sires tic Hère en partie, faiz savoir à tous., le 
mariage de moy et de Symonote de Pontoillier, terne feu Huguenin de 
Fontaines près de Dijon, .le ha douhée et douhois ladite Symonote de 
la moitié de la fort maison de Bère, des granges, vergex, curtils, etc. 
Témoins messires Eudes de Saulx sires deVentoux chevaliers, Guillaume 
d'Arc escuyers et Jehanz Vivions de Saint-.lulien, le jeudi après la fesie 
de saint Pierre (es liens) ». Dans les actes du mois d'août i33y. — 
Migne, col. 1402, A. 

3. Peinccdé/XXVlI, 39, 172. — Migne, col. 1493, C, D. 



PL.14 A 




BVtQaH;9UlHS^i9ûi9qi99A;BT[:iiA;9B 



TOMBE DE PONCE DE SAULX 



DE SAINT BERNARD igS 



agissant en son nom et au nom de ses frères et sœur, 
Robert, Richard et Isabelle, fit une pension viagère à 
Jeanne de Fontaines, leur autre sœur, religieuse à 
Larrey. Jeanne, de son côté, renonçait à ce qu'elle avait 
eu de la succession de son père et à ce qu'elle espérait 
de celle de sa mère (i). Dans plusieurs actes, des années 
suivantes on voit Jean et ses frères administrer ensem- 
ble leurs biens et ceux de leur oncle Gui, à Fontaines, 
RutTe3% Couchey (2). En i35o, Jean donna son dénom- 
brement pour « la quatrième paj-tie du château de Fon- 
taines, toute la messcrie dudit lieu, et la quatrième par- 
tie de la justice » (3). Une moitié de cette seigneurie 
appartenait alors à Jean d'Arc, à cause de sa femme, et 
l'autre quart à Robert, frère de Jean III. Simonne étant 
morte au commencement de i354, n. st., laissant à son 
dernier mari trois filles, Jeanne, Marguerite et Marie, 
un nouveau partage eut lieu entre les enfants des deux 
lits. Le chanoine de Langres avait sans doute précédé sa 
belle-sœur dans la tombe, car il n'intervint pas dans ce 
règlement de famille, dont l'arbitrage fut confié à d'au- 
tres parents, Eudes de Saulx, sire de Vantoux, et Aymon 
de Drambon, celui-ci beau-père de Jean III. C'est alors 
que Richard participa à son tour à la seigneurie de Fon- 
taines, destinée à lui revenir tout entière, après le décès 
de ses frères. 

Richard se fixa, d'ailleurs, au château de Fontaines, et 
commença vers i36oà en être la personnalité la plus en 
relief. Jean III avait possédé de bonne heure, avec son 
oncle d'abord, puis seul probablement, la maison forte 
de RuiVe}- ; Jeanne, son épouse, était d'un château voi- 
sin, fille d'Aymon de Drambon et de Jeanne de Saint- 
Julien : ainsi Ruffey était-il devenu pour lui le séjour 
habituel et préféré (4"). Au surplus, veuf en i362, il sur- 

1. Archiv. de la Côie-d'Or, B, 1124g, t'ol. 21. 

2. Ibid., B. 1 1241, fol. 38, 47 ; B. 1 1247, fol. 23, 28 ; B. 1 1254, fol. 19. 

3. Ibid., B. io5o6, cote 46. — Migne, col. 1403, D; i5o2, C. 

4. L'abbé Guillaume, Hist. de Salins, I, p.ag. 35. — .\rchiv. de la 
Côte-d'Or, Peinccdé XX\'II, 129, 176. 

i3 



194 LES ARRIERE NEVEUX 

vécut peu de temps à sa femme; et en t366 ses deux filles, 
Agnèset Jeannette, étaient sous la tutelle de Richard, leur 
oncle (i). Quant à Robert, les documents apprennent 
peu de choses à son sujet : ils ne disent ni s'il fut marié, 
ni quel centre il put avoir en dehors de Fontaines ;. ils 
ne citent même plus son nom après i35g. 

Simples écu3^ers, comme leur père, les trois fils de 
Huguenin de Fontaines n'exercèrent aucun commande- 
ment dans les compagnies d'armes. Jean et Robert fi- 
gurent dans la liste des nobles qui allèrent en i358 au 
secours de Philippe de Rouvres contre les Anglais. Le 
i3 juillet i359, Richard, « prêt à partir pour la guerre 
qui se faisait alors en France », fit son testament : il 
ordonna, s'il venait à mourir, que sa terre de Fontaines 
fût vendue au profit des églises par les soins de Robert, 
son frère, et de Geoffroi du Meix, son beau-frère, et que 
ses biens meubles fussent donnés à Robert (2). 

La crainte de voir arriver les Anglais jusque sous les 
murs de Dijon, fit mettre sur pied de défense les châ- 
teaux et maisons fortes de la banlieue. Il fut enjoint par 
le gouverneur de la province à Richard, sire de Fon- 
taines, de fortifier son castel. Richard lui-même donna, 
en septembre i36o, « une lettre 'de non préjudice à ses 
hommes dudit Fontaines qui avaient bien voulu faire 
garde et emparer sa forteresse » (3). 

Dans une reprise de fief du 1 8 juillet' 1 366, Richard fit 
les déclarations suivantes : « Je Richars de Fontaines, 
seigneur dudit lieu, fais savoir pour moy et mes hoirs 
que je tiens de très souverain, puissant et excellent prince 



1. Migne, col. i5o3, B. — Archiv. delà Cote-d'Or, B. io5i5, cote 
338. 

2. Archiv.de la Côte-d'Or, B. ii256, fol. 176. Le texte du Protocole, 
1. c, porte « Richard! du Mes », mais c'est évidemment une faute, 
pour « Jofridi du Mes ». 

3. Ibid., Peincedé, XVII, 'igu 



DE SAINT BCRNARD IqS 

Monseigneur le duc de Hourgongnc la fort maison et 
forteresse se'ant en la ville de Fontaines près de Talant. 
Item une viez grangeotc séant devant le moustier et 
une niasèrcs se'ant devant ladite grangcote. Item la place 
du four et la justice et la seigneurie de la dite ville de 
Fontaines.. — Item neuf meix cii la ville de Varnoiil à 
cause de Philippe ma famé, qui montent emprès douze 
livrées de terre, tant en homes taillaubles comme en 
censés. Item la moitié d'une maison qui est darré le 
moustier.. » (i). La femme de Richard était sa parente, 
Philippine de Saulx, de la branche de Vernot, issue de 
Gérard, frère de Guillaume le Roux seigneur de Fon- 
taines. 

En cette même année 1 366, Richard, tuteur de ses 
nièces Agnès et Jeannette, filles de feu Jean de Fontaines, 
fit hommage en leur nom pour les biens et droits qu'elles 
possédaient « es villes de Saulon, d'.A.ubiné et de 
Feenay». Il doit être ici question d'Aubigny-lès-Magny, 
près Brazey-en-Plaine. Les héritières de Jean III avaient 
en outre des possessions à Izeure (2), une maison à 
Dijon et surtout la maison forte de Ruffey-les-Echirey, 
avec des terres ou redevances à Clénay, Saint-Julien, 
Lux. Jeannette mourut jeune et sans alliance (3). Agnès 
épousa Henri Petitjcan de Trouhans (4). Ce mariage 
donna naissance à une nombreuse lignée, dite de Ruffey, 
que l'on a confondue à tort avec une branche du même 
nom de l'illustre maison de ^^ienne. Les Ruffe\', issus 
des Saulx-Fontaines, font l'objet du paragraphe cin- 
quième. 

Isabelle, sœur de Richard, s'était mariée à Geoffroi du 
Meix, seigneur du lieu en parue (5), qui fut capitaine du 

1 . Ibid., B. io5i5, cote i . 

2. Ibid., Peincedé, VII, 67. 

?. Ibid., H. 11277, fol. 80 recto. 

4. Ibid., I. cet Peincedé, VII, 92. 

5. Ibid., B. ii277,t'ol. 89 verso. 



igÔ LES ARRIÈRE NEVEUX 

château de Talant en i365, puis du fort de Vernot en 
i36G (i). GeoflVoi portait les armes de V^illecomte : 
lin lion arec une bordure de besans (■?). Cité dès iSSg 
dans le testament de Richard, il eut en l'Syo un démêlé 
avec Henri Petitjean, au sujet de la succession de Jean- 
nette, fille de Jean de Fontaines. Celle-ci en eilet n'avait 
pas laissé tout son bien à Agnès, sa sceur, mais elle en 
avait donné une partie à Isabelle, sa tante. L'accord fut 
établi par « nobles hommes Monseigneur de Magny et 
Monseigneur Philippe de la Chaume, chevaliers ». Le 
premier était Jean de Pontaillcr, seigneur de Magny- 
sur-Tille. Philippe de la Chaume avait pour aïeul Ro- 
bert d'Aubigny. Richard de Fontaines figure parmi les 
témoins. — Au mois d'août iS;!), GeolîVoi du Meix, qui 
demeurait alors à Dijon, « dans sa maison dite es Clioi- 
guo\, devant le four de la Croix, près la maison des reli- 
gieux de Saint-Etienne d'une part et la voie publique 
de l'autre (3) », céda une partie de cette habitation à sa 
belle-sœur « Madame Jehanne de P'ontaines, religieuse 
de Larrey ». Comme lui-même et ses enfants avaient 
reçu d'elle beaucoup de services, il voulut en retour 
mettre à sa disposition pour sa vie durant une chambre 
construite en pierre, cameram lapideain, située au fond 
de la maison, du côté du Su/.on, avec le terrain avoisi- 
nant (4). C'était l'époque où un décret du pape venait de 
supprimer la communauté de femmes instituée à Larrey, 
afin de mettre un terme aux scandales que les vocations 
imposées et le laisser aller moral du temps avaient intro- 
duits en ce prieuré (5). Les religieuses pouvaient rester 
au couvent jusqu'à leur mort ; mais quelques unes furent 

1. Ibid., Pcincedc, XXII, 45, 411, 52. 

2. Ibid , Pcinccdc, XXIV, iG5; H. 11S40, cote 1(17. — ArDinrial de 
la chambre des Comptes. — H. l'ctit, V, 459, 490. 

3. La rue du four de la Croix c'tait sur la paroisse Nolrc-Dame : c'est 
la partie de la rue actuelle de la Prétectiire comprise entre la place 
Charbonnerie et l'hôtel de la Préfecture. 

4. Archiv.de la Côte-d'Or, B. iiîBj, fol. i33 verso. — Cf. B 
1 1238, fol. 10. 

5. L'abbé Jobin, 5. Bernard et .sa famille, p. 523-524, 644-646. 



DE SAINT BERNARD I97 



sans doute recueillies par leurs familles, et Jeanne de 
Fontaines a pu être de ce nombre. 

Le titre qui notilie cette donation, parle des enfants de 
GeotTro! du Meix ; ils devaient être nés d'Isabelle de Fon- 
taines, mais ils sont demeurés inconnus, excepté Guille- 
mettc, mariée avant 1384 à Jean de Maisoncomte (1). 
Geodroi, veuf d'Isabelle, éjiousa Jeanne de Blaisy, 
veuve elle-même de Jacques de Chazan (2). Jeanne étant 
morte en i3S2, Geoffroi s'unit en troisièmes noces à 
Pcrrenote des Granges ,3). Il vivait encore en 1391. 

Richard paraît avoir vécu jusque vers i388. Il siégea 
aux F^tats-généraux de i3S4ct de i385 (4). Cousin par 
sa mère de Gui II de Pontailler, maréchal de Bourgo- 
gne, il eut avec lui d'intimes relations. Gui lui emprunta 
un jour son sceau pour l'apposer sur une quittance (5'. 
Il désigna Richard en i386, pour être un de ses exécu- 
teurs testamentaires (b). 

L'unique héritière légitime du sire de Fontaines, 
Marie, épousa Guillaume de Marey-sur-Tille. De cette 
union sortirent les Marey-I''ontaines, objet du para- 
graphe sixième (7). 

Ainsi finit la branche de la maison de Saulx insérée 
dans l'arbre généalogique de saint Bernard. Elle se 
fondit principalement dans les Rutfey et les Marey, qui 
transmirent le sang de l'illustre abbé à beaucoup de 
familles nobles, dont plusieurs subsistent, et sont res- 
tées fières de cette parenté. La manifestation de ces 

1. Maisoncomte était un tief important du Nivernais, sur la commune 
actuelle de Corancy. — Pcinccdé \'III, 53 ; XVill, 55S, 577; XXV, 77 ; 
XXVII, 36i, 364. //> w/, 

2. Archives de la Côie-d'Or, Peincedc, X\"1I, i32. 

3. Ibid., B. ii3i4, fol. Gb. — Cf. B. ii3o2. fol. 83, 92; H. 11277, 
fol. i3o verso; Peinccde, \I!, 22, .^7, to. 

4. Ibid., B. 289. — La noblesse ^iiix Etats de Buuigognc. 

5. Ibid., B. 38o, cote 47. 

6. Ibid., Peincedé, XVII, 4G. 

7. Ibid., B. 1 1 191. — D. Planche:-, 11, 435. — Mignc, col. 1493, C. 



iq8: lrs aurihre neveux de saint bernard 

sentiments éclatait, au XV« siècle, chez les Marey. Ceux- 
ci les avaient puise's surtout au château et dans la 
paroisse de Fontaines. Sur sa terre natale, en effet, saint 
Bernard était alors grandement vénéré. On montrait 
dans les restes du vieux donjon la chambre où il avait 
vu le jour. Son image, à l'église paroissiale, allait de 
pair avec l'image du titulaire saint Ambrosinien ; sa fête 
y était célébrée avec beaucoup de solennité, et une 
confrérie instituée en son honneur était tout à fait pros- 
père. 




APPENDICE A 



LES TOMBES DE BONVAUX 



En i863, Ton voyait encore au prieuré de Bonvaux huit 
tombes des XIIT et XIV" siècles, dont la Commission des 
antiquite's de la Côte-d'Or prit alors des estampages. 
Arrachées un peu plus tard du pavé de l'église, ces tombes 
furent acquises par un amateur, qui en revendit une au Musée 
du Louvre, et les sept autres, en 1891, à la maison de Saint- 
Bernard de Fontaines. On trouvera désormais ces dernières, 
avec un moulage de celle qui est au Louvre, dans Téglise dite 
du Centenaire de saint Bernard, élevée à Fontaines attenant 
de la chapelle des Feuillants. 

Les lithographies de ces huit tombes ornent cet ouvrage. 
Elles ont été composées d'après la photographie des estam- 
pages, Texamen des dalles tumulaires elles-mêmes et quelques 
documents sûrs pour les parties disparues. On a préféré, 
puisqu'on le pouvait, donner de ces tombes un dessin complet ; 
mais il est facile de reconnaître à leur ton dégradé les parties 
restituées. 

Les tombes de Bonvaux ont déjà fait l'objet de plusieurs 
notices, spécialement dans les Mémoires de la Commission 
des antiquités de la Côte-d'Or, tome VI, p. lxxxv-vi et 
dans VEssai historique sur le prieuré de Bonvaux, par 
M. Henri Marc, Dijon, 1890. Les détails que l'on va lire sont 
un peu plus étendus, et contiennent quelques rectiticqtions. 



200 LES ARlîIERE NEVEUX 

Toutes ces tombes, selon l'usage ordinaire de l'époque, 
présentent gravées, l'eftigie des personnes, au milieu, et 
Tépitaphe, en bordure. 



I. 

(Voir Planche i i .) 
1270 ou 1272 

GALON DE SAULX 

Galon est représenté dans une arcature trilobée d'un dessin 
fort simple et surmontée de deux anges thuriféraires. Il est 
vêtu du haubert ou coite de mailles, et porte, par dessus, la 
jaque serrée par une ceinture, à laquelle est suspendue une 
large épée. De It main droite, il tient la lance, appuyée sur 
son épaule ; de la gauche, un écu orné de ses armoiries : 
de . . à une fasce de . . avec trois saffres en chef. Il a les pieds 
posés sur deux chiens. 

Epitaphe 

•»i* ANNO : DoMiNi : M : cc : se | ptuagksimo : 11 : kl : 
NOVENBRis : oBiiT : DOMiNvs : KLO : DE : SAUz I miles : 

DOMINDS : DE I KONTANIS : OUATE : <PEO : VT *|* VITE T. SOLA- 

MEN : DET : siBi : xpc : amen. 

Il faudrait un autre document pour préciser le millésime de 
l'épitaphe, car on peut lire : Van i2-jo, la veille des calendes 
de novembre — 3i octobre — ou bien Van I2j2, le jour des 
calendes de novembre — i" novembre. 

Dom Plancher a donné un dessin de cette tombe, tome II, 
p. 430. 

Posée dans la chapelle de Saintc-Gaiherine, elle était élevée 
de terre et soutenue par quatre colonnettes. N'ayant jamais 
été foulée, elle est dans un parfait état de conservation. 

Le paragraphe précédent a fait connaître Galon ^ie Saulx. 



DE SAINT BERNARD 201 



2. 

(V. Planche 1 1 bis.) 

EUDES DE DOMOIS ET AALYS DE SAULX 

Celte tombe représente, sous une arcature géminée, Eudes 
iJe Domois et son épouse Aalys de Saulx, sœur de Galon. 
Eudes est à la droite de sa femme, les mains jointes, la tête 
coiffée du heaume, vctu du haubert et de la jaque : ce vête- 
ment de dessus est assujéti autour de la taille par un lien 
invisible ; une autre ceinture moins serrée soutient Tépée. 
Aalis a les mains jointes, la tète voilée ; elle porte la robe 
longue. Au dessus de l'arcature, deux anges balancent leurs 
encensoirs. Il n'y a point d'armoiries. 

Epitaphe 

CI GlSESr NOBLES : CHEVALIERS : | MES : SIRES : EUDES : 
SIRES : DE : DEMOIS : ET : NOBLE : DAME : MA : DAME : AALYS : 
SA : FANME : I DAME : DE : BRECEV : PRIEZ ! POER LE^ j ARMES 
DAUX QUE DEX : POUR : SA : MISERICORDE : BONNE : MERCI I 
LOUR : VACE AMEX. 

En 1276, Eudes était mon ; Aalis n'est plus citée après 
125g. 

Deux angles de la dalle funéraire sont détériorés et 
empêchent de lire toute l'inscription : les lignes en italiques 
de l'épitaphe proposent donc des suppléments, d'ailleurs sans 
importance. Le premier : Ci gisent ne parait pas douteux. 
Quant au second, il est vraisemblable. En effet, dans la copie 
des épitaphes de Bonvaux jadis relevée sur un tableau de 
l'église du prieuré, — Biblioth. nat. français., 4600, p. 3oo — 
on lit pour celle-ci, à l'endroit du déficit actuel : « priez pour 
larme que Dex, etc. » ; or cette transcription est incomplète, 
car elle ne suffit pas à remplir l'espace vide ; et le souhait 
final « que Dex.. bonne merci lour face », appelle un pluriel 
plutôt qu'un singulier. Les derniers mots vace amen sont 
certains. 

Eudes de Domois et Aalis sont connus du lecteur. 



202 LES ARRIHKE NEVKUX 



3. 

(V. Planche 12.) 
.307 

GUILLAUME DE FONTAINES 

Sous une arcature assez ornée et surmontée d'anges thuri- 
féraires, Guillaume tient sa lance de la main droite, et 
soutient de la gauche son écu, suspendu à son cou. Ses vête- 
ments sont le haubert et la jaque. Une épée est attachée à sa 
ceinture. Il a les pieds posés sur un chien. Son écu porte 
une fasce avec trois saffres en chef, chargés d\in lambel à 
cinq pendants. 

Epitaphe 

i^ Cl : GIT : MES : siiw-:s : gIuli. | aumes i>f. /'Onteinnes : 

CHEVALIERS : SIRES : DE : AUBINEY : QUI : TRESPASS \ AI : LAN '. 

DE : GRACE : MIL : TKO ' is : CENZ : ET : VII : Lou : diemoinge : 
APRES : LA : TiuNiTK : PRIEZ : de : l'OK : LA : soie : arme. 

Guillaume mourut le 28 mai iSoj. 

Un angle de la pierre tombale est détruit, celui où était 
gravé le nom du personnage inhumé ; mais il ne peut y avoir 
doute à regard du nom, car Tinscription a été plusieurs fois 
relevée sur la dalle encore intacte. Ainsi, notamment, le 
registre de la Biblioth. nat. cabinet des estampes, collection 
Gaignières, P e 4, contient, fol. 14, un dessin à la mine de 
plomb de la tombe qui nous occupe. Ce dessin est assez exact, 
et l'inscription renferme le nom de Guillaiimes de Fonteinnes. 
La légende qui accompagne le dessin, dit que cette tombe 
était » devant le grand autel, du costé de lespitre. » 

Guillaume de Fontaines, on l'a vu, était le fils puiné de 
Galon de Saulx, et c'est à raison de cette qualité de puiné qu'il 
brisa ses armes d'un lambel. Il était seigneur d"Aubigny-lès- 
Sombernon et de Fontaines en partie. 



DE SAINT BERNARD 2o3 



4- 

(V. Planche 12 bis) 

i3iô 

AGNÈS DE DAMPIERRE 

L'arcature gravée au-dessus du personnage est simple mais 
gracieuse. Les anges thuriféraires sont à moitié enveloppés de 
nuages. Agnès est représentée les mains jointes, la tête voilée, 
les épaules couvertes d'un capuce. Sous un large manteau 
plissé se dessine une robe traînante, ne laissant voir que 
l'extrémité des pieds. 

Epitaphe 

■J- CI : GIT : MADAME : AGNES : | DE : DONPIERRE : DAME : DE : 
AUBINE : QUI : TRESPASSA : LOUIEU ] DI : APRES : LASAINTE : | 

CROiz : LAN : DEGRACE : M : CGC : XVI : dex : ait : larme : de : 

LI : AMEN. 

Agnès de Dampiérre mourut le 16 septembre i3i6. 

Cette tombe, d'une bonne pagination, bien gravée, intacte, 
est au musée du Louvre, et Fontaines n'en possède qu'un 
moulage. 

Agnès était de la maison de Dampierre-sur-Salon, qui avait 
la seigneurie du lieu et celle de Chargey-les-Gray. Elle était 
femme de Guillaume de Fontaines, sire d'Aubigny. Il est 
question d'elle dans le paragraphe précédent. 



5. 

(Voir planche 14 A) 

1307 

PONCE DE SAULX 

Sous une arcature avec anges thuriféraires. Ponce tient de 
la main droite sa lance, et de la gauche son écu, relevé sur 
sa poitrine, orné du lion armé et couronné, de la maison de 
Saulx. Il porte le haubert et la jaque; une épée est attaché? 
à sa ceinture; ses pieds reposent sur un lion. 



204 LES ARRIERE NEVEUX 



Epitaphe 

^ Cl : GIST : NOBLES : CHEVALIERS : mes: j SIRES : POINZ : 

de: sauz : sires : de : vantous : /•:/■ irksvxssa i.an de grâce 
m ccc i et vu la vegii.e de saix'f axdré \ priez : por : la 
SOIE AME : QUE : DEUS : AN : AIT : pidik : amen : dites : 

TESTUT : DEX : LI : AIT : 0UT01E. 

Ponce mourut le 2g novembre 1307. 

Les mots de Tépitaphe imprimés en italiques sont ceux 
qu'on ne peut plus lire, à raison du mauvais état de la pierre ; 
mais ils sont fournis par la copie des épitaphes de Bonvaux — 
Biblioth. nat. français, 4600, p. 3oo — et par l'ouvrage de 
Dom Plancher, II, 444-445, où l'on trouve même un dessin 
de la tombe de Ponce. La tin de l'épitaphe : Dites testiit Dex H 
ait outoie, peut signifier : Dites tous : Que Dieu ait pour lui 
une demeure. Testiit semble être en effet une forme bâtarde 
de tretiiit « irans-toti, » pluriel primitif renforcé de tout. 
De plus le mot ostoier a, entre autres significations, celle de 
loger « hospitare. » et le terme oiitau n'a pas encore disparu 
du langage vulgaire, pour désigner la principale pièce de la 
maison des paysans. 

Suivant D. Plancher, la tombe de Ponce était devant le 
maître-autel. 

Ponce de Saulx, seigneur de Vantoux, était frère puîné de 
Jacques, seigneur de Saulx, qui mourut à la croisade, en 1248. 
Leur père, Barthélémy, était né de Gui, frère de Guillaume le 
Roux, tige des Saulx-Fontaines. Leur mère était fille d'un 
seigneur dit de Ruffey, ce qu'il faut entendre de Rufîey-lès- 
Beaune, car c'est en ce village que Ponce avait des biens. — 
Peincedé, XVIII, 171, ou B. ii525. 

Ponce tenait des sires de Saulx sa seigneurie de Vantoux, 
avec des droits ou rcJ.;vances à Asnières, Ahuy, Val-Suzon, 
Saussy, Villecomte, Diénay, etc. On le trouve en affaires, au 
sujet de plusieurs de ces possessions, avec les abbayes de 
Saint-Etienne et de Saint-Bénigne, en 1264, 1287, 128g. — 
Gartul. de S. Etienne 26, fol. 17g et suiv. ; D. Plancher II, 
444-445. — H. 86, Saint-Bénigne, Villecomte, ch. d'Eudes 
de Frolois, i 287. 



DE SAINT BERNARD 205 



La veuve de Gérard de Tintry, Isabelle dame du Dcffend et 
de Thorcille — deux dépendances de Viévy — était remariée 
en 1271 à Fonce de Saulx (domina Ysabella relicta domini 
Girard! de Tintrc. militis dcfuncti, nunc uxor domini Pontii 
de Sau:[, domini de ]'entous — Archiv. de la Côte-dOr, H, 
5 29, abbaye de La Bussière, layette Bellenod sous Pouilly.' 
Ponce intervient dans les arrangements et donation faits par 
Isabelle et Jean, son fils, né de Gérard de Tintry, en faveur 
des moines de La Bussière. 127 i . et des Templiers de Bcaune. 
1272 (Ibid.. 1. c. et H. 1224. layette Thoreillc le Deffend — 
E. Petit, V. 317 et ?26.) 

Ponce est la tige des Sauix-\'antoux. 

C'est aux Saulx-\'antoux que se rattachent les Saulx- 
Tavannes. En ctïet. Eudes, petit-fils de Ponce, avant épousé 
Jeanne d'Arc-sur-Tille. il se forma une branche des Saulx- 
Vantoux dite d'Arc-sur-Tille. et au XVL' siècle le principal 
représentant decette branche, Jean de Saulx, seigneur d'Orain, 
Arc-sur-Tille. Le Pailly. gruyer et louvetier de Bourgogne, 
épousa Marguerite de Tavannes. De ce mariage est né 
Gaspard de Saulx, maréchal de France. 

On sait que les Saulx-Tavannes ont subsisté jusqu'à nos 
jours, et qu'ils ont encore des représentants dans les familles 
Digeon, Greppi et de Gonzague. 



• t.- 

(V. Planche 14 B.) 
i3i4 

REN.A.UD D'ETAULES 

L'arcature est fort simple, mais de bonne allure, et tou- 
jours avec anges thuriféraires. Renaud, écuicr. est représenté 
nu tète, vêtu du haubert et de la jaque. Des deux mains, il 
soutient son écu, suspendu à son cou : ses armoiries sont une 
bande avec trois molettes d'éperon en chef. Une épce est atta- 
chée à sa ceinture. 



206 LES ARRIÈRE NEVEUX 



Epitaphe 

•^ Cl : GIT : NOBLES : escuiers I : renauz ; de : estaules ; 
QUI : TRESPASSAi : LAN '. DE : GRACE : COURANT : | M : ccc : 
ET : xiiii : Lou : septi | me : loiu : dou ; mois : de : may : 
PRIEZ : l'OR : SARME : que : dex : merci : liface. 

Renaud mourut le 7 mai 1314. 

Le millésime ^t ccc, assez effacé, est donné par la copie 
déjà citée des épitaphes de Bonvaux. 

Cette tombe est, avec celle d^Agnès de Dampierre, une des 
meilleures au point de vue de la pagination et de la gravure. 

On ne rencontre pas dans les titres de nos archives le nom 
de Renaud, mais ceux de beaucoup d'autres membres de la 
famille d'Etaulcs, famille qui avait quelque lien avec les 
Saulx-Vantoux. 



/• 

(\. Planche 14 C.) 
1345 

MARIE DE BYOIS 

Dans une arcature plus ornée que les précédentes, mais 
d'un style déjà moins pur, Marie de Byois est représentée 
sous des traits expressifs, les mains jointes, la tête voilée, 
portant un manteau doublé de fourrures et la robe longue. 
Ses pieds reposent sur deux chiens. A la hauteur des épaules 
sont gravés deux écussons : à dextre de., à une bande coticée 
de., avec un lambel à cinq pendants; à sénestre de., au sau- 
toir de., avec un lamhel à cinq pendants. 

Epitaphe 

■\ CI : GIT : MADAME : MARIE : DE : BY I ovs : DAME '. FUIT : 

DAUBYNEY : FAME : FUIT : MONSOIGNONR : GUILLE : DE : | 
CHASSAM : CHRL : QUI : TRES1> | ASSAY : LOU : MARDI '. DKVENT : 
LA : SIENT : MICHIE : LA : DE GRACE : M : ccc : XLV. 



DE SAINT BERNARD 20' 



Marie de Byois mourut le 27 septembre 1345. 

On l'a observé précédemment, Byois fut sans doute un 
arrière fief dont la trace est perdue. Quelques membres de 
la famille qui en portait le nom, apparaissent aux XIV et 
XV'' siècles, sans que l'on aperçoive quel lien de parenté ils 
avaient avec Marie. 

11 n'est pas possible de dire à quelle maison noble se rat- 
tachent les seigneurs de Byois. Marie avait pour armes, ainsi 
que sa tombe le fait voir : de., au sautoir de., avec un lambel 
à cinq pendants. Les armes qui ornent l'autre écusson : de., à 
une bande cnticée de., avec un lambel à cinq pendants, sont 
celles de Chazan. — B. 371', cote 178; Peincedé XXIII, 
531,788. 

Marie de Byois dut épouser d'abord un seigneur d'Aubi- 
gny, fils peut-être de Guillaume de Fontaines. Veuve, elle 
s'unit en secondes noces, vers i3i5, à Guillaume de Chazan, 
veuf lui-même de Sibvlle de Menans. Jacques de Chazan, 
né de Guillaume et de Marie, fut marié à Jeanne de Blaisy, 
fille de Geoffroi I. — Peincedé XXVII, 7, 2 i, 85. 

Au Nécrologe de Saint-Etienne de Dijon — G 4, n" 36 bis 
— une Marie de Biois est inscrite le 22 novembre : « x. kl. 
decembris.. domina Maria de Biois, que dédit nobis xx 
solidos censuales sitos supra domum Falquerii Bolanchcrii, 
extra portam comitis =. La porte des murs d'enceinte de 
Dijon dite du comte, ou au comte de Saulx, fut appelée 
plus tard porte Saint-Nicolas. 



(V. Planche 14 D) 

i35i 

ROBERT D'AUBIGNY 

L'arcature est d'un style lourd, et l'effigie est tracée sans art 
ni proportion. Vêtu du haubert et de la jaque, Robert a les 
mains jointes, la tête coiffée du heaume ; il porte des jam- 
bières. Sa lance est appuyée contre l'épaule droite ; son écu, 
orné d'un lion, est suspendu au bras gauche ; son épée, atta- 
chée au flanc gauche, tend la pointe en arrière du coté droit. 
Un lion est sous ses pieds. 



208 LES AKRIÈRE NEVEUX 



Epitaphe 

ic CI : GIT : NOBLES : chf.valif. I Rs : messires : roberz : 
d'aubigney : qui : trespassai : lou : sa | mbbadi : voile : des : 
BR/i I \Do.\s /.tN : DE c;?ACE : M : CGC : /./ : dex : ait : larme : 
amen. 

Robert mourut le 5 mars i3 5i. 

Le millésime, un peu effacé, est donné par la copie des cpi- 
taphes de Bonvaux et par les Mémoires de la Commission des 
antiquités de la Cotc-d'Or. 

Les titres de nos Archives ne font pas connaître l'origine 
de Robert d'Aubigny. Il était seigneur d'Aubigny-lès-Som- 
bernon, car cette terre appartenait à ses descendants, ainsi 
qu"on le verra tout à l'heure. Ses rapports avec les Saulx- 
Fontaines permettent de présumer qu'il était leur parent, 
et peut-être fils de Guillaume de Fontaines et d'Agnes de 
Dampicrre. Le lion qui figure dans ses armes, pourrait être 
celui des Dampierre-Chargey. Les héraldistcs blasonncnt 
les armoiries de Robert : de gueules au lion d'hermine. 

Avec sa terre d'Aubigny, Robert avait des possessions à 
Chazan, Chaux, P^lavignerot, Brochon, Fixey, Fixin, Neuilly, 
Longecourt, Arc-sur-Tille. 

Il eut deux filles, Guillemette et Marie. , 

Guillcmette, en i 320, était déjà veuve de » Roberz, sires 
cay en arrière de Bère, chevaliers » (i). Ce premier époux' 
de Guillemette d'Aubigny avait pour aïeul Robert, sire de 
Beire, qui testa en novembre i 279, mourut au mois de février 
suivant, et fut inhume à Saint-Bénigne (2). Ces seigneurs de 
Beire étaient de la maison de Saffres, comme on l'a vu dans 
les Notes préliminaires. 

Guillemette épousa bientôt en secondes noces un cousin 
de son premier mari, Hugues, fils de Jean de Champlitte 
et d'Isabelle de Beire, seigneur de Beire-la-'Ville et de La 



1. Archiv. de la Cùlc-d'Or, H. io52. Bernardines, layette Rouvres. 

2. Ibid., H. iig A, cariul. de Saint-Bénis^ne, non foliote, 1" partie 
ch. 317, 340; 2"'" partie, ch. 111-114. — Èpigrapliic Bourguignonne, 

p. 121. 



PL.U B 



tGi:6i6inoBiies:esoaieHS 




I9d9S:D0n[:iniîfi 



TOMBE DE RENAUD D'ETAULES 



DR SAINT P-F.RNARD 



209 



Chaume en partie (1 ). Deux entants naquirent de ce mariage : 
Agnès, dite de La Chaume, de Saint-Seine, et d'Arc à cause 
de son mari, Gui d'Arc-sur-Tille,- Philippe dit de La Chaume 
tt de Saint-Seine, époux d'Agnès du Pailly('2). 

Veuve de nouveau, Guillemeite s'unit en troisièmes noces 
à X. de Cromary, dont elle eut Olhon, dit de Cromary et de 
La Chaume (3). 

En 1401'), Jean de Choiscv. ccuvcr, sire d'Oyrières, décla- 
rait tenir « le chatel d'Aubigny-lès Sombernon. du chef de 
sa femme, Jeanne de Saint-Sdnc ». lille de Philippe de La 
Chaume 14). 

Auparavant, en iSbq, Othoa de Cromary avait assigné 
quelque redevance à Alexandre de Blaisy, « sur les villes de 
Saint-Anthot et d'Aubignv-en-Auxois » i5). 

Ainsi les enfants de Guillemette d'Aubignv possédaient le 
chatel et une partie de la terre d'Aubigny-lès-Sombernon. De 
plus ils avaient des terres nu redevances féodales à Agey, à 
Beire, La Chaume. Arc-sur-Tille, Pichange, Spoix, Saint- 
Seine, Champlitte, Montot-sur-Salon. Boncourt-la-Fontaine, 
hameau disparu de Corgoloin. 

L'autre tille de Robert d'Aubignv, Marie, eut pour pre- 
mier époux Hugues d'Arc-sur-Tille, seigneur du lieu en par- 
tie, qui devait tenir en Hef d'un de ses aînés sa part de la terre 
patrimoniale (()). Hugues mourut le 4 septembre i343, sui- 
vant répitaphe gravée sur sa tombe, qui se voit encore à 
Saint-Bénigne : cy gît messires \ jiugves d'arc si: tu.le : 

CHEVALIERS : OIT : TUF.SPASSV : LE : JUEDI : DEVANT : LA : 
NATIVITKY : NOSTR1-; : DAME /,.I.V|DE ; GRACE: M: CGC '. XL III. 

On ne lit plus maintenant que les mots en caractères ro- 
mains : mais l'inscription entière a été conservée par Dom 
Aubrey (7). Hugues d'Arc est représenté vêtu du haubert et 

1. Ibid., PeincedL-, XXVH, 22. — H. 1 1 86, Templiers, Epailly, ch. 
d'avril 1207. —H. 1213, La Madclcirn.-, ch. de Guillcmctic dame de la 
Chaume, i333 et i36i. 

2. Pcinccdc, VU, (jS ; XXVII, 79, m. 112.— B. 11 240. toi. 141-° ctv. 

3. Pcinccdc XXNII, 104, 106, ni. 

4. Pcinccdc XVII, 06, 85, 87; XXVll. 23i. 

5. Pcinccdc XXVil, i63. 

1'). Pcinccdc X.Wll, 33, Su. 

7. Epigraphie BourLçui'j;nonnc,Y. 129. 

"4 



210 



LKS ARRIi:iΠNEVEUX DE SAINT BERNARD 



de la jaque; sa lance est appuyée sur l'épaule droite; à son 
bras droit est suspendu l'écu de ses armes : bandé de., et de., 
de six pièces, avec un lambel à cinq pendants. C'est le blason 
d'Arc-sur-Tille, avec une brisure. — A côté d'Hugues d'Arc, 
sur la même tombe, on voit l'effigie d'une femme, dont l'épi- 
taphe n'a jamais été gravée. Cette femme est évidemment 
Marie d'Aubigny, qui avait fait préparer sa sépulture près de 
son époux, et fut sans doute inhumée ailleurs. Marie est 
représentée la tête voilée ; sa robe, dont les manches sont 
boutonnées jusqu'aux cou4cs, est très ample. Elle porte 
comme Mnric de Bvois, un manteau doublé de v;iir, et ses 
deux mains, jointes sur sa poitrine, soutiennent des patenôtres. 

De Hugues d'Arc et de Marie d'Aubigny étaient nés quatre 
enfants : Jean, un autre Jean, Hugues, Robert, tous dits d'Arc- 
sur-Tille (i). Le premier fut seigneur de Saulon. 

Leur mère, après un court veuvage, se remaria, en 1344, "' 
Jean de Rougemont (Franche-Comté), seigneur de Tilcha- 
tel (2). Ce second mari était mort en iSStj, et Marie lui sur- 
vécut assez longtemps (3). 

Comme sa sœur, Marie avait une partie d'Aubigny-lès- 
Sombernon : en effet, l'an i362 « Marie d'Arc, relicte de 
Mcssires Jean de Rougemont » confessait avoir délivré à 
Guillaume du Pailly « cent livrées de terre sur la ville d'Au- 
bigny » (4). Elle avait beaucoup d'autres biens à Chazilly, à 
Arc-sur-Tille, Spoix, Brochon, Fixey, Fixin, Neuilly-lès- 
Dijon, Longecourt. Comblanchicn, Corgoloin, Athée, Avri- 
gncy, Autoreille. 

La descendance de Robert d'Aubigny se propagea principa- 
lement sous les noms d'Arc, de Saint-Seine et de Cromary, 



l*our coniiaiirc le n(jnibrc exact de points qui .séparent les mots litis 
inscriptions, il faut consulter les Planllics. 



1. Peincedé XXVII, 33, 126. — B. 11-^42 et B. 11264, fol. 8. 

2. i'eincede' XXVII, 39. — B. 1124c), fol. 22 v". — Sainte-Chapelle, 
cartul. 40, acte du 3 novembre i36o. — Jean de IJougemont avait eu 
pour première femme Isabelle de Tilchatcl, Peincedé XXVII, 23, 99. 

3. Peincedc, XXVII, i23. 

4. Peincedc, XXVII, io3, 107. — B. 1 1 260. 



•^ jjlfc. ■^Jft. c^ -^ .^Ife -i^ <^ ^>%. c^ ■!%. -i^ •^^j&• '^ -ï^ -a^fc. Jli^ -^ -i^ -^Ve- -^^ -^^ -^^ -^^ -^"^ -^Ufc* -^ -^tlfc> 



APPENDICE B 



QUELQUES TOMBES DES CORDELIERS 



Le couvent des Cordeliers ou Franciscains de Dijon était 
attenant de la place qui en a conservé le nom, dans l'angle 
formé par les rues Turgot et Saint- Pierre. Les restes de ce 
monastère sont actuellement occupés par les Dominicains. 
Mais l'ancienne église est complètement détruite, et avec elle 
ont disparu les tombes qu'elle renfermait. 

Sous quatre de ces tombes reposaient des seigneurs de 
Fontaines. Les dessins de celles-ci existent à la Bibliothèque 
nationale : Cabinet des Estampes, collection Gaignières, P e4, 
fol. 20-23.et — Cabinet des manuscrits, Fonds de Bourgo- 
gne. IX; fr. 8226; le Fonds de Bourgogneest composé^nma- 
jeure partie des documents rassemblés par Dom Plancher et 
ses collaborateurs. 

Les notes suivantes sont dressées d'après les dessins de la 
Bibliothèque nationale et quelques indications brèves qui les 
accompagnent. 

I . 

(V. Planches 11'" et i3). 
1297 

JEAN DE FONTAINES 

On a trois dessins de cette tombe, un dans le tome IX du 
Fonds de Bourgogne, reproduit Planche /3, et deux dans 



2 1 2 LES ARRIERE NEVEUX 

la collection Gaigniùres : de ceux-ci un seul est reproduit, 
Planche i z'^'. 

La Planche i3 présente une lithographie très exacte d'une 
épreuve photographique prise sur le dessin original du tome 
IX, Fonds de Bourgogne. O» a laissé subsister toutes les 
incorrections de ce dessin : le manque de proportion, les 
traits ombrés, bien qu'il s'agisse de gravure simple, enfin 
répitaphe en écriture courante, et non distribuée. 

La Planche ii'"' reproduit, d'après copie, un de:,sin 
meilleur ; P e 4, fol. 20. Il n'y a de différence entre la litho- 
graphie et l'original que dans les caractères employés pour 
toute l'inscription. Sur l'original, la ligne supérieure de la 
bordure renferme le commencement de l'épitaphe en majus- 
cules indice des lettres onciales usitées dans les inscriptions 
funéraires de l'époque ; puis les autres lignes contiennent, 
en écriture courante, le reste de l'épitaphe, distribuée comme 
dans la lithographie. L'indication donnée dans la ligne su- 
périeure commandait d'employer partout les lettres onciales. 

Sous une arcature triangulaire d'assez pauvre style, accos- 
tée de deux anges thuriféraires moitié enveloppés de nuages, 
Jean de Fontaines tient sa lance de la main droite, et de la 
gauche l'écu de ses armes, suspendu à son cou. L'écu porte 
de., à une fasce de. . avec trois saffrcs en chef. Jean est vêtu 
du haubert et de la jaque; une épée est attachée à sa ceinture. 

Epitaphe 

■^ CI ; G'T : MES : SIRES : JE | IIAXZ : DE : FUX JMXES : CHEV.l- 
I.IERS : (JVI : TRESPASSA : I.AX : \ DE : GRACE : M : CC : IIII XX : | 
;•:/■: XVJI: LE : JOCR: DE: I.A : IIFAIGXE: DEX: Ali-. LAME : AMEX. 

Le troisième dessin : P e 4, fol. 22, que l'on a évité de 
reproduire, est assurément fantaisiste . Pas d'arcature ; le 
personnage seulement, avec l'épitaphe en bordure, mal dis- 
tribuée et incomplète. L'écusson est exactement, pour la 
forme et les pièces, celui que donne Chitflet, sous la rubrique 
« Joannis et Gileti de Fontanis » — Migne, col. i536. Il 
porte une fasce et cinq saffres. trois en chef, deux en pointe. 
Ce blason doit être regardé comme faux pour le nombre des 
saffres ,■ car les deux autres dessins sont assurément plus fi- 
dèles, 'Voici l'inscription donnée dans le troisième dessin : 



DE SAINT BEKNAKD 2l3 



Ci gist messire Jehan Ae Fontenne, chevallier, qui trepasa 
l'an de grâce mil deux cent quatre vingt et ly le... 

Le dessin reproduit Planche i3 indique une lacune dans 
l'inscription, à propos du jour mortuaire de Jean de Fon- 
taines. Ce fut l'un des jours de '< la Tifaigne — theophania — 
ou apparition de N. S. », aujourd'hui TEpiplianie, que l'on 
ccMcbre avec octave. 

Ainsi Jean de Fontaines mourut pendant les solennités de 
l'Epiphanie, l'an i2qj, ou, n. st., i2()8. 

Il s'agit de Jean II de Fontaines, rils de Galon de Saulx, et 
qui est connu du lecteur. 

Sa tombe était dans la nef de l'église, devant la chapelle 
des martyrs. 

2. 

(V. Planche i rnMiei-. ) 
I 3o7 

MARIE DE REMILLV 

Le manuscrit de la Bibliothèque nationale, fr. 8226, con- 
tient, fol. 76, un premier dessin de la tombe de la femme de 
Jean II de Fontaines. Ce dessin est reproduit Planche 1 1 ■i"-""' 
d'après une photographie de l'original. La seule amé- 
lioration introduite dans la lithographie est, comme pour la 
tombe précédente, l'emploi des lettres onciales dans toute 
l'inscription. L'auteur du dessin s'est borné à en faire usage 
dans la ligne supérieure, et il a donné le reste en écriture 
courante, indiquant toutefois les sections de chaque ligne. 

Cette tombe semble avoir été d'une bonne pagination. On 
y retrouve l'arcature ogivale et les anges thuriféraires. Sous 
la pointe de l'ogive s'étend vers l'effigie une main dont l'in- 
dex et le médius sont déployés et les deux autres doigts fer- 
més. La défunte, vêtue du manteau et de la robe traînante, a 
les mains jointes et la tête voilée. 

Epitaphe 
■\- ci : GIST : NOBLE : DAME : MARC \ LE RI TE : JADIS : FEMME : 
MOXSEIGXOiR : JEHAX : CHEVALIER : CAI : EN : ARRIES : SIRES : 
DE : FOX\ TEIXES : ET : DE: ROIFE qCI : TRES | PASSA : LAN : DE : 
GRACE : M : III C . ET VII : HOU : MOIS : DAOUST : PRIEZ : POIR : 
LARME : QtTî : DEX : EN : AIT : .MERCI. 

M" 



2 14 I-ES ARRIÈRE NEVKUX 



Au folio 23 du recueil P e 4 delà collecnon Gaignières est 
un autre dessin de la tombe de la femme de Jean If de Fon- 
taines. 

Ce dessin n'a pas été reproduit, car il n'est ni complet ni 
exact. Il représente seulement, encadrée par la bordure où 
se déroule l'épitaphe, l'effigie de la personne inhumée, avec 
deux fîeurs de lis de chaque côté, à hauteur de la ceinture. Ce 
n'est pas un simple tracé, modelé sur la gravure du lapicide, 
mais ce sont des traits et des ombres fantaisistes, figurant 
plutôt de la sculpture. La défunte ne porte pas de manteau, 
mais un long voile qui descend, comme la robe, jusqu'à terre. 

L'épitaphe est ainsi conçue : 

Ci . gis . dame . Marie . qui . fut . famme . de . Mon- 
seigneur . Jean . chevallier . en aries . seigneur . de . 
Fontenne . et . de . Roise . — lisez Roifé — qui trepasa . 
lan . de . grâce au . mois daut . 

Un autre relevé de la même épitaphe se lit en note, 
folio 21, dans la teneur suivante : 

Cy gist noble et honorable Dame N femme Monseignor 
Jehan, chevalier, cai en arries sire de Fontaines et de Roifé, 
qui trespassa l'an de grâce iSoj hou mois d'aoust. Prie^ por 
l'âme que Dex ait. Amen. 

Les trois copies de l'épitaphe sont identiques pour le fond, 
sauf le nom de la femme de Jean II. « Marie » est le nom que 
lui donnent les documents que nous avonsreproduits ou cités 
dans le paragraphe quatrième. 

Jean II fut certainement seigneur de Fontaines et de Roifé, 
c'est à dire de Ruffey-lès-Echirey, près Dijon : des titres au- 
thentiques en fournissent la preuve. 

Marie mourut donc au mois d'août iSoj. Sa tombe fut 
posée auprès de celle de son époux, « dans la nef de l'église 
des Cordeliers, devant la chapelle des martirs ». Gomme on 
l'a vu précédemment, Marie était sœur de Guillaume de Re- 
milly — probablement Remilly-sur-Tille, à en juger par les 
relations de Jean II de Fontaines et de ses descendants. 



DE SAINT BFKNARD 2l5 



3. 

*■ l3l2 

GILLES DE FONTAINES 

Un dessin de cette tombe se trouve, folio 21, au recueil 
P e 4 de la collection Gaignières, mais comme ceux des 
tombes de Jean II et de Marie de Remilly, folios 22 et 23, il 
n'est ni complet ni exact. L'auteur, qui est le même pour les 
trois dessins, s'est contenté encore d'esquisser le personnage 
et de l'encadrer dans une bordure contenant une partie de 
répitaphe. D'après cela cependant, on se fait une idée de 
l'efligie gravée sur la dalle funéraire. 

Gilles était représenté, vêtu du haubert et de la jaque, l'épée 
attachée à la ceinture, tenant une lance de la main droite, et 
de la gauche l'écu de ses armes relevé sur sa poitrine. 

On retrouve dans ce dessin les armoiries communiquées à 
Chifflct, dont il vient d'être parlé à propos de la tombe de 
Jean II de Fontaines : inte/asce accompagnée de cinqsaffres, 
trois en chef, deux en pointe. Suivant la remarque déjà faite, 
il doit y avoir erreur pour le nombre de saffres. L'erreur est 
certaine en ce qui concerne le blason attribué à Jean II. Or 
les deux dessins étant de la même main, fort peu exacts l'un 
et l'autre, le second n'inspire pas plus de confiance que le 
premier. D'ailleurs il est peu probable que Gilles ait modi- 
fié les armes de Jean II son père, puisque son fils et son 
petit-fils ont porté « une fasce et trois saffres en chef ». 

L'erreur est si vite commise en pareille matière que dans 
le tome V de M. E. Petit, l'écusson de Gilles a subi une 
nouvelle modification ; il présente six saffres, trois en chef, 
trois en pointe, (i) Le dessin du recueil P e 4, fol. 21. auquel 
renvoie M. Petit, ne "pone que deux saffres en pointe. Les 
armes éditées par Chitilet sont un calque très fidèle de ce 
dessin. 

L'épitaphe fournie par le même document est mal ortho- 
graphiée et incomplète : 

Si . gise . mesieurs . Gilles . de . Fontenne . cheval- 
lier . de... qui . trépassa . ian . de . grâce... 

I . Hist. des Ducs de Bourgo'^ne, V, 478. 



2l6 LES Al'.RltRE NEVEUX DE SAINI' BERNARD 

Une note ajoutée au dessin donne cet autre texte : 

Cy gist X. sire de Fontaines, chevalier duchesse, qui 

trespassa l'ande grâce 1 3i 2, la vaille de saint Andries . Dex ait 

larme. 

La date de i3i2 peut être acceptée : elle concorde avec les 
données des titres authentiques. Gilles, comme sa sœur Dan- 
not, aura pu faire partie du service particulier delà duchesse 
Agnès de France, qui, veuve de Robert II en i3o5, géra la 
tutelle de ses fils Hugues V et Eudes IV. 

Gilles mourut le 29 novembre. 

4- 

(V. Planches \i i"> et 14) 
1334 

HUGUENIN DE FONTAINES 

La Planche ij'''" reproduit exactement le dessin du 
recueil P e 4, fol. 20, avec cette seule différence que les 
lettres onciales sont partout employées au lieu de Tétre seule- 
ment dans la ligne supérieure. 

La Planche 14. présente, sans le moindre changement, le 
dessin du tome IX, Fonds de Bourgogne. 

Hugues vulgairement dit Huguenin. écuyer, est représenté 
dans une arcature avec anges thuriféraires. Il est coiffé du 
heaume, porte le haubert, la jaquect des jambières. Il tient sa 
lance de la main droite, et de la gauche Técu de ses armes : 
de., à une fasce de., accompagnée de trois saffres en chef. 
Son épée est attachée au tianc gauche. 

Epitaphe 

f CI : GIST : HVGUEXINS : SI \ lihS : /)/•; : FOX TA I\ XI- S : QII : 
TRESPASSA : I.AX -. DE : GRACE : Mil. : CGC : .YAA" : ET : lUI : | LA 
VOILLE : DE : SAIXI' : I.ORAX : DEX : IlAir : LARME : AMEX. 

Huguenin, hls de Gilles; est connu du lecteur. Il mourut 
le 9 août 1 334. 

Sa tombe était « dans la nef de l'église, à l'entrée, au mi- 
lieu 0. 



»>ll,% k^ ►'* >•* >.i ►■% I.* »•■» »."% t.^ «.'4 1.% ►'* »•■* ».'» I»"* «-^ ►'* t. "à ».■'» «..'4 »;* bj* !.•> 



APPENDICE C 



LES ARMOIRIES D[i FONTAINES 



Galon de Saulx, seigneur de Fontaines, et tous ses succes- 
seurs jusqu'à Richard inclusivement ont porté de. à une 
fasce de., accompagnée de trois saffres de., en chef. 

Telles sont les armoiries de Fontaines certainement 
connues. Celles que l'on attribue vulgairement à saint Ber- 
nard, et qui, par extension, sont parfois dites de Fontaines, 
ont été disculées par (Lhiftiet (Migne, coi. i53? et suiv.l, qui 
les regarde comme douteuses : aucune découverte n'est venue 
réformer cette conclusion. 

Quelle est l'origine du blason certain de Fontaines ? 

Il n'est point celui de la maison de Saulx, à laquelle appar- 
tenait Guillaume, père de Galon. Cette maison portait d'a:{iir 
au lion d'or, couronne de incm:, arme et lampassé de gueules: 
c'était une brisure, par le renversement des émaux, du bla- 
son de Grancev d'or au lion d\z:;ur, couronné, armé et 
lampassé de gueules. 

Selon toute vraisemblance, Guillaume le Roux tenait le 
blason de Fontaines de son épouse. Belote de Sombernon. 
Ainsi un de ses neveux, Gauthier de Saulx, seigneur 
de Courtivron, mort en 1267, adopta, probablement par suite 
d'alliance, et transmit à sa postérité: bandé de., et de., au 
yranc quartier chargé d'un crêquier. D. Plancher, 11, 431 
et 437. — Epigraphie Bourguignonne, p. 174. — E. Petit, 
V, 442,4tJo. .-Mnsi la branche des Saffres, seigneurs de Beire, 
échangea l'écusson de (gueules) à cinq saffres d\argent), qui 
est de Saffres, contre celui de., à l'étoile de., placée en cœur, 
qui est de Beire. Epigraphie Bourguignonne, p. 121. C'était 



2l8 



LES ARRIERE NEVEUX 



en effet assez l'usage que les puînés des familles féodales, 
arrivés par alliance à une seigneurie étrangère, en prissent 
les armes. 

La conjecture que le blason adopté par les Saulx-Fon- 
taines vient des Sombernon leurs prédécesseurs est tout à 
fait plausible,, on va le voir. 

Au mois de juin i23o, Hervé, seigneur de Sombernon, 
délivrant une déclaration à propos du château de MiÀlain, y 
apposa le sceau de ses armes, dont voici la fidèle reproduc- 
tion : 




FiGunE 1 . 
Sceau d'Hervé de Sombernon, I23(). 



Le titre, conservé aux Archives de la Côte-d'Or, B. 1047 1, 
cote 82, commence par ces mots : k Ego Herveus dominus 
Sunbernonis omnibus notum facio quod ego teneo in piano 
feodo castrum meum de Moolein a domino rege Francie » . 

Ordinairement les oiseaux figurés de profil regardent à 
dextre, et non à sénestre, mais cette anomalie offre plus d'un 
exemple. 

Les armes d'Hervé étaient celles de sa maison, car elles se 
retrouvent — et alors les oiseaux tournés à dextre — sur le 
sceau et la tombe de Pierre de Montoillot, descendant d'un 
oncle paternel d'Hervé. Les empreintes du sceau sont con- 



DE SAINT MHKNARD 



•219 



servces : B. 1057, cote 21 ; R. 10414, cote 81 ; les oiseaux 
ont leur bec et leurs jambes. — La tombe est dans l'église 
de Saint-Julien près Dijon: JhilL'iin d'histoire et if archéolo- 
gie religieuses du diocèse de Dijon, novembre-décembre i883. 

Le sceau d'Hervé de 'Sombernon présente évidemment 
l'oiseau héraldique appelé saff're. 

Cet oiseau est l'orfraie ou aigle de mer, représentée de pro- 
fil, un peu hissante, souvent les ailes levées. Régulièrement 
le bec et les pattes ne sont point supprimés. Tels sont les ca- 
ractères certains par lesquels les satîres diffèrent des mer- 
lettes, plus passantes et ordinairement sans bec ni pieds. 
L'avidité bien connue de l'orfraie l'a fait surnommer en 
Bourgogne safrei[^^o\.\\u) . 

On reconnaît aisément cet oiseau sur l'empreinte du sceau 
d'Hervé de Sombernon. Mais afin d'en fournir une preuve 
plus convaincante, nous reproduisons le sceau d'Hervé, 
seigneur de Saffres, apposé sur un titre du mois de mai 1247. 




Figure 2. 
Sceau d'Hervé de Satfres, 1247. 



220 



LES ARRIERE NEVEUX 



La pièce marquée de cette empreinte est aux Archives de 
la Côte-d'Or, B. 10472, cote 57 : « Ego Herveus, dominus 
saffrarum.. » 

Cette confrontation ne laisse subsister aucun doute : les 
oiseaux des armoiries de Sombernon sont des saffres. 

Or, les oiseaux des armoiries de Fontaines sont les mêmes. 
Les héraldistes les ont toujours appelés « saffres ». Tels on 
les voit sur la tombe de Galon, tels également, sur la tombe 
de Gui de Saffres, 127g, à l'hospice de Vitieaux ; et sur celle 
de Jean de Drées, i3i4, à l'église de La Bussière : les Drées 
étaient une branche de la maison de Saffres. Gette similitude 
a même beaucoup contribué à accréditer l'opinion erronée 
qui confond les maisons de Saffres et de Fontaines. 

On peut encore, afin de multiplier les preuves, rapprocher 
le sceau de Richard de Fontaines de ceux de quelques 
seigneurs de la maison de Saffres. 

Le sceau de Richard se trouve aux Archives de la Côte- 
d'Or, B. 38o, cote 47, dans cette forme exacte : 




Figure 3. 
Sceau Je Richard de Eornaine?, l38l. 



Voici maintenant le sceau de Jean de Saffres, fils 
d'Hervé VI, apposé sur un dénombrement de 1872; B, 
io52i, cote 81 ; — et le sceau de Thomas d'EguilIy, écuyer 
d'écurie du comte de Nevers, apposé sur des certificats de 
1402; B. 370, cotes 100 et 169: les d'Eguilly auxquels 
appartenait Thomas, descendaient d'Hervé III de Saffres, 
seigneur d'Eguilly. 



DE SAINT BERNARD 



22 r 




Figure -i- 
Sceau Je .!ea:i tic S.ilTres, 1 '7: 




Figure 3. 
SceaM de Thomas d'Eguilly. 1402. 



De part et d'autre les oiseaux sont figurés de la nie-me 
manière et tout Justifie le blasonnement adopté pour les 
armoiries de Fontaines. 

La conclusion de l'examen qui précède, doit se formuler 
ainsi : 

Les armes de Sombernon étaient de., à une fascc de., ac- 
compagnée de six saffrcs de., trois en chef, trois en pointe. 

Les armes de Fontaines étaient de., à une fasce de . . accom- 
pagne'e de trois saffres en chef. 

La ressemblance est frappante. ■ 

Il est donc probable que Barthélémy de Sombernon, puîné 
de sa moison, aura importé dans la seigneurie de Fontaines 
ses armes patrimoniales avec une brisure, et que les enfants 
de Guillaume de Saulx et de Belote les auront conservées. 
Une brisure des plus simples consistait à supprimer quelque 
pièce. C'est ainsi — on l'a vu — que les Chaudenav, seigneurs 



22 2 



I,ES ARRIERE NEVEUX DE SAINT BERNARD 



de Châteauneuf, supprimèrent du blason de Chaudenay trois 
coquilles, et retinrent seulement une fasce accompagnée de 
trois coquilles en chef. De la même façon, Barthélémy aura 
supprimé trois saffres dans les armes de Sombernon et gardé 
une fasce accompagnée de trois saffres en chef 

Telle est la conjecture la plus plausible touchant l'origine 
des armoiries de Fontaines. 

On se demande, après avoir confronté les armes de Som- 
bernon et de Saffres, si les deux familles seraient du même 
sang ? 

La présence du même oiseau sur Tun et l'autre blason n'est 
pas une raison suffisante pourconclure affirmativement. L'or- 
fraie ou aigle de mer, chez nous vulgairement appelé safre, 
convenait naturellement à la maison de Saffres pour se faire 
des armes parlantes : c'est la juste remarque de Chifiîet. Mais 
cet oiseau figure dans beaucoup d'autres blasons. Parmi nous, 
il est appelé du nom vulgaire et local saffre ; ailleurs, du 
nom plus répandu aiglette, faucon. Quelquefois même on le 
confond avec un autre oiseau de proie, le corbeau. Des fa- 
milles absolument étrangères les unes aux autres ont cet 
oiseau dans leurs armoiries. 

Toutefois, les Sombernon et les Saffres étaient voisins; ils 
avaient des possessions sur les mêmes finages ; nous les 
avons vus s'assister dans leurs actes. D'après cela, il se peut 
qu"il y ait eu entre eux quelque lien de parenté. 

Mais seraient-ils deux rameaux d'une même souche ? Il 
n'y a rien d'explicite à cet égard. 



GÉNÉALOGIE 





I20S 


Giiitlatiinc de Saiilx dit le Roux. 




1220 ( 








1238 , 








.... f 


Belote, danio de I'"outaines. 
1 


Jca)! I, seigneur du Foulainos, ] 


mis muine 


1222 


t'^/o/i, seigneur de l-'onlairies, 


:^ La liusbiorc. 




12:0 


Auliigny. 


1221) 




1231 


■ 


1220 




1240 
1247 

1207 


1 






127(1 


Djnnot. 


12(37 Jean II , seigueur dr V 


onlaines. 


1267 


Guillaume, sci'^neuv de Fon- 


1270 Rullov. 




1273 


taines, AulMgnv. 


12Si j M.-irie de Rcmillv. 




1277 




12ii7 ' 1307 




12x1 








1282 


Af;ncs de Daiiipierrc-sur-Salon. 


1 




1307 


131G 




1?'.J3 ' (iilles, sciiiiieur de Fou- 


1 .\LirL;i:cri 


te. 1302 i Danniit. 




1299 laines, lUiliey. 


'3'J' ) Hn 




131(; 1 


1307 . 


•^nes 


4c 1325 J .iymoniii de 


1310 j A'^ncs de Charlietes. 


( B 


nffon. 


1333 ' Moutoillot. 




1312 ' 1310, 1327 









■ Hugiien:n, seigneur do Fontaines. 
1312 \ 

13iG , Simonne de Pontailler, remariée : 
1327 i 2° à Hugues de l'rangcy, sire de Beirc ; 
1334 I 3" à Jean d'Arc, seigneur de (lliargev. 
13.39. 13.jO, 13o4 



(lui, elianuine do Langrcs. 
1312, 1310, 1330, l.-i-iO 



1330 I Jean III, seigneur Robert, seign. de 13â9 ( Richard, seigneur de 

135U 1 dr l'ontaincs, | Fontaines. 1 13GG ' Fontaines. 

1302 1 Ru;le.v. i;j50, 13:;.,) i3Sl \ 

.. . f Jeanne de Drainhon. 1380 ( l'Iiilippinc de Saul.w 



1 Agnès, d;imc\ Jeanne, 
] de Ruiley.l 



Marie, dame de Fontaines. 



1370 



jHenri Pctitjean 
[ de Trouhans. 



388 



(iuillaumc de Marey. 



DES SAULX-FONTAINES 



.\rmoiries : De., à une faace de., accompagnée de trois saffres de., en chef. 

Domaines : Fontaines, Cliangcy, Ruiley, Kchirey, (lemeaux, (Jouchcy, yoinljernon, 
Aubigny-lès-Sonihernon, Sainte-Jlarie-sur-Ouclie. 



.... I Othon, seigneur de RulVey 

1220 ' 

1231 j 

123.'3 f Amchne de Saint-Julien. 



122(5 l 
1233 ; 
liiO ' 



Aalis. 



1" Eticnn:- de Bresscy 
2° Eudes de Dumois. 



Knt'ants du 2' lit. 



Guillaume de Domois. 



Guiot. 



Guillemettc, dite 
12.37 \ Dannot. 
125!) 

1270 1 Perreau, lils de 
1278 / Lambert de 
Rouvres. 



Adeline. 



1250 

1270 ; Henri de Bellenot, 

1292 1 dit le Larron. 



Jean de Bellenot, dit 
le Larron. 
1202. 1330 



Agnès, flUe de Cilles, 
religieuse à S. .lean 
d'Autun. 



Autres Iilles, religieuses, 
à Larrey, au Lien-Dieu. 



1359 
1370 



Isabelle, xtciivdL' Richard. 
Geof/roi du Mei.v. 
1370 



Il Guillem 
138 i 



ette. 
Jean de Maisoncomte. 



Jeanne, religieuse à 
Larrey. 
1347, 1376 



Erratum : A la page précédente, 
dernière génération, au lieu de 
388, lisez 1388, 

i5 



\ 



;?4^;;4^;^^;^;^;j^^^j?|<;^ 



LES RUFFEY ET LES CHISSEY 



Le Journal des Saints de Furdre de Cîteaux et le 
Gallia chrisliana donnent le titre de parentes de saint 
Bernard à plusieurs abbesses et à une prieure de Tart, 
du nom de Chisse}'. qui vécurent au XV'L' siècle. 

L'alliance des Chissey de Franche-Comté avec les 
Ruiïev, issus des Saulx-Fontaines, n'est pas contestable. 
Ces Chissey tirent leur nom d'un village du Jura, can- 
to:! de Montbarrey. Ils se divisent en plusieurs branches : 
Chis,sL•v-^'annoz, Chissc\-Butlard. Chissey-"\'aranges, 
etc. Le paragraphe cinquième fera connaître les premières 
générations de ladoublelignée des Rulley et des Chissey, 
insérés dans la famille de saint Bernard. 

Henri Petitjean de Trouhans, seigneur en partie des 
Maillys, avait épousé d'abord Jeanne dite de Moisey, — ■ 
hameau deMarigny lès Reullée.En i359, Henri et Jeanne 
faisaient leur testament, et élisaient sépulture en l'église 
de l'abbaye de Tart. La guerre avec les Anglais avait sans 
doute été l'occasion de ce testament. Quatre ans après, 
les deux époux donnaient aux religieuses de Tart dix 
livrées de terre annuelles, assises sur la terre de Lon- 
geauli ; des lettres du roi Jean, datées de Talant, mois 
de juin K^t33, amortissaient la donation ; et les religieuses 



228 LES ARRIÈRE NEVEUX 



s'engageaient, par reconnaissance, à faire célébrer tous 
les ans, pendant la vie du roi, une messe du Saint-Esprit 
pour la prospérité de sa Majesté et de son Royaume, 
puis, après son décès, une messe des morts à son inten- 
tion (i). Les sympathies pieuses de Henri Petitjean 
étaient donc pour l'abbaye mère des Cisterciennes ou 
Bernardines. 

Veuf de Jeanne de Moisey, Henri Petitjean épousa en 
secondes noces Agnès, fille de Jean HI de Fontaines, 
seigneur du lieu en partie et de Rufîey-lès-Echirey, 
Henri mourut vers i 382. Il eut d'Agnès de Fontaines 
Gui ou Guiard Petitjean, mineur encore en iScjijCt 
ayant alors pour curateur Gui de Pontailler, maréchal 
de Bourgogne (2). 

Gui Petitjean est la tige des Ruftey, issus des Saulx- 
Fontaines. 

Vers la lin du XIV" siècle, les seigneuries d'Orsans, 
d'Arconcey, de Villers, de Fangy, lieux compris dans la 
commune actuelle d'Esbarres — anciennement Les 
Barres d'Orsans, — appartenaient en partie aux Chissey- 
Buffard, qui portaient (Vargenl à trois émanchures de 
sable, mouvantes du chef, chargées de trois quintes feuilles 
percées d'or (3). Guillemette de Chissey, épouse de Jean 
de Vaite (4), était dame de Fangy et autres lieux préci- 
tés, i365-i388. Catherine de Vaite, tille de Jean et de 
Guillemette, fut mariée à Gui de Ruftey : les deux familles 
avaient des domaines voisins, sur les rives de la Tille et 
de la Saône. Ainsi commença l'alliance des Chissey 
avec les Ruffey, alliance qui dans la suite devint plus 



1. Archiv. de la Cote-d'or, H. io5i, Bernardines, layette Pluvault. 

2. Ibid. Peincedé, XXVII, 64-67, 140, 160, 181, 265, 293. 

3. Galerie hcraldo-nobiliairc de la Franche Comté, p. Suchaux, Pa- 
ris, 1878, tome I, p. i58-i59. — Peincedé VII, to6. 

4. Archiv. de la Côtc-d'or, Peincedé, VII, 65,78, 260,437, 442; Titres 
de famille E. 382. 



DE SAINT l'.IÎRNAPD 22() 

étroite, et porta le sang de saint Bernard aux Chissey 
eux-mêmes. 

A la même époque, Guillaume de Varanges venait de 
laisser soi": héritage à ses neveux Jean et Richard de 
Chissey. Parla, s'était formée chez les Chissey de Franche- 
Comté la branche qui eut désormais son centre patrimo- 
nial dans le duché (1). Elle reçut le nom de Chissey- 
\'aranges, et prit pour armes : D\i:{itr a Irois lours d'or 
posées 2 et i. Ce devait être celles de Guillaume de 
\'aranges. que ses neveux de Chissey adoptèrent. 

Gui Petitjean dit de Trouhansct de Rutre\',cité com- 
me écuyer en 1410, comme chevalier en 141 3, était dé- 
cédé en 1411) '2). Catherine de ^'aite lui survécut, et ne 
mourut qu'après i 4JÎ0 (3). 

Leurs enfants furent: Nicolas, seigneur de RulTey ; 
Guillaume, seigneur de P'angy ; Marguerite, femme de 
Jean Barrot de Beaune ; Guillemeite et Henriette, dont 
les noms seuls sont connus; enfin, Marie, religieuse à 
Molaise (4'. 

L'an I |ii)" Colas (Nicolas) de Trouhans dit de RutVev, 
écuyer, tils de feu Messire Guiart de Trouhans, che- 
valier, seigneur de Ruire}--lès-Dijon en partie, et de 
Catherine de Vaites » ; Marguerite de RutTey, sa sœur; 
en leur nom et au nom de leurs sœurs mineures, Guil- 
lemette, Henriotte et Marie, confirmèrent la vente jadis 
faite par leurs père et mère « à Messire Jean de Chissey, 
leur oncle et cousin remué (issu) de germain d'icelle 
dame leur mère, es villes et finagesde Bulfart etChissey 
en la Comté de Bour^oane '>. Jean de Chissev, cité dans 



1. IbiJ., l'cince.ld, X.WII, 173, 1S7, 192, 327. 

2. Ibid., I. c. et Pcincedé, VU, i(>3 ; E. 38i''. 

3. Ibid., E. i-tin, titre de ij.27; l^einccdc, WIII, 3ii ; X.Wil. iio 
XXiX, 679. 

4. Ibid., PcincedJ XVII, i23 ; XX\li.437. 488; B. ii33i, toi. 2i5 vs 



2Jû LnS ARRIKRr: NEVEUX 

cet acte, était seigneur en partie deBulTard et de Fangy; 
il fut chambellan du duc. Il avait épousé .Marguerite de 
Salins (i). 

Après la mort de Catherine de \'aite. au mois de 
février 1434 5, « Colas et Guillaume de RulVey, écuyers, 
se partagèrent l'héritage de feus Gui de RuIley-lès-Dijon 
et dame Catherine, leurs père et mère ». Colas eut la 
majeure partie des biens paternels à RulVey, Mailly-Cur- 
til, iMaill}-le-Pori, ]\Iailly-la-^'ille, Champdôtre. Tille- 
nay, Collonges-lès-Longeault. Guillaume eut la plupart 
des biens provenant de sa mère : aux Barres d'Orsans, 
à Brazey, Saint-Jean de Losne, Champdivers, Cham- 
blanc, Trugny, Jallanges, Seurre, ainsi qu'à Echevannes 
et autres lieux voisins de Tilchatel. Les deux frères 
devaient" payer à Marguerite, leur sœur, femme de Jean 
Barrot de Beaune, sa dot de 60 livres de rente, et une 
pension à dame Marie, leur autre sœur, religieuse à Mo- 
laise » (2). 

Nicolas de Rufie}' demeurait d'ordinaire au village de 
ce nom, dans la maison forte naguère habitée par ses' 
aïeux les Saulx- Fontaines. Il acheta de Guillaume son 
frère, les biens que celui-ci possédait à Rulïey, Belle- 
fond, Saint-Apollinaire, Echevannes, ainsi qu'aux Barres 
d'Orsans. Il fonda une chapelle dans l'église des Maillys, 
dont il était seigneur en même temps que de Ruffey. Il 
mourut l'an i 43N (3). 

Guillaume était seigneur de Fangy, et résidait aux 
Barres. Il se dessaisit d'une grande partie de ses biens. 



1. IbiJ., l'einceJc;, XXIII; 25 ; K. SSo, titre Je i4tJS. — Bibliot. de M. 
Dro/ Jcs N'illars (Douls), Notes ckXaVin dAudciix: Tcst.nmcnt de .Ican 
de Chissey époux de Jeanne d'Llsic, fils de t'en .lean de Chis.sex, cheva- 
lier, seigneur de lUiilard, et de Marguerite de Salins ; 14(38. Cette noie, 
ainsi que les suivantes de même source, nous ont été obligeaiiimcnt 
communiquées par M. de Beauiéjour. 

2. Ibid., Peincedé. XXVII, 5io. 

3. Ibid,. Peincedé XXV, 479. XXVII, 5o.S-:o(>, ou |i. 1 137K, 



DR SAINT BERNARD 23 I 



Marie après 1435 à Catherine d'AutoreilIc, il mourut 
vers l'an 14G0 : on ne lui trouve pas de postérité (1), 

C'est donc dans la descendance de Nicolas qu'il faut 
chercher l'alliance d'un seigneur dit de Chissey avec une 
héritière des Ruftey, parente de saint Bernard. 

En 1427, Nicolas avait pour épouse Jeanne Perron 
fille de Jean Perron de Beaune et d'Alix de Baissey. Au 
décès de son mari, Jeanne eut la tutelle de leurs enfants : 
Etienne, Jeanne, Henriette et Nicolas II. Un document 
donne encore à Nicolas I deux autres enfants : Jean et 
Etiennettc, soit qu'il les ait eus d'une première femme, 
soit que Jeanne Perron n'ait pas géré la tutelle de 
ceux-ci (2). 

Jeanne Perron se remaria l'an 1444 à Jean de Chissey, 
écuyer, seigneur de Varanges. C'était le fils de Jean, 
cité plus haut, qui avec Richard, son frère, forma la tige 
des Chissey-Varanges (3). Ce mariage créait une nou- 
velle affinité entre les Chissey et les Ruffey. 

Etienne, fils de Nicolas I de Ruffey, fut seigneur de 
Collonges-lès-Longeault. Il tenait des fiefs à Pluvault, 
Pluvet, Aubigny-lès-Molinot : la terre d'Aubigny lui 
venait de sa mère, Jeanne Perron. Il épousa en i4')2 
Marie de Scigny, fille d'Antoine de Scigny et d'Amyotte 
de Marey. Amyotte était fille de la dernière héritière des 
Saulx-Fontaines (4). Ainsi les enfants d'Etienne de Ruf- 
fey et de Marie de Seigny reçurent et de leur père et 
de leur mère le sang de saint Bernard. Ces enfants furent : 



1. Ibid.. 1- c.,et E. 370, titres de 1454, 1465. 

2. Ibid., Peincedc, XXVII, 488, 5o5-5o6 ; — Ste Chapelle, cartui, n" 
5i, p. 186.— Bibliot. Je M. Droz des\'illars, Notes de Varin d'Andeux: 
TestameRt d'Etiennette de Ruffey. 

3. Ibid., Peincedé, XXVII, 553, 402, 417, 471. 

4. Ibid. Peincedc VII, 124. — Migne, col. 1497, C— Archiv. de M. 
d'Haussonvilie, Gurcy-le-Chatel (Seine-et-Marne). — Voir le tableau 
géne'alogique des Marey-Eontaines. 



232 I.I-.S ARRIÈRE NEVliUX 

1° Jean de Ruftey, seigneur de Collonges (i), marié à 
Jeanne Poinceot d'Eguilly, dame de Drées en partie, 
d'où naquirent, Antoine et Philippe : — 2" Pierre de 
Ruffey, seigneur de Collonges ; — 3° Catherine de Ruf- 
fey, mariée à Pierre de Coublanc (2). 

Catherine est expressément dite fille d'Etienne de 
Ruffey et de Marie de Seign}', d'abord en son traité de 
mariage (3) daté de 1482, puis dans un acte de 1487 
portant, à propos de la dot de sa mère « Marie de 
Seigny dame de Collonges », un règlement de compte 
avec Othenin de Cléron (4). Elle est citée l'an i5ii, 
ainsi que son fils Claude de Coublanc. Jean et Pierre 
de Ruffey, qui succèdent à Etienne dans la seigneurie de 
Collonges, ne peuvent qu'être ses fils (5). La postérité 
de Pierre, s'il en eut une. n'apparaît pas. Jean fut en 
relations fréquentes et intimes avec Bonaventure et 
Christophe de Vingles, maris de ses deux belles-sœurs, 
Chrétienne et Agnès Poinceot d'Eguilly ; également 
avec Pierre de Mailleroncourt, époux en deuxièmes 
noces de Jacqueline de Cléron, fille d'Othenin (6). Par 
sa mère et par sa femme, Jean avait de multiples liens 
de parenté avec ces seigneurs. Le château de Drées était 
devenu leur commun héritage. Après 1640, on trouve à 
Collonges Antoine de Ruffey et son frère Philippe, ayant 
mêmes relations que Jean de Ruffe}', avec les Vingles et 
les Cléron ou leurs alliés. Antoine et Philippe devaient 
donc^être fils de Jean. La fille d'Antoine, Jeanne de 
Ruffey, dame de Collonges, épousa en i585 Sébastien' 



1. Jean de Ruffey, d"après Courtépce, eut sa tombe à Pren-.ières, et 
celte tombe portait la date de i532. 

2. Bibl. de Dijon, MS de Palliot, Mém. gén. I, p. 121,14,2,267, Siq, 901. 
— Archiv. de la Côte-d'or, Titres de famille, E, 802, 849, io35 ; Péin- 
cedé VII, 196; XXVIII, 626. — Invent. som. Saône et Loire, E. io5i. 
Migne, col. 1497, C; 1499,0. 

3.. Migne, col. 1497, C. 

4. Archiv. de M. le comte d'Haussonville, Gurcy-le-Chàtel. 

5. Jean l'était certainement ; voir plus loin, p. 284. 

6. Palliot, ms I, 5o8 et suiv,, et locis cit. 



Dl-: SAINT BF.RNAKD 2:),^ 



de Hénay, seigneur de Thostes, dont elle était veuve en 
décembre i 588. 

Nous ne suivrons pas ces divers rameaux tenant aux 
RulTev issus des Saulx-Fontaines. A cette époque, 
l'arbre généalogique de la famille de saint Bernard 
devient si touffu, qu'il faut se borner à signaler seule- 
ment les greffes nouvelles. 

Jean et Etiennette, enfants de Nicolas I de Rulfey, 
nous sont connus par cet unique document : 

« Testament d'Etiennette de Ruffey, veusve de feu 
Jean Mellet de P>ontenay,escuier, seigneur de Joux-lès- 
Vercelz : elle faict mention de Jean de RulTey, escuier, 
son frère, et faict iiéritiers Nicolas de Ruffey, son frère, 
Jeanne de Rutïey, dame de Mailli, sa sœur, 1487 (i). » 

Nicolas II, fils de Nicolas I, fut seigneur de Rulfey. 
Il est cité encore en 148;). Il eut pour enfants : Jean de 
Ruffey, prêtre, curé de Membrey, seigneur de Ruffey en 
partie ; Alexandre, également seigneur de Ruffey ; An- 
toinette, mariée à Charles de Mailly (2). — Alexandre 
mourut sans postérité. L'époux d'Antoinette était cosei- 
gneur de Mailly-le-Chàteau, l'un des quatre villages for- 
mant la commune actuelle des Maillys. Son habitation 
était à Mailly-l'Eglise. Il était fils de Simon de Maill}', 
chevalier, seigneur d'Arc-sur-Tille et des Maillys, en 
partie. Sa sœur, Claude, était mariée à Philippe Baudot, 
seigneur de Crecey-sur-Tille et de Chaudenay. Charles 
de Mailly mourut en 1422 ou 142^, laissant sa veuve 
Antoinette avec un fils unique, Jean, âgé d'environ 
i3 ans, qui eut pour curateur son oncle, le curé de Mem- 
brey. Le fils d'Antoinette reçut lui-même les saints Or- 



1. Bibliot. de M. Droz desVillars (Doubs), Notes de Varin d'Âudeux. 

2. Archiv. delà C6tc-d'Ur,Pcincedé, VH, 194; XSIH, 160; XIX, 124; 
XXIX. Ô71, 679. 



234 I-ES AKRIÈRE NEVJiUX 

dres, et en i 500 il était chapelain de Notre-Dame de !a 
Levée lès Auxonne, hospice pour les passants, voisin 
de la chaussée qui aboutissait au pont de la Saône (i). 

L'an 148(1 « danioiselle Henriette de RuiTey et noble 
homme Nicolas de Rulfey, sonfrère, tenaient fiefauChas- 
tclet, dans la seigneurie de Pagny. » Henriette n'est pas 
connue davantage {2). Elle était déccdéc en 1495. 

Jeanne de Rufley, sœur d'Henriette et des précédents, 
épousa Jean de Chissey, écuyer. Par ce mariage un ra- 
meau des Chissey se rattache donc à l'arbre généalogi- 
que de la famille de saint Bernard. Les documents ne 
donnent pas la filiation du mari de Jeanne de Ruffey : il 
est qualifié seigneur de Mailly, sans doute du chef de sa 
femme, qui était « dame de Mailly-le-Moustier » — l'é- 
glise ; et il devait, de son propre chef, être seigneur 
du Deschaux, car, dans son veuvage, Jeanne était dame 
du Deschaux en même temps que de Mailly. En 1474, 
Jean de Chissey était mort. Un titre daté de 1487 lui 
donne pour fils Jean, né de Jeanne de Ruffe}'. Jeannefit 
son testament l'an i4()5. Elle institua héritier son fils 
Simon de Chissey, écuyer. Elle légua à son « neveu 
Jean de Ruffey, écuyer, seigneur de Collonges, sa por- 
tion de la dîmedes Barres d'Orsans, à raison de ce qu'elle 
lui devait de la succession de feue danioiselle Henriotte 
de Ruffey, jadis sa sœur » (3). 

Il n'existe aux Archives de la Côte d'Or que le relevé 
de cette clause du testament de Jeanne de Ruffey. La 
pièce entière eût probablement fait connaître ses autres 
enfants, parmi lesquels il faut compter un moine de 



1. Ibid. Peincedé, 1. c. ; Sainte-Chapelle, 0,282, layette Les Maillys, 
tiires de 1622, 1524; cartul, n" 5i, p. 1 5o, 292, 545, bb'i, cartul. n" 
33, p. 244. 

2. Ibid. Peincedé, XVIII, 160. 

3. Ibid., Peincedé, VII, i23; E. 384, titre de 141,5. — Biblioth. de 
Besançon, Testaments de l'officialité par Dom Berth'od, C. 1742: a Jean 
de Chissey, seigneur de Mailley, eut de Jeannette- RuiTey, Jean, 1487. w 



DE SAINT BERNARD 23: 



Saint-Scinc. D'après les titres émanant de l'abbaye ce 
moine se nommait « Girard de Chisscy ». Une inscrip- 
tion le concernant, rapportée par Palliot, l'appelle « Ri- 
chard », erreur peut-être, due à une mauvaise lecture. 

Girard de Chissey, religieux de Saint-Seine, paraît en 
1496, i5oi, 1504. Un titre de iSoj fait mention de lui 
comme étant décédé. L'an i5oi, il était sacristain. Le 
II novembre i 5o4, revêtu de la même charge, il fonda 
dans l'église du monastère « une messe en l'honneur des 
cinq plaies de N. S., à dire chaque vendredi de l'année 
pour le salut de son àme et des âmes de défunts Jean 
de Chisse3'ct Jeanne de Rutl'ey, ses père et mère, et de 
ses frères et sœurs et autres parents » . Cette messe fut 
appelée « la messe de Chissey (i). » 

C'est à l'occasion de cette fondation qu'une « inscrip- 
tion gravée sur une lame d'airain fut posée en l'église de 
Saint-Seine, à la croisée gauche, contre le pilier de la 
chapelle Sainte-Anne ». 

"N^oici le texte de l'inscription (2) : 

iXobilis et dévot us religiosiis 
frater Richardiis ? de Chisseyo 
hiijns egreg-ii cœnobii sacrista 
suuimam centum quinque libra- 
1 nui Tin'oniim per domicellmn 
Joannam de Ritffeyo ejus viatrem 
sibi legatarum pro fiindatione 
nnius missœ singidis diebiis 
Veneris in prœsenti altari de 
qninqne Christi plagis ppefito 
celebvandœ annnaliter coni'en- 
tui erogavit annn Do mini 
M. V<-^. IX. (lisez IV; i5o4) 

1. Archiv. de la Cote-d'Or, Inventaire de S. Seine, n- g8 foi. 426-427 
443, 445-446. — Mém. de la Corn, des Autiquité.t de la Côte-d'or, an- 
nées 1884-1885, p. 65. 

2. Bibl. de Dijon, nis. de Palliot, I, p. iio5. 



2.'>() l.LS ARRIi;iΠNEVliUX DE SAINT BERNARD 

Simon, héritier de Jeanne de RLitley sa mère, lui suc- 
céda dans les seigneuries du Deschaux et de Mailly- 
TEglise. L'an 1607 mention est faite de « Simon du 
Deschaux , coseigneur de Mailly » (i). En i5io, « Jean 
de Ruffey, prêtre, coseigneur du lieu, en son nom et au 
nom de son frère Alexandre de Rulîey, ècuyer, vendit à 
Simon de Chissey, écuycr, seigneur du Deschaux et de 
Mail!}', une portion de la dîme des I)arres d'Orsans ))(2). 
Simon mourut peu de temps après, et, le 3o août i5i4, 
sa veuve, Antoinette de Salins, se remariait à Claude de 
Rouvray , en présence de Richard et de Jean de Chissey, 
seigneurs de Fangy (3). — Jean et Richard étaient arrière 
petits-fils de Jean de Chissey. seigneur de BulTard et de 
Fangy, chambellan du duc, époux de Marguerite de 
Salins et cousin de Catherine de Vaite, tous mentionnés 
plus haut. 

Une fille de Simon de Chissey, Antoinette, épousa 
Adrien Boulon, seigneur de Pierre. Elle est citée avec 
son mari en i53i). Christophe Bouton, leur fils, testa 
l'an 1594 (4). 

Par les Ruffey et les Chissey plusieurs familles, comme 
les Coublanc, les d'Hénay, les Bouton, les Frontenay, 
se trouvent reliées à celle de saint Bernard. 



1. Archiv. de la Côte-d'Or, Peincedé, \'I[, ig6. 

2. Ibid., E. 384, litre de i5io, 

3. Maison de S. Bernard, à Fontaines, Notes Chastcllux. 

4. P. Anselme VII, Ù4S. 



GÉNÉALOGIE 



1359 l Henri Petitjean de TrouJians. 

1370 I 

1372 ) 

1380 ( Agnès de Fontaines, dame de Rulley. 



1391 ( Gui Petitjean, dit Guiart, de Ruffey. 

1410 

1417 ( Catherine de Vaitc. 
1430 



1419 
1427 
1435 
1438 



Sicolas I, dit Colas, seigneur de 

RuiVey en partie. 
Jeanne Perron, remariée à Jean de 

Chisscy, seigneur de Vai-augcs. 
1444, 1447 



li33 
1442 
14H0 



1446 i Etienne de Ruffey, 

1447 1 seign.deCollonges. 
1462 \ Marie de Seigny. 
1474 I 1487 



Jean de Ruffey, 
écuycr. 
1487 



1458 
1489 



Guillaume de Rujfey, 
seigu. de Fangy. 

Catherine d'Auto- 
reille. 



Nicolas 

Ruffey^ écuycr. 



X. 



1 1495 ) 
1522 / 
1526 
1530 



Jean de Ruffey, 
seign. de Col- 
longes. 

Jeanne Poinccot 
d'Eguilly. 



Pierre de 
Ruffey, 
seign. de 

Collonges. 
1507 



Catherine. 

Pierre de 
Coublanc. 
1482, 1487 



Jzan de I Alexandre, 
Ruffey, cui'é| seign. de 
dcMcmbrev. Rull'ey. 

i;3io i;;o7 

1518 
lti22 



Antoinette 

deRuffey. 

]Charles de 

Mailly. 

1318 

1523 



lo47 



Antoine de 

Ruffey, ' 

seign. de CoUongcs, 

Anne « Duchol ». 



Philippe. 



Claude de 
Coublanc. 
1311 



Jeay. de Mailly, prêtre, 
chapelain de N. D. de 
la Lovée-les-Auxonne. 
1360 



Jeanne de Ruffey, dame 

de CoUonges. 
1 Sébastien de Hénay, ie'ign. 
de Thostes. 



1583 



DES RUFFEY, XV^-XVP SIÈCLES. 



Domaines : Hufley-les-Kchirey, Saint-Julien, Lux, Les Maillys, CoUonges-lès- 
Longeault, Pluvault. 





( 


Mara,ucritc 


Ouillcmcttc. 


Henriette. 


Marie, 




1427 1 


de Rulley. 






religieuse, 


1433 J 


Jean Barrot, 






h Molaise. 




[ 


(lo lieaune. 






143-; 



li87 



Eticnncttc. 

Jean Mcllct de 
Frontcnay. 



1474 
I4S7 
1495 



Jeanne de llu/fcy, Henriette. 

(lame de Mailly. I 1489 

Jean de Chissey, 

sci^n. du Deschaux. 



Girard de Chissc)-, 

moine à .S. Seine, 
sacristain. 

1196 

1501 

1304 



1495 
1507 
1510 



Simon de Chissey, 
scign.de Deschaux | 
et de .Mailly. 

Antoinette de Salins , 
remariée à Claude 
de Rouvray. 
1514 



Jean. 
1487 



XX lilles. 



1.339 



Antoinette de Chissey. 

Adrien Bouton, seign. 
de Pierre. 



Christophe Bouton. 
1594 



PL. 14 



\j 




TOMBE DE MARIE DE BYOYS 



^6. 



LES MAREY-FONTAINES ET LEURS DESCENDANTS 



Au commencement du XVI' siècle. Marey-sur-Tille 
avait trois maisons fortes. L'une d'elles venait d'être cons- 
truite, dans la partie Sud-Est du village, par les Bau- 
dot, seigneurs deCrecey. Une autre, très ancienne, pos- 
sédée alors par les Mazilles, était située au centre, près 
du pont; le « pré Mazilles », dont le nom s'est conser- 
vé, en dépendait. La troisième, également ancienne, 
et déjà en ruine, était dans la partie Ouest, non loin de 
la montagne ; elle appartenait à Othenin de Cléron, sei- 
gneur de Satires et de Fontaines. 

Cette dernière maison avec ses dépendances était le 
fief patronymique des Marey qui reçurent le sang de 
saint Bernard. L'emplacement qu'elle occupait, se recon- 
naît encore. Bâtie sur une motte, entourée de fossés et 
munie d'une basse cour, c'était néanmoins une de ces 
nombreuses habitations féodales qui se rapprochaient 
plus du manoir que de la forteresse. 

Le u_) janvier iSSg/cjo, Gérard et Guillaume de Marey 
frères, damoiseaux, se partagèrent les successions de Mes- 
sire Philippe de Marey, seigneur du lieu en partie, et de 
Jeanne de Thiangcs, leurs père et mère. Gérard eut la 
maison forte de Marey, la maison de Chàteauneuf au 
Val de Bargis, la rente sur la maison des Lombards à 

i6 



242 



LES ARRIERE NEVEUX 



Châtillon; Guillaume eut ce que ses père et mère possé- 
daient en maisons ou autrement àGiry, Gippy, etc. Les 
deux frères étaient tenus de fournir une dot de mariage 
à Pierrette, leur sœur, et une pension à Guiotte et Mar- 
guerite, leurs autres sœurs, religieuses à Tart (i). 

Guillaume de Marey qui paraît dans cet acte, est la 
tige des Marey-Fontaines. 

Que sait-on des origines de cette famille ? 

Son blason était de. à un lion de., avec un bâton bro- 
chant sur le tout . 

Telles en effet étaient les armoiries "ravées sur le 
sceau de Guillaume de Marey, seigneur de Fontaines, 
et sur la tombe de Pierrette, sa sœur, épouse du chan- 
celier Jean de Saulx, sire de Courtivron (2). On peut 
voir en Dom Plancher, tome II, p. 43 1, un dessin com- 
plet de la tombe commune de Jean de Saulx et de Pier- 
rette de Marey. Nous ne reproduisons que le dessin des 
armoiries de Pierrette. 




Figure Ci. 
Armoiries de Pierrette de Marey. 
1423 



La partition de séncstre donne les armoiries de Pier- 
rette, et la partition de dextre, celles de son mari. 



1. Archiv. de la Côtc-d'Or, Peincedé, XXVII, 221. 

2. Jean, époux de Pierrette de Marey, n'appartient pas à l'ancienne 
maison de Saulx, dont les Saulx-Fontaincs forment une branche, mais 
à une autre maison dite de Saulx et de Courtivron, qui a sa souche 
dans Robelin le Guerrier, prévôt des anciens sires de Saulx. — La vérité 
sur les deux yiiaisoiis de Saulx-Courtivron, par J. d'Arbaumont, Dijon, 
1882. — Veuve en 1420, Pierrette se remaria en 1421/2 à Guillaume 
de Granccy, seigneur de Larrey. Ibid., et Archiv. de la Côte-d'or, B. 
11705, famille de Grancey. — Peincedé, XXVH, 429. 



DE SAINT lîERNARD 



243 



^'oici maintenant une empreinte du sceau de Guil- 
laume de Marey, d'après les titres des Archives de la 
Côte-d'Or, cotés B. iiS2'3, cotes ô, 129. i4J;B. ii(S()q, 
cote <S(S. Il s'agit certainement du seigneur de Fontaines : 
plusieurs de ces titres l'attestent expressément. Ce sont 
des quittances délivrées par Guillaume pour les gages 
qu'il perçut comme châtelain d'Apremont-sur-Saône. 




Fu.niE 7. 
Sceau Je (luillaume Je Maiey. 



Le lion est ici accosté de deux bcsans. Cette brisure 
peut être particulière à Guillaume, ou venir de son père. 
L'unique empreinte que l'on ait du sceau de Gérard (i), 
frère aîné de Guillaume, est trop effacée pour qu'on 
puisse distinguer si la même brisure s'y trouvait. Elle 
n'e.xiste pas dans le sceau d'un de leurs parents, .Tean de 
Marey, prédécesseur immédiat de Guillaume dans l'of- 
fice de châtelain d'Apremont. 




FiGunE ><. 
Sceau de Jenn de Jlarev 



I. Archiv. delà Cote-d or, B. 1128(1, cote 200. Voici les prciuiers 
mots du titre, date de i3S3 : .. Je Girart de Mairev. escuier, iils de tcu 
messirc Philippe de >!aircv chevalier, fais savoir a tous que je tant en 



244 LES ARRIERE NEVEUX 

L'empreinte reproduite Figure 8 est visible sur plu- 
sieurs quittances de Jean de Marey : B. 1 1823, cotes 16 
et 41. 

Jean devait être frère ou cousin de Philippe, père de 
Gérard et de Guillaume. 

Philippe de Marey possédait plusieurs terres et mai- 
sons dans le Nivernais : k Châteauneuf-Val-de-Bargis, à 
« Chastings », Giry, Gippy. Une partie de ces biens 
venaient de son mariage avec Jeanne de Thianges. En 
iSyô, la duchesse Marguerite de Flandres le nomma 
châtelain de Chàtcauneuf (i). Il obtint également, dans 
la Franche-Comté, Tofticc de capitaine de Chàtillon-sur- 
Lizon (2). Il mourut avant 2 385. 

Richard de Marey qui fut châtelain de Gray en i33o, 
est un ancêtre direct ou collatéral de Jean et de Phi- 
lippe : son sceau présente en etTet les armoiries déjà 
décrites, un lion ai>ec un bâton brochant sur le tout (3). 

L'an i3i2, on comptait parmi les seigneurs de Marey 
« Aymonin et Richard, frères, fils de Messire Jean 
Beauvau ». Richard est peut-être le même que le précé- 
dent. Du moins, les deux frères appartiennent à la lignée 
des Marey qui nous occupent, car ils avaient pour fief 
à Marey la maison forte située dans la partie Ouest du 
village (4). 

Jean de Marey dit Beauvau fut probablement l'un des 



mon nom que comme au nom et pour Guillaume mon frère... » De la 
légende du sceau on lit encore. « S.GER... » La langue vulgaire, plus 
usitée dans les légendes des sceaux que dans le texte des titres, rame- 
nait, comme on le voit, à « Gérard » vraie forme française, le noiri 
« Girardus ». 

1. Archiv. de la Côte-d'or, B. 400J!. — Inventaire des titres de 
Ne ver s. 

2. Archiv. delà Cotc-d'or, B. 11286, cote 200. 

3. Ibid., B. ii828,cote 32. 

4. Ibid., Feincedé, VII, 5. — Aymonin et Richard étaient seigneurs 
de Marev, demeurant au dit lie^u, en même temps que Eudes le Piz. Or 
celui-ci tenait la maison forte située près du pont; l'autre maison forte 
appartenait donc aux tils de Jean Beauvau. 



DE SAINT BERNARD 24? 



exécuteurs testamentaires (i) d'Hugues de Danipierre- 
Chargey, frère d'Agnès de Dampierrc dont la tombe est 
reproduite Planche 12 bis. Hugues de Dampierre testa 
en 12 ()4. 

Le même Jean de Marey dit Bcauvau, écuyer, paraît 
aucartulaire d'Auberive en 1270, avec son frère, Simon 
dit Bogues, chevalier. Il semble qu'il soit fils de Pierre 
de Marey, dit Beauvau, cité au même cartulaire, en i25o 
et 12-28, avec sa femme, Blanche, et leurs enfants, 
Simon, Aalis et Marguerite (2). 

Les Marey qui recueillirent l'héritage des Saulx-Fon- 
taines, étaient donc d'ancienne date à Marev-sur-Tille. 
Mais, dès le commencement du XHI'' siècle, cette terre 
féodale appartenait à plusieurs seigneurs, et Ton ne voit 
clairement ni s'ils formaient une même famille, ni à 
quelle maison plus illustre ils pouvaient se rattacher. 
Pierre et Jean de Marey, surnommés Beauvau. avaient 
des biens à Grancey, Gourion, Chalmessin. 

Guillaume de Marey, avant i388, épousa Marie de 
Saulx-Fontaines, fille et héritière de Richard (3). C'est 
alors que les Marey prennent rang parmi les arrière- 
neveux de saint Bernard. Jusque là on ne découvre au- 
cune alliance qui leur ait apporté ce titre. Si quelques 
membres des générations précédentes en sont parfois 
gratifiés, c'est par extension rétrospective ; c'est en con- 
séquence de la conjecture de Chiftlet, conjecture basée 
uniquement sur le travail si défectueux de F. de la 
Place. 

Guillaume figure dans beaucoup de documents : re- 
prises de fief, dénombrements, hommages pour ses 



1. IbiJ., -Wll, 2j5. — Le texte, qui n'est qu'une copie, porte : «Jean 
de Marey dit lîriannaux. » Nous pensons que c'est une mauvaise trans- 
cription de «... dit Bicauvaux. » 

2. Archiv. de la Htc-Marne, cartul. J'Aubcrivc, Livre !!, bi. f>3, ô:. 

3. Archiv. de La Côie-d'or, Pcincedc, X\"l[, 76. 



24') l'ES ARRIIÏRE NEVEUX 

domaines en Bourgogne et dans le Nivernais; quittances 
pour sesgagesde la chatellenic d'Apremont; débats avec 
la ville de Dijon à propos des droits de justice à Fon- 
taines; contrats de vente, etc. (i). 

Il acheta de Gérard, son frère, la terre patrimoniale 
de Marey, mais il ne la conserva point, et la revendit à 
Guillaume Poinceot de Saint-Seine, le i8 octobre 1404, 
pour le prix de 420 francs d'or (2). 

De l'héritage de sa femme, Guillaume n'aliéna qu'une 
petite part, spécialement les redevances féodales assises 
sur Gémeaux. La vieille demeure de Tesceiin lui fut 
particulièrement chère. 

Au temps de Guillaume de Marey, commencèrent à 
éclater plus bruyamment entre Dijon et les seigneurs de 
Fontaines, ces querelles déjà anciennes concernant la 
haute justice, qui ne devaient se terminer que trois 
siècles plus tard. 

En i3()i, les maire et échevins de la ville, se préten- 
dant haut-justiciers de Fontaines, voulurent agir en 
cette qualité. Guillaume de Marey et Marie de Saulx, sa 
femme, firent aussitôt rédiger une protestation (3). Après 
maint débat, une transaction fut passée, le 7 janvier 
1406/7, par laquelle, les droits en litige étant divisés, 
une part était attribuée à la ville, et l'autre laissée au 
seigneur. Il fut stipulé « que les maire et échevins de 
Dijon auraient toutes prises en tous cas de haute justice, 
pour amener les prisonniers à la ville et les juger*, que 
les malfaiteurs pris sur un terrain délimité pourraient 
être incarcérés à Fontaines, mais sans que le seigneur 
pût commencer leur procès avant trois jours, a(in de 
permettre aux sieurs de Dijon de les réclamer; que, les 
trois jours écoulés, faculté restait aux maire et échevins 



1. Ibid., E. 124, plusieurs liircs h partir de i3<)i ; B. iKioi, cote ^3 ; 
B. 11869, '^°''^ "^^ ' '^- ''82?', cote 143; 15. 11334, I'jI- ^• 

2. Ibid., Pcincedé, XVII, 82. 

3. Archiv, de la Côte-d'Or, B, iiôoi cote 43; Pçinccdc, XX\', 21. 



DE SAINT BEUNARt) 247 



de redemander les prisonniers, lors même que le pro- 
cès serait commencé; que toute exc'cution était réservée 
aux maire et échcvins; que les droits du seigneur de 
Fontaines sur les biens du condamné restaient fixés 
conformément aux déclarations des conseillers de feu 
Monseigneur le tluc, etc. » (i). 

Cette transaction fut rarement acceptée, soit des suc- 
cesseurs de Guillaume de Marcy, soit des représentants 
de la ville. 

A la suite de la ligue de Gien, formée contre Jean- 
sans-Peur, ce prince fit mettre sur pied de guerre toutes 
les places fortes de ses Etats. Le château de Fontaines, 
malgré son peu d'importance, fut Tobjet des mesures 
prescrites, et en 1414 Guillaume de Marey déclarait que 
les habitants de Fontaines avaient « travaillé aux répa- 
rations de sa forteresse », curant les fossés, consolidant 
les murailles; et qu'ils avaient exécuté ces travaux de 
leur plein gré et bon vouloir, le seigneur n'ayant pas 
droit de les y contraindre. Guillaume délivra plusieurs 
déclarations de ce genre, concernant ses droits seigneu- 
riaux et les franchises des habitants ; en i4i(3, il recon- 
naissait que « la cour des Templiers ne devait point de 
taille, mais était seulement de la justice de Fontaines ))(2). 

Marie de Saulx donna à Guillaume deux fils et trois 
filles : Alexandre, Bernard, Amyotte, Oudotte ou Odette 
et Perrenotte. Elle était décédée en 1423. Son mari lui 
survécut jusqu'après 1430. 

Le 12 janvier de l'année 1424, Alexandre et Bernard 
de Marey se partagèrent l'héritage de leur mère. Ils 
eurent chacun moitié du château et de la terre de Fon- 
taines. En outre, Alexandre obtint les fiefs et redevances 
situés à Ogny, au Val-saint-Julien, à Clénav, le moulin 



1. Ibid., seigneurie de FonUiines, E. I23 et suiv. 

2. Ibid., B. ii?2Q, toi. 37,1 13; H. ii33o, fol. 23; Peincedc, XXVII, 
41?. 4I0- 



248 LF.S ARKlÎTvi: NEVEUX 



Raffeneau, le quart du bois de Saint-Julien, la moitié 
de la vigne de Ruffey. De son côté Bernard eut les tîefs 
et revenus de Vernot, de Ruftey, moins la moitié de la 
vigne réservée à son frère; le quart du bois de Saint- 
Julien. Le père des copartageants, Guillaume de Marev, 
retint la moitié de ce bois. Dans l'acte de ce partage 
mention est faite de « l'hôtel » que Bernard possédait à 
Ruffey. C'était l'hôtel ou manoir dit Le Cloître, diffé- 
rent de la maison forte qui appartenait alors aux héritiers 
de Henri Petitjean et d'Agnès de Fontaines (1). 

Le partage ne fut point définitif, on le verra par la 
suite. 

Parmi les témoins se trouvaient Gérard de Marey, 
chevalier, oncle d'Alexandre et de Bernard, et Jean de 
Champlitte. écuyer, mari de leur sœur Oudotte. 

Alexandre épousa Marguerite de la Plectière (2) ; Ber- 
nard, Alais Perron, sœur de la femme de Nicolas de 
Ruffey (3) ; Amyotte, Antoine de Seigny, seigneur de 
Saffres(4) ; Oudotte, Jean de Champlitte. seigneur de 
Vonges (5), qui descendait d'Eudes de Champagne et 
de Sibylle de la Ferté. Perrenotte fut mariée deux fois, 
d'abord à Philippe de Crecey-sur-Tille, ensuite à Jean 
de Chavanges ((3). 

A cette époque, florissait à Fontaines la confrérie de 
Saint-Bernard, dont la date d'institution est inconnue. 
Au mois d'août 1410, Jean-sans-Peur donna des Lettres 
d'amortissement aux membres de cette association, à 
l'effet d'acquérir une rente de cinquante livres tournois, 



I. Ibid., B. ii332, toi. 91 ; Pcincedc, XXVII, 4(39-471. 
1. Migne col. 1495. C. 

3. Ibid., 1. c. — Voir aussi précédemment g 5, p. 23 r. 

4. Ibid., col. 1495, B, C ; 1496, A. 

5. Ibid., col. 1495, C. 

6. Ibid,, col. 1496, B. — Peincedé, XXVII, 5i4, 52i. 



nK SAINT BERNARD 24») 

pour la fondation de deux messes quotidiennes, dans 
l'église de Fontaines (i). 

On voit quelle était l'organisation de la confrérie, en 
lisant lesGomptes (2) desannées 1426 et 1427. Lesasso- 
ciés, hommes et femmes, dont le nombre dépassait 1200, 
appartenaient à environ 100 localités, en tète desquelles 
viennent Fontaines, Dijon, Talant, Plombières, Ahu}-, 
etc. (3) Un conseil d'administration, composé de quel- 
ques membres résidant à Fontaines, gérait le temporel de 
la confrérie, et veillait à l'observation des statuts. C'est à 
ceconseil querevenait le soin de s'assurer chaque année 
deux chapelains pour la célébration des deux messes 
quotidiennes. Une de ces messes se disait au point du 
jour, et le chapelain qui en était cluu'gé recevait 28 francs 
pour l'année. La seconde messe se disait à l'heure de 
prime, et le chapelain touchait 2? francs. 

Le but particulier de l'association était d'honorer et 
d'invoquer <( Monseigneur saint Bernardt Abbey et Doc- 
teur », et de solenniser dignement sa fête. Les confrères 
s'assemblaient ù Fontaines le dimanche après la fête, ou 
le jour même, si elle tombait un dimanche. Ils se revê- 
taient d'une robe qui était la livrée distinctive de leur 



1. L'abbé Jobin, ..S. Bernard et sj famill\ p. G4'>. 

2. Archives de l'église Je Fontaines. 

3. Voici la liste de toutes ces localités ou paroisses : 

Dijon, paroisses Saint-Nicolas, Notre-Dame, Saint-Michel, Saint-Mé- 
dard, Saint-Pierre. Saint-Jean, Saint-Philibert; Talant. Plombières, 
prieure de Bonvaux, Daix. Hauieville. Ahur, Asniéres, Vantoux, Mes- 
signy, Curtil. Saussy, \"illecomte, Vernot," Is-sur-Tilie, Lamargelle, 
Tarsui, Courlivron,' Molois. Salives. Avot, Villers-lcs-Pots, Re- 
milly-en-Montagne, Agcy, Saint-Seine, Saint-Martin, Cestres. Bordes- 
Bricard, Fromenteau, Trouhaut, Màlain, Chcnôves, Marsannav-la-Côte, 
Couchey, Perrigny, Prenois. Pasques. Darois, Ktaules, Val-Suzon. Le 
plain d'Ahuy, Franchevillc, Belletond, Ruftey, Chaignay. Norges, Bre- 
tigny, Ogny, Cle'nay, Saini-.Iulien, Brognon, Orgeux, Chaignot, \'arois, 
Gouternon, Arceau, Tanay, Beire, V'esvrotte, Xlirebeau, xMagnv-Saint- 
Médard, Pontailler. Binges, Montmançon, Cuiserey, Lamblin (ferme), 
Chazeuil, Saint-Apollinaire, Pouillv-les-Dijon, Trochères, Lux, Baulme- 
la-Roche, « Marigny-cn-Champagne, Roches », Saulon-la-Rue, Epagnv, 
Cessey-sur-Tille, l<emillv-sur-Tille, Savigny-sous-Màlain, Saint-Broing, 
Bures, Pouilly-cn-Auxois, Satires, Ancey, Fixey, \'illers-la-l'orèt, Pes- 
mes, «Les Forains», Tilchàteî, Echirey, Vongcs, Mesmont, «Taisuy», 
Pichanges, Pràlon, Arçon. — Morcy' et Bl'igny-le-Sec sont inscrits 
comme ayant fourni précédemment des membres de la confrérie. 



2 30 LES ARRIliRE NEVEUX 

confraternité. Outre les offices et le sermon, prêché par 
un religieux, il y avait le banquet commun, chose essen- 
tielle au moyen âge dans toutes les associations. Le tré- 
sor de la confrérie subvenait a la dépense, et les tables 
étaient dressées dans une « maison ou hostel » apparte- 
nant aux sociétaires et appelée « la Confrérie ». 

Le repas devait être accompagné de prières, selon 
l'usage du temps; mais déjà sans doute la dévotion était 
moins ardente, car parmi les détails des Comptes de 
1427, on relève cette note: « Pour lespoingneset salares 
de Alexandre de Mairey cscuier, qui impetra une dis- 
pensaciondeversîNïonseigneur de Langres de patenostres, 
Ave Maria, etc. dont les confrères et consœurs estoyent 
chargiés, — 20 gros ». Le menu était simple : bceuf, 
riz au lait, poires pour le dessert. La vaisselle se 
composait d'un peu d'éiain, mais surtout de plats et 
d'écuelles en bois . 

Le dimanche soir, les vêpres de la fête étaient suivies 
des vêpres des morts. Le lendemain matin l'office des 
morts et la messe solennelle étaient célébrés pour les con- 
frères défunts. Les prêtres et les clercs qui y prenaient 
part, étaient invités à dîner, et recevaient chacun un gros: 
ils étaient au nombre de 17, l'an 1426. 

Aux enterrements des confrères, le pain et le vin de 
l'offerte étaient fournis par la confrérie ; l'un des admi- 
nistrateurs avfiit mission d'y assister. 

Le 14 septembre, 1427, les noms des associés derniè- 
rement décédés furent portés au chapitre général de 
Cîteaux, « pour obtenir absolucion et suffrages ». 

Le trésor commun était alimenté par les contributions 
des associés. En se faisant inscrire on versait 1 franc. 
Au jour de la fête, l'offrande de chacun était de six blancs, 
qui représentent un peu plus de 12 centimes. Le bâton- 
nier faisait un don plus important, et ordinairement en 
nature. Au décès d'un confrère, sa meilleure robe ou la 
somme de G gros, équivalente à 5o centimes, revenait à 
l'association. 



DE SAINT BERNARD 2 .11 



Avec ces ressources, la confrérie achetait soit des 
rentes, soit des vignes et des maisons qu'elle donnait à 
ferme ou à loyer. 

Dans les Comptes de ii^tj, « Très haut et excellant 
prince Monseigneur le duc de Bourgongne» figure entête 
de la liste des confrères. C'était Philippe le Bon. A sa 
suite viennent « Guillaume de Mairey, Bernard de Mai- 
rey, Damoiselle Alaixsafemme, Alexandre de Mairey». 
Plus loin : « Anthoine de Saigney seigneur de SaftVes, 
Damoiselle Amiote sa femme ». 

Ces noms reparaissent dans les Comptes de 1427, 
excepté celui du duc de Bourgogne. Parmi les confrères 
« receus en ladite confrarie depuis l'audicion des comptes 
de l'an mil cccc et xxvi — 2? février 1427 n. st. — jus- 
qu'au jour de ladite confrarie l'an mil cccc xx\ 11 — 24 
août », se trouvent : « Monseigneur Jehan de ChampUite 
chevalier seigneur de Vonges, et DameOdote safemme». 

Ainsi les Marey- Fontaines s'enrôlèrent la plupart 
dans la confrérie. 

De plus ils durent vénérer particulièrement saint 
Bernard dans sa maison natale, devenue leur héritage. 
En effet les actes de l'époque mentionnent avec soin 
« La Tour Monsieur saint Bernard », ou grosse tour du 
château, ainsi que le « cellierou chambre » de cette tour, 
dans lequel latiadition plaçait la naissance du saint. 

Un nouveau partage du château et de la terre de Fon- 
taines eut lieu l'an 1430. Amyotte en fut exclue, comme 
ayant reçu sa dot lors de son mariage avec Antoine de 
Seigny, en 141S. La répartition se fit donr. entre Jean 
de Champlitte agissant au nom de sa femme, Alexandre 
de Mare}', Bernard et Pcrrenottc (1). C'est alors que la 
Grosse tour, attribuée à Bernard en 1424, passa à Per- 

I. Migne, col. I4ii3, C. 



2.S2 LES ARRIÈRE NEVEUX 

rcMiotte, qui la vendit, peu d'années après, à l'évêque de 
Chalon, Jean Rolin, tîls du chancelier. 

Ici commence l'aliénation du cliàieau de Fontaines 
par les arrière-neveux de saint I^ernard, et c'est le bâ- 
timent le plus précieux au point de vue des traditions 
qui passe le premier en des mains étrangères. 

Le \6 mars 1434/5, Jean Rolin prit possession par 
procureur d'un quart du château et de Ta terre de Fon- 
taines qu'il avait acquis de noble damoiselle Perrcnotte 
de Mare}', veuve de Philippe de Crecey, et remariée à 
Jean de Chavanges. A cet elTet, le procureur de l'évoque, 
Odot le Bediet de Dijon, se rendit « en la cour dudit 
chaste! où estaient noble et puissant seigneur Messire 
Nicolas Rolin, chevalier, chancelier de Monseigneur le 
duc de Bourgogne ; Bernard de Marey, écuyer, seigneur 
en partiedudit F'ontaincs, etc. ». Après lecture deslettres 
établissant l'acquisition, « Gérard Bolon, maire du lieu 
et gouverneur de la justice pour les seigneurs, prit le 
verrou! de la porte basse de la Grosse tour quarrée, en 
laquelle, comme l'on dit, fut nez saint Bernard, et le 
bailla àOdot le Bediet» (1). 

Le 22 du même mois, Jean Rolin acheta d'Alexandre 
de Mare}', pour la somme de 5(34 francs, le quart que 
celui-ci possédait dans le château et la seigneurie de 
Fontaines (2). Les bâtiments du château compris dans 
ce nouvel acquêt étaient la tour d'entrée et ses annexes. 
Ils se reliaient à la Grosse tour, et formaient avec elle 
presque toute la façade orientale, ayant vue sur Dijon, 
dont les restes, rajeunis et embellis, subsistent encore. 

L'évêque Jean Rolin, transféré de Chalon à Autun 
l'an 1435, remit peu après à son père ce qu'il avait à 
Fontaines. Cet héritage resta dans la famille du chance- 
lier jusqu'en i5o2. C'est durant cette période, seconde 



1. Archiv. de la Cote-d'or, E. 124. 

2. Migne, col. 1405-149G. 



DE SAINI BKRNARU 



moitié du XV' siècle, que le cellier septentrional delà 
Grosse tour dit u chambre natale de saint Bernard », fut 
converti en chapelle. Toutefois, cet hommage rendu à 
l'abbé de Clairvaux en sa maison paternelle n'est pas 
dû seulement aux Rolin, mais en partie à l'initiative de 
Bernard de Marey. 

Kn eiïet. dans son testament du .:o février i4(rj,3. 
Bernard léguait à Cîteaux sa portion du château et du 
territoire de Fontaines, à charge pour l'abbaye d'ériger 
dans le château même une chapelle en l'honneur de 
Dieu et de saint Bernard (i). Cet acte lui était inspiré 
par sa dévotion envers le grand moine dont il était l'ar- 
rière neveu, et par ses s^mpatliies pour le monastère de 
Cîteaux. Une résidence qu'il possédait à Epernay, du 
chef de sa femme, le constituait dans des relations de 
voisinage avec ce monastère (2). 

Le décès de Bernard de .Marev, écuyer, arriva quel- 
ques semaines après cette donation, et Humberi. abbé 
de Cîteaux, entra en jouissance d'un quart du château 
et de la terre de Fontaines. La partie de l'habitation 
féodale qui échut de la sorte à l'abbaye, comprenait les 
bâtiments du midi, c'est à dire la Grande salle avec ses 
dépendances. 

La Providence semblait oiVrir ainsi aux religieux de 
Cîteaux l'occasion de transformer en un monastère la 
maison natale du plus illustre patriarche de l'ordre. Ne 
surent ils pas enprolitcr ? Rencontrèrent-ils d'insurmon- 
tables obstacles ? Le duc de Bourgogne, suivant leur 
déclaration de i()i4, refusa les Lettres d'amortissement, 
et ils vendirent, pour le prix de 400 livres tournois, ce 
que leur avait légué Bernard de Ahtrey (3). 

On ignore en quelle année précise eut lieu cette vente, 
et combien de temps l'abbaye de (liteaux resta en 



1 . Ibid., col. i45'4. C 

2 . Archiv. de la C-d' 
). S3. 

3. Mignc, col. 1433, B. C. 



2. Archiv. de la C-d'or, Saintc-Cluipcllo. canal. 11-42, p. 5(j, ij?,6r, 
70, S3. 



254 l-ES ARRIÈRE NEVEUX 

possession d'un quart du château de Fontaines. Le 
8 janvier 1463/4, Tabbé Humbert donna sa procuration 
pour la suite d'un procès entre les seigneurs du lieu et 
la ville de Dijon. La sentence, rendue le 2 juin i4(")4, 
maintint la haute justice de Fontaines, telle qu'ils la 
prétendaient, aux maire et échevins de Dijon, contre 
Guillaume Rolin, Odot de Champlitte et Humbert, 
abbc' de Cîteaux, coseigneurs dudit Fontaines (i). 

Pendant la courte durée de cette possession, les 
religieux auraient-ils obtenu de Guillaume Rolin l'auto- 
risation d'ériger un autel dans le cellier natal de saint 
Bernard ? Auraient-ils contribue de leurs deniers à cet 
aménagement, et rempli de la sorte la condition du 
testament de Bernard de Marey ? Le feuillant Louis 
Gellain l'affirmait en 1770-, on regrette qu'il ne fournisse 
pas du fait une preuve documentaire. 

Bernard de Marey était mort sans enfants. Alexandre, 
son frère, ne laissa lui-même pas de postérité. Mais par 
leurs sœurs, l'aînée surtout, s'est perpétuée une longue et 
nombreuse lignée d'arrière neveux de saint Bernard. 

Perrenotte eut de son premier mariage avec Philippe 
de Crecey deux fils et une fille : Jean, Robert et An- 
toinette (2). 

Philippe et ses deux frères Jean et Oudot, petits-fils 
de Jean de Crecey et d'Isabelle de Blaisy, avaient déjà 
reçu par leur aïeule le sang de saint Bernard. Le lien de 
parenté fut double pour la descendance de Philippe et 
de Perrenotte de Marey. Mais il serait difficile- de 
démêler cette descendance particulière parmi les géné- 
rations successives des seigneurs dits de Crecey, dont on 
suit longtemps la trace. 

Les héritiers de Perrenotte n'ont rien possédé à Fon- 



1 . Archiv. municipales de Dijon, C, 2 i, cote 64. 

2. Archiv. de la Côte-d'or, Peincedc, X.W'll, 314, 32i. — E. iSSy, 
titre de 1432. 



DE SAINT BERNARD 2 55 



taines, leur mère ayant vendu aux Rolin la part qu'elle 



Odette de Mare}' et son époux Jean de Champliite 
étaient morts Tun et l'autre avant 1439, laissant de leur 
mariage Oudot, Jean et Huguette (i). 

Oudot et Jean de Champlitte, seigneurs de \'ongcs et 
de FcJntaincs en partie, cités pour la dernière fois en 
1474, n'eurent pas de postérité (■:;). Mais leur sœur 
Huguette mariée à X. de Choise}', eut quatre enfants, 
qui étaient seigneurs et dames de Fontaines en 1484 : 
Louis de Choisey, écuyer; Simonne, femme de 
Guillaume Calandre, écuyer; Marguerite, femme de 
Thomas de Mandres; une troisième fille X., mariée à 
Jean de Coublanc (3). 

La descendance d'Odette de Marcy fut donc dissé- 
minée en ces diverses familles, qui se grelîèrent à la fin 
du X\'' siècle sur l'arbre généalogique de saint Bernard. 
Nous nous bornons à indiquer la formation de ces 
rameaux éloignés, sans les suivre dans leurs développe- 
ments. 

Dans le château de Fontaines, Odette avait eu pour 
sa part les bâtiments du Couchant, dont la tour dite du 
Treuil formait la pièce principale. Le tout menaçait 
déjà ruine, et n'avait d'autre prix, outre celui des sou- 
venirs, que d'être un titre à redevances féodales. Les 
petits-enfants d'Odette s'en dessaisirent. Ils possédaient 
chacun un seizième du chàtel et de la seigneurie. 

Le 8 février 1489/90, Guillaume Calandre, autorisé de 
sa femme, vendit son seizième, pour la somme de 110 
livres tournois, « à noble homme maître Laurent 
Blanchart, conseiller du Roy en la chambre de ses 
comptes à Dijon » (4). 

[. Migne, col. 1496, A. B. 

•j. -Vrchiv. de la C.-d'Or, IVinccdc, \ II, iio- i23; B. 117:^2. p. 'H-O^- 

3. Ibid., E. I2J, 124. 

4. Ibid. 



■2?b l.HS ARKIHRE NE\EUX 

Le 4 juillet 1400, Louis de Choise}', qui avait réuni 
les trois autres seizièmes en acquérant la portion de 
deux de ses sœurs, vendit le tout, moyennant 33o livres, 
au même Laurent Blanchart (1). 

Cette double vente eût consommé la transmission de 
la maison paternelle de saint Bernard à des mains étran- 
gères, si un tils d'Amyotte de Marey n'avait eu soin au- 
paravant de racheter la partie que Cîteaux ne put 
conserver. 

Amyotte de Marey avait épousé Antoine de Seigny, 
nis de Huot de Seigny et d'Isabelle de Salfres, héritière 
en majeure partie de la seigneurie du lieu. Les Seign}' 
paraissent avoir eu pour armes fjscé de... et de... (2). 
Leurs domaines étaient surtout dans l'Auxois et le 
Chàtillonnais. 

Du mariage d'Antoine et d'Amyottd naquirent deux 
fils et trois filles : Pierre, Jean. Anne, Jeanne et Marie. 

Antoine possédait, à titre d'héritage paternel, une 
partie de la terre patronymique de Seignw une part 
également des seigneuries de Quinccrot-lès-Montbard 
et de Bissev-la-Pierre. Sa mère lui laissa d'autres sei- 
gneuries plus importantes: Saifres, Mosson, A'ive_v, 
Mouilleron. Les deux dernières venaient des Choiseul- 
Grancey (3). 

Amyotte n'eut rien à Fontaines, mais les terres de 
Giry et Gippy, en Nivernais (4). 

Le 20 janvier 1445/6-, Antoine de Seigny, veuf 
d'Amyotte de ?sLirey, passait le traité d'un second ma- 
riage avec Catherine de Montbéliard (?). 

1. IbiJ. 

2. Le sceau de Guiot de Seigny oncle d'Anioine, présente en effet, 
plusieuFb fasces, avec un croissant au canton dextre. Celui d'Antoine 
avait subi des inodidcations, mais on v dislingue comme un franc quar- 
tier fascé. — Peincedc, \'lll, ■i8;.\.Kiri, 188. — B. 10574. cote 143. — 
Dans les titres des .\rchiv. de Gurcy-lc-Chatel, les armes de .Seigny 
sont blasonnccs : de i^uculcs à trois fasces d'ari^cnt. 

3. Migne, col. 1401,' C. 

4. Ibid. col. 1411b, r>. 

5. Ibid., C. 



DE SAINT BERNARD 267 



Commencèrent alors, entre les enfants d'Antoine et 
d'Amyotte, une série de partages qui ne se terminèrent 
qu'après la mort de leur père, vers 1408, et en vertu 
desquels Pierre eut Saffres, Mosson, \'ivey et Mouille- 
ron ; Jean, Giry et Gippy ; leurs sœurs, Seigny, Quin- 
cerot et l)issc}'-la-Pierre. 

Cependant le seigneur de SatFres mariait successive- 
ment ses enfants. Le 12 mars 1458/9, Anne et Jeanne 
épousaient les deux frères, Bernard et GeotVroi du 
Brouillard, fils d'Erard du Brouillard, écuyer, seigneur 
d'Aizanville, et de Philippine de Digoinc, dame d'Arcy- 
sur-Curc. — Le i"' décembre i-pri, Marie épousait 
Etienne de . Ruircy, seigneur de Collonges. — Le 
18 mars i46()/7 fut écrit le traité de mariage de Pierre 
avec Roline de Choiseul, tille de Guillaume, seigneur 
de Clefmont (i). Les documents ne parlent point du 
mariage de Jean . 

Anne de Seigny et Bernard du Brouillard n'ont pas 
laissé de postérité connue. La descendance de Marie 
de Seign}' et d'Eltienne de Ruffey a été signalée au para- 
graphe précédent. Celle de Jeanne de Seigny et de 
GeolTroi du Brouillard, celle de Pierre de Seigny et de 
Roline de Choiseul vont nous occuper désormais. 



Descendance de Jeanne de Seignv. — Les enfants 
de GeolTroi du Brouillard et de Jeanne de Seigny furent 
Antoine et Pierrette (2). 

GeotlVoi est cité encore en 141)1, mais en 14(14 son 
fils lui avait succédé. 

Antoine du Brouillard, marié à Catherine de La Per- 



I. Ibid. col. 1497 B. C. D. — Archiv. du ch;"ue:iu de ('rJpan près 
Chiuillon-sur-Scinc, Titres des Karandefex. Les généalogies comprises 
dans ces litres t'ont naître l'^rard du lîrouiilard de Gauthier du Brouil- 
lard et de iMarijueritc, lillc d'Erard du l'our. ciievalier, conseiller et 
chambellan ordinaire du roi de France. Jean le Bon. 

1. Archiv. du château de Crépan. 

17 



2 58 LES ARRIÈRE NEVEUX 



rière, paraît jusqu'en i53o-i335, seigneur en partie 
d'Arcy-sur-Curc, Quincerot-lès-Montbard, Pouligny- 
lès-Semur, Bissey-la-Pierre. Ce qu'il tenait cà Bissey 
lui venait de son père et peut-être aussi de sa femme, 
car lajportion de Jeanne de Seigny, dans cette même 
seigneurie, fut donne'e à Pierrette, sœur d'Antoine (i). 
Parmi les enfants d'Antoine, nous ne rencontrons 
que Jeanne du Brouillard, épouse de Claude d'Aulnay, 
et mère d'Etienne, Edméc et Madeleine, celle-ci mariée 
à Antoine de « Veillan » {2). 

Pierrette du Brouillard, fille de Geofîroi et de Jeanne 
de Seigny, épousa en 14^0 Antoine de Montign}', sei- 
gneur en partie de Villeberny, Thoires, Mosson. Brion, 
et lui apporta en dot une part des seigneuries d'Arcy- 
sur-Gure, Bissey-la-Pierre, Colombey-la-Fosse, Aizan- 
ville (3). Antoine était arrière petit-fils de Fouquet de 
Montigny, écuyer d'écurie de Philippe le Hardi, châte- 
lain de Jully-le-Châtel (Aube), dont le sceau présente 
deux fasces arec un lambel (4). 

Fouquet, seigneur de Montigny, Arquian (Nièvre), 
Rochefort-sur-Mer, Tonnay-Gharente, s'était uni, en 
1402, à Jeanne de Broindon, fille d'Etienne de Broin- 
don et d'Isabelle de Seigny, seigneur et dame de Broin- 
don, Villeberny, Chaumont-le-Bois, Thoires, Mosson, 
Brion, Chamesson, La Chapelle-sous-Sennevo}^, Mon- 
tigny- sur-Vingeannc, La Tour- de Saint-Seine, Saint- 
Broing-le-Bois (Haute-Marne). Etienne de Broindon se 
rattache aux Vergy-Blaisy, comme on l'a vu au ,*i 3. 
Ainsi les descendants de Fouquet de Montigny et de 



1. Ibid. et Archiv. de la Cote-d'Or, Peincedé, VIII, no, i 36, i5o; IX, 
i53, i6o, iS5 ; XIII, 6. — E. 1078. La femme d'Antoine "du Brouillard 

appartenait peut-être aux La Perrière du Châtillonnais,qui avaient dans 
leurs armoiries deux moutons. 

2. Peincedé, IX, 194, 325, SSy ; XIII, 25, 41 . 

3. Archiv. du château de Crépan. 

4. Ibid. et Achiv. de la Cote-d'Or, H. loot, \'al des Choux, layette 
Brion ; B. 369, cote 3o : B. Syo, cote 119; B. 374, cote 77 , Peincedé, 
XXIII, 501,548, XXIV, 13,21,421. 



DE SAINT BERNARD 2?0 



Jeanne pouvaient déjà se glorilier d'un lien avec la 
famille de saint Bernard. Le mariage d'Antoine, leur 
arrière petit-fils, avec Pierrette du Brouillard, tille de 
Jeanne de Seigny, doublait ce lien pour les générations 
suivantes. 

De ce mariage sont nés Jacques, Jeanne et Margue- 
rite (i). 

Jacques de Montigny, seigneur de N'illcberny, Thoi- 
res, Colombey-la-Fossc, Aizanvillc. eut de son épouse 
Charlotte de Brabant, fille de Claude, seigneur de Ma- 
rault, Villiers-sur-Marne et Vesaignes : 

Pierre de Montigny, seigneur de Mlleberny, Colom- 
bey-la-Fosse, etc., marié à Su/anne de Bourbé\cllc 
(Htc-Saone) : pas de postérité connue (2) ; 

Charlotte de Montigny, mariée en i553 à Jean de 
Karandefex, seigneur de Chaudena}', Rosoy et Corgir- 
non (Hte-Marne) ; 

Jeanne de Montign}', mariée à Charles « d'Esiobart », 
seigneur de Méligny et Abainville (Meuse). 

C'est alors que les Karandefc.v entrent dans la lignée 
des arrière neveux de saint Bernard. Un de leurs des- 
cendants, au XVIP siècle, rassembla les preuves de 
cette parenté. On lit sur les feuilles qui contiennent ses 
notes, et qu'il remit à un membre de sa famille : « Je 
vous ay faict ce Recueil afin que vous voyes comme nous 
sommes descendus du frère aîné de sainct Bernart, d'une 
de ses filles. » 

Ces papiers font aujourd'hui partie des archives du 
château de Crépan, près Chàtillon-sur-Seine, dont les 
nobles hôtes se rattachent aux Karandefex. et prolon- 
gent la chaîne des parents de l'abbé de Clairvaux. 

Hn eil'ci, le janvier i65.^, Octavian du Boutet, sei- 
gneur de Cens}' (Yonne), épousa, à' \'cuxhaules, Marie 

1. Archiv. Ju château de Crépan. 

2. Fbid. et Pcincedé, IX, 23^,241, 242. 



200 LES ARRIÈRE NEVEUX 

de Karandefex, petite-fille de Jean-Pierre de Karandefcx 
et de Jeanne d'Hallewin, qui descendent tous deux de 
Jeanne de Seigny. Jean-Pierre était fils puîné de Jean 
de Karandefex et de Cliarlotte de Alontigny, nommés 
plus haut. Jeanne, cousine de son époux, avait pour 
aïeule paternelle une tante de Charlotte, Marguerite de 
Montigny, déjà citée aussi et dont le nom va reparaître. 
Le petit-fils d'Octavian du Boutet, Alexandre-Joseph- 
François, marquis de Maranville, acheta en 1778 des 
Chastenay-Lanty, le château et la terre de Crépan. Or, 
le marquis de Maranville est le trisaïeul de l'héritière 
actuelle du château de Crépan, madame Marie-Caroline- 
Joséphinc du Boutet, mariée, à Paris, en i852, au 
comte Fernand de Cossé-Brissac, fils d'Emmanuel et 
d'Henriette de Montmorency (i). 

Jeanne de Montigny, sœur de Jacques, épousa Claude 
de Blondefontaine, seigneur de Musseau, dont elle était 
veuve en 1549. Elle eut pour fils Jean de Blondefontaine, 
écuyer, homme d'armes de la compagnie du comte d'Au- 
male (2). 

Marguerite de Montigny, deuxième sœur de Jacques, 
fut mariée à Pierre d'Hallewin de Rochequin, écuyer, 
seigneur de Barain en Auxois, lils de Hugues de Ro- 
chequin et de Catherine de Marcilly. Pierre et Margue- 
I ite donnèrent naissance à Jacques, Alexandre, Claire 
et Catherine (3). 



1. Archiv. du château de Crépan. — Du mariage de M. le Cte de Bris- 
sac et de Mme M. C.Joséphine du Fioutet sont nés : 

1" Christian de Cossé-Brissac, marié à Paris, 1884, à Laurence de 
Mandat-Grancey, d'où trois enfants : Henri i885 — Françoise 1887 — 
Georges iSSc) ; 

2° Geneviève, mariée en 1S74 à Thécniore Cte de Gontaut-Biron ; 

3" Gabrielle, mariée en i883 à Charles-Henri Cte de Clermont-Ton- 
nerre, d'où trois enfants: Aynard )884 — Jean i885 — Catherine i88ô. 

2. Archiv. de la Cote-d'or, Peincedé. Mil, 149, i35, 170. — Blonde- 
fontaine, fief sur le territoire de Musseau, était sans doute une importa- 
tion de Blondefontaine (Haute-Saône). 

3.1bid., Titres de famille, E. 344 ter, 344 quatcr. 



DE SAINT liERNARD 26 1 



Pierre d'Hallewin de Rochequin paraît pour la der- 
nière fois en i535. 

Alexandre, son fils puîné, épousa — i" (luigonnc de 
Montormentier, dont il eut Kngilbert, Edmée et Jeanne; 
— 2" Catherine de Fleury, veuve du seigneur de V'iel- 
champ, qu'il laissa veuve une seconde fois en iSyS, au 
bout d'un an de mariage (i). 

Jeanne d'Hallewin, lîlle d'Alexandre, ayant perdu 
son premier mari Claude de Brunet, s'unit en secondes 
noces à Jean-Pierre de Karandefex, l'an i58t). 

Les d'Hallewin de Rochequin, devenus parents de 
saint Bernard par leur alliance avec les Montigny, por- 
tèrent ce titre à plusieurs autres maisons, spécialement 
aux Fontette. 

L'an 1545, en elfet, Jean de Fontette, seigneur du 
lieu en partie, épousa Claire de Rochequin, tille de Pierre 
et de Marguerite de Montigny (2). 

Jean de Fontette, et ses frère et sœur, André et Jeanne, 
étaient nés de Guillaume de Fontette et de Madeleine 
d'Oiselet. Leur bisaïeul, Jean de Fontette, "seigneur du 
lieu et de ^"errey-sous-Drée, était frère de Pierre de 
Fontette, qui succéda comme abbé de Saint-Seine à 
Jean de Blaisy (3). 

C'est donc la lignée de Jean de Fontette et de Claire de 
Rochequin qu'il faut suivre, si l'on veut connaître les 
Fontette reliés à la famille de saint Bernard. 



Dr-SCENDANCE DE PiERRE DE Seignv. — Pierre de Sei- 
gny, chevalier, avait eu en partage SaftVes, Mosson, 
Vivey, Mouilleron. Ces biens provenaient de son père. 
Après la mort de ses oncles maternels, il hérita de quel- 



I. Ibid. et Archiv. du château de Crépan. 

■2. Archiv. de la Cote-d'Or, Titres de famille, E. 344 ter, 709,802,812, 
114. — Bibl. de Dijon, Fonds Baudot 140, p. 'ioy et suiv. 
3. Ibid. 



■H)l LKS ARRIFRE NEVEUX 



ques dépendances, soit de la seigneurie de Fontaines, à 
Vernot, Saint-Julien, Ogny, Clénay, soit de celle de 
Mare}', au lieu même et à Châtillon-sur-Seine. Il s'em- 
pressa de racheter le quart du château et de la terre de 
Fontaines, que Gîteaux ne put conserver. Il racheta 
aussi la terre patrimoniale de Mare3^ aliénée par Guil- 
laume, son aïeul (i). Les traditions de famille devaient 
donc lui être chères. 

Pierre de Seigny n'eut que des filles : Marie, Anne, 
Jeanne aînée, Jeanne puînée, Marguerite et Guille- 
mette. 

Le 18 novembre 1487, au château de Saffres, fut passé 
le contrat de mariage entre Othcnin, fils de Simon de 
Cléron, seigneur du lieu et de beaucoup d'autres terres 
en Franche-Gomté — et Marie, fille de Pierre de Seigny, 
Pierre et Roline de Ghoiseul, son épouse, donnèrent 
tous leurs biens à leur fille Marie et à leur gendre, sauf 
réserve d'usufruit pour eux et d'une dot pour Anne et 
Jeanne aînée ; les autres filles devaient être mises en 
religion {2). 

Ge mariage apportait à Othenin de Gléron et à sa 
postérité le sang de saint Bernard, avec quelque reste 
de l'antique domaine de Tescelin. De 1490 à i58o, les 
Gléron furent seuls parmi les arrière neveux de l'abbé de 
Clairvaux, à porter encore le titre de seigneurs de Fon- 
taines. Gette circonstance les mit plus en relief que tous 
les autres, et les fit regarder comme les premiers repré- 



I. Archiv. de la C.-J'Or, B. 11722 — Le registre auquel nous ren- 
voyons^ est le «Livre des tiet's et arrière tiet'sdu duché de Bourgogneen 
1473/4 ». A la p. 84, on voit que Pierre de Seign\' est rentre' enposses- 
sion de Fontaines et de Marcy Cf. p. 94-()5.— Les Sci^-ny-Saffres pos- 
sédèrent à Fontaines, dans la rue des Puits, un bâtiment que l'on ap- 
pelait encorevers 1750 « le pressoir de -S affres ». Ce bâtiment est resté 
à peu près intact jusqu'en iS86. Alors il fut reconstruit, et a perdu tout 
son cachet. On ne le reconnaît plus que par une niche de saint Antoine 
qui en ornait la façade et que l'on a conservée. Le Dr Lcpinc, dans son 
opuscule intitulé Vie de saint Bernard, Dijon, Jobard, en <X donne un 
croquis avant la reconstruction. 

?. .\rchiv. de Gurcy-le-Ghâtel. t:- Mignc, col. 1498, A. 



1)K SAINT MERNARl) 2f).i 

sentants de la famille. Eux-mcMnes, d'ailleurs, attachè- 
rent du prix à leur nouvel héritage, à raison des souve- 
nirs qu'il rappelait . Unissant au fief primordial de Fon- 
taines des apports successifs d'origine diverse: Vernot, 
Saint-Julien, Clénay, Ogn}^, Mare}^ la maison des Lom- 
bards à Chàtillon-sur-Seine, Saffres lui-même, ils s'ac- 
coutumèrent peu à peu à considérer l'ensemble comme 
« la seigneurie de saint Bernard » (i). Si ce titre laisse 
à désirer en fait de précision historique, il témoigne 
cependant d'un \éritable culte pour le saint, culte tradi- 
tionnel dans toute cette lignée des de Saulx, Marey, 
Seigny, Cléron, etc. 

La postérité d'Othenin de Cléron et de Marie de 
Seigny est si considérable qu'un volume entier suffirait 
à peine à en contenir l'histoire généalogique. Obligé de 
nous restreindre, nous n'ajoutons que quelques don- 
nées sommaires. , 
Le 4 juin 1494, Pierre de Seigny fit son testament, 
où il ratifia le contrat de mariage mentionné tout à 
l'heure: Othenin de Cléron et ^Larie sa femme furent 
institués héritiers universels (2). 

Le t5 octobre 1497, l'office de capitaine et châtelain 
de Talant, vacant par la mort de Robert de Montgom- 
mery. fut donné par provisions du roi Charles VIII à 
Othenin de Cléron, écuycr, seigneur de Saffres, précé- 
demment capitaine de Salmaise (3). 

L'an i5oo, Othenin de Cléron, écuyer, seigneur de 
Saffres, Barain, Fontaines, Ogny , ^^al-Saint-Julien, 
Vernot, Marey, Mouilleron, Vivey, Mosson, Grésigny, 
fit renouveler le terrier de toutes ses terres. C'est dans 
ce terrier que l'on rencontre la première mention de 
la chappcllc de saint Bernard estant dcssoiihs la grosse 
tour du château de Fontaines (4). 

1. Archiv. de Gurcy-Ie-Châtel. 

2. Ibid., et Migne, col. 1498, G. 

■3. Archiv. de Giircy-le-(^hàtel, et Peincedé XV'l, iqS. 

4. Archiv. de,Gurcy-Ie-Chàtel, et Archiv. de la C. d'or, E. 129. 



264 I-ES ARRIÈRE NE\ i;U.\ 

Le 18 mars i5ii, Catherine de Ruffcy, veuve de 
Pierre de Coublanc, et Claude de Coublanc, son fils, 
firent donation de la terre de Seign\', près Grignon, 
à Othenin de Cléron et à Marie de Seign}', sa femme (1). 

Après la mort de Marie de Seigny, Othenin de Cléron 
abandonna la jouissance des seigneuries deSaftVes, Fon- 
taines et Marey à ses fils Claude et Gui {2). 

Il fit son testament à Besançon le 28 novembre 1540. 
On y trouve les noms de la plupart de ses enfants, au 
nombre de onze, mais Claude et Gui furent les prin- 
cipaux héritiers (3). Safïres en partie, Fontaines et Ma- 
rey avec leurs dépendances furent attribués à Gui. Dans 
le règlement fixé pour la célébration de ses obits, Othe- 
nin prescrivit un luminaire de douze torches: six de- 
vaient être ornées de l'écusson de Cléron, quatre de 
l'écusson écartelé de Cléron et de Saffres, deux de l'écus- 
•son écartelé de Cléron et de Longeville (4). Il donna aux 
confréries de Saint-Bernard de Fontaines et de Saint- 
Loup de Marev la somme de deux francs chacune. Il 
voulut être enterré dans le charnier de l'église de Clé- 
ron, près de ses père et mère. 

Gui de Cléron, fils d'Othenin, avait épousé en i533 
Philiberte de Mois}-, dame de Vi!ly-le-Moutier. Il entra 
au service de François F'' et fit partie des expéditions 
de Champagne, de Picardie et de Luxembourg. Brisé 
par les fatigues de la guerre, il quitta Tarmée et mourut 
peu après son retour. Philiberte, en i544, était veuve et 
tutrice de ses enfants, Joachim et Bcrnarde (5). 

Le 4 décembre 1546, Philiberte, remariée à Guillaume 
de Cicon, seigneur de Richecourt, vendit à réméré à 
Nicolas Jachiet, notaire de Dijon, un quart de la sei- 



1. Mignc, col. 1499, C 

2. Archiv. de Gurcy-le-Châtel. 
■3. Ibid. 

4. II y a eu plusieurs alliances entre les Cléron et les Longeville. 

5. Archiv. de Gurcy-Ie-Châtel. — Migne, col. i5oo. 



DE SAINT RERNARD 2(35 



gncuric de Fontaines, héritage de son premier mari. 
Nicolas Jacliict ne conserva pas longtemps cette acqui- 
sition. Il la revendit, le 2() avril 1548, à Claude de Ro- 
chefort-Pluvault, déjcà seigneur des trois autres quarts 
de la même seigneurie (i). 

Le contrat de vente du 4 décembre i ?4t3 stipulait pour 
Philiberte de Moisy et ses enfants la faculté de racheter 
la terre de Fontaines ainsi aliénée. Joachim et Bernarde 
essaj'èrent de bénéficier de cette condition . Les Roche- 
fort refusèrent. Il s'en suivit un long procès. Cependant 
forts de leur droit, escomptant le succès de leurs démar- 
ches, les demandeurs continuèrent à se regarder comme 
seigneurs de Fontaines. Ainsi le i3 mars 1 56 1/2, dans 
un partage entre Joachim deCléron, seigneur de Satires, 
et Bernarde, sa sœur, femme de François de PontaiUer, 
celle-ci emporta les terres de Marey, Vivey, Mouilleron, 
Fontaines^ V'ernot, Ogny, Val-saint-Julicn, et la maison 
située à Chàtillon-sur-Seine. Un acte du 24 avril i5So 
fait encore mention des terres de la seigneurie de Fon- 
taines appartenant à Bernarde de Cléron. C'est la der- 
nière protestation que l'on rencontre (2). 

Après cela les Rochefort paraissent tranquilles posses- 
seurs de leur acquisition, et la transmission de la terre 
natale de saint Bernard à des mains étrangères est con- 
sommée. 

Les arrière neveux du saint abbé l'avait conservée, au 
moins en partie, durant près de quatre siècles. 

Un descendant de Gui de Cléron, Antoine, grand 
maître d'artillerie, épousa, versle milieu du XVIP siècle, 
l'héritière de la terre d'Haussonville en Lorraine : d'où 
le nom de Cléron d'Haussonville, porté désormais par 
cette famille illustre (3). 

1. Archiv. de Gurcy-!e-Châtel, et Archiv. de la G. -d'Or, F, 124; 
Peincedé, \'II, 252. Cicon était un ancien château près d'Ornans. 

2. Archiv. de Gurcy-le-Chàtel. 

3. Ibid. 



■ 266 LES ARRIÈRE NEVEUX 

Le principal représentant actuel est M. le comte 
d'Haussonville. 

Par suite d'alliance immédiate ou médiate avec les 
Cléron peuvent se glorifier, comme eux, du titre de pa- 
rents de saint Bernard diverses branches des familles 
de Clermont-Tonnerre, d'Evr}', de Divonne, de Per- 
thuis, de la Guiche, de Saint-Priest, de Charpin, de 
Virieu, de Lastie, de Mérode, de Montalembert, de 
Meaux, etc. 

Anne, deuxième fille de Pierre de Seigny, fut mariée, 
le 20 septembre 1493, à Warin de Saint-Baussant 
«sieur d'Ymouville, fils d'Ancelin d'Esse}^ sieur deSaint- 
Baussant ». La maison noble de Saint-Baussant est 
connue en Lorraine et en Champagne. Son fief patro- 
.nymique est situé non loin de Thiaucourt, dans l'arron- 
dissement de Toul (i). C'était sans doute comme fils 
ou comme époux de quelque héritière en partie de ce fief 
qu'Ancelin dit d'Essey, du nom d'une seigneurie 
voisine, en possédait une part. 

Jeanne aînée, troisième fille de Pierre de Seigny, épou- 
sa en février 1492 Girard de Chappes (2), écuyer, sei- 
gneur de Romanet (1^), demeurant à Flavigny. Au mo- 
ment de la célébration du mariage, les terres et sei- 
gneuries de Barain, Fontaines, Saint-Julien, Ogny, Clé- 
nay, furent cédées à Jeanne de Seigny, pour lui tenir 
lieu de sa dot réglée à 600 francs, mais avec faculté de 
rachat perpétuel en faveur d'Othenin de Cléron, Plus 
tard la somme convenue fut soldée à Jeanne, et lesterres 
engagées appartinrent à Othenin. 

1. Migne, col. 1408, C. —Le vilhige de Saint-Bausssnt tient son 
vocable du saint qui' en est patron, saint Balsèmc (Balseniius), martyr 
d'Arcis-sur-Aube, vulgairement dit saint Baussange. Voir Saint Baiis- 
sauge apâtic d'Arcis, par H. Labourasse, Troyes, 1889. 

2. Migne, col. 1498, B. — Peincedé, LX, ii3, iSq, i58 — Chappes, 
canton de Bar-sur-Seine, Aube. 

3. Romanet. dépendance de Snint-Germain-de-Modiion, 



DE SAINT liERNARD 2(17 



Jeanne, veuve prématurément, dès i5o'3, eut de son 
mari : Jacques, Jeanne et Catherine. 

Catherine s'unit à René de Choiseul (i). 

Jacques de Chappcs, seigneur de Romanet et Villers- 
Dompierre, épousa Agnès Robée, fille de Louis Robée, 
seigneur de Domecy-sur-le-Vaux (2), Ils n'eurent que 
des filles : Jeanne, mariée à Jean de Montormentier ; 
Philiberte, mariée à Nicolas Saquespée, seigneur de 
la Tour de Prey ; Claudine, mariée à René de Breuil- 
hélyon ; Marguerite, mariée à Pierre d'Avout, seigneur 
de Tormassin (3). 

Dans cette multiple lignée, la famille la plus connue 
en Bourgogne est la famille d'Avout, qui, depuis le ma- 
riage de Pierre d'Avout avec Marguerite de Chappes 
(1573), se rattache à la ligne paternelle de saint Bernard : 
on a vu aux .Yotes préliminaires qu'elle peut se relier 
aussi à la ligne maternelle. Il faut citer parmi ses gloires 
le maréchal prince d'P^çkmïihl. Nous citerons également, 
parmi ses très nombreux représentants actuels, M, le 
baron Auguste d'Avout, si dévoué à la restauration du 
sanctuaire de Fontaines. Les d'Avout ont pour armes : 
De g-iieiilesà la croi.r d'or, chargée de cinq molettes de 
sable. C'est l'écusson que l'on trouve, en i3i)(), sur le 
sceau de Jean d'Avout, chevalier (4) . 

Les trois dernières filles de Pierre de Seigny furent 
mises en religion, ainsi qu'on l'avait stipulé au contrat 
de mariage de l'aînée avec Othenin de Clcron. Jeanne 
puînée entra au Puits d'Orbe, et en fut abbesse de i5o4 
à i535. Marguerite et Guillemette furent admises à Cri- 
se non. 



1 . Peincedé, IX, 21 3. 

2. Ibid., 209. 

• 3. Ibid., 224. — L'abbd Jobin, S. B. et sa famille, GyS. 

4. Afcliiv. de la C.-d'Or, B. 1276. — Du mariairc de M. le baron 
Auguste d'Avout avec Mme Anna le Rron de \'cxela sont nés Ferdinand 
1S72 — Anne Marie i885 — Bernard i ^Sq. 



268 



LES ARRIERE NEVEUX DE SAINT BERNARD 



Nous terminons ici ce qui regarde lcs_arrière neveux 
de saint Bernard. Cet article, malgré son étendue, est 
loin assurément d'être complet. On ne l'ignore point, 
beaucoup de membres des générations passées demeu- 
rent inconnus : ainsi l'arbre dont nous avons signalé 
tant de rameaux, a dû en porter plusieurs autres. Nous 
l'espérons cependant, la plupart des familles qui inscri- 
vent le nom de saint Bernard en leur généalogie, liront 
dans ce travail leur propre nom ou du moins celui de 
leur ancêtre qui les rattache à la lignée de Tescelin de 
F^ontaines. Si l'on avait à constater quelque oubli, il 
n'en faudrait accuser que l'insuffisance du chercheur, 
nécessairement incapable d'avoir tout découvert malgré 
de longues et actives recherches. 




GENEALOGIE 



1388 , 

l'l)4 \ Guillaume de Marey. 

1414 
1423 

' f Marie de Saulx-Foutatnes. 
1430 



1418 
1445 
1466 



Aini/otte de Marey. 

Antoine de Scign;/, 
sci;,'ii. de S;i lires. 





1 


Alexandre, suiijii. 




Uernard, soi!.'ii 


14l'3 


\ 


de Fontaines. 


1423 


de Fontaines. 


1463 


1 


Marguerite de la 


1403 ', 






Plectiere. 


( 


A lais Perrun 



Pierre de Jean 

1467 j Seigny, ' de 
1487 sgr. de Sa lires. Sei 
149 'i '\ Roline 

de Choiscul. 



Anne. 



, Jeanne 
1459 ' Seigny. 



g"l/. ] Bernard du 1491 ) Geoffroi du 

l Brouillard. ' Brouillard. '' 



Marie de 

Seigny. 

Etienne de 

lîu/fe;/, seig. 

de Collonges- 

les-Pluvault. 

(Voir tableau, p. 238.) 



1487 ) 



Marie de 
Seigmj, 
dame de 
lo40 ] Sa lires. 
/ Othenin 
Ve Cléron. 



11 enfants , ' 

les(Hiels 



Anne. 

Warin de 
S. Baus<ant. 

1193 



Jeanne st'inéi-.] 3 autres 
' liUes 
Girard relig'ieuscs, 
ie Chappes. 

1492 



Antoine du 
B> ouillard ' 



Pierrette du 
Brouillard. 



'^^^ )40U. 

1530) Catherine i Antoine 

de la I de 

Perrière. f Montigny. 



Claude \\Gui. \ Jacques ■''• 

de \philiberte\ de I 
Cléron. jde Moisy. \Chappes. 
1533 ' Agnes 
13 i4 j Robee. 
15i6 [ 1341 
' 1449 



Tige Aueètres 

des des d'Avout. 

Cléron d'Haussonville. 



René 
^ de 

f Chiiiscul. 

f 1544 



Jeanne 1 Jacques 
du 11 de 

Brouillard. \Montignn. l d^ 

Claude [ Charlotte < BlondL 

d'Aulnay. j '^^ j l~""' 

1537 I Hrabant. j tainc 

1548 152(1 ' 1318 



feannc.l Marguerite 
Claude^ ^ 

Picirr 
d'Hallcivin 

de 

Rocliequin. 

1535 



.Vncèti'es 

des Karandefex, des 

du Ijoutet. 



Ancêtres 

d'une branche 

des Fonlette. 



DES MAREY-FONTAINES 



Armoiries : De., au lion de., avec un bâton brochant sur le tout. 

Domaines : Fontaines, Vernot, Rull'ey, Saint-Julien, Ogny, Clénay, Marey-sur-Tille, 
Chàtillon-sur-Seine, Giry et Oippy en Nivernais. 



1430 



Ôudotte, dame de Fon- 
taines. 

Jean de Champlitte, seig. 
(le Vonges. 



Perrenotte, dame de Fon- 
1431 ) taines. 

143.) J 1" Philippe de Crecey. 
{ 2" Jean de Chavanges. 



du l'-- I lit. 



Oudot de Jean. ; Ilugucttc. 
Champlitte. ' ' ! 

1474 I X. de Chuisey. 



Jean de 
Crecey. 



Robert. 



Antoinette. 



1 


Marguerite 


Simonne. 


Louis 


; X. liUe. 


' 


de Choiscy. 




de 


\ 


1 190 ( 




l 


Chaise]/ . 




1 


Thomas de 


1 Ciuillaume 




Jean 


f 


Mandres. 


\ Calandre. 




de Coublanc. 



Louis de .Mandres. 
1307 



PL. 14 D 



j- ciiGicr; noBLesi €he\iHLi e 




HHa:S9a; BiioDiiaHaacDîiJ 



TOMBE DE ROBERT D'AUBIGNY 



LES SEIGNEURS DE FONTAINES 
ÉTRANGERS A SAINT BERNARD 




A famille Rolin, orioinaire de l'Autunois, est la 

I ' C 

première famille étrangère à saint Bernard qui 
eut une part du château et de la seigneurie de 
Fontaines (i). L'an 1435 — on l'a vu précédemment 
— Jean Rolin, évêque de Chalon-sur-Saône, acquit la 
moitié de ce domaine féodal, par deux contrats de vente 
successifs, que lui passèrent Perrenottc et Alexandre de 
Marey. Nicolas Rolin, père de Tévêque, était alors chan- 
celier de Philippe le Bon. II géra les intérêts de son fils 
à Fontaines, et en fut le seigneur putatif. Bientôt 
même, il le devint réellement, par quelque transaction 
avec son fils. 



Tandis que Tévcque Jean Rolin jouissait du titre de 
seigneur de Fontaines, il y eut maint procès entre lui 
et la ville de Dijon, au sujet des droits de justice. En 



i. Notice sur .y. Rolin et sa famille, par J. d'Arbauniont, 1 865.— Jean 
Rolin fut tiansfcrJ Je (]halon à Autun, l'an 1436, et nomme cardinal en 
1445. Il mourut en 1483. 



18 



2 74 'ES SEIGNEURS DE FONTAINES 



1436, les échevins de Dijon ayant fait la visite des pais- 
seaux à Fontaines, Jean Rolin porta plainte contre eux, 
et les obligea à reconnaître qu'ils avaient empiété sur 
ses droits, vu que le contrôle des échalas de Fontaines 
appartenait aux officiers de la justice du lieu. Le droit 
de la visite des pains pour en vérifier le poids, contesté 
aux mêmes officiers, fut également réclamé et main- 
tenu (i). 

L'an 1439, plusieurs habitants de Fontaines affermè- 
rent diverses parties du territoire de ce village, « de 
noble et honoré seigneur messire Nicolas Rolin, cheva- 
lier, seigneur dudit Fontaines en partie » (2). 

Nicolas Rolin figure, en 1456, parmi les vassaux de 
la seigneurie du Val-Saint-Julien, à raison des dépen- 
dances en ce lieu de sa seigneurie partielle de Fon- 
taines (3). 

Le célèbre chancelier mourut le 18 janvier 1462. 

A son décès, Guillaume Rolin, seigneur de Beauchamp, 
l'aîné des trois fils qu'il eut de Marie de Landes, sa 
première femme, hérita de la terre de Fontaines. C'est 
attesté par le partage du 27 avril 1462, entre Guigonne 
de Salins, deuxième femme du chancelier, d'une part, 
et d'autre part Guillaume Rolin et Antoine, son frère. 
D'ailleurs, durant les années 1462-1464, dans une action 
intentée à la ville de Dijon intervient « Guillaume Rolin, 
chevalier, seigneur de Rulfey et de Fontaines », con- 
jointement avec Oudot et Jean de Champlitte, ainsi 
qu'avec Bernard de Marey d'abord, puis Humbert, abbé 
de Cîteaux, donataire et successeur de Bernard (4). 

1. Archiv de la Côte-d'Or, titres de la seigneurie de Fontaines, E. 120 
et suiv. — La plupart des documents que nous aurons à citer dans cet 
article V, se trouvent dans les liasses ici indiquées. Nous nous bornerons 
désormais à y renvoyer par cette simple indication : Sric de Fontaines. 
Voir aussi les titres des justices seigneuriales. 

2. Srie de Fontaines. 

3. Archiv. de la C.-d'Or, B. 10577, ^^ Peincedé, VII, 171. 

4. Archiv. municipales de Dijon, C. 21, cote 64. 



KIRANOIIRS A SAINT nHUNANI) 'I^jb 



Une transaction entre Guillaume et Antoine Rolin fit 
passer temporairement la terre de Fontaines aux mains 
de celui-ci. L'an 1473/4, Antoine, seigneur d'Aymcries, 
déclare tenir en licf de Charles le Téméraire, à Dijon, 
riiôtel du chancelier son père; à Fontaines, la moitié du 
chàiel et seigneurie, y compris certaines redevances à 
Vernot et à Ruiîey (i).Mais, au mois de mai 1484. Guil- 
laume était rentré en possession du domaine aliéné (■!). 

Les débats au sujet de la justice de Fontaines renais- 
saient perpétuellement entre les seigneurs du lieu et la 
ville de Dijon. Le 17 mai 14S4, par sentence de maître 
Jean Le Blond, conseiller du roi au parlement, la haute 
justice avait été adjugée à la ville, dans une proportion 
qui parut exorbitante. Les seigneurs en appelèrent. Au 
cours de «diverses procédures qui s'ensuivirent, Messire 
Guillaume Rolin, alla de vie à trépas ». Il mourut au 
château de Monestoy, le i-5 mai 1488. Ses héritiers 
acceptèrent la continuation du procès. Aussi, le 8 février 
i48(), furent assignés à cet effet Marie de Levis, veuve 
de Guillaume, et leurs enfants; François Rolin. chevalier, 
seigneur de Beauchamp ; Colette Rolin, épouse de 
Pierre de I^aulîremont, seigneur de Soye; Isabcau et 
Marguerite Rolin. Le -.'.o juin 1402, le lieutenant général 
au bailliage de Dijon rendit une sentence qui contîr- 
mait à la ville les droits de justice. Toutefois la sentence 
n'atteignit que deux des trois seigneurs qu'il y avait alors 
à Fontaines : François Rolin et Pierre de Seigny. 

Le troisième seigneur était maître Laurent Blan- 
chard, conseiller à la cour des Comptes, qui venait 
d'acheter — i4')o — par double contrat passé avec les 
héritiers des Champlitte-^''onges, le quart de la seigneu- 
rie de Fontaines provenant d'Odette de Marey. Comme 
ce nouvel acquéreur n'avait pas figuré dans les débats, 



1. Archiv. Je la C. -d'Or, B. 11 722, p. 80. 

2. Srie de Fontaines. 



276 LES SEIGNEURS DE FONTAINES 

la sentence ne fut point exécutoire contre lui (i). On le 
ménageait, du reste, dans l'espoir d'en tirer bientôt un 
meilleur parti. 

François Rolin et Pierre de Seign}' en appelèrent de 
nouveau, immédiatement après la sentence rendue. 
Nonobstant cet appel, les maire et échcvins de Dijon 
firent exécuter le jugement, à F'ontaines, le 5 juillet 
1492. 

Un incident réveilla quelques années plus tard les 
chicanes à demi assoupies. En voici le récit presque 
mot à mot emprunté aux plaidoiries du XVII'' siècle. 
L'an 1407, le 17 mai, trois boute-feu furent arrêtés à 
Fontaines; il y eut aussitôt litige pour savoir qui ferait 
le procès. Laurent Blanchard avait encore, comme sans 
restriction, la haute justice pour un quart, et le manda- 
taire par lui commissionné pour en exercer les droits 
était maître Jean Le Blond. entièrement dévoué à la ville. 
Les sieurs de Dijon prétendaient avoir, d'après leur 
jugement, les trois autres quarts. Or, le maire de Fon- 
taines, officier des seigneurs du lieu, avait fait enfermer 
les trois boute-feu dans les prisons dont il avait la garde. 
Arrivent les sieurs de Dijon, suivis de Le Blond, de 
plusieurs sergents et d'une bonne assemblée. Ils disent 
qu'ils doivent, eux échevins, faire le procès pour les 
trois quarts, et Le Blond pour l'autre quart. Le Blond 
donne les mains. xMais le procureur d'office de Fon- 
taines résiste avec force ; il se plaint de l'attroupement, 
reproche aux sergents de porter les verges droites ; il 
soutient que ses maîtres sont seigneurs haut justiciers. 
Là dessus le maire de Fontaines refuse de rendre les 
prisonniers. Alors le sieur maire de Dijon le prend au 
collet pour le mener en prison, et les sergents le saisis- 
sent. Devant cette contrainte, dont il demande acte, le 
maire de Fontaines livre enfin les prisonniers. » (2) 

1 . Srie de Ftuitaines. 

2. Ibid. 



ETRANGERS A SAINT BERNARD 



La cour, saisie de la question pour ce fait, la termina 
au complet avantage de la ville. Non seulement les Rolin 
et les Seigny-SallVes furent déboutés de leurs préten- 
tions, mais Laurent Blanchard lui-même transigea, le 
20 juillet 1498, et se contenta de la moyenne et de la 
basse justice. 

François Rolin possédait-il seul, ou avec ses sœurs 
par indivis, la moitié du château de Fontaines? Les do- 
cuments ne le disent pas. Quoiqu'il en soit. ^Larguerite 
Rolin, mariée en secondes noces à Gaspard de Talaru, 
finit par disposer de cet héritage. Elle le vendit, l'an 
i5o3, à « noble et puissante dame Marie Chambellan », 
épouse du chancelier Gui de Rochefort, seigneur de 
Pluvault, Labergement, etc. Peut-être cette vente n'était 
pas absolue et stipulait pour le vendeur et ses hoirs la 
faculté de rachat. Car, en i.^5o, Jocerand de Talaru se 
donne comme seigneur de Fontaines (i). 

Les Rolin ont le mérite d'avoir contribué à l'érection 
de la chapelle Saint-Bernard au château de Fontaines. 
La Grosse tour en etfct leur appartenait. Dès lors, leur 
concours fut nécessaire pour dédier au culte du saint le 
ceJHer natal compris dans cette tour. La chapelle existait 
l'an i5oo. 

Alors le château n'était plus habité. Bernard de ALa- 
rey est le dernier des arrière neveux de saint Bernard 
qui en ait fait l'une de ses résidences. Après sa mort 
— 1463 — la vieille maison féodale resta déserte; au- 
cun des seigneurs étrangers à la famille du saint abbé 
n'y vint demeurer, et cet abandon persista jusqu'à l'ar- 
rivée des Feuillants. 

Le 18 mars i5o5, Hugues Ragot, bourgeois de Dijon, 
et Guillaume Blanchard, sa femme, vendirent à puissant 

!. Srie de Fontaines, E. i3o, fol. 20. 



278 LES SEIGNEURS DE FONTAINES 



seigneur messire Gui de Rochefort, et noble dame Ma- 
rie de Cliambellan, sa femme, un huitième de la sei- 
gneurie et maison-fort de Fontaines, qui appartenait à 
ladite Guillaume par indivis avec les autres héritiers de 
feu maître Laurent Blanchard et feue demoiselle Odette 
Robot, sa femme (1). — Parmi ces autres héritiers figu- 
rait sans doute Jean Blanchard, fils de Laurent. Le 
huitième qui leur revenait dans la même seigneurie, 
fut acquis également, dans la suite, par Gui de Roche- 
fort et son épouse ou leurs enfants. 

Par cette double acquisition et celle qu'ils avaient 
faite auparavant de Marguerite Rolin, les Rochefort- 
Pluvault devinrent possesseurs des trois quarts du châ- 
teau et de la seigneurie de Fontaines. 

Cette famille n"a rien de commun avec les Rochefort- 
sur-Brevon, dont nous avons parlé aux Xotes prélimi- 
naires. Elle tire son nom de Rochcfort-sur-le-Doubs, 
Dans un rôle de 1469, au ressort du bailliage de Dôle, 
sont cités « Messire Guillaume de Rochefort, docteur 
en lois, âgé d'environ trente ans, homme fort et vite, et 
Guiotde Rochefort, frère dudit messire Guillaume, âgé de 
vingt-deux ans, homme fort et vite » (2). Celui-ci est Gui 
le chancelier, seigneur de Fontaines . On voit leurs ancê- 
tres enrôlés dans les compagnies militaires, ou revêtus 
de charges administratives en Comté. Les armes des 
Rochefort-Pluvault étaient : D\f{ur semé de billettes 
d'or^ au chef d'arg-eiit chargé d'un lion léopardé de 
gueules. 

Marie Chambellan, épouse de Gui de Rochefort, ap- 
partenait à une famille de Dijon, qui fournit plusieurs 
vicomtes mayeurs à la ville. Henri Chambellan, son 
père, exerçait cette charge en 14Q1, lorsque le roi Char- 
les VIII lui accorda les titres et privilèges de la noblesse. 



i.Ibid., E, 123. 

2. Peincedé, XXI V, 744.. 



ÉTRANGERS A SAINT UHKNARl) 279 



Marie eut pour mère Alix Berbisey. Un de ses frères, 
Antoine, fut le XW'I'^ et dernier abbé régulier de Saint- 
Etienne. Elle eut l'honneur d'être gouvernante de 
Claude de France, fille aînée du roi I^ouis XII. 

Guide Rochefort, en i.^o()/7,iit établir à Fontaines 
ime foire annuelle et un marché hebdomadaire. A cet 
elVet, il obtint du roi des Lettres patentes dont voici la 
teneur, un peu abrégée : 

Louis, par la grâce de Dieu Roy de France, savoir fai- 
sons à tous présens et advenir. Nous avons rcceu humble 
supplication de notre amé et féal chancelier, Gui de Roche- 
fort, chevalier, seigneur de Pluvault, de Labergement et de 
Fontaines près notre ville de Dijon, contenant que ladite 
terre cl seigneurie de Fontaines est une belle et noble 
seigneurie, où il a toute justice, haulte, moyenne et basse; 
assise en un bon et fertile pays, où aftiuent et passent 
chaque jour plusieurs marchandises ; mais, comme il n'y a 
ni foire ni marché, n'y est fait que bien peu de distribution 
desdiles marchandises, et pour ce serait chose bien néces- 
saire et convenable, comme aussi pour ressouldre et repopu- 
1er ledit lieu de Fontaines et pays d'environ,' qu'il y eût en 
iccliuv foire et marché; et nous requérant humblement que, 
ayant regard à ce que dit est, notre plaisir soit y créer et 
establir une foire franche par chacun an et ung marché par 
chaque semaine, el sur ce notre grâce et libéralité luy impar- 
tir. Pour ce est-il que Nous, ces choses considérées, incli- 
nans libéralement à la supplication et requestc de notre dit 
chancelier, avons audit lieu de Fontaines créé, ordonné et 
estably, de notre grâce espécialc, pleine puissance et autorité 
royale-, par ces présentes, une foire franche chacun an, le 
jour de liindy prochain en suivant la feste Monseigneur saint 
Bernard, et ung marché le iour de vendrcdy par chaque se- 
maine, pour les y tenir dorénavant et à toujours aux dits 
jours. Et voulons que tous marchands et aultres qui les fré- 
quenteront et V afriueront, y puissent vendre, eschanger, 
acheptcr toutes manières de marchandises licites et honestes ; 
et que notre chancelier et ses successeurs, seigneurs dudit 



28o LES SEIGNEURS DE FONTAINES 

lieu de Fontaines, ensemble lesdits marchands et aultres ve- 
nant es dits foire franche et marche, puissent jouyr et user 
de tels droits, prérogatives, franchises et libertés, qu'il est 
accoustumé de faire es autres foires franches et marchés du 
pays d'environ, pourveu qu'à quatre lieues à la ronde de Fon- 
taines n'y ait auxdits jours aucuns foires et marchés. 

Si donnons en mandement par ces mêmes présentes Let- 
tres au Bailly de Dijon ou à son lieutenant et à tous nos aul- 
tres justiciers et officiers, que, de nos présentes grâce, créa- 
tion et establissemcnt ils laissent notre chancelier suivi de 
ses successeurs seigneurs de Fontaines, jouir et user libre- 
ment et paisiblement et à toujours perpétuellement. 

Donné à Blois, du mois de janvier de Tan de grâce mil 
cinq cent et six. et de notre régne le neuvième (i). 

Ces Lettres patentes, sur la présentation qu'en fît Jean 
Charpy, procureur de Gui de Rochefort. furent entéri- 
nées le 2b février i 506/7. 

L'année suivante, i5 janvier, le chancelier mourut à 
l'âge de soixante ans, et deux ans après, sa femme, qui 
n'en avait que trente neuf, le rejoignit dans la tombe. 
Ils furent inhumés à Cîteaux, dans un même mausolée, 
portant cette épitaphe : Hic jacet D. Guido de Rochefort, 
integerrimus Francix cancellariiis.qui obiil i5 januarii 
iSoj, et illnstrissiina D. Maria de Chambellan uxor 
ejus^ cujus fîdei^ tutelae ac regimini crédita est jiivenilis 
aetas Serenissimae Principis D. Claudiae a Francia, via- 
joris natii e filiabiis piissimi Régis Ludovici XII (2). 

Jean de Rochefort, fils aîné de Gui, lui succéda dans 
les seigneuries de Pluvault, Fontaines, etc. Le 8 février 
1507/8, Marie Chambellan, sa mère, «en qualité de 
bailliste », avait repris de fief pour lui ; et le 28 novem- 
bre i 5i i , Jean accomplit à son tour cette formalité. Il 

1. Srie de Fontaines, E. i23. 

2. Migne, col. 1623. 



KTRANGEKS A SAINT liEUNARD 281 

était alors « chevalier, valet tranchant ordinaire du 
rov et i^ouverncLir de sa chancellerie de Bourgoi^ne ». Il 
devint plus tard bailli de Diion (i). Sa mort arriva en 
i53b. 

Jean de Rochefort laissait veuve Antoinette de Chà- 
teauneuf, fille d'Antoine, seigneur de Luçay-lc-Màlc, en 
Berry. Elle géra la terre de Fontaines au nom de ses 
enfants : Jean, Claude, René, Charlotte. 

Claude eut Fontaines dans son partage. Ce fut lui qui 
réunit entre ses mains toute la seigneurie. Il acheta en 
elîet de Nicolas Jachiet, notaire à Dijon, le quart que 
celui-ci avait acquis naguère de Philibcrte de .Moisy, 
veuve de Gui de Cléron ; et au mois de mai \b^X, il fît 
sa reprise de lief {2). 

En I 5.^0, Claudede Rochefort, seigneur de Fontaines, 
donna en amodiation aux habitants du village, pour une 
durée de 2») ans. trois treuils ou pressoirs banaux : celui 
de la Maison-Blanche, — celui de la rue Basse, proche 
la maison Charpy — celui du Perron, réserve faite de 
de la prison et du four attenant à ce dei-nier pressoir. La 
charge imposée au.x amodiateurs était de livrer sept 
queues de vin et de les conduire au cellier de la Con- 
frérie. ■ — Un quatrième pressoir, « celui de Messieurs 
de SalîVes, assis en la rue des Puits », n'était pas à fin 
de bail. Il fut convenu qu'à l'expiration du terme, « si 
Claude de Rochefort tenait toujours la portion de sei- 
gneurie qu'avaient à Fontaines les dits seigneurs de Sa- 
tires », les amodiateurs jouiraient de ce pressoir, sans 
augmentation de prix (3). 

La teneur de cette transaction fait voir que les Cléron 
n'avaient pas perdu le titre de seigneurs de Fontaines. 



1. Peincedc, VII, 201,206. 

2. Srie Fontaines, F". 124. — I"'eincedi; VU, 25: 

3. Srie de Fontaines. 



LES SEIGNEURS DE FONTAINES 



En effet, la-vente consentie par Philiberte de Moisy 
n'avait pas été absolue ; elle impliquait faculté de 
rachat. 

Les droits de justice étaient toujours un sujet de con- 
testations entre la ville de Dijon et les seigneurs de Fon- 
taines. Gui de Rochefort en avait dû ressaisir la jouis- 
sance à peu près intégrale. Cependant, en i55i,les sieurs 
maire etéchevins de Dijon voulurent « tenir les jours 
à Fontaines, et leurs sergents y portèrent les verges 
droites ». Claude de liochefort fit opposition immé- 
diate. Ce ne fut pas sans succès : la ville, cette fois, per- 
dit sa cause. 

Claude fut tué à la bataille de Saint-Quentin, 
l'an 1557. 

Sa veuve, Catherine de La Madeleine, dame de Beau- 
vais-en-Auxois, eut le bail de leurs enfants: Joachim, 
Claude et Humbert. Troublée par les sieurs de Dijon 
dans ses droits de justice à Fontaines, celui de niesse- 
rie principalement, elle suivit l'exemple de son mari, 
résista vigoureusement aux prétentions de la ville, et 
obtint du bailli de Dijon, le 7 janvier 1 56 1/2, une sen- 
tence où elle était qualifiée « dame en toute justice ». 
Nonobstant ce jugement, les maire et échevins revinrent 
à la charge. A la suite de nouvelles tentatives de leur 
part, le q octobre 1670, Joachim, Claude et Humbert de 
Rochefort, en qualité de seigneurs de Fontaines, sou- 
tinrent appel contre la ville de Dijon (i). 

En même temps, les Rochefort étaient en procès avec 
les Cléron, pour un quart delà seigneurie de Fontaines, 
que cette branche des arrière neveux de saint Bernard 
ne cessait de revendiquer. A quoi tenait la persistance 
du litige ? Comment se terminèrent les débats?- Nous 

I. Ibid. 



ÉTRANGERS A SAINT BKRNARD 283 

ne savons, sauf que Humbert de Rochefort demeura 
eniin unique seii^neur de Fontaines. 

Mais les querelles continuèrent avec la ville. Le 
i!^ juillet i.^iS'i, un arrêt renvoya au parlement toutes 
les instances pendantes au bailliage. Humbert n'eut pas 
l'influence de ses devanciers. Ayant négligé de faire 
hommage en temps convenable pour sa terre de Fon- 
taines, une saisie s'en suivit. La saisie ne fut pas main- 
tenue, car le 2 juin 1.^84, maître Laurent Brcchillet, 
procureur au parlement, fondé de pouvoir de Humbert 
de Rochefort, tit en son nom la reprise de tief e.xigée (1). 
Néanmoins les choses se retournèrent à l'avantage de la 
ville, et, en mars i58(), les maire et échevins de Dijon 
furent maintenus par jugement en possession de la haute 
justice à Fontaines. 

Quand ce jugement fur rendu, Humbert ne possédait 
plus la terre de Fontaines, il l'avait vendue depuis deux 
ans à Guillaume de Damas, seigneur de Sanvigncs (2). 

La nouvelle famille qui arrivait au château paternel 
de l'abbé de Clairvaux, devait concourir à l'atTectation 
définitive du lieu à une œuvre pie. 

« Damas » est un surnom qui n'est point emprunté 
à une terre. Il désigne une famille noble , divisée en 
branches nombreuses. On y joint ordinairement la par- 
ticule, indice de noblesse. 

Les Damas, seigneurs de Fontaines, appartiennent 
aux Damas d'Athie, qui portaient : D'or^ alias d\T}-i;eiil, 
à itiie hj'c on poteau de nier- de sable, accompagnée de six 
roses de gueules, mises en orle. 

Ce rameau des Damas est moins connu que les au- 
tres. Sa généalogie existe cependant : on la rencontre 



I . l'cincedé, VII, ?26. 
•j. Migne, col. i5oi, A, 



284 LES SEIGNEURS DE FONTAINES 

notamment dans le recueil de Peincedé (i). Elle a été 
dressée d'après des documents conservés au château 
d'Agey, chez le comte de Fuligny, et, en général, elle 
trouve confirmation dans les titres des Archives dépar- 
tementales de la Côte-d'Or. 

Né de Claude de Damas, seigneur d'Athie-lès-Flavi- 
gny, Sanvignes, Communes, etc., et de « dame Jeanne 
Duboz, fille d'Hugues, seigneur du Rousset et de Sa- 
vianges ^), Guillaume, acquéreur du château de Fontai- 
nes, avait deux frères aînés, Jean et Joachim, avec trois 
sœurs, Françoise, Bénigne et Claudine. Jean eut Athie 
dans son partage; Joachim eut Communes, partie du 
Rousset, Clomot, Bussillon; Guillaume eut Sanvignes 
et partie du Rousset. Claudine épousa Thomas de Pon- 
tailler, baron de Vaugrenant. 

Bien que cette famille ne soit pas mise au nombre de 
celles qui sont du sang de saint Bernard, elle pourrait 
cependant n'y être pas tout à fait étrangère. Perronelle 
de Creccy, dont le nom figure, au XV^-XVI'-' siècle, dans 
ses tables généalogiques, tenait peut-être aux Chaude- 
nay-Blaisy, à qui, d'ailleurs, des Damas s'étaient alliés. 

Guillaume de Damas reprit de fief la seigneurie de 
Fontaines le i3 juillet iSSj, et donna son dénombre- 
ment le i5 mars de l'année suivante. 

Selon ce dénombrement , « il tenait des vignes, 
terres et prés qui de toute ancienneté ont été réputés 
du domaine et dépendances de la seigneurie de Fon- 
taines ». Or, dans l'énumération, se trouvent des prés 
sur Fauvernay, Magn}', Tart, Varanges. C'étaient 
plusieurs quartiers de la vaste prairie dite de Lampone. 

Sous les Damas, comme sous leurs prédécesseurs, les 
conflits avec la ville à propos de la justice ne cessèrent 

I. Peincedé, XVII, 847. 



KTK.VNGliRS A SAINT lîIiKNAlU) 28? 

de se reproduire. En i3()0, un homme ayant vole des 
paisseaux à Fontaines, on lui Ht son procès en la justice 
du lieu : de là premier appel au bailliage, et second 
appel au parlement. 

A la mort de Guillaume — i5()(3 ou i .^Q7 — ses 
héritiers n'acceptèrent sa succession qu'à titre béné- 
ficiaire, et ses terres furent saisies par décret, à la de- 
mande d'Etienne Hillocard, marchand à Dijon. En ce 
qui concerne Fontaines, d'après Tcxposé des plai- 
doiries, Guillaume n'avait point solde, ou du moins qu'en 
faible partie, le prix convenu avec les Rochcfort dans le 
contrat d'acquisition de 1687. '^^^ veuve de Humbert de 
Rochefort, Françoise de Gravant, en son nom person- 
nel et au nom de ses enfants, essaya de ressaisir cette 
seigneurie. L'éviction fut prononcée contre elle, et la 
terre de Fontaines, mise en criée, lut déli\rée par 
décret du 2() mars 1602. à Joachim de Damas, frère de 
Guillaume, moyennant trois mille cinq cents écus (1 . 

Le 27 avril suivant, Joachim de Damas ht hommage 
pour Fontaines, et le 9 septembre eut lieu la prise de 
possession, institution d'officiers : juge, procureur. 
greffier, etc. (2) L'amodiation des pressoirs banaux fut 
renouvelée. 

Les représentants de la justice de Dijon avaient protité 
du désarroi de la succession de Guillaume de Damas 
pour faire exécuter l'arrêt de i58q. Cet arrêt fut publié 
à Fontaines, au son de la trompette, le 1'''" octobre iboi : 
les sieurs de Dijon y étaient proclamés haut-justiciers, 
pour tout le finage de Fontaines, et comme ayant droit 
d'instituer les vigniers ou gardes du vignoble et de 
recevoir leur serment (jî). L'arrêt était porté contre la 



1 . Sric de l'ontaines. 

2. Peinccdc, \1I, 34Q. — Mignc, col. i5i'i, B. 

3. Ces vit;nici"s, nos qaidcs-chanipctrcs actuels, lilaicm iioiumcs par lo 
habitants assembles, mais ils n'entraient en cliarjjo i]iraprés institution 
ollicicllc par les justicieis. 



28G LES SEIGNEURS DE FONTAINES ' 

dame de Gravant et les héritiers de Messire Humbert de 
Rochefort ; contre Jean et Joachim de Damas, héritiers 
bénéficiaires de Guillaume, leur frère ; contre le pro- 
cureur d'office de Fontaines ; enfin contre Etienne 
Billocard, qui avait obtenu le décret autorisant la saisie 
des biens de Guillaume de Damas. La dame de Gravant 
et les héritiers Rochefort n'étant plus, en fait, seigneurs 
de Fontaines, ceux qui avaient jadis été leurs pro- 
cureurs refusèrent les copies de l'arrêt qu'on leur pré- 
senta, et CCS copies furent affichées à leurs portes. 

Joachim de Damas, devenu seigneur de Fontaines, 
protesta de nouveau contre les entreprises des maire et 
échevins. On le vit, en particulier, le 2t3 mars i(3io, 
soutenir que l'arrêt de i58() n'était pas valable, qu'il 
avait été rendu pendant les troubles de la Ligue, tandis 
que Guillaume, son frère, était notoirement au service 
du roi. 



Gependant que devenait le château paternel de saint 
Bernard et surtout la chapelle que l'on y avait érigée en 
l'honneur du saint abbé? 

Gette chapelle attirait de plus en plus l'attention. On 
la désignait vulgairement sous le nom de Monseigneur 
ou Monsieur saint Bernard. Ge nom s'appliquait même 
en général à l'emplacement du château. Ainsi d'après 
une déclaration de l'étendue du finage de Daix, datant 
de 1 52 1/2, ce finage commençait « au lieudit le désert 
de Monsieur saint Bernard », c'est à dire à la charme 
située au pied de la colline de Fontaines, en face de 
Daix (i). Geux qui établirent des fondations dans l'église 
paroissiale, prirent l'habitirde de prescrire une « proces- 
sion à Monsieur saint Bernard ». Le testament de Pierre 
Ghauchier, dicté en 1645, fournit un exemple de cet 
usage, et il s'en rencontre plusieurs autres, soit dans le 

I. Archiv. de la Côte-d'Or, ms. Notes inédites, I, n" 97, p. 17. 



hïKANC.ERS A SAINT BERNARD 



Calendrier de Fontaines, conservé aux Archives de la 
paroisse, soit dans les titres de fondations, actuellement 
aux Archives départementales delà Cote-d'Or (i). 

Là confrérie de Saint-Bernard continuait d'ailleurs à 
entretenir, avec la dévotion envers le saint lui-même, la 
vénération traditionnelle pour le vieux donjon témoin de 
sa naissance. En i 5^7/8, le charité d'affaires de Jacquette 
Boucsseau, mère de Nicolas Chambellan, écuyer, dame 
de Pichange, Oisilly, Perrigny, Domois, etc., pa}a « six 
blancs pour la confrérie de Madame au lieu de Fon- 
taines , fondée en l'honneur de Monsieur saint Ber- 
nard » (_2). Nous avons vu, en 1540, Othenin de Cléron 
se souvenir de la même confrérie dans son testament : 
il est probable que son nom était inscrit sur les re